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Full text of "La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de Limoges"

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AMES AMIS 
AMÉDÉE ET PAUL DE MARSAC 

JE DÉDIE CE UVRE, 

MODESTE HAIS BIEN SINCÈRE HOMMAGE DE MA GRATITUDE, 

EN SOUVENIR DES ANNÉES, LES PREMIÈRES DE MA VIE SACERDOTALE 

QUE J'AI PASSÉES A BRIGNAC, DE 1887 A 1896. 

Joseph AULAGNE 
Château de Brignac, par SaitU^Léonard^ ce 8 $eptembre i905. 



Lettre de sa grandeur mgr RENOUARD, évêque de Limoges. 

Limoges, le 13 juillet 1905. 

Monsieur Cabbé, 

Je vous remercie vivement du volume que vous avez bien voulu 
m offrir,,, Cest vraiment V ouvrage et un maître y et on le croirait 
sorti de la cellule et de la plum^ d'un Bénédictin. 

Je viens de le lire avec d'autant plus d'intérêt et de pj^ofit qu'il a 
pour objet l'histoire du diocèse de Limoges pendant le XVII* siè^ 
de. 

J'ai savouré j en particulier ^ ce qui regarde la personne et les 
œuvres de l'illustre prélat qui 2)orta le nom de François de la 
Fayelle. 

Enfant de la Picardie, j'ai goûté spécialement aussi ce qui 
concerne Ngrs de la Marlonie, /rère et neveu d'un célèbre évêque 
d'Amiens. 

Elève toujours reconnaissant et ami toujours fidèle des fils de 
M. Oliery j'ai étudié avec une affectueuse attention la noble et 
sainte figure de Mgr Louis de Lascaris d'Urfé. — Hélas !le Sé- 
minaire de Limoges y dirigé depuis plus de deux cents ans par les 
vénérés Sulpiciens, va les voir s'éloigner de ses murs. Mais leur 
mémoire vivra toujours au fond de nos cœurs, comme leur esjmt 
vraiment sacerdotal animera toujours, j'en ai la douce confiance, 
les prêtres de choix qui sont appelés à les remplacer. 

Veuillez agréer. Monsieur l'abbé, avec mes félicitations les plus 
sincères, l'hommage de mes sentiments respectueux et dévoués, 

f FiRMIN, 

Evêque de Limoges. 



Lettres de sa grandeur, mgr de PÉLACOT, évêque de troyes 

Troyes, le i juillet 1905. 

Mon cher Abbé, 

... Depuis quelques jours, f ai commencé In lecture de voire 
ouvrage et je le poursuis avec le plus vif intérêt. 

Tout (T abord laissez-mm vous exprimer ma surprise admirative 
quau milieu des travaux incessants de votre ministère paroissial 
à Paris ^ vous ayez pu écrire ce volume de plus de six cents pages 
qui a nécessité tant de recherches et exigé tant de veilles labo- 
rieuses,.. 

Vous avez traité de main cTouvrier une question peu connue de 
notre époque superficielle et par trop enflée de sa prétendue supé- 
riorité!... En nous montrant avec qtœlle sollicitude vigilante et 
éclairée les Evéques de Limoges au XVIl^ siècle ont accompli les 
importeints devoirs de leur charge pastorale, restauré la discipline 
ecclésiastique, fait fleurir les œuvres de piété et de charité, encou^ 
ragé et multiplié dans les moindres localités de leur diocèse les 
écoles preshytérales et paroissiales, vous battez en brèche les pré-- 
jugés trop répandus qui représentent les prélats de F ancienne 
France, oubliant dans les intrigues de cour ou le faste d'uîie vie 
mondaine les intérêts sacrés de V Eglise et des âmes. 

Inutile de vous dire, mon cher abbé, combien il nia été doux de 
retrouver sous votre plume, avec les noms des La Fayette et des 
d'Urfé auxquels m'unissent des liens de famille, les souvenirs de 
cette province ecclésiastique de Bourges, à laquelle fai apparte- 
nu si longtemps et les figures vénérables des Olier, des Tronson, 
des Lantages, de la Mère Agnès de Jésus, etc, etc., avec des 
réminiscences de ces lieux si chers : Le Pug, Langeac, où se sont 
écoulées les plus belles années de ma vie. 

Vous navez pas oublié les Confréries de Pénitents et je vous 
remercie de rn avoir signalé tout spécialement les pages que vous 
leur avez consacrées. Vous saviez combien cette attention de votre 
part devait m' être agréable. 



vil 

Votre livre si intéressant^ si documenté et si complet pour le 
fond, nest pas moins attrayant dans la forme ; le style toujours 
ferme et soutenu se distingue par ime élégante simplicité, telle 
que la comporte le sujet. 

Cette étude, mon cher abbé, vous fait donc le plus grand hon- 
neur ; elle vous assure une place de choix dans la pléiade des 
prêtres studieux et instruits dont s^honore le clergé de France, 
celui du diocèse du Puy en particulier. Je me permets d'en être 
heureux et fier, car rien de ce qui intéresse la gloire de mon dio* 
cèse natal ne saurait me laisser indifférent. 

Recevez donc, cher abbé, mes plus sincères et affectueuses féli- 
citations... 

Votre tout dévoué en Notre- Seigneur. 

f Gustave-Adolphe, 

Evêque de Troyes. 



Troyes, le 30 juillet 1905. 
Mo7i cher abbé. 

Je viens d'achever la lecture de votre ouvrage et ne puis que 
vous redire toute la satisfaction qu'elle m'a fait éprouver. 
M. Clément'Simon me semble bien inspiré en vous conseillant de 
substituer le sous-titre à Vautre. La Réforme catholique est 
le titre qui convient à votre étude sur la régénération religieuse 
dans Vimportant diocèse de Limoges oii nous voyons les abus ré- 
primés, la discipline ecclésiastique rétablie, la vie catholique s'é- 
panouissant en œuvres fécondes, en un mot la restauration de 
toutes choses dans le Christ, sous V impulsion douce et ferme, 
vigilante et éclairée de prélats plus distingués encore par leurs 
vertus que par leur naissance. Ecrit dans le style sobre et précis 
qui convient à Vhistoire, Vouvrage est fortement documenté : les 
divisions en sont claires, logiques et font circuler j^artout V ordre 
et la lumière ; le plan est complet, il embrasse tous les aspects de 
la vie d'un évêque, tous les points sur lesquels doivent se porter 
sa sollicitude et son action^ Ainsi, mon cher abbé, vous avez su 



vin 

donner à votre étude les qualités qui la recommandent sûrement 
à la faveur du public lettré y si curieux, surtout de nos Jours, de 
tout ce qui touche à Vhistoire de notre pay^ et à la vie de l'an- 
cienne France trop peu connue encore. Je suis certain que le clergé 
particulièrement vous lira avec grand intérêt et grand profit. 

Vous le voyeZy mon impression définitive ne fait que confir-^ 
mer et accentuer celle que m'avait laissée ime première lecture. 
Vous ferez de ces lignes comme des précédentes ce que vous ju- 
gerez à propos.,. Je n*y apporte d'autre souci que le désir de 
vous témoigner, une fois de plus, ma sincère estime et mon affec- 
tueux dévouement. 

Veuillez en recevoir ici la nouvelle assurance avec celle de 
mes meilleures bénédictiom, 

f Gustave-Adolphe, 
Evêque de Troyes, 



AVANT-PROPOS 



Lettre de M. A. Baudrillart, professeur d'histoire 
à rinstitut catholique. 

Paris, 4, quai des Célestins^ le 3 juiUet 1905. 
Mon cher Amij 

Vous m'avez demandé de présente)* au public un ouvrage dont 
il nCa été donné de suivre depuis V origine la lente et conscien- 
cieuse élaboration. Je le fais bien volontierSy car je sais avec 
quelle courageuse ténacité vous avez conduit^ au milieu des occu^ 
pations du ministère paroissial, vos difficiles et patientes recher- 
ches. Aujourd'hui vous touchez au port et vous donnez au public 
une œuvre historique solidement fondée sur l'étude des textes et 
des documents. C'est une œuvre utile au premier chef. De même 
qu'on ne connaîtra vraiment l'histoire de la Prétendue Réforme 
dans notre pays, que quand on l'aura écrite, province par p7'0- 
vince et ville par ville, de même c'est uniquement à l'aide de 
7nonographies du genre de la vôtre qu'on pourra écrire l'histoire 
générale et définitive de notre grande Réforme. Catholique du 
dix-septième siècle. Plaise à Dieu que chacun de nos diocèses 
trouve un historien aussi chercheur et aussi compétent que vous ! 

Le diocèse de Limoges a eu le bonheur de voir se succéder à 
sa tête pendant un siècle de bons ou tnême de grands Evéques^ 
Henry et Raymond de la Martonie, François de la Fayette, Louis 
de Lascaris d'Urfé, François de Canisy. Par elle-même la vie de 
ces personnages est intéressante et vous avez su très bien montrer 
le rôle que tels d'entre eux, à une heure donnée, furent appelés 
à jouer dans les affaires générales du royaume. Vos pages sur 
la conduite d'Henry de la Martonie pendaîit les premières années 
du règne de Henri IV, celles qui nous retracent les relations de 
François de la Fayette avec la cour de Louis XIII et de la régente 
Anne d'Autriche^ ou son intervention aux Assemblées du Clergé 
de 1635 et de 1655, attireront l'attention de tout lecteur, 



X AVANT-PROPOS 

Cependant, là n'est pas le véritahle intérêt de votre travail. H 
est dans cette œuvre obscure ^ intime et minutieuse de réforma-- 
tion qui a fait passer le diocèse de Limof/es (1*101 état déplorable 
à cette perfection relative que coynportent les conditions humai- 
nes du développement de V Eglise. Les détails que vous donnez 
sur ce qu'était au début du dix-septième siècle dans cette région 
la vie ecclésiastique et plus généralement la vie chrétienne sont 
attristants. Aux désordres de l'âge précédent s'ajoutaient ceux 
qu'avait enfantés l'anarchie des guerres religieuses. On ne lira 
pas sans un douloureux étonnement telle des Instructions don- 
nées aux députés du clergé en i624. On admirera du moins 
f extrême sincérité avec laquelle le mal est reconnu. 

Cette sincérité, vous tavez imitée et vous avez bien fait, (Ta- 
bord parce qu'elle constitue le premier devoir de l'historien, en- 
suite parce que la connaissance de ces détails permet seule d'ap- 
précier la valeur de l'œuvre accomplie par ^Oratoire, par Saint- 
Sulpice et les autres congrégations séculières. On a beau jeu à 
critiquer aujourd'hui ces méthodes qui paraissent avoir quelque 
chose à la fois d excessif et de trop étroit. Sans doute on est en 
droit de demander maintenant au clergé de se rapprocher ua 
peu plus du monde, de s'en moins séparer par tout un ensemble 
de manières d'être, de voir et de parler que n'admettent plus 
guère la plupart de nos contemporains et qui nous isolent. Mais 
il ne faut pas oublier l'intensité de l'effort qtiil a fallu faire au 
dix-septième siècle pour arracher le clergé d* alors au monde où 
il se corrompait^ le bas clergé dans les grossiers désordres du 
bas peuple, le haut clergé dans les vues toutes mondaines de la 
haute société. 

L'utile et infatigable labeur des congrégations nouvelles ou 
réformées, V heureuse et incessante action des confréries de piété, 
celle des collèges chrétiens sont parfaitement mis en lumière 
dans votre livre. 

De votre exposé nous ne tirerons pas seulement une intéressante 
leçon d'histoire. Nous y apprendrons comment on ramène à 
V Evangile des prêtres et des populations qui Vont pratiquement 
oublié. Malgré les différences qu entraîne un état social et politi- 
que nouveau, il est des moyens, il est surtout une inspiration qui 
sont de tous les temps et conviennent à toutes les époques. A 



AVANT-PROPOS XI 

Vheure où F Eglise de France va subir de si profondes transfor- 
mations et réclame de si généreux dévouements^ encourageons-- 
nous à V école de nos pères. Notre tâche sera plus difficile que la 
leur; le gouvernement de F Etat quils eurent avec eux pour les 
aider à faire le bien^ nous V aurons contre nous et cest un obsta- 
cle déplus. Raison de plus aussi pour nous élever nous-mêmes à 
une hauteur morale dont V exemple contagieux contribuera, comme 
celui des grands Evéques dont vous avez conté rhistoire, à élever 
du même coup le niveau moral et religieux de notre temps et de 
notre pays. 

Bien amicalement vôtre^ 
Alfred Baudrillart. 



PREFACE 



La réforme catholique en France, sous Henri IV et Louis XIII, 
la vraie Réforme, seule digne de ce nom, constitue un des aspects 
les plus remarquables du dix-septième siècle. Cet admirable mou- 
vement qui semble annoncer en les précédant et qui a peut-être 
déterminé tous les autres progrès caractérisant le grand siècle 
n'a pas été étudié, d'une manière spéciale et avec l'ampleur qu'il 
mériterait, dans sa marche, ses manifestations, ses résultats. L'im- 
pulsion fut irrésistible malgré les difficultés multiples qu'elle eut 
à vaincre sur des points divers. Pour représenter son action dans 
son ensemble il faudrait l'observer sur toutes les scènes où elle 
s'est déployée, dans toutes les provinces ou pour mieux dire dans 
tous les diocèses. Le sujet a été effleuré en ce qui concerne la capi- 
tale et quelques personnages marquants ^. Les matériaux pour 
un tableau plus large ne sont pas encore rassemblés. Lorsqu'ils 
auront été mis à pied d'œuvre par les patients travaux de l'érudi- 
tion provinciale, l'histoire de la rénovation religieuse, si superfi- 
ciellement traitée, pourra prendre la place qui lui appartient à 
côté de l'histoire si copieuse des guerres de religion. 

C'est à ce titre qu'upe monographie du genre de celle qu'a dres- 
sée M. l'abbé Aulagne est une contribution des plus méritoires 
pour ce futur tableau. Qu'une même enquête soit faite avec au- 
tant de soin et de discernement pour tous les diocèses et de cette 
consciencieuse analyse se dégagera aisément la généralisation dé- 
sirable. 

M. l'abbé Aulagne a été inspiré dans son entreprise par un 
homme qui avait rêvé de l'accomplir lui-même et s'en fut acquitté 
magistralement, le regretté Louis Guibert, correspondant de l'Ins- 
titut, qui connaissait aussi bien l'histoire ecclésiastique de sa pro- 
vince que son histoire civile. Il est juste que son nom soit rappelé 
au seuil de cet ouvrage qu'il aurait patronné de son autorité, si 
son existence si laborieuse et si féconde n'avait été prématurément 
tranchée. 



1. Voir les diverses Histoires de l'Église, Rohrbacher, etc.^ VHisloive de Hen- 
ri IVy par Poirson, — Les luttes religieuses en France, par le vicomte de Meaux ; 
i»a Réfomie et la politique française en Europe y par le môme. 



XIV PRÉFACE 



I 



Les malheurs de l'Eglise, la décadence du clergé, trop notoires 
pour être dissimulés, s'étaient aggravés à travers deux siècles de 
désordres et de calamités. Le grand schisme avait ébranlé la foi, 
troublé les consciences; la guerre de Cent ans introduisit l'anar- 
chie dans tous les rouages de la vie nationale. Les ruines, la misère, 
l'incertitude du lendemain avaient donné ouverture à tous les abus, 
détruit la discipline, perverti le sens moral. La commende, la si- 
monie, la confidence, ces trois lèpres qui vont de compagnie, ron- 
geaient l'Eglise gallicane et toute la chrétienté. L'ignorance, l'incon- 
tinence, la grossièreté des mœurs en sont la suite forcée. A la fin du 
quinzième siècle, le scandale était si criant qu'une réforme radicale 
était impatiemment réclamée et reconnue nécessaire par le corps ec- 
clésiastique lui-même. Cette tendance vers un renouveau religieux 
gagna tout d'abord la faveur d'une élite. Les esprits les plus géné- 
reux se laissèrent aller à l'espérance que cette régénération pour- 
rait être faite pacifiquement, par l'Eglise elle-même, sans porter 
atteinte au dogme et à la hiérarchie. Cette action fut bien vite en- 
traînée hors de sa voie légitime par les ambitieux et les violents et 
ces hommes de bonne volonté, épris de justice et de vérité, aban- 
donnèrent leurs illusions. L'hérésie se dressait avec son program- 
me révolutionnaire et subversif et des luttes fratricides, plusquam 
civilia hella, devaient ensanglanter et épuiser la France durant 
quarante années et l'offrir en proie à l'Espagne, comme elle l'avait 
été, au siècle précédent, à TAngleterre. 

La meilleure défense contre les attaques qui minaient le catho- 
licisme eût été, dès leur origine, le rétablissement de la discipline et 
l'amendement des mœurs. Le saint pape Pie V avait en effet écrit 
au roi Charles IX : « ... Si vous êtes contraint de supporter l'hérésie, 
vous avez un moyen d'en préparer la ruine... Travaillez à la ré- 
forme du clergé et à la restauration de la discipline ecclésias- 
tique... ï 

Charles IX opta pour un moyen plus énergique et moins louable 
qui n'améliora pas l'état des choses. Le remède préconisé par le 
pape dépendait du clergé tout au moins autant que du roi. La 
querelle était trop ardente pour laisser place à un autre souci que 
celui de combattre, elle était déjà trop envenimée pour qu'elle pût 
être calmée par des mesures d'une si lente exécution. 

Le concile œcuménique de Trente, que les protestants eux-mêmes 



PRÉFACE XV 

réclamaient, avait aussi voulu, par de sages règlements, travailler 
à cette réforme. Dans la dix-septième session de cette grande as- 
semblée, Tarchevêque de Braga, appuyant le cardinal Seripandi, 
déclarait : « La fin du concile a été de purger l'Eglise, de la cor- 
ruption effroyable qui déshonorait la pureté de ses mœurs et il a 
été vrai de dire que quand il n'y aurait nulle hérésie à combattre, 
on aurait dû assembler un concile général pour corriger les désor- 
dres et les abus... ». Mais les circonstances qui entravèrent les 
opérations du concile et prolongèrent sa durée, paralysèrent Teffi- 
cacité de ses prescriptions ; la réforme des mœurs, œuvre de paix, 
lut éloignée par la guerre flagrante. • 

La mort du dernier fils d'Henri II, le duc d'Alençon et d'Anjou 
(1584), posait une question redoutable. Henri III, d'une constitution 
viciée, ne pouvait avoir d'enfants. Le prince appelé à la couronne 
par la loi salique était huguenot et menait la guerre civile depuis 
quinze ans. Qu'adviendrait-il de la foi ancrée au cœur de la nation 
durant plus de mille ans ? Henri VIII, d'Angleterre, pour un ca- 
price de ses sens, avait changé la religion de son peuple : Henri 
de Navarre serait maître d'étouffer aussi la foi et les croyances que 
dès son berceau il avait appris à haïr ! Cette perspective, entrevue 
depuis quelques années, avait créé la Ligue. Se rapprochant, elle 
surexcita ces craintes, étendit ce mouvement. Le pays tout entier 
fut remué dans ses moelles ; cette « peur » le traversa de part en 
part. La Ligue peut être réprouvée dans ses moyens, elle s'explique 
dans ses Ans, elle est logique, elle ne pouvait pas ne pas naître et 
grandir. Par ses violences et ses excès elle prouvait que le catho- 
licisme était indestructible en France et qu'un prince hérétique 
ne s'y introniserait jamais. Elle assurait ainsi les traditions, la 
vocation de la fille aînée de l'Eglise. 

A la mort de Henri III, les partis étaient au paroxysme de la haine 
et de la fureur. 

Ce prince mourut mieux qu'il n'avait vécu. Il parla le langage 
de la raison à ses fidèles et au roi de Navarre réunis autour de son 
grabat. Aux uns il désigna Henri comme son légitime successeur ; 
à l'autre il dit : « Vous ne serez roi de France que catholique. » 

Henri IV fut reconnu roi par les principaux royalistes, sous ces 
conditions qu'il conserverait la religion catholique dans son inté- 
grité, qu'il se soumettrait au sujet de la religion à la décision d'un 
concile national et qu'il ne permettrait l'exercice du culte réformé 
que suivant les édits du feu roi. 

Cette déclaration fut jurée le 4 août. 



XVI PRÉFACE 

En ce jour, le nouveau roi avait vu clairement son devoir. Il 
comprenait Timipense portée de son serment. Il était résolu à le 
tenir strictement. Cette promesse faite, il était virtuellement catho- 
lique, car un concile national ne pouvait le maintenir dans le 
culte protestant. 

Et les lois qui gouvernent la destinée des peuples et qui pour les 
croyants ne sont autres que les desseins de la Providence, pour 
être souvent impénétrables, n'en sont que plus admirables. Il 
semblait que ce huguenot appelé au trône d'une nation fonciè- 
rement catholique devait être, comme il Tavait été jusqu'à présent, 
avec ses coreligionnaires, une cause de trouble, de division et de 
malheurs. L'immense majorité de ses sujets redoutaient la com- 
pression et le malaise, peut-être la persécution jusqu'au martyre, 
là prolongation indéfinie de ce fatal débat qui décimait les familles, 
énervait la patrie commune et créait un abîme de sang entre les 
fils de la même mère ! 

La Providence « traçait droit par des lignes courbes ». La raison 
humaine errait. Ce fauteur d'hérésie et de guerre civile était le seul 
homme au monde qui pût remettre les choses dans leur équilibre, 
rétablir l'ordre, relever la religion, tenir la balance entre les catho- 
liques et les protestants, ramener la France dans le droit chemin 
de la concorde et de la paix. Lui seul pouvait contenir son ancien 
parti qui était sûr de sa justice et de sa bienveillance; lui seul, 
nouveau catholique, pouvait faire accepter par les catholiques qu'ils 
respectassent le culte qui avait été le sien. Le doigt de Dieu s'était 
posé sur lui. Ce roi suspect fut le meilleur des rois pour la mission 
qui lui était impartie. 

Henri IV a reçu le nom de Grand : il mérite aussi celui de Restau- 
rateur de la religion catholique. Il a été le promoteur zélé de cette 
réforme du clergé qui éclaire tout le dix-septième siècle. Son règne 
fut court et il ne put mener à sa fin l'œuvre qu'il s'était assignée, 
mais il s'était déjà avancé dans la voie et son successeur n'eut qu'à 
marcher sur ses traces. 

Il est vrai qu'il fut aidé et comme entraîné par un élan général 
de piété, une exaltation évangélique qui eussent été difficilement 
comprimés. Après tant de dérèglements et de destructions, les 
âmes délivrées renaissaient à l'espoir, n'aspiraient pas seulement à 
l'amendement, à la correction, mais à la réparation, à l'accroisse- 
ment, à l'expansion la plus large. Depuis le temps de saint Louis 
on n'avait vu autant de vocations et de fondations religieuses. 

Le nouvesm converti, solennellement absous par les évêqueç 



PRÉFACE XVU 

français, ne fut pas si aisément admis par le pape dans le giron de 
rEglise romaine. Xa résistance du Saint-Père s'explique par la 
pression qu'exerçaient sur lui les chefs de la Ligue et surtout le 
roi d'Espagne, qui nourrissait toujours le projet d'enlever la cou- 
ronne de France pour sa fille Isabelle. Et cependant, il était urgent 
dé tirer l'Eglise gallicane du péril où elle pouvait sombrer. Lors- 
que Clément VIII fit défendre au cardinal de Gondi, évèque de 
Paris, ambassadeur de Henri IV, de s'approcher de Rome, ce pré- 
lat dut se borner à lui écrire peur lui dépeindre l'état de TEglise 
de France : «... Plus de quarante évèchés sont sans pasteur, leurs 
revenus sont à la disposition de femmes, de courtisans, d'officiers... 
les âmes errent saûs guide comme des brebis égarées, les curés et 
autres prêtres quittent leurs fonctions pour prendre les armes et 
tremper leurs mains dans le sang; le beau royaume de France est 
sur le point de devenir schismatique si on n'y met ordre sans 

délai ^. » 

Voilà dans quel état Henri IV prenait TEglise de France; vmgt 
ans après il la laissait en voie de guérison et marchant vers un 
admirable épanouissement. 

Son absolution lui fut enfin accordée par le pape qui y attacha 
des obligations. Rétablir la religion catholique en Béarn, ne nom- 
mer que^'des évêques foncièrement catholiques, ériger un monas- 
tère dans chacune des provinces en expiation des destructions 
commises, rappeler la Société de Jésus, telles sont les conditions 
que le roi accepta. H ne tint pas à lui de les remplir en leur entier, 
il s'y elïorçade son mieux jusqu'à sa mort. 

On peut examiner, dans le Gallia Christiana, les nominations 
faites aux évêchés à partir de 1595. La moralité, la capacité sont 
tenues en ligne de compte, la résidence est expressément recom- 
mandée. Presque tous les choix sont louables. On trouve bien 
encore quelques évêques trop jeunes, mais ils ont dispense du 
Pape ; quelques confidentiaires, mais cette coutume invétérée, 
simon'iaque en principe, n'était pas toujours entachée de lucre et 

1 CeUe situation déplorable t^st confirmée en 1506, par l'évèque du Mans : 
^ Les trois quarts des bergeries et troupeaux sont dépourvus de légitimes 
pasteurs De quatorze archevêchés, six ou sept, sont sans pasteurs, d'envi- 
ron cent évéchés on estime y en avoir trente à quarante dépour\ us... Quant aux 
monastères ., ils .sont vendus à beaux deniers comptants, baillés en mariage, 
troqués échangés de choses temporelles... De ce que nous avons pu savoir 
de vin^t diocèses, s'en trouve jusqu'à cent vingt, où il n'y a point du tout 
d'abbé" » Palma Cayet, ChronoL novenaire, 1. VIII, p. 723, coll. Michaud. 



XVIII PRÉFACE 

amenait parfois d*heureux résultats. Nous lui devons le cardi- 
nal de Richelieu et d'autres illustres prélats ^. 11 n'était pas possible 
d'extirper en quelques années des abus enracinés depuis des siè- 
cles, durant lesquels, comme l'a écrit Etienne Baluze, tout ce qui 
est défendu par les lois les plus sacrées était d'usage courant 2. En 
1600, l'épiscopat est à peu près au complet et a changé de face. 

Le roi a promis d'ériger un monastère par province. Sa pro- 
messe est dépassée de beaucoup. Il s'applique à la réforme des 
anciens ordres ou excite leurs progrès. II introduit en nombre 
de nouveaux instituts d'hommes et de femmes. C'est ainsi qu'il 
favorisa la fondation ou l'extension des ordres suivants: Récollets, 
Feuillants, Pères de la Doctrine chrétienne,' Bénédictins de 
Saint- Vannes, Carmes déchaussés, Congrégations de Picpus, Frères 
de Saint-Jean-de-Dieu, Dominicains réformés, Augustins déchaus- 
sés, Bénédictins anglais, Carmélites, Ursulines, Capucines, 
Jéôjitines, Filles de Notre-Dame, etc.. Cela dans l'espace de 
quinze ans. 

Il n'y eut pas de diocèse qui ne vît s'élever quelque couvent 
d'hommes ou de femmes. Oubliant les griefs qu'il pouvait avoir 
contre les Jésuites, le roi ne manqua pas à la parole donnée en son 
nom au pape par Du Perron et d'Ossat ; il les rétablit malgré les 
graves remontrances d'Achille de Harlay, contre l'avis des parle- 
ments, de Sully, de tous ses amis, contre le sentiment populaire. 
Le P. Cotton, de cette Compagnie, fut son confesseur et son conseil. 
Le dauphin eut le pape pour parrain et le jeune prince de Condé, 
premier prince du sang, fut élevé dans la religion catholique. 

Le culte catholique fut réinstallé dans plus de trois cents villes 

1. On cite la nominalion, en 1604, de Charles de Lévis-Ventadour, à l'âge de 
quatre ans, comme évoque de Lodève. Elle n'eut aucune suite et cet enfant 
n'est pas compté parmi les évéques de Lodève par le Gallia Chrisiiana, ni 
parGams.L'évêché est porté vacant de 1604 à 1607. Gérard de Robin fut nommé 
à ce siège en 1607. Il paraît bien avoir été confidentiaire, pour garder la place 
à François de Lévis-Ventadour, qui lui succéda à sa mort en 1611 , et ne fut 
pas sacré. Il y avait des confidentiaires de plusieurs sortes. Le plus souvent, 
les parents, très puissants, d'un candidat trop jeune à un évéché vacant, y 
faisaient nommer un prêtre très âgé qui devait, par sa mort, renouveler la 
vacance dans un délai assez rapproché. C'est ainsi que François Yver^ petit 
curé du Poitou, succéda en 1595 à Jacques du Plessis de Richelieu et laissa la 
place, en 1600, au frère du futur cardinal qui se démit en sa faveur... C'est la 
forme la moins criminelle de la confidence, elle n'en est pas moins très re- 
prochable. Elle a été pratiquée bien en deçà du temps d'Henri IV. 

2. (( Ita fiebat contra jus et morem iîi magna quee tum erat in regno Francia3 
rerum turbatione, cum omnia ipso jure illicita viderentur licita et permissa» 
Historia Tuielensis, p. 269. 



PRÉFACE XIX 

et plus de trois mille paroisses ^ dont il avait été banni durant 
plus de quarante ans. La situation en Béarn était si ardue, si dan- 
gereuse, qu'il fallait préparer de longue main, avec une extrême 
prudence, la disgrâce des protestants. Henri IV y envoya les Bar- 
nabites qui trouvèrent c l'Eglise catholique semblable à un malade 
épuisé qui a perdu presque tout son sang par l'effet d'un assassi- 
nat commis sur lui par des brigands » 2. i\ ne restait pas un autel 
debout, ils disaient la messe et prêchaient en plein vent. Desédits 
furent promulgués pour protéger les catholiques, leur faire rendre 
leurs biens. Louis XIII, à dix-neuf ans, dans un voyage en Béarn, 
put achever l'ouvre déjà à moitié faite. Il suffit de prendre lec- 
ture des édits de mai 1596 et de décembre 1606 pour se convaincre 
qu'Henri IV fit pour l'Eglise, pour le clergé catholique tout ce 
qu'il était humainement possible de faire au milieu des difficultés 
où il se mouvait. 

Le dernier édit fut rendu après une enquête faite par des visi- 
teurs spéciaux, dans tous les diocèses de France, à TefTet de cons- 
tater l'état de tous les bénéfices et les titres des titulaires. 

Henri IV pouvait dire avec vérité aux députés de l'assemblée du 
clergé de 1605 : «... Vos remontrances et vos plaintes, Messieurs, 
ne sont que trop fondées. Je conviens avec vous que l'Eglise est 
accablée de vexations et que je dois faire tous mes efforts pour lui 
rendre son ancien lustre et sa tranquillité. Je n'épargnerai ni mes 
soins, ni ma vie même, pour faire triompher l'Eglise et la religion... 
Je me fais gloire de ce que dans la nomination aux évêchés, je n'ai 
fait aucune injuste préférence ; sans aucun égard ni à la faveur ni 
aux recommandations, j'ai toujours choisi des personnes distin- 
guées par leur science et dont la sainteté était une exhortation con- 
tinuelle à la vertu... Je suis glorieux de voir ceux que j'ai établis 
bien différents de ceux du passé... Le récit que vous en avez fait me 
double encore le courage de mieux faire 3.» 

En même temps> il rassure ses anciens coreligionnaires dont la 
plupart restèrent toujours ses amis, sur leur liberté religieuse et 
leur liberté civile ; il ne poursuit pas l'anéantissement de la religion 
réformée « dont il a été trop bien servi dans ses tribulations et an 
goisses ; mais de la faction huguenote », ils peuvent être bien sûrs 
de sa justice et de sa protection. Et là aussi, il a tenu sa parole. 

Voilà qui répond aux Sermons sur la simulée, conversion et au 

1. Poirson, t. IIÎ, p. 730 et suiv. 

2. Poey-d'Avant, Histoire des troubles survruus en Èêarn^ i. III, p. 15. 

3. Procès^ verbaïuc des assembiêes du clergé^ t. I, p. 695. 



XX PRÉFACE 

Banquet du comte éCArètCy ces derniers et délirants outrages de 
la Ligue expirante. L'absolue sincérité de là conversion ne saurait 
être contestée. On a cité des mots faits après coup, des lettres à une 
date où il ne pouvait s'expliquer catégoriquement. Ces indications 
fausses cèdent devant les faits. Le fils de Jeanne d'Albret n'avait 
pas la mentalité d'un indifférent ou d'un libre-penseur de nos jours. 
Les esprits sensés et sans passion se rangent au langage que l'ar- 
chevêque de Bourges tenait aux conférences de Suresnes : (c... Ce 
n'est point un roi idolâtre, un mahométan, il est chrétien par la 
grâce de Dieu, il a avec nous un même Dieu, une même foi, un 
même symbole ; il n'est séparé de nous que par quelques erreurs et 
diversités touchant les sacrements ^ » — C'était un croyant. Il était 
pieux, dévotieux, priait souvent et avec ferveur. Sa mère lui avait 
donné ses habitudes dès son jeune âge. Lorsqu'à son voyage à Limo- 
ges, en 1605, on lui montra le chef de saint Martial, « son cœur fut 
touché de dévotion et baisa plusieurs fois ce sacré dépost et y fit 
toucher sa croix et son chapelet » '^, 

Un jour il demanda à l'évêque de Genève de lui faire un traité 
de piété. Il voulait a un ouvrage de sa main où la religion serait 
présentée dans toute sa beauté native, dégagée de toute superstition 
et de tout scrupule, praticable à toutes les classes, à la cour et dans 
les armées, compatible avec l'agitation du monde et le fracas des 
affaires ». C'est à cette demande que nous devons Vlntrodiiciion à 
la vie dévote 3. 

Sous la régence de Marie de Médicis et sous Louis XIII, la 
réforme suivit son cours. Il y avait encore beaucoup à faire et les 
résistances et les difficultés n'avaient pas disparu. « L'Eglise de 
Dieu )) n'était pas entièrement relevée de ses ruines «dont la dépra- 
vation ecclésiastique était la principale cause », disait un émule de 
l'évêque de Genève qui allait prendre une large part à ses œuvres. 
Il se nommait Vincent de Paul. François de Sales avait décliné 
les propositions d'Henri IV qui lui oflrit plusieurs fois un évêché 
en France, il s'était voué à son épouse spirituelle, cette pauvre 
Eglise où il y avait tant de brebis égarées, mais il se sentait Fran- 
çais par sa nature et son génie, il chérissait cette seconde patrie, 
il aimait ces chaires de Notre-Dame, du Louvre, de Lyon, de Gre- 

1. Palma Cayet, 1. V. 

2. Bonaventure Saint-Amable, A7inales du Limousin^ p. 817. — Voir aussi 
Poirson, Histoire de Henri IV, t. 111, p. 731 et passim. 

3. Uamoii, Vie de saint François de iSalcs^ 1. 1, p. 40. 



PRÉFACE XXI 

noble où son originale et exquise parole charmait tous les cœurs. 
C est à Dijon, en 1604, qu'il avait rencontré Madame de Chantai et 
que, par une prescience surnaturelle, il l'avait reconnue comme 
devant être Tinstrument des desseins que la Providence lui suggé- 
rait. Elle hésita quelque temps, mais se rendit à la volonté d'en 
haut. L'ordre de la Visitation des malades fut créé à Annecy 
en 4610, établi à Paris en 1618. Saint Vincent de Paul en fut le 
premier supérieur. A la mort de Madame de Chantai, l'ordre avait 
déjà quatre-vingt-sept maisons. 

François de Sales mit Madame de Chantai en relations avec la Mère 
Marie Angélique Arnauld, sœur du Grand Arnauld, réformatrice 
des Bénédictines de Port-Royal-des-Champs. Elle en avait été faite 
abbesse à onze ans par une supercherie de ses parents. Les tribula- 
tions qu'elle traversa pour accomplir sa sainte entreprise, sa lutte 
contre l'indigne abbesse de Maubuisson, sœur de Gabrielle d'Es- 
trées, sont célèbres par le récit qu'en a fait Racine. Elle triompha et 
sa réforme s'étendit à un grand nombre de couvents de femmes et 
d'hommes de l'ordre de Cîteaux. La Mère Angélique fut toujours 
édiQante par ses mœurs, mais plus tard ne resta pas étrangère au 
trouble jeté dans l'Eglise par le jansénisme. 

Marie de Beauvilliers, abbesse de Montmartre, avait été en butte 
à de pires traitements pour vouloir purifier son troupeau conta- 
miné. On tenta de l'empoisonner, on complota son assassinat, tant 
les habitudes de relâchement étaient indéracinables. 

Les nouveaux instituts furent animés d'un souffle plus pur. 
Marguerite d'Arbouze, formée par Marie de Beauvilliers, rétablissait 
le couvent du Val-de-Grâce si cher à Anne d'Autriche et qui devint 
rapidement florissant. La reine achetait pour les austères Feuillan- 
tines la maison de la rue Saint-Jacques et leur donnait pour pre- 
mière supérieure une des femmes les plus belles et les plus 
recherchées de la cour, Marguerite de Clausse de Marchemont, âgée 
de vingt-deux ans, veuve pour la seconde fois et que le désespoir 
précipitait dans le cloître. 

M. Vincent organisait de son côté les « Charités » avec Mme Legras, 
la congrégation de la Mission et autres œuvres admirables parmi 
lesquelles l'assistance des Enfants Trouvés. Les Filles de la Charité 
servantes des pauvres. Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, sont véné- 
rées par le monde entier. La congrégation de la Mission fut un se* 
minaire de bons prêtres, de dignes évêques, et fit un grand bien par 
6es prédications et ses catéchismes dans les campagnes. M. Vincent 
contribua aussi à la réforme des Filles orphelines, des Filles de 



XXII PRÉFACE 

Sainte-Genpvif^ve, des Filles de la Croix, de l'abbaye de Longchamps 
on elle était le plus nécessaire. 

La réforme des nénédirtins de Saint-Van nés fini enjiloba Saint- 
Maiir et plus tard Saint-Germain-<|ps-Prês, culie plus ancienne dt»s 
Frniillants, par Jean de la Barrière, avaient produit d'heureux eiî'ets 
mais un jrrand nombre de monastères de Saint-Benoit restaient 
encore hors de leur rê<rle. L'ordre de Saint-Aufîustin et Tordre de 
Saint-Bernard, les (f Bonshommes t) de Saint-Elienne de Muret, 
étaient dans le même cas. Le cardinal de la Bocbefoucauid avait 
reçu du pape et du roi une délénration prénérale pour remettre les 
choses en état normal, mais n'avait pas complètement réussi. Le 
cardinal de Richelieu, élu abbé de Cluny, eut la velléité de suivre 
l'entreprise, mais, en présence de certains empêchements venus 
de Rome à raison de sa personne, n'insista pas. L'esprit cependant 
était à la réforme Pt finit y)ar triompher. 

Les chanoines ré^rnHers de Saint-ATitrustin rentrèrent dans la 
bonne voie. La con^rrégation de Sainte-Geneviève, dont le cardinal 
(le la Hochefoucafild était abbé, celle de Saint-Vincent de Senlis, aux 
soins du P. Kaure, celle de Lorraine sous Pierre Fourier, celle 
de la Chancelade, en Périgord^ relevée par Alain de Solmiuiae, 
donnèrent un exemple qui fut suivi par d'autres maisons de Saiut- 
Augustin, notamment les Prémontrés. 

Les Capucins progressaient de leur côlé. Le P. Athanase, iVère 
de Mathieu Mole, fondait pour les tilles repenties le couvent des 
Madelonettes. l'n autre capucin, plus célèbre, le 1*. Leclerc du 
Tremblay, c( l'Kminence grise ^, instituait les Filles du Calvaire et 
organisait des missions pour évangéliser les infidèles d'OrieuL 

Le P. P»ouhourt avait commencé la réforme des Carmes mus le 
règne précédent. Kile s'étendit considérablement de 1 007 à 1624, 
embrassa toute la France, y compris le grand couvent de J'aris, dit 
les Rillettes. 

Les Célestins, les Camaldules, les liernardins et autres ordres 
durent leur accroissement à une plus étroite observance de leurs 
anciens statuts. 

La capitale se peuplait de nouveaux édifices religieux. Les 
Carmes bâtissaient leur église de Vaiigirard, U^s Minimes élevaient 
leur couvent î)rès de la place P\oyale, les Dominicains s'installaient 
dans leur belle maison neuve de la me Saint-Ilonoré, les Frères 
de Saint-.Ieaii-fle-=T)ien terininnient leur gi'and hôpital du faubourg 
Saint-Cermain, la congrégation de Piepus réformée s'cLablissait 
sur un vaste eniplacement au bout du faubourg Saiut-AnLoine. 



PRÉFACE XXIU 

La réforme du clergé séculier était tout aussi nécessaire et aussi 
pressante que celle des moines. Henri IV avait eu à peine le temps 
d'y toucher. C'est par les curés que l'instruction religieuse est 
donnée au peuple, c'est par leur exemple journalier que la mora- 
lisation ou le scandale sont répandus. La mauvaise composition du 
clergé paroissial tenait à plusieurs causes. Les sujets d'élite étaient 
très rares. La formation ecclésiastique était imparfaite, la rétribu- 
tion du ministère était vile. Un grand nombre de cures dépendaient 
de la mensedes monastères. Les abbés, curés primitifs, nommaient 
les curés, simples vicaires, et ces commendataires n'avaient en vue 
que de pourvoir au service divin au meilleur marché, de réduire 
la portion congrue. Le jeune évèque de Luçon présenta cette obser- 
vation aux Etats de 1614, et plus tard arrivé au pouvoir il estimait 
que la distribution des bénéfices ecclésiastiques entraînait une 
effrayante responsabilité à raison du bien ou du mal qui pouvait 
en résulter pour l'Eglise. Il craignait d'être damné pour ne pas 
choisir avec assez de scrupule les évèques et les abbés qui choisis- 
saient les curés. 

Le concile de Trente avait ordonné la création de séminaires 
diocésains, indispensables pour préparer dans la retraite et le 
recueillement, par des études prolongées, les jeunes clercs aux 
exigences du ministère paroissial. Ce vœu fut enfin rempli. L'abbé 
de Bérulle fonda l'Oratoire, l'abbé Eudes institua la congrégation 
qui prit le nom d'Eudistes, M. Olier créa le séminaire de Saint- 
Sulpice. La communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, sous 
M. Bourdoise, l'ami de M. Vincent, et le séminaire des « Trente- 
trois > de Claude Bernard, le ce pauvre prêtre », doivent aussi être 
nommés. 

Et toutes ces sociétés ne suffisaient pas à la soif de piété, de 
prière, d'effusion religieuse qui brûlait les âmes si longtemps pri- 
vées de secours. Des missionnaires furent affectés à chaque diocèse. 
Ils pérégrinaient, semant la parole de Dieu, comme aux temps 
évangéliques. Le P. Le Jeune, privé de la vue, le Père Aveugle^ 
prêcha vingt ans en Limousin. Le clergé séculier, spécialement 
le clergé rural, se trouva ainsi grandement amélioré, l'esprit sacer- 
dotal fut renouvelé. On a pu dire à juste titre que vers la fin du 
règne de Louis XIII la France avait le clergé séculier le plus digne 
et le plus éclairé de la chrétienté. Il faut y comprendre les évè- 
ques qui observèrent la résidence, portèrent attention à la nomi- 
nation des curés, veillèrent à la discipline et relevèrent le niveau 
moral et intellectuel de leurs modestes coopérateurs^ 



XXIV PRÉFACE 



II 



Le diocèse de Limoges n'avait pas échappé aux malheurs du 
temps. Au cours du seizième siècle, aucun de ses évêques n'avait 
administré par lui-même. La discipline avait grandement soulîert 
de ce manque de direction. La guerre avait ruiné beaucoup d'é- 
glises et de monastères. 

En 4587, Henry de la Martonie, abbé de Saint-Just, près de Beau- 
vais, fut nommé évéque de Limoges sur la recommandation de la 
duchesse de Monlpensier, sœur des Guises. C'était un partisan de 
la Ligue. Il s établit à Limoges en 1588. Ses débuts furent très dif- 
ficiles. A la mort de Henri ill, il prit nettement parti parmi les 
adversaires d'Henri de Navarre. La ville de Limoges et la province 
étaient en très grande partie favorables au roi qui promettait de 
se convertir. Le chapitre de la cathédrale était nettement roya- 
liste *. L'évéque se sépara de son clergé, de son peuple, suscita un 
soulèvement qui eut les plus graves conséquences. Le sang fut 
versé. Les chefs qui avaient suivi l'impulsion de Tévêque, furent 
condamnés à mort et exécutés. Henry de la Martonie dut sëloigner 
de son palais qui avait été abattu et de la ville. Ces dramatiques 
événements sont racontés avec détail par M. Tabbé Aulagne. 

Lorsque Henri IV eut été absous par le pape, l'évéque rentra 
dans la droite voie et devint un dévoué et einpres€ié serviteur du 
Toi. Quoique d'un caractère ardent, c'était un excellent prêtre. 11 
seconda avec zèle les intentions du souverain au sujet de la ré- 
forme. 

Nous avons nommé les Franciscains reformés, dits Récollets, 
parmi les ordres qu'Henri IV avait instaurés dans le royaume. Ils 
eurent leurs premiers couvents dans le diocèse de Limoges. Dès 
1594, la petite ville de Saint-Léonard leur ouvrit ses portes. Limo- 
ges, Aubusson, Confolens, Ussel et Bri ve obtinrent le mêmeavantage. 
Pour obéir aux intentions du roi, Tévêque gratifia de divers béné- 
fices ces religieux qu'Henri IV combla de faveurs. 

La congrégation séculière des Pères de la Doctrine chrétienne 
avait été fondée à Avignon, en loOiî, i)ar César de Bus. Un de ses 

1. Pierre Cibot, chanoine et syndic du chapitre de Llmo|,'es, fut dtdêjxué à 
l'assemblée des dignitaires del^Vlise qui, en 1591, se nHinirentà Chartres pour 
se pourvoir contre l'interdit fulminé par le pape. Il l'ut un des députés de cette 
assemblée vers le roi pour lui rendre compte de la délibération. Vtracm des 
libériez de l'Eyliae yuiUcane, t. I, p. 45. 



PREFACE XXV 

premiers établissements fat installé à Brive, vers 1608, par les 
soins du Père de Vigier, compagnon et successeur du Père de Bus. 
En 1627, les Doctrinaires prirent la charge du collège de Brive. 

Les Ursulines furent établies à Brive en même temps que les 
Doctrinaires. Les Pères de Bus et de Vigier avaient contribué à la 
formation de la première communauté des Filles Ursulines, à 
Lisle, dans le comtat Venaissin. La Mère de Bermond, fondatrice 
eut pour auxiliaire la Mère de Vigier, dite de Sainte-Ursule, qui 
fonda à son tour les couvents d'Avignon et de Brive. Elle avait 
accompagné dans cette ville, en 1608, le Père de Vigier soa frère : 
cette fondation fut due, en grande partie, à l'initiative et aux libé- 
ralités d'Antoine de Lestang, président au Parlement de Toulouse. 

Une autre action fait grand honneur à l'épiscopat d'Henry de la 
Martonie. Il favorisa l'union du monastère de Saint-Augustin de 
Limoges à la congrégation de Saint- Vannes-Saint-Maur. C'est la 
première abbaye de France qui sollicita l'avantage de se soumet- 
tre à cette observance. A ce titre elle obtint du roi le privilège de 
ne pouvoir être mise en commende et d'être gouvernée par un 
abbé triennal élu par le chapitre général de la congrégation. On 
n'oubliera jamais les immenses services rendus aux sciences, par- 
ticulièrement à l'histoire, par la congrégation de Saint-Maur. Le 
diocèse de Limoges lui a fourni quelques sujets distingués, dom 
Rivet, dôm Colomb, dom Poncet, dom Duclou. 

Quelques autres unions également profitables suivirent. L'^- 
baye de Saint-Pierre de Sçlignac, à deux lieues de Limoges, ruinée 
par les guerres, était restée au pouvoir des gentilshommes hugue- 
nots qui en jouissaient au moyen d'hommes de paille. Jean Jaubert 
évêque de Bazas, en étant devenu abbé, l'unit à Saint-Maur en 1615, 
malgré l'opposition très vive des religieux. Le monastère du Mou- 
tier-d'Ahun, soumis à celui de Saint-Pierre d'Uzerche, était tombé, 
comme son chef, dans une complète décadence. Il fut relevé en 
adoptant, en 1615, la supériorité et les ordonnances de Cluny. D'au- 
tres essais de réforme furent tentés qui ne devaient réussir qu'un 
peu plus tard. 

Le clergé séculier était aussi très relâché. Le chapitre de la 
cathédrale de Limoges, les chanoines de Saint-Junien encouraient 
des reproches d'une telle gravité qu'on veut les croire exagérés. 
Les prêtres habitués, particulièrement, vivaient sans aucune rete- 
nue. Avec l'aide du doyen du chapitre, Mathieu de Verthamon, 
et surtout du chanoine Marchandon, l'évêque poursuivit cet assai- 
nissement moral dont son successeur eut aussi à se môler. 



XXVI PRÉFACE 

Les auxiliaires de l'évoque dans ce ministère pastoral dont il se 
montra très digne, furent naturellement ses vicaires généraux qui 
méritent leur part d'éloges... Joseph de Julien et Pierre Benoist, 
catéchiste d'Henri IV, eurent d'abord cette charge. Par leurs anté- 
cédents et leur caractère ils réussirent aisément à faire oublier les 
fâcheux débuts de l'évêque et à lui regagner la confiance de son 
peuple. Ceux qui leur succédèrent eurent un rôle plus effacé. En 
réalité, l'influence sérieuse dans la direction du diocèse appartint, 
depuis 1598, aux Jésuites qui venaient d'être introduits à Limoges, 
par les soins du saint prêtre Bardon de Brun. Educateurs, caté- 
chistes, missionnaires, confesseurs, associés à l'administration, ils 
réussirent également dans tous ces emplois. Le premier recteur 
du collège, le P. Solier, de Brive, qui donnait ordre à ces divers 
services, fut un homme de premier mérite. 

Henry de la Martonie, âgé de quatre-vingt- trois ans et valétudi- 
naire, dut, en 1615, demander un coadjuteur. Son neveu, Raymond 
de la Martonie; prévôt d'Amiens, lui fut adjoint avec future suc- 
cession. Evêque depuis vingt huit-ans, dans des temps très diffici- 
les, il n'avait pas été inférieur à sa tâche. C'était un des prélats les 
a mieux disant » du royaume. Député aux Etats généraux de 1588 
et 1614, il usa de sa facilité de parole pour exposer les doléances du 
clergé. .Son activité, sa bonne volonté sont prouvées par la régula- 
rité de ses tournées pastorales dans son vaste diocèse (il visitait 
250 paroisses par an), par toutes les œuvres auxquelles il mit la 
main en vue de la réforme qui devait occuper une série de ses suc- 
cesseurs. Son action s'étendit même au delà de sa juridiction. Il 
favorisa plusieurs fondations dans le petit diocèse de Tulle, démem- 
brement de celui de Limoges. Et pour montrer, en passant, com- 
bien ce besoin de rénovation religieuse était général et mériterait 
d'être étudié sur les plus modestes théâtres, mentionnons le résul- 
tat obtenu par Jean de Genouillac dans son diocèse de cinquante- 
trois paroisses. Nommé évêque de Tulle, en 1599, avec dispense 
d'âge en remplacement de son custodi nos, il n'en fut pas moins un 
bon prélat et durant son épiscopat réussit à établir dans la seule 
ville de Tulle huit ordres monastiques: quatre d'hommes, Récol- 
lets, Feuillants, Jésuites, Carmes ; quatre de femmes, Ursulines, 
Clarisses, Bernardines, Visitandines. Ces huit couvents furent tous 
prospères et de bon exemple. 

Raymond de la Martonie succéda à son oncle en 1618. La vigne du 
Seigneur était expurgée de quelques mauvaises herbes, mais récla- 



PRÉFACE XXVn 

mait encore un défrichement opiniâtre. M. l'abbé Aulagne rappor- 
te les deux faits suivants. Au mois d'octobre 1620, Henri de Bourbon, 
prince de Condé, s'étant rendu au tombeau de saint Léonard, pa- 
tron des prisonniers, pour acquitter le vœu qu'il avait fait pendant 
sa détention au château de Vincennes, voulut aussi rendre hom- 
mage aux reliques de saint Martial. L'évèque se trouvait dans la 
basilique pour le recevoir. Là, en habits pontificaux, au moment 
où il se disposait à présenter au prince le reliquaire où était en-^ 
fermé le chef de l'apôtre, l'abbé de Saint-Martial survint, furieux, 
prétendant que ce droit lui appartenait. Il insulta l'évèque. Un 
corps à corps eut lieu. L'évèque fut frappé. Lès chanoines séparè- 
rent les combattants et le prince se retira sans avoir baisé la reli- 
que. L'abbé, poursuivi au criminel par l'évèque, fut condamné par 
le Parlement, mais cet énergumène ne cessa pas ses exploits, com- 
me on le verra plus loin. 

L'abbaye de femmes de Notre-Dame de la Règle, à Limoges, qui 
avait jadis mérité ce nom par sa sévère correction, était tombée 
dans un affreux désordre. L'abbesse, qualifiée Madame^ portait la 
crosse, avait 14 000 livres de revenu. A l'avènement de Raymond 
de la Martonie, l'abbesse, âgée de vingt-quatre ans, nommée Vir- 
gile de Pont-Jarno, entretenait ouvertement des relations coupa- 
bles avec un gentilhomme du pays, Pierre de Bermondet, qui vivait 
à la campagne, avec elle, pendant la belle saison, et qu'elle héber- 
geait à son couvent le reste de l'année. Toutes représentations res- 
tèrent sans effet. L'expulsion de l'intrus fut ordonnée par justice. 
La milice bourgeoise se transporta au couvent pour l'exécution. 
Bermondet résista ; des coups de feu furent échangés. Un décret 
de prise de corps fut rendu contre l'abbesse Virgile. De chagrin ou 
de dépit, elle tomba malade et mourut presque subitement, ce 
qui fit cesser les poursuites. 

Raymond de la Martonie ne fut pas moins actif que son oncle 
pour la réforme et y travailla de tous ses efforts, par ses tournées 
pastorales, les synodes ecclésiastiques, les enquêtes de ses délégués. 

L'assistance de Bardon de Bruli qui lui fut continuée, celle d'un 
vicaire général aussi instruit que zélé, le chanoine prédicateur 
Talois, secondèrent ses excellentes intentions. 

Dès l'année 1616, Bardon de Brun, avec l'approbation du Saint- 
Siège constitua, sous l'invocation de saint Martial, une association 
de prêtres désireux <l de s'avancer eux-mêmes dans la perfection 
et de s'employer au salut des âmes». L'évèque favorisa grande- 
ment cette création faite pour engager le clergé métropolitain 



XXVIII PRÉFACE 

dans la voie de la réforme catholique. «: Bardon de Brun, dit 
M. Tabbé Aulagne, se fit le principal promoteur de toutes les bon* 
nés œuvres qui furent accomplies sous Tépiscopat de Raymond de 
la Martonie. Plusieurs ordres religieux lui durent leur réformé ou 
leur fondation. Non content d'avoir introduit les pénitents en 
Limousin, pour y relever l'influence du clergé, il fut encore un 
des principaux restaurateurs, avant sa mort, de la grande confrérie 
de Saint-Martial. » 

Raymond de la Martonie utilisa aussi l'influence déjà acquise 
par les Jésuites, leur habileté, leur dévouement absolu à l'épura- 
tion des mœurs ecclésiastiques. Il se faisait ordinairement, dans 
sa visite pastorale, accompagner de l'un d'eux chargé de lui faire 
part de ses observations. Les statuts synodaux qu'il publia en 1620, 
par les défenses qu'ils contiennent montrent assez les faiblesses 
dont le clergé n'était pas encore afl'ranchi. 

La réforme des monastères continua d'exiger beaucoup d'efforts. 
Saint-Augustin fut uni à Saint-Maur. L'union de Solignac à Cluny 
fut scellée définitivement. La réforme de l'antique abbaye bénédic- 
tine de Saint-Martin, réduite à trois religieux résidants, ne put être 
réalisée que par l'abandon que l'abbé Louis Marchandon, recon- 
naissant l'impuissance de son autorité, fit de son abbaye aux 
Pères de Notre-Dame de Feuillants. Ceux-ci en prirent possession 
en 1624. 

Le monastère des Frères prêcheurs fut plus difficilement ramené 
à la régularité. Ce couvent, qui remontait au temps de saint Domi- 
nique et avait été durant plusieurs siècles la gloire et l'édification 
de la province, était arrivé au dernier degré de l'abaissement. 
Dévasté une première fois en 1370, par le Prince Noir, il fut de 
nouveau détruit et même rasé par l'armée huguenote du duc des 
Deux-Ponts, en 1569. Une partie des bâtiments fut restaurée, mais 
les bonnes mœurs n'y rentrèrent pas. Bardon de Brun s'entremit 
pour la réforme urgente de cette communauté. L'évêque, les con- 
suls, le pape lui-même s'y intéressèrent. Le Père général donna ordre 
au provincial de Toulouse, d'envoyer à Limoges trois frères réfor- 
mateurs. Ceux-ci travaillèrent heureusement, le couvent refloris- 
sait. Les religieux auxquels la nouvelle observance était odieuse 
fabriquèrent de fausses lettres du Père général ordonnant aux réfor- 
mateurs de se retirer à Toulouse, ce qu'ils firent. Bardon de Brun 
intervint encore. Quelques mois après, l'entreprise fut tentée de 
nouveau. Cette fois les anciens religieux opposèrent une telle résis- 
tance qu'il fallut recourir à la force armée. Des coups de feu furent 



PREFACE XXIX 

tirés contre eux. La réforme fut ainsi implantée par arrêt du Parle- 
ment. Elle fut plus tard appliquée au couvent de Brive. 

De nombreuses fondations furent faites à Limoges et dans la pro- 
vince sous cet épiscopat. La Mère Isabelle des Anges, Espagnole, 
introduisit à Limoges le Carmel (1618) et bientôt après y appela 
les Carmes déchaussés (1623). La congrégation de l'Oratoire sui- 
vit de près (1624), grâce aux libéralités de Pierre Sahuguet, cha- 
noine de Saint-Martial. Pour ne pas faire concurrence aux Jésuites, 
les Oratoriens ne se livrèrent pas à l'éducation de la jeunesse mais 
seulement à la prédication. 

La maison des Ursulines de Brive avait tellement prospéré que 
douze ans après son érection elle était en état d'essaimer au profit 
de Limoges. Sur la demande qui lui en fut faite, cette communauté 
enseignante envoya, en 1620, dans la métrople, une colonie de cinq 
religieuses qui donna toute la satisfaction qu'on en attendait et se 
développa rapidement. 

Les Clarisses Urbanistes avaient précédé d'une année les Ursu- 
lines. Elles s'établirent à la même époque à Saint-Yrieix, à Brive 
et à Nontron. 

Les dix années d'épiscopat de Raymond de la Martonie avaient 
été bien remplies. 

François de la Fayette, premier aumônier de la reine, fut 
nommé évéque de Limoges, en 1627, à l'âge de trente-sept ans. Il 
occupa cette charge près de cinquante ans. Son épiscopat fut très 
fécond, mais très militant, embarrassé de résistances et de conflits. 
Malgré les efforts de ses deux prédécesseurs, la bonne discipline, 
la dignité des mœurs ne régnaient pas encore dans ce diocèse si 
étendu et si longtemps négligé. Voici encore des faits rapportés par 
M. Tabbé Aulagne. 

Cet abbé de Saint-Martial dont nous avons parlé, Pierre du Ver- 
dier, ne vivait pas en bonne intelligence avec son chapitre. Pour 
se venger des chanoines, il leur tendit un criminel guet-apens. 
Ayant aposté des spadassins armés entre le clocher et la sacristie 
de la collégiale, au sortir de la grand'messe, il attaqua le prévôt, 
lui donna un soufflet et d'autres coups. Les chanoines voulurent 
s'entremettre; la lutte s'engagea. Les hommes apostés se précipi- 
tèrent et assommèrent les chanoines. Il y eut de nombreux blessés 
et du sang répandu jusque dans la basilique. L'évèque interposa 
son autorité, fit fermer l'église qui dut être purifiée et provoqua 
rarrestation de Tabbé et de ses deux frères, dont Tun chanoinei 



XXX PRÉFACB 

ne» ccmfAiee». Une transaction intervint, mais le turbulent abbé 
devait encore donner da souci à son évoque. 

Dom Roger, abbé de Saint-Martin, entra publiquement en lutte 
avec résèque, qui fut amené à lui interdire la prédication et la con- 
fession dans le diocèse. L'abbé continua de prêcher et prit pour 
sujet les privilèges des réguliers, c'est à dire leur indépendance 
viS'à-vis de l'ordinaire. Il ne se priva pas de prononcer en chaire 
des paroles injurieuses contre Tévêque et récidiva malgré de nou> 
velles défenses. Le cas fut soumis à l'assemblée générale du clergé, 
qui ordonna que l'abbé serait mis en prison. Dom Roger finit par 
se soumettre. 

Les couvents de femmes cherchaient par tous les moyens à se 
soustraire à la sun-eillance et à l'autorité de l'évêque, à se rendre 
exempts, comme on disait alors. Jeanne de Verthamon gouvernait 
sagement l'abbaye de la Règle, mais elle refusait l'entrée de son 
couvent à l'évêque- 11 fallut plaider dix ans pour la soumettre. Aux 
Alloi», prés Limoges, à Bonnesaîgne, près Ussel, la même résistance 
ne put être vaincue que par des arrêts de justice obtenus après de 
longues procédures. 

François de la Fayette, prélat de cour mais d'une grande dignité 
de vie, haut à la main mais juste, témoigna, en toutes circonstances, 
de fermeté et d'esprit de suite. Sévère pour lui-même, il Tétait 
pour les autres quant à la correction des vices et au respect de son 
autorité. Le résultat qu'il poursuivait étant atteint, son naturel le 
portait au pardon et à l'oubli. Il eut à affirmer ce caractère vis-à- 
vis des moines et religieuses comme envers le clergé séculier. Le 
chapitre cathédral, les prêtres de Saint-Michel-des-Lions, ceux de 
Saint-Pierre-du-Queyroix, à Limoges, les chanoines de Saint-Junien 
firent l'expérience de son énergie comme de sa bonté. Dans les cam- 
pagnes, par suite de ses propres observations ou de celles des visi* 
teurs diocésains, il dut interdire beaucoup de prêtres, en con- 
damner un plus grand nombre à l'amende, ce qui le fit, bien à tort, 
accuser, par les mécontents, de cupidité et d'avarice. Il était libéral 
ot charitable. 

La simple énumération des « Actes » de ce mémorable épiscopat 
serait interminable. Elle tient plusieurs pages dans le Fouillé de 
Nadaud. M. l'abbé Aulagne n'a pu que signaler les principales 
(Piivres : touchant la formation et la discipline du clergé, érection 
de deux séminaires, organisation des inspections diocésaines et 
de» conférences ecclésiastiques, régularité des synodes ; en ma- 
tière d'assistance publique, création de l'hôpital général, des cora- 



PREFACE XXXI 

munautés des hospitalières de Saint-^ Alexis, des dames de la 
Charité, du Refuge, de la Providence des orphelines, etc. ; et pour 
ce qui touche au développement du culte et de l'instruction reli- 
gieuse, multiplication de^ ordres enseignants, travaux pour la 
conversion des hérétiques, etc., etc. 

M. Tabbé Aulagne a aussi parié des rapports du prélat avec la 
cour et les représentants du pouvoir, de son influence politique, de 
son rôle dans les assemblées générales du clergé et dans les assem- 
blées de la province et il a équitablement associé à son nom vénéré 
ceux des collaborateurs distingués et dévoués qui, à titre officiel 
ou privé, le secondèrent dans son ministère pastoral, les vicaires 
généraux Talois, Bandel, Saige, les hommes d'œuvres Martial de 
Maleden, Pierre Mercier et autres. 

Unédit royal de 1656 ordonnait la création d'un hôpital général 
dans chaque ville importante, mais n'octroyait pas les ressources 
nécessaires pour une entreprise si considérable. Ses prescriptions 
seraient restées lettre morte à Limoges, si l'évêque, assisté d'un 
prêtre riche et généreux jusqu'à l'abnégation, ne s'était attaché à 
les réaliser. Limoges possédait alors sept à huit petits hôpitaux 
disséminés dans divers quartiers, assez mal tenus et insuffisants 
pour les besoins d'une ville déjà très populeuse. L'hôpital Saint- 
Gérald était le pïus important et le mieux aménagé. Martial de 
Maleden de Savignac, qui mérita d'être appelé le Vincent de Paul 
de Limoges, offrit son concours et ouvrit sa bourse à l'évêque et 
auxxonsuls. Presque exclusivement à ses dépens, l'hôpital Saint- 
Gérald fut agrandi et le service de l'assistance publique y fut cen- 
tralisé. En même temps, des dariîes de la ville, animées de l'esprit 
de charité et de sacrifice, avaient fondé la communauté des Sœurs 
hospitalières de Saint-Alexis, pour se consacrer aux soins des 
malades et des pauvres de l'hôpital. M. de Savignac fit aussi cons- 
truire une spacieuse chapelle attenante aux nouveaux bâtiments. 

Le concile de Trente, nous l'avons dit, avait ordonné l'établisse- 
ment de séminaires dans tous les diocèses. Ce vœu, malgré l'ar- 
dent désir des évêques et du clergé, n'avait pu être rempli. La 
satisfaction, de ce côté, vint encore de M. de Savignac. En 1659, il 
proposa à l'évêque de se charger de la construction d'un séminaire 
et de l'organisation d'une communauté ecclésiastique pour le 
desservir. Cette communauté aurait charge de catéchiser les pau- 
vres, et les malades de l'hôpital, de donner des missions dans le 
diocèse et de préparer aux ordres sacrés les jeunes sujets se desti- 
nant au. sacerdoce. L'évêque ouvrit une acuscription en tête de 



XXXII PRKFACE 

laquelle il s'inscrivit pour six mille livres, le clergé promit dix 
mille livres, mais rompit son engagement. En dépit de ces diffi- 
cultés, M. de Savignac livra le séminaire en 1663. 

Il n'était pas terminé que Ton s'était aperçu qu'il ne répondait 
pas parfaitement à son but. La congrégation de Saint-Sulpice, à 
laquelle on désirait îe confier, n'approuvait pas son emplacement 
près de l'hôpital et trouvait son aménagement trop étroit pour des 
œuvres multiples et peu compatibles. Un séminaire spécial aux 
ordinands fut établi en dehors de Limoges. Gel essai ne réussit 
pas. M. de Savignac apporta de nouveau son secours. Il offrit 
quarante mille livres pour construire, à Limoges même, un sémi- 
naire spécial. Le terrain fut acheté de ses deniers, la construction 
fut poussée avec un zèle extrême et au bout de deux ans, en 1664, 
Saint-Sulpice put en prendre possession. Il fut parachevé en 1666. 

M. de Savignac ne jouit pas longtemps de l'intime contentement 
qu'il retirait de ses bonnes œuvres. Après y avoir employé toute 
sa fortune, plus d'un million, valeur actuelle, il s'enferma modes- 
tement au séminaire de la Mission et il y mourut en 1670, âgé de 
cinquante-quatre ans. 

L'hôpital général, le séminaire de la Mission, le séminaire des 
Ordinands furent les actions les plus fructueuses du long et labo- 
rieux épiscopat de François de la Fayette. Un lustre particulier lui 
fut aussi donné par l'efflorescence de vocations extraordinaires 
qu'il vit s'épanouir, déterminées par une influence surnaturelle 
et paraissant contraires à la raison et condamnées à l'impuissance, 
raillées, blâmées, combattues, brisées, se relevant plus impérieuses 
et plus dominatrices, triomphaift de toutes les impossibilités et 
réalisant des merveilles, sinon des miracles. 

Marie de Petiot, orpheline à vingt ans, paralytique,, dévorée de 
la passion de servir les pauvres infirmes, se faisant transporter à 
l'hôpital où pour distribuer ses soins, elle se traîne de grabat en 
grabat ; exclue de cet asile comme étant un embarras plutôt qu'un 
secours, persistant dans cette irrésistible inclination quoique deve- 
nue hydropique et s'étant dépouillée de toute sa fortune, réadmise 
infirmière et par l'ascendant du dévouement et du sacrifice susci- 
tant des émules dignes de seconder ses desseins et fondant avec 
elles la congrégation des Sœurs hospitalières de Saint-Alexis. 

Marcelle Germain, de plus modeste condition, fille d'un hôte, 
veuve d'un marchand libraire avec trois enfants. Appelée de Dieu 
à se consacrer entièrement à son service, c'est-à-dire au service des 
membres du corps de Jésus-Christ, sa vocation fut traversée d'em- 



PREFACE XXXIII 

pêchements, de tribulations, d'humiliations des plus cruelles. 
I/odeur de ses vertus s'étant répandue au loin, elle fut placée, à 
Paris, à la tête de l'orphelinat de la Providence de Saint-Joseph. 
Elle y trouva des ennemis qui la diffamèrent, lui imputèrent les 
plus graves manquements. La sainte table lui fut interdite. Rentrée 
à Limoges, elle y vivait dans la plus profonde affliction, délaissée, 
critiquée, presque déshonorée. Après enquête, l'évêque la réhabi- 
lita, mais ses efforts vers le bien restaient stériles. Enfin Dieu 
récompensa ses souffrances et sa résignation en lui procurant le 
moyen de fonder dans le « Logis de la Trappe », où elle était née, 
un couvent d'orphelines de la Providence de Saint-Joseph, à l'instar 
de celui dont elle avait été chassée. 

C'est encore Mlle de Malederi de Meilhac, filie d'un conseiller au 
Parlement de Bordeaux, nièce et pupille de M. deSavignac, petite- 
nièce de Michel de Montaigne, orpheline et très riche parti, enle- 
vée à quinze ans du couvent de Sainte-Claire, par un prétendant, 
conduite bâillonnée dans un château où elle arriva contusionnée, 
mourante de frayeur, et échappant à son ravisseur pour se rejeter 
dans le cloître, prendre le voile sous le nom de Mère du Calvaire 
et instituer, bientôt suivie de ses deux sœurs touchées de la môme 
grâce, les Clairettes réformées, dans une maison dont M. de Savi- 
gnac fit les frais. Limoges eut ainsi un pendant de l'enlèvement de 
Mme de Miramion par Bussy-Rabutin. Quelque temps auparavant, 
M. Dupeyrat de Masjambeau, receveur général des tailles, et sa 
femme, Jeanne de Maleden de Fontjaudran, jeunes tous deux, 
comblés des dons de la fortune, s'étaient séparés à jamais pour 
entrer chacun dans un cloître, imitant le duc et la duchesse de 
Ventadour, qui se démettaient de tous les honneurs et de tous les 
biens de ce monde, l'une pour devenir carmélite, l'autre simple 
machicot ^ de Notre-Dame de Paris. 

M. l'abbé Aulagne raconte avec une respectueuse émotion un 
plus grand nombre de ces traits touchants d'exaltation religieuse 
et de perfection chrétienne 2. 

Louis de Lascaris d*Urfé fut nommé évoque de Limoges en 1676, 
à l'âge de quarante ans. Il fut évêque malgré lui, malgré ses dé- 
marches pressantes pour éviter cette charge dont la responsabilité 
l'effrayait. C'était un prêtre très pieux, très scrupuleux, préoccupé 

1. Bas officier du chapitre, inférieur aux bénéficiers, clerc de chœur. 

2. Voir l'ouvrage très estimable de M. l^forêt. Limoge» au XVII* siècle j dans 
lequel Thistoire de la réforme ecclésiastique a été ébauchée de main de maître. 



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'i*>n .îirn «.lin»* .|*> -hi'Vîiri-'tio^r, *ritrp m t-iïiiriiiirc* i 'iiiiu-nia— 

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^;rhjf»c f -îiirVifUTir. . «>îp: u* .a ailu^tiTiiH .ii^vuninient *iiiiiuiu'*f 
• ni^îon*' ,>Kvi)«-rî4» '•on!i'r> : '•'»•.•« fiuH, ^a^l^'ent nv^^MK^r Tiamuîsraaciiiif 
\v^'i'"'j)^r'Uif'u^t*i:' u» iruTTift 'in|pnti*<î-. ^tmi:: 'ie Sjuiit-V "ei:: lu "»iiii- 
^fT*^!! III ,0Mr .' Tiirt^r» 'lu 'MiiiMU', 1 tut aii*^ -inibuirfu- ('«à- puitif* 
j)r»iir / ,)^rt^'tr.>r. Dp !tïf»riii» .i ^tU i hn*'* r'tiifiiinaitni -kju uiturîtii :i 

\^\ut\t>i)f*utUftu'f» >nn /.j'Ih \)fmv .iiKtiTiir* ^ni i*inpie ^ju ipnurtaiiL la 
[j.'rroli» II» IUpîi ,M<^tnnî tans* u»5<- oihh îiumnit*» viilaw*iT oiuniue â<jii 
<M)i^rof);fi 'l';ni '•;i.iv\i'îi»r.'» i)art.»'uiirtr, Li*» ruiiiti^ «tu .^a>'anr. iieoit)- 
'X]t*u '»t «il» iVvr.HiMir 'tisf*î*r iinHamni: f^ii :'ik J pariait f.iljuniiiiiHM* 
«ip«»uMii*, .l:\v»r. niiaiu traTirtiUii «pu* ti*,ijHaxii:ft. G ^e ^'aitHuteiiri^aiii-t* 
U«î;'(iinfnu»lw«'^'<»i :'«•!»»« ,tanK>*a (•at.iii-^tti'aJi*. .njii.'* -î** pla.^sùJ ^irtoJità 
pffV.'aiM'j' inw '\iK\t> .(jaritst^, .i Uîjv*. piîur aintfi •! :'ff, «iV pred cuXf ar 

Vf rivMW»n,.M* Il -Im-Mii* 1" iV'*r*.jr qa II -t liisjrbu.t peu'-.-^nre on pea 
ti*'^|) «Iffiw ^^M r»iiH>i«M ^ '"^lîi [iii proftiinii: pi ;rf d»^ «iijji.'tfur et «it* 
phn^ir 'Vin ,<>-r lu) <*(»<< .tifan'^s^ pi l^t ^piî:i**u.'ï^îrei: ■:'[;L5'iii!i«:il*?*d'i so-a 
4.«»r/»'4i« ,1 .f |\,iu' 'tt»?^ inst.ru<il..rja.'* ou d»^;* •^x/'ort^uioas î;inrr-Ibfreg 

i\Vi\< pour r>^>-? u^,M.u1«*<î pirr..'r« t^t 'i'ipr.araL qui diai.iridect b*eaa- 
i*Aup 4o p!*>TVuMi<«.u, .M.t* .I<,.^»*ni: k't^ rires*^t très rl^e:^> ^afra 
'/yr/v-w ftf/% ^AhM't /////'/i'/> .1.. f^ii;..-* tVi'.ti-: (^Uit d'une vol-utè trop 
-^r^Mini^i- f*1 lui'» tr-".]» -«r.V'trK *r.rijptii* |j'"irne [.'a:? <*Lri:t"''Ser «n? 
ffN»<'»fi<'*M',H-'i.'. r*^. ('..r lii'i -M*ui. Kv''{.i'* q il .if'r. .rutM.t tou> le> de- 
v^»r^ (\\\ \\i\\*\^\*^x^. p:i<îiiral i^v':!: iin^ poDOtaalité exemplaire. 



PRÉFACE XXXV 

François de Carbonel de Canîsy lui succéda en 1695. Il s'appli- 
qua comme ses prédécesseurs à perfectionner la réforme religieuse. 
La tournée pastorale, les synodes, les inspections diocésaines fu- 
rent toujours en usage. Les règlements qu'il promulgua dès son 
avènement témoignent du souci qu'il avait de l'entretien des égli- 
ses et de la bonne tenue des ecclésiastiques. Il vécut en paix avec 
son clergé. La disette des années 1704 et 1705, qui causa une grande 
misère dans son diocèse, l'affecta profondément. Elle succédait à 
un désastre antérieur et du même genre dans lequel il avait épuisé 
toutes ses ressources et celles qu'il avait obtenues du roi. Sa santé, 
déjà précaire, fut plus sérieusement ébranlée et de crainte que ses 
infirmités ne fissent obstacle à son zèle, 11 se démit de ses fonctions 
au mois d'août 1705. 

M. l'abbé Aulagne a dressé un grand portrait en pied de chacun 
de ces évoques, très étudié, très consciencieux et on peut dire 
définitif. Antécédents de famille, influence ancestrale, éducation, 
formation intellectuelle, morale, sociale, caractère public et privé, 
aspirations, œuvres, il n'a rien négligé pour faire connaître 
l'homme tout entier dans le milieu où il a agi. Sa « documenta- 
tion » est des plus riches, ce travail de longue haleine est marqué 
au coin d'une sage critique et témoigne d'une liberté d'esprit qui 
n'est pas interdite aux plus sincères catholiques. 

L'ouvrage est terminé par une seconde monographie qui est elle- 
même un autre livre, heureux complément du premier, et qui en 
est la conséquence : La vie ecclésiastique et paroissiale en général 
dans le diocèse de Limoges au dix-septième siècle. 

L'auteur étudie d'abord l'organisation du chapitre de la cathédrale 
et sa puissance. Il analyse ensuite le fonctionnement et les rouages 
delà vie paroissiale : entrée aux bénéfices, enseignement religieux, 
exercice du ministère, prédication, sacrements, régime écono- 
mique, personnel, budget, etc. 

La deuxième partie est consacrée aux résultats du prosélytisme 
catholique. Elle touche à l'histoire civile et sociale. Les protestants 
avaient fait quelques progrès en divers lieux du diocèse. François 
de la Fayette, notamment, les combattit avec succès. Il y eut des 
conversions célèbres comme celles de Suzanne de la Pomélie, dame 
de Neuvillars, du marquis et de la marquise de Meillars et de leurs 
sept enfants. Les Jésuites en furent les principaux artisans. 

Les recherches sur les « Confréries de piété » nous initient aux 



XXXVI PRÉFACE 

sentiments des diverses classes de la société. Les groupes princi- 
paux sont les confréries de Pénitents, la grande confrérie de Saint- 
Martial et les confréries du Saint-Sacrement. La Compagnie du 
même nom dite c Tœuvre des œuvres », a une histoire des plus 
intéressantes, à Limoges comme à Paris. Elle se recrutait parmi 
les notabilités sociales. La moralisation publique, la bienfaisance, 
la réforme ecclésiastique, le prosélytisme constituaient son pro- 
gramme très étendu. Son organisation, son action étaient secrètes. 
Par son pouvoir croissant,, elle parut offrir quelques dangers et 
fut entravée. Mazarin l'appelait «la cabale des dévots ». Libre dans 
sa marche, elle fût devenue une franc-maçonnerie catholique. 

Le livre de M. l'abbé Aulagne est tourné vers le passé et c'est à 
l'actualité qu'il ramène : quelle leçon de choses il présente pour 
l'avenir I La religion catholique est soumise à des crises périodi- 
ques dans notre France, elle en est toujours sortie triomphante. 
A la fin du seizième siècle, elle était mourante, navrée de blessures 
depuis deux siècles ; Henri IV fut marqué pour la guérir ; à la fin 
du dix-huitième siècle elle était comme morte et Bonaparte 
apparut suscité pour la faire revivre. L'heure présente est mena- 
çante, mais cette religion même nous défend de désespérer. Sola 
desperatio caret vcnia. Nous ne pouvons compter, hélas ! sur un 
autre Henri IV ou un çiutre Bonaparte... Mais nous croyons in- 
vinciblement que le relèvement viendra. Dieu y pourvoira, comme 
aime à le répéter une bouche auguste. 

G. Clément-Simox. 

Cfuiteau de Bach, près Tulle, ce i4 septembre i005. 



UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE 

EN PROVINCE 



HENRY ET RAYMOND DE LA MARTONIE (1587-1627) 

FRANÇOIS DE LA FAYETTE (1627-1676) 

LOUIS D'URFÉ (1676-1695) 

LA RÉFORME CATHOLIQUE DANS LE DIOCÈSE DE LIMOGES 
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE 



INTRODUCTION 

I. — LE CONCILE PROVINCIAL DE BOURGES (1584) 

Le vrai point de départ de la renaissance religieuse dans le dio*. 
cèse de Limoges au dix-septième siècle fut le concile provincial 
tenu à Bourges en 1584. Il ne peut -entrer dans notre plan d'indi- 
quer ici les causes nombreuses qui provoquèrent la réunion de 
cette assemblée ecclésiastique. Après avoir enrichi l'Eglise d'un 
grand nombre de saints, dans les premiers siècles de ^on histoire^ 
après avoir atteint son apogée moral pendant le moyen-âge féodal, 
le diocèse de Limoges était tombé au quinzième siècle dans une 
décadence profonde *. Des essais de réforme ecclésiastique, tels 
que la réorganisation des communautés de prêtres séculiers et la 
publication de statuts synodaux en 1480 et en 1519, avaient échoué 
au milieu des compétitions parfois sanglantes du siège épiscopaU 
Au seizième siècle, pendant près de cinquante années, le diocèse 
de Limoges n'eut pour ainsi dire point de chefs. Jean de Langeac, 
mort en 1541, fut l'ambassadeur attitré de François I^r dans mainte 
affaire politique. Vrai prélat de la Renaissance, aimant les arts et 
la vie princière, possesseur d'une fortune considérable, il ne s'oc- 

1. Voir le tableau de cette décadence dans M. Leroux, Histoire de la Réfonné 
dans la Marche et le Limousin. Limoges, 1888. Introduction. 

1 



2 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

cupa de son diocèse que sur la fin de sa vie pour faire rebâtir le 
palais épiscopal et décorer la cathédrale. Son successeur, Jean du 
Bellay, titulaire d'une vingtaine de bénéfices, ne parut jamais à 
Limoges. Antoine Sanguin, qui était en même temps gouverneur 
militaire de Paris, ne siégea presque pas. Quant à César des Bour- 
guignons, italien (f 1558), il se contenta de percevoir les revenus 
de son évéché, sans jamais quitter sa patrie. Digne émule de Jean 
de Langeac, Sébastien de Laubespine fut fort occupé d'ambassades, 
mais fort peu du soin des âmes. Quoique pourvu successivement 
des évêchés de Vannes et de Limoges et de plusieurs abbayes, il 
n'était point prêtre et ne reçut les ordres sacrés qu'en 4578, lors- 
qu'il eut été exilé de la cour *. 

Ce prélat étant mort dans son palais le 2 juillet 4582, le roi nom- 
ma à sa place, son neveu Jean de Laubespine, âgé seulement de 
vingt-six ans. Dès lors la situation morale du diocèse de Limoges 
allait s'améliorer. Le nouvel évêque avait reçu à Orléans, de Marie 
Gobelin, sa pieuse mère, une éducation très soignée. Il était alors 
docteur in utroque jure, conseiller-clerc au Parlement de Paris, 
chanoine de Notre-Dame et abbé de Saint-Martial. Le Pape l'au- 
torisa par ses bulles du 22 août 4583 à garder cette abbaye, o: sur 
ce que l'église de Limoges était hors les murs de la ville, et, que 
dans ce temps de guerre, Tévêque et son chapitre, par crainte ou 
par nécessité, étaient obligés d'aller faire les offices à Saint-Martial. » 
Le 20 septembre 1583, ce prélat prit possession par procureur du 
siège épiscopal de Limoges. Dix jours après, il envoya des lettres 
de vicaire-général à Jean de Puyzillon, prévôt de Saint-Martial, et à 
Mathieu Benoist, archidiacre de la cathédrale de Limoges. Le 
i^^ avril 1584, il reçut à Paris, dans l'église de Saint- Victor, l'onction 
épiscopale des mains de Nicolas Fumée, évêque de Beauvais, assisté 
des évéques de Saint-Flour et de Césarée. Ses vicaires généraux 
firent, cette année-là et la précédente, la visite de son diocèse 2. Par 
ses qualités personnelles et par son zèle pour les réformes ecclé- 
siastiques, Jean de Laubespine était à la hauteur de la mission qui 
lui incombait. Il eut à la remplir d'abord comme père du concile 
provincial de Bourges. Convoquée pour le 25 avril 1584, cette 
assemblée fut remise après le 15 août suivant. Elle ne fut pas infé- 
rieure par le nombre et la qualité de ses membres à la plupart des 
autres conciles provinciaux de cette époque. La métropole de Bour* 

. 1. M. Leroujc, ibid. 
2. Mss. du séminaire de Limoges, n. 33, p. 57i« 



P5r^— ' 



I y 



INTRODUCTION o 

ges y compta, outre Tarchevêque-président, Renaud de Beaune *, 
qui fut pour ainsi dire « l'àme de ce concile », l'élite intellectuelle 
de son clergé, soit une dizaine de ses dignitaires, presque tous doc- 
teurs en droit ou en théologie. Près de vingt autres députés repré- 
sentant les onze diocèses de la province ^, assistèrent au concile de 
Bourges avec le métropolitain, et les évêques de Saint-Flour, de 
Cahors et de Limoges 3. Un an avant la célébration du concile, le 
synode annuel, tenu à Bourges le 25 juin, avait arrêté le programme 
de ses travaux. La session de l'assemblée provinciale dura tout le 
mois de septembre 1584 dans la cathédrale Saint-Etienne de Bour- 
ges. Les ecclésiastiques qui remplirent les fonctions de promoteur 

au concile de Bourges furent : Jean de Puyzillon, vicaire général de 

Limoges *, et Amant de Bonal, chanoine de Rodez, 
t Le concile de Bourges, dit un historien de l'Eglise gallicane, 

prit pour ainsi dire la tâche de résumer et de coordonner les 

autres conciles provinciaux de cette époque de la manière la plus 

claire et la plus étendue ^ï). t Les règlements nombreux de ce i ! 

concile, ajoute Picot,distribués sous quarante-six titres, parurent 

rédigés à l'imitation des canons du concile de Trente ^ i>. Rien 

n'y fut omis de ce qui était propre à maintenir la pureté de la ; Jij 

doctrine et de la morale chrétienne. Le concile de Bourges ex- ; *'| 

posamoins les vérités spéculatives, qu'il ne régla ce qui tendait ; jj 

à la conservation de la foi, comme les écoles et les séminaires ^'•' 

(titre 29«), comme le catéchisme et la prédication (titre 3^); ce 

qu'il y avait de pratique dans la religion, comme la prière, 

le culte des saints, la sanctification des fêtes et du dimanche 

(du titre 6c au titre 12c). L'office divin (titre 12<^) et le service des 

enfants de chœur (titre 14^) étaient réglés minutieusement. L'ad- 
ministration des sacrements et la célébration de la messe (du 

1. Renaud de Beaune, petit-fils de Semblançay, surintendant des finances de 
François I«% était né à Tours le 12 août 1527. Nommé évoque de Mende en 
1568, il fut transféré à Bourges en 158i. Il joignait à une science profonde une 
vie intègre, une expérience consommée et une rare éloquence. Partisan de la 
Ligue, il se rallia de bonne heure à Henri IV et donna à ce roi l'absolution de 
son hérésie, sans attendre la décision du pape. Il fut nommé en 1594 grand 
aumônier de France et archevêque de Sens. Il mourut à Pai'is en septembre 
1606. GalUa christ., II, 99 et suiv. 

2. La province d'Albi ne fut détachée de celle de Bourges qu'en octobre 1678. 

3. Les autres évéques ne purent venir à Bourges à cause de l'état de leur 
santé ou de la guerre civile qui sévissait alors dans leurs diocèses. 

4. Simon Palays, prieur d'Aureil et chanoine de la cathédrale de Limoges, 
fut le second délégué de cette église. 

5. Guettée, Histoire de V Église de France. Paris, 1853, t. i.x, p. 276. L'auteur a 
porté ce jugement après une analyse assez détaillée des actes de ce concile. 

6. Esiai historique sur l'Influence de la Religion en France, pendant le dix* 
septième siècle. Paris, 1824, t. I, p. 36. 



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INTRODUCTION 5 

murs le jeune évêque, qui venait de collaborer à la rédaction de ce 
code ecclésiastique. Aucun document local n'y manifeste sa pré- 
sence ; au contraire, nous savons que le prélat remplit à Paris, en 
i585 et en 1586, un mandat de député de la province de Bourges, à 
l'Assemblée générale du clergé de France •. Au mois de mai 1587, 
la situation restant toujours troublée dans sa ville épiscopale, Jean 
deLaubespine désespéra d'inaugurer le grand œuvre de la restau- 
ration catholique, et permuta son évêché, pour l'abbaye de Saint- 
Just en Beauvaisis *. 

Quand la paix fut rétablie dans le royaume, à la veille d'un nou- 
veau siècle, le nouvel évêque Henry de la Martonie trouva des auxi- 
liaires dévoués pour la réforme religieuse dans tous les rangs de 
son clergé, et même dans les diverses classes de la société. Mais 
la chute avait .été si profonde et la tâche était si grande, que 
l'efTort dut se prolonger longtemps pour porter tous ses fruits. Les 
deux premiers évêques, Henry et son neveu Raymond de la Marto- 
nie, ne purent que préludera la réforme de leur diocèse. François 
de la Fayette eut le grand honneur de triompher, par la fermeté et 
la douceur de son administration, des principales difficultés qui 
s'opposaient à l'établissement de la Réforme religieuse. Le succès 
des conférences ecclésiastiques (1660), la fondation du séminaire 
des Ordinands la même année et plus tard la publication du premier 
catéchisme diocésain (1673) ainsi que celle du pastoral de Limoges 
(1690) sont des signes évidents du progrès des institutions. Ce fut 
surtout le zèle extraordinaire que nos deux grands évêques de la 
Fayette et d'Urfé déployèrent dans leurs visites et dans leurs synodes, 
qui rétablit dans leur diocèse le bon ordre par l'observation entière 
et constante de leurs ordonnances. Et, comme les statuts synodaux 
de Limoges étaient tout à fait conformes aux décrets du concile de 
Trente, et particulièrement à ceux du concile provincial de Bourges, 
« la plupart des susdits règlements étant presque tirez de mot à mot 
de ces sources, et n'étant très souvent qu'une traduction de ces 
mêmes canons », le jour, où dans un mandement du 15 mars 1683, 
Louis d'Urfé reconnaissait qu'ils étaient observés intégralement, 

1. Procès-verhaujc des assemblées du clergé. Paris, Desprez, 1750, I, p. 278 
et 415. 

2. En septembre 1587, il fut flommé à l'évêché d'Orléans. l\ mourut à Paris le 
23 février 1.596 à l'âge de trente-neuf ans. Denis Boucher fit son oraison funè- 
bre. L'historien d'Orléans du Saussaye loue la pureté de ses mœurs, sa piété, 
ses aumônes, sa douceur, les tÀlenls de son esprit et sa vigilance pastorale. 
Le poète Dorât le loue d'avoir ramené dans le sein de l'Eglise plusieurs trans- 
fuges, « ce qui lui a fait mériter, dit-il avec esprit, une couronne, non pas 
d'épines blanches, mais d'or ». Mss. n. 33, p. 571-572. 



6 UN SIECLE DE VIE ECCLESIASTIQUE EN PRO^*INCE 

sauf « en certaios lieux », ce prélat affirmait par là même que la 
réforme ecclésiastique était entièrement accomplie. De Taveu 
d'ailleurs de révéque François de Ganisy, le mérite principal de la 
restauration catholique dans son diocèse revenait à ses éminents 
prédécesseurs ^. 

Le plan à suivre dans cet essai d'histoire provinciale ressort de 
l'exposé même des principales périodes du mouvement religieux 
dans le diocèse de Limoges. Nous nous proposons de retracer les 
principaux faits de la vie ecclésiastique dans cette région. Nous 
montrerons les évêques de Limoges (de 1587 à 17116) dans leur mil ieu 
familial et historique, autant que les documents nous le permettront, 
sans avoir la sotte prétention de donner aupuhlic « une biographie 
bien faite » de chacun de ces prélats. Nous étudierons à part, pour 
éviter les répétitions fastidieuses, les institutions, les réformes et les 
questions qui sont d'un intérêt général, et constituent, en quelque 
sorte, les ressorts principaux de la vie ecclésiastique en province, 
à cette époque. 

in. ÉTAT l)V CLEHGÉ DU DIOCÈSE DE LIMOGES AU DIX-SEPTIÈME 

SIÈCLE 

Au point de vue temporel, Tévêque de Limoges au seizième siècle 
était encore, de tous les grands seigneurs de la contrée, celui dont 
l'autorité s'étendait sur le plus de terres et de châteaux. Il exerçait 
les droits seigneuriaux en partage avec la royauté dans la cité de 
Limoges 2, Son juge y exerçait la justice. Dans l'ordre des pré- 
séances, l'évêque était le premier magistrat de la province. 11 
était seigneur et baron de Saint-Junien, de Saint-Léonard, d'Ey- 
moutiers, et d'Alassacetc... Des honneurs particuliers lui étaient 
rendus dans ces villes, quand il y faisait sa première entrée. Il 
possédait sept chAtellenies, dont la plus importante lui servait de 
maison de campagne. C'était le château d'Isle situé sur les bords 

1. OriionnaiH'es synod. de 1703. Mandement, préface. 

2. Au dix-septiénie Hiècle, Liniofçes était encore une ville double, entourée 
l'une et l'autre de remparts, flamiués de hautes tours crénelées, de donjons et 
de fossés. Les portes munies de pont-levis se fermaient le soir. La cité était 
bâtie autour de la calhédraie, sur la hauteur qui dominait la Vienne. La ville- 
chàteau construite autour de l'abbaye Saint-Martial est représentée aujourd'hui 
par la partie de Limoges eomprise dans le pourtour des grands boulevards. 
Chacune île ees conununes avait ses consuls, sa juridiction, ses usages particu- 
liers. La villechùteau ne relevait que du roi. C'est là seulement qu'avaient 
lieu les entrées solenneUes. La population de Limoges se répartissait ainsi à 
la t\\\ d\\ dix-septième siècle : ville-chAteau, onze mille habitants: Cité épisco- 
pale : deux mille deux cents : les trois faubourgs ruraux ou banlieue de Limo- 
ges, quatre mille trois cents. Voir M. Leroux, Documeitts histor,, II, 224 et 
Géographie et Hintolre du Limousin, Limoges, 1890, p. 82. 



INTRODUCTION 7^ 

de la Vienne, à une, petite lieue de Limoges. Dix ou douze grandes 
seigneuries d'où relevaient des centaines de fiefs nobles apparte- 
naient encore à l'évêque de Limoges. A ce titre, les plus illustres 
représentants de la noblesse féodale en Limousin lui rendaient 
hommage pour nombre de châteaux. Les revenus annuels de 
révêque de Limoges s'élevaient en 1700, d'après l'estimation de 
l'official Gilles le Duc, à vingt-six mille livres « de fermes » *. L'é- 
vêque avait à payer, prélevant sur ses revenus, les pensions des 
curés et vicaires perpétuels et autres prêtres des paroisses de ses 
terres, et les autres charges extraordinaires et ordinaires, telles 
que les décimes, les impositions et subventions diverses ^ 

La juridiction spirituelle de l'évêque s'étendait sur la circons- 
cription la plus vaste de l'Eglise gallicane, « dans un espace de 
cinquante lieues de long et de quarante de large, où l'on comptait 
plus de cinquante villes murées et autant de gros bourgs..., plus 
de mille paroisses, toutes de grande étendue, et dix-huit cents clo- 
chers » 3_, Le diocèse de Limoges représenta à peu de chose près 
jusqu'au- début du quatorzième siècle, le pagus Lemovicinus des 
Romains. Son territoire ne fut guère réduit en 1318, au moment de 
la création du diocèse de Tulle, On se contenta d'enlever dans le 
sens de la longueur une bande de territoire aux archiprêtrés de 
Gimel, de Brive et de Brivezac, et d'y ajouter toute la Xaintrie au 
sud de la Dordogne. Le nouveau diocèse eut 55 paroisses, tandis 
que celui de Limoges en comptait alors 868 *. Ce chiffre des parois- 
ses s'élevait à plus de mille en 1700, à 914 en 1783 ^. Le diocèse de 
Limoges subsista, depuis 1318 jusqu'à la Révolution, dans les mêmes 
limites qui comprendraient aujourd'hui les départements de la 

1 . Le revenu net de Tévéché de Limoges d'après le recueil des bénéfices de 
France était officiellement en 1690 de vingt sept mille livres. Mais il est établi 
que chaque évécbé, chaque couvent s'est toujours appliqué sous Tancien régi* 
me à dissimuler ses revenus, afin d'amoindrir, autant que possible, la part 
d'impôts à payer à Paris et à Rome. Il faut en général doubler et même tripler 
au moins le chiffre des revenus donné par les publications officielles. D'après 
cette remarque, les revenus de Tévéché de Limoges auraient été réellement de 
plus de quatre-vingt mille livres. Comte d'Avenel, BicheHeu^ t. III, p. 278 et 456. 

2. Notons ici qu'à la veiUe de la Révolution, « l'évêque de Limoges voyait un 
tiers de ses revenus passer à un autre genre d'impôt », celui des pensions 
royales, en faveur de personnes et rangères à son diocèse. Cet abus était alors 
général dans les diocèses du royaume. Abbé Sicard, Vancten clergé, I, p. 115. 

3. Bulletin archéol. de Limoges, t. XL VI, p. 316 à 321. Etat du clergé du dio- 
cèse de Limoges dresèé en 1700 par Gilles le Duc. 

•4. A. Leroux, Géographie et histoire^ p. 50. 

5. A. Leroux, Documents histor., ii, 189. Le diocèse de Rouen, qui compta 
jusqu'à 1388 paroisses, était seul en France à dépasser pour ce nombre de béné^ 
lices le diocèse de Limoges. Clermont et Rourges ne venaient qu'après 
avec le chiffre de 800 paroisses. Abbé Sicard, ibid.^ i, 108. 



6 UN SIÈCLE DÉ VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Haute-Vienne et de la Creuse, en outre une grande partie du dépar- 
tement de la Gorrèze, et quelques cantons des départements de 
la Dordogne (arr. de Nontron), de la Charente (arr. de Confolens), 
de la Vienne et de l'Indre *. Suffragant de Bourges comme onze 
autres diocèses, celui de Limoges se subdivisa au moyen-àge en 
dix-huit archiprètrés. A toute époque et jusqu'à leur disparition 
en 1790, ces districts gardèrent le même titre officiel, celui qui 
leur fut donné au moment de leur création, et qui était aussi sans 
doute celui de la résidence primitive des titulaires de l'office. Ils 
conservèrent également, à part les exceptions notées plus haut 
pour la création du diocèse de Tulle, leur étendue, mais le chiffre 
de leurs paroisses varia suivant les époques. Le rédacteur du 
Fouillé dressé avant 1312 a rangé les dix-huit archiprètrés du dio- 
cèse de Limoges dans Tordre suivant : Combraille, près Boussac 
(Creuse), Aubusson, Chirouze (près la Courtine, Creuse), Saint- 
Exupéry (près Ussel), Gimel (p. Beaulieu,Corrèze), Brive, Luber- 
sac (canton arr. Brive), la Porcherie (près Solignac), Saint-Paul 
d'Eyjeaux, La Meyse (près Saint-Yrieix^, Vigeois (près Uzerche), 
Nontron, Saiiit-Junien 2, Rançon (près Bellac), Bénévent, Anzème 
(près la Souterraine, Creuse) et Limoges ^, 

Au treizième et au quatorzième siècles furent instituées les offi- 
cialités diocésaines : la première à Limoges (av. 1221), la seconde 
à Tulle (av. 1308), dans le ressort du Parlement de Bordeaux; puis 
deux autres à Guéret et à Chénerailles, pour les pays de droit cou- 
tumier (qui relevaient du Parlement de Paris). Quand celle de 
Tulle restreignit son action au nouveau diocèse, on créa l'officialité 
de Brive, dont le ressort s'étendit sur ce qu'on appela plus tard le 
bas Limousin, celle de Limoges se réservant le haut-Limousin. 
Quant à l'officialité de Guéret, sa juridiction s'étendait exactement 
sur les archiprètrés d'Anzème,de Bénévent, de Rançon etdeSaint- 
Junien ; celle de l'officialité de Chénerailles, sur les archiprètrés 
d'Aubusson, de Combraille et de Chirouze ^ 

A la fin du dix-septième siècle, le clergé séculier du diocèse de 
Limoges comprenait : le personnel de la cathédrale de Saint- 
Etienne et celui de douze autres chapitres collégiaux, de Saint- 



1. Voir sur ce point le Bulletin de la Société de Tulle » t. XXI, année 1899, 
p. 239 et suiv. Art. de M. Deloche. 

2. Cet archiprétré avait en 1700, 92 bénéfices. C'était le plus important du 
•diocèse. Pour obtenir cet office, nous dit M. Deloche, il fallait être chanoine de 
la cathédrale de Limoges. 

3. Bulletin de Tulle, t. XX, p. 397 et suiv. 

4. à. Leroux, Géographie et histoire, p. 51, 



INTRODUCTION 9 

Martial, le plus important de ces derniers, du Dorât, de Saint- 
Junien, d'Eymoutiers, de Saint-Yrieix, de Moutier-Rauzeille (trans- 
féré vers 4671 à Aubusson, de La Ghapelle-Taillefer (près Guéret), 
de Saint-Germain, de Brive, de Noailles, de Turenne et de Saint- 
Léonard. L'ensemble /le ces corporationsecclésiastiques s'élevait au 
nombre de trois cents chanoines et de plusieurs semi-prébendiers, 
ou titulaires du bas-chœur ^, Le clergé diocésain comptait encore 
plus de mille curés ou vicaires perpétuels (inamovibles), plus de 
quatre cents vicaires auxiliaires (amovibles), plus de cinq cents 
vicaires ou chapelains titulaires et plus de six cents prêtres com- 
munalistes, établis dans une centaine de communautés paroissiales, 
et dans une centaine d'hôpitaux 2. 

Le clergé régulier du diocèse de Limoges était composé d'un 
personnel de religieux et religieuses, dont Gilles le Duc, bien placé 
pourtant pour le connaître, ne nous a point indiqué le nombre. 
On comptait en 1700 : vingt-deux abbayes d'hommes, vingt prieu- 
rés conventuels, dix prévôtés réguliers, plus de trente autres, où 
la régularité n'était plus, trente couvents ou communautés régu- 
lières d'hommes, trois grandes abbayes de filles de l'ordre de 
Saint-Benoît, dix-neuf communautés régulières de femmes, enfin 
une foule de prieurés secondaires et dix- huit commanderies de 
Malte, dépendant la plupart du grand prieur d'Auvergne ^. 

Sur ce nombre de corporations ecclésiastiques, Limoges seul 
possédait deux chapitres, deux abbayes d'hommes, une abbaye de 
femmes, deux séminaires et seize paroisses, dont cinq intra muros 
sept extra muros et quatre dans la banlieue, plus quatre chapelles *. 

1. Les chapitres, à part ceux de Turenne et de Noailles qui ne comptaient 
que six ou sept membres, comprenaient une moyenne de vingt ecclésiastiques 
chacun. DocumenU hislor., ii, 183. 

2. Bulletin de Limoges, t. XL VI, p. 303 et Pouiilé de 1773. Il suit du précédent 
tableau que « les clercs surabondaient dans le diocèse de Limoges plus qu*en 
aucun autre de France », disait-on communément à la fin du seizième siècle. 
« On comptait alors jusqu'à six prêtres dans des paroisses de six cents commu- 
niants. » Leymarie, Le lAmousin historique, p. 83. 

3. Voir le détail : Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 303 et suiv. 

4. M. Leroux, Documents histor., u, 188. 



HENRY DE LA MARTONIE 

(1539-1618) 



CHAPITRE I^' 

AVANT L'ÉPISCOPAT 

I. La famille. 



Henry naquit en août 1539 au château de la Martonie probable- 
ment, et mourut à Limoges, le 7 octobre 1618 ^. La Martonie est un 
château féodal, qui subsiste encore en bon état de conservation 2, et 
domine, par les toitures aiguës de ses pavillons à mâchicoulis et par 
ses tourelles en poivrières, la petite ville de Saint-Jean-de-Côle en 
Périgord \ A côté du vieux manoir, se dresse une belle et grande 
église, construite vers la fin du onzième siècle, dans le style byzan- 
tin de Saint-Front, par Raymond de Thiviers, évêque de Périgueux, 
Dans un cloître attenant à cette église, ce prélat établit seize cha- 
noines réguliers, qui suivaient la règle de saint Augustin *. Outre le 
château de Saint-Jean, la famille de I9 Martonie possédait encore au 
milieu du seizième siècle, sur la paroisse voisine de Saint-Pierre-de- 
Côle, le château pittoresque de Bruzat, sorte de forteresse très im- 
portante au moyen-âge, et, sur la paroisse de Villars, le château 
artistique de Puyguilhem 5, et des propriétés considérables, situées 
principalement dans la riche vallée de la Côle 6. Ce fut dans cette 
contrée pleine d'intérêt pour des seigneurs terriens que s'écoulè- 
rent les premières années du futur évêque de Limoges. Son père 
Geoffroy et sa mère Marguerite de Mareuil de Villebois apparte- 

1. Nobiliaire de la généralité de Limoges, édition Lecler, IV, 343. La date de 
la naissance du prélat est donnée par le P. Bonaventure Saint-Amable. 

2. Une autre partie moins ancienne du château, qui date de Tépoque de la 
Renaissance, caractérisée par deux pavillons carrés et un fronton central, 
forme, du côté nord, en face l'église, avec la partie féodale, une vaste cour d'en- 
trée, remarquable par une série d'arcades. Le château de la Martonie a passé, 
de la famille de ce nom, par mariajçe, successivement dans les maisons de Bey- 
nac, de Bonneval, de Beaumont et de Falvelly. Voir des détails sur le château 
et Tancien prieuré dans le P. Paulin : Histoire de Saint- Jean-de-Côle, Avignon, 
1881. 

3. C'est aujourd'hui une commune de onze cents habitants, située à 7 kilo- 
mètres de Thiviers, à 25 de Nontron. Le bourg de Saint-Jean comptait prés de 
sept cents habitants au seizième siècle. 

4. Le prieuré de Saint-Jean avait dans le diocèse de Périgueux le rang des 
collégiales. Les religieux étaient chargés du service de la paroisse. Voir le 
P. Paulin. 

5. Voir de Verneilh, Excursion en Nontronnais, Périgueux, 1873, 

6. Le P. Paulin. Ibid, 



i2 UN SifXLE DE VIE EiXLÉSiA.STIQUE EN PROVINCE 

nalent à la noblesse du Périgord ^ Au témoip:nafïe de Duchesne, le 
titre de baron qtie possi^daient alors avec le:< Mareuil, les Bourdeil- 
les, les Biron et les Beynac, était la plus haute qualité des maisons 
illustres dans cette province. 

Par la ligne paternelle, la généalogie d'Henry étaitd*une noblesse 
plus récente. Raymond de la Martonie, bisaïeul de son père, vivait 
en 1442 et servait sous les ordres du seigneur d'Albret, comte de 
Périgord, dans Tarmée de Dunois qui chassa les Anglais de l'Aqui- 
taine, Son fils Etienne, après avoir eu la qualité de juge royal à 
Thivjers, recevait en 1462, lors de la création de celte cour judi- 
ciaire par Louis XI, le titre de conseiller au Parlement de Bor- 
deaux. Trois ans plus tard, il épousa au château du Sailhant, 
paroisse de Boutesac fdiocése de Limoges) Isabelle de Pompadour, 
de rillustre et ancienne famille de ce nom en Limousin *-. Ce riche 
mariage établit la fortune des La Martonie. Le puissant crédit dont 
jouissait à la cour Tévêque Geoffroy de Pompadour, grand aumô- 
nier de France ^ assura un brillant avenir aux fils d'Etienne de La 
Martonie, ses neveux. Quatre d'entre eux furent d'église. L'aîné, 
Menauld, fut évêque de Tarbes Cde 1494 à 1504) *. Jean le cadet était 
abbé de Peirusse, licencié en droit, protonolaire apostolique, et 
chanoine trésorier de la primatiale de Bordeaux, quand il fut promu 
en 1514 au siège épiscopal de Dax. Il y parut durant quelques an- 
nées, comme le Mécène des écrivains de son diocèse, et comme un 
évêque qui prouva son zèle pour la réforme de son clergé en | 

publiant de sages règlements. Il mourut en 1519 et eut pour suc- 1 

cesseur sur le siège de Dax son frère puîné Gaston, qui lui avait j 

servi quelque temps de coadjuteur. Celui-ci s'était distingué parti- 
culièrement par sa science éminente en jurisprudence et en théo- • 
logie, et par une rare érudition. Il avait enseigné le droit avec 
succès dans les Universités de Poitiers, de Toulouse et de Cahors. 
Aussi le roi l'avait-il ensuite nommé conseiller-clerc au Parlement j 
de Bordeaux, et gratifié, en récompense de ses services, des 
abbayes de Notre-Dame de Guîtres, et de Madion, et du prieuré 
commende de Saint-Jean-de-Côle. Gaston de la Martonie continua 
pendant trente-six ans, comme évêque de Dax, les traditions bien- 
faisantes de son prédécesseur, autant que la dureté du temps le lui 
permit ^. Le quatrième ecclésiastique de la famille et le plus jeune 
des six frères, Jean II de la Martonie, remplit à Bordeaux les fonc- 
tions d'archidiacre de Médocet de conseiller-clerc au Parlement de 

1, Coll. Pc^rigord, Dossier Lépine. 

î. Isabelle était flllc de îvu noble Ilélie II, vicomte de Pompadour et de noble 
personno Marguerite de I^ASleyrie, dame de Chateaubouchet, sa veuve, B. N. 
manuscrits, coll. Périgord, t. LX et CLI, 

3. Geoffroy do Pompadour fut d'abord évêque d'Angouléme, puis de Péri- 
gueux (1470), et du i*uy-(Mi-V«'lay {t\^)). Il fut le premier prélat qui poi-ta le 
titre de grand aumônier de France. Il mourut au château de Pompadour le 
8 mai 1514 et fut enterré dans l'é^riise d'Arnac, qu'il avait fait bâtir. La Chesnaye 
Desbois, Dictionnaire dû la yohlesaCy Paris, 1871, t. XVI, p. ÎS. 

4. Le généalogiste Lépine est seul à mentionner l'existence de Menauld, igno- 
rée par les auteurs du Gallia christ.,. 

5. Gallia chntl,, t. I, Paris, 1715, col. 1050, 



HENRY DE LA MARTONIE 13 

Guyenne. Il avait reçu celte dernière charge de son frère Gaston, et 
il devait, à son tour, la résigner probablement à un de ses neveux, 
Geoffroy, le futur évêque d'Amiens. Jean H de la Martonie fut 
honoré du titre de conseiller d'Etat au conseil privé du roi et nom- 
mé chanoine de Limoges ^ 

Des deux autres fils d'EtiennedelaMartonie, l'un, Robert, le cin- 
quième par ordre de naissance, fut chevalier, seigneur de Bonnes, 
maître d'hôtel ordinaire du Roi (1523), bailli de Touraine et am- 
bassadeur de France dans les Pays-Bas 2, L'aîné des six frères, 
Pierre Mondot de la Martonie, parut à Bordeaux et à Paris, comme 
l'un des magistrats les plus distingués de son temps. On le vit figu- 
rer, en 1498, comme procureur du roi, dans la célèbre commission 
de prélats, qui prononcèrent la dissolution du mariage de Louis XII 
avec Jeanne de France. Le ministère public s'acquitta avec honneur 
de ses fonctions délicates, et signa avec les juges les conclusions du 
procès. Après avoir été maître des requêtes et conseiller, Mondot 
de la Martonie fut nommé, en 1510, premier Président du Parlement 
de Bordeaux, et, le 3 février 1515, il occupait la même charge àParis, 
que le chancelier Duprat venait de laisser vacante. François 1^% 
étant en août 1515 sur son départ pour l'Italie, confia à Mondot la 
garde du petit sceau, et lui donna la place de principal conseiller 
de la régente Louise de Savoie, sa mère. En janvier 1517, Mondot 
crut de son devoir de faire des remontrances au roi, au sujet de la 
première demande d'enregistrement du Concordat. Un an plus tard, 
le président de la Martonie mourait à Hlois, empoisonné. Il était à 
peine âgé de cinquante et un ans. On vit pleurer sur sa tombe une 
grande foule de pauvres, dont il avait été le père ^, Il fut enterré 
dans la chapelle de ses ancêtres, au prieuré de Saint-Jean-de-Côle. 
De son mariage contracté, le 8 août 1502, au château de Mon- 
treuil-Bonnin en Poitou, avec Jeanne de Vernon, sœur de 
Raoul, grand fauconnier de France, Mondot eut deux filles et un 
garçon. Ce dernier, nommé Geoffroy, épousa à vingt-huit ans le 
20 mars 1533, Marguerite deMareuil. Dieu bénitleurunion. La mère 
mit au monde huit enfants, quatre filles et quatre garçons. Les 
deux aînés, Gaston et Jacques, continuèrent la postérité. Les deux 
cadets se firent d'église et devinrent les prélats, dont la vie seule 
nous intéresse maintenant ^ Quoique fils unique d'un premier 
Président, leur père ne semble pas avoir été magistrat, ni avoir 
exercé aucune fonction administrative. Tout nous permet donc de 
croire qu'à cette époque de l'âge d'or pour la noblesse de France, 
qui résidait avec honneur sur ses terres, les jeunes clercs de la 
Martonie firent probablement, au château paternel, leurs premières 
études, sous la direction peut-être de quelque chanoine du prieuré 

i. Bibl. Nat. Mss. coll. Périgord, dossier Lépine, t. CLI, n. 258. 

2. Robert acheta la terre de Bonnes en Touraine et y fit bâtir un joli château 
Renaissance. Mss. coll. Périgord, ibid, 

3. Voir les détails dans : Garnier, Histoire de France^ Paris, 1771, t. XXI, p. 42 
et suiv. et t. XXIII, p. 133 et suiv. 

4. Mss. coUect. Périgord, ibid. 



M UN SIKCT.E \)K VÎR Er.CLKSTASTlOUE J^N PROVINCE 

(1p Snint-.lean. !>»*? |)ptits-tils «Jn rrichrp Mondot fréquentèrent 
ensnite !a Farnlff* «ie d^rret. dans les riuversilés de (lahors ou de 
Hordeanx. (rpotTrov, le pins jenne, dut «dre au moins licencié t^n 
droit, pour orrnper le bén*'di<'P de <()\] j^Tand-nncle dans Trirlise «le 
liordpnnv. Il est «'^tnUli (pi'Upnrv .son [vè^ve, le liitur évf^qne de 
Uniofres, snl>it awr sn(»rês tous les actes proliatoires alors requis 
pour le jjrade <le docteur ir* utrof/ne j io*f K 

\\. L'abbé Henry de la Martonie à Bordeaux. 

La nol)|psse iVaneaise, inr^me .-m seizième .siècle, époque de sou 
Aj?e d'or, ne tirait |)as assf'z d'artient de ses terres, pour assurer 
rexis'tence (ie ^es cadets. Pousser ces derniers du (M>té de rE;;li:fe, 
était le moyen <le maintenir aux .-nut^s le patrimoine des ancêtres. 
Il y avnit des canon i(*ats, des prieurés, des abiiaves, des èvèclies 
même, qui semhlaient héréditaires entre parents. Tout abi)ê de 
bonne noblesse avait la chance de rencontrer un j)rotecteur, qui se 
chartreait d'aider l'action de la Providence. Les meilleurs [)rélats 
ne craijinaient j)as alors, de s'en faire les instruments. Apn^a la 
protection, après les (juartiers de noblesse, c'étaient les grades, qui 
faisRient le plus pour Tavancemput ecclésiastique. (léserait néan- 
moins une erreur, de voir une simple question d'intérêt, dans cette 
poussée de la noblesse vers l'Kiîlise. Nous ne <levons pas en ^^tîet 
oublier, qu'd s'acïit d'un àtre de loi, où des traditions séculaires fai- 
saient vivre les jeunes lévites dans une atmosphère religieuse, et 
rencourapfeaientdans la voîe,qui lui était ouvei'teen queiifue sorte, 
dès rentrée de la vie '. S'il est vraisemblable, (fue Marji^uente de 
>fareuil couvât en quelque sorte la vocation et la vertu chn^tienne 
de ses jeunes clercs, la Providence sen'it à souhait l'ambition lêjri- 
time de cette mère, en donnant à TRirlise dans la pei'sonne de sun 
fils GeofTï'oy, un ecclésiastique des plus distinttués de son temps. 
(f Toute s-a vie, dit de lui le généalogiste (ie sa famille, il tit honneur 
à sa vocation, loute sa vie il lut d'une régularité parfaite. » 

Ce fut d'abord à Bordeaux* que (icolfroy fut appelé à justilier 
cette réputation ^. On sait, que le plus jeune des tils du président 
Mondot, Jean 11 de la Martonie était alors archidiacre de Médoc„ 
et â ce titre chancelier-né de ri.'niversité. Tout nous permet de 
croire, en rab^er^ce d'un document précis, qu'il vécut a<sez long- 
temps, pour ay)peler et surveiller dans cette ville l'éducation cléri- 
cale de i^es deux neveux. F.es mentes de GeolTroy non moins que la 
protection de son prrand-oncle. lui ménagèrent un avancement 
rri})ide dans les dii-^nités ecclésiastiques. GeolTroy devait être prêtre 
ou constitué dans les ordres sacrés, ainsi qu'il était re<|ais pour 
ppxPfoi^e de ces fonctions, quand la faveur royale lui attribua, 
vf^r^ |.V;7, moyennant certaines conditions pécuniaires, l'une des 
sjx charges de ronseilier-cierc au parlement de Guyenne. Quelques 

'2. .Ahh<^ ^irnivi. lari^fp/t f^rrr^f-, F. fi^-f ^uiv. 
;s! FiiM. Xat M«s. coll. fV^ri;(orrt, !. fifJ, n. t558. 



HENRY DE LA MAHTONIE 15 

années plus tard, vers 1574, avant de mourir octogénaire, Jean II 
de la Martonie résignait à son petit-neveu Geoffroy, sa dignité et sa 
prébende dans la cathédrale Saint-André. On comprend qu'il fut 
dès lors facile à Gaston età Jacques de la Martonie, qui étaient alors 
toos deox ambassadeurs du Roi, de concourir vers la fin de 1576 à 
la promotion épiscopale de leur jeune frère Geoffroy, troisième 
archidiacre de leur famille dans l'église de Bordeaux '^. 

Quoique plus âgé que son frère puîné de quatre ans 2, et pourvu 
comme lui de tous ses diplômes, Henry de la Martonie avança 
moins vite dans la carrière des honneurs ecclésiastiques. Il était 
simple clerc du diocèse de Périgueux et était qualifié en outre du 
titre d' c écuyer et de conseiller du roi en la cour du Parlement de 
Paris », quand il reçut en 1574 deux bénéfices en commende, d'une 
part le prieuré de Saint-Jean-de-Gôle, et de l'autre l'abbaye béné- 
dictine de Quinçay, près Ligugé et Poitiers, dont les derniers 
titulaires étaient son grand-oncle Jean de la Martonie et son parent 
du côté maternel, Jean de Mareuil 3. 

IIL Henry de la Martonie, archidiacre de Ponthieu 
et doyen d'Amiens. 

A peine promu sur le siège épiscopal de saint F'irmin, Geoffroy 
de la Martonie se plut à combler d'honneurs son frère l'abbé de 
Quinçay. Le prélat facilitait en 1577 l'échange de cette abbaye 
contre une autre du même ordre. Saint- Waast de Moreuil, située 
dans son diocèse, à quatre lieues de celle de Corbie, dont elle dépen- 
dait; cinq ans plus tard (1582) la même influence valait au frère 
de révêque d'Amiens la commende de la riche abbaye de Saint- 
Just, près Beauvais, de l'ordre de Prémontré *. Henry de la Marto- 
nie reçut le titre d'archidiacre de Ponthieu, au début de l'épiscopat 
de Geoffroy (1577). Il n'était encore que sous-diacre, quand il fut 
élu doyen du chapitre d'Amiens, le 15 janvier 1586. Peu de temps 
après il reçut les ordres du diaconat et de la prêtrise ^. Si la première 
dignité lui fut conférée par révêque,qui en avait la libre dispo- 
sition, il ne dut par contre son élévation au décanat, qu'aux suffra- 
ges des chanoines de la cathédrale, dont il avait su conquérir 
l'estime et l'affection. A ce double titre d'archidiacre et surtout de 
doyen, Henry de la Martonie jouit de beaux revenus ^, et de privi- 
lèges considérables, qui en firent une sorte d'évêque au petit 
pied ''. Ce qui fut plus utile à son avenir que ces distinctions, ce 
fut la part qu'il dut prendre comme archidiacre dans l'adminis- 
tration du diocèse. L'archidiaconé de Ponthieu, qui avait Abbeville 

i. Mss. Périgord, ibid., pour tous les faits ci-dessus articulés. 

2. Daire, historien d'Amiens, fait naître Geoffroy en 1543. 

3. Le P. Paulin, Histoire de Saini-Jean-de-Côle, p. 33 et Gallia christ, II, 1289 
et suiv. et Dictionnaire de la Noblesse. 

4. GaUia christ,, X, 1310. Gallia chHst., IX, 849 et suiv. 

5. Voir le P. Daire, célestin, Histoire de la ville d'Amiens. II, 177. Paris, 1757. 
— Gallia, X, 1224 et Nobiliaire de Limoges, IV, 342. 

6. D'après le P. Daire, le décanat valait 700 livres et l'archidiaconé, 1200. 

7 . Voir les détails curieux des privilèges du doyen. Daire^ ibid,, II, 148 et suiv. 



IB ITN Sifcr.LE DE ME ECCLÉSIASTIQUE RN PROVINCE 

pour rentre, comprenait donze rloyennés nimux: celui d'Amiens 
en avait quatorze: tous deux comptaient 781 paroisses et cent 
annexes. On appelait à Amiens les archidiacres, « les yeux de 
rêvèque^K ils raccompagnaient partout où il officiait, et taisaient 
même à son défaut la visite du diocèse. Ils avaient le soin du cierge 
et ils étaient chargés dVn corriger les abus même par des censures. 
Ils ne remplissaient pas seulement les fonctionsde vicaire jjjénéral ; 
la juridiction contentieuse,(ïui échoit à Tofficial, entrait aussi dans 
leurs attributions ^ 

Ce fut donc principalement dans l'exercice de cette charj^e d'ar- 
chidiacre, que Tabbé Henry de la Martonie se prépara,aux côtés de 
son frère, pendant une dizaine d'années, à remplir di^ement à 
Limoges les fonctions épiscopales. Il eut à l'accompagner en qualité 
d'archidiacre et de docteur en droit, députédu tîluipitre, au concile 
provincial de Reims, (fui fut ouvert le. 5 mai inHîJ.sous la pn^sidence 
du cardinal Louis de (ruise, archevé(|ue, et finit le lî) suivant. Après 
sa nomination au décanat d'Amiens, Henry de la Martonie eut 
l'obligation, d'après les statuts du (îhapitre, d'aller demander la 
confirmation de son élection â cette dignité, â Tarchevècpie métro- 
politain, dont il était à ce titre le sujet immédiat. Quand, élevé 
l'année suivante (1587) sur le siège de Saint-Martial, le doyen 
d'Amiens quitta cette ville, après son sacre, pour se rendre â Limo- 
ges, il était entièrement acquis à la cause de la Ligue et de ses 
chefs principaux les (Tuises, dont la province de Picaniie était 
amoureuse, plus que toute autre du royaume. L'évèque d'Amiens 
s'était posé lui-même, dès le début, comme le dire(;teur de ce mou- 
vement populaire et national. La Ligue avait d'ailleurs pris nais* 
sance dans son diocèse (à Péronne), ({uelques jours avant sou entrée 
dans sa ville épiscopale (25 mai's I57T) -. 

1. Paire, ihid. 

•2. Voir les (Jêtail.s dans le P. Daire, Histoire d'Amiens, I, ti9i et suiv., et IL 
148 et 811 iv. 




Lûnfrpresmtf m im^: I^s fmia^k visme 
uijes perfeàmïssepouuoient pcmdre atnyf, 
Une se vtd lamais impius- /ik/n ûuunoûe , 



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D'après une estampe de la Bibliothèque Nationale 



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CHAPITRE II 

RÔLE POLITIQUE DE L'ÉVÊQUE DE LIMOGES, HENRY DE LA MARTONIE 

4587-1618. 

h Sous le règne de Henry m. 

A. Promotion à Vépiscopat de Henry de laMartonie. 
Portrait dupréUU. 

L'abbé Henry de la Martonie était depuis deux ans seule- 
ment doyen de la cathédrale d'Amiens et il portait le titre honori- 
rifique d'aumônier ordinaire du roi et de la reine^ quand, moyen- 
nant une résignation réciproque et conditionnelle en faveur de 
Jean de Laubespine de l'abbaye de Saint-Just, près Beauvais, qu'il 
tenait en commende, il reçut de ce prélat en échange (mal 1587) le 
siège épiscopal de Limoges. Le roi Henry III consentit à cette permu- 
tation en faveur du doyen d'Amiens, sur la recommandation de la 
duchesse de Montpensier *. Cette princesse, fille de François de Guise 
et femme (depuis 1570) de Louis II, duc de Montpensier (branche de 
Condé), jouissait alors momentanément à la cour d'un puissant cré- 
dit, que lui valaient les victoires de Henri de Guise, son frère aîné 2, 

Le nouveau prélat avait la qualité de « prêtre du diocèse de Pé- 
rigueux », quand, c sur la présentation du Roi très chrétien », le 
cardinal de Sainte-Croix, ancien nonce, chargé des affaires con- 
sistoriales du royaume, le proposa officiellement pour l'Eglise de 
Limoges vacante par cession. Le pape Sixte-Quint l'institua cano- 
niquement pour le gouvernement de ce diocèse dans le consistoire 
secret, qui fut tenu au palais apostolique du Quirinal, le jeudi 
13 juillet 1587 3. Le même jour, on expédia de Rome au prélat 
ses bulles de provision épiscopale. 

La cérémonie de son sacre eut lieu peu de temps après la réception 
des bulles *. L'évêque de Limoges nomma ensuite à Paris, le 12 octo- 
bre 1587, l'abbé Joseph de Julien comme vicaire général ^. Le 25 du 
même mois, l'un des amis du prélat, François Rose, chanoine d'A- 
miens, en faveur duquel il résigna bientôt sa dignité de doyen de 
cette Eglise ®, prit possession en son nom, à titre de procureur, du 

1. S'obiliaire de Limoges, IV, 342. 

2. Après la journée des Barricades du 12 mai 1588 et surtout après le drame 
de Blois, la duchesse de Montpensier se retourna violemment contre le roi, 
se montra en toute occasion son ennemie acharnée et mérita d'être appelée 
« la Reine de la Ligue ». Elle fit aussi une vive opposition à Henri IV, mais elle 
se réconcilia avec lui, en même temps que le duc de Mayenne son frère. Elle 
mourut en 1596. Voir Bouillet, Dictionnaire hist. 

3. Biblioth. Nat. Manuscrit fonds latin, n. 12563. 

4. Dans la cathédrale d'Amiens probal)lement. Mss. II, p. 526. 

5. Nobiliaire Um., IV, 34^ et Mss. du séminaire de Limoges, n. 21, p. 778. 

6. François Rose devint doyen du chapitre cathédral d'Amiens, le 15 jan- 
vier 1588, par la résignation de ce bénéfice que fit en sa faveur ce jour-là révê*< 



\A IN -rwxt ûP m (XLLiiiAÀTioaE .:x îbovînke 

Hi^e ini«v)p$.l fio l.imnaes^. Wra i.i lin -lo .:iav!f3r"!588. lEonrr 
(if^l.i îvf^rrnriin it^nji .i. Xfiti^e-fjjjnio «i ^Viiuens \ (»nctiaQ i^piKCODoiti. 
Itî iiun}> nrw^H. j| lit.^on rnUve soiHnnoliti n iimoces <t at iitro- 

A \n 3i.iaer^«iutcriihoivi ;>or !'3s irau.s uenéraux do -ef forrraiLi •; 
1p> Tioiiv<*l cv^aufl rtnit i.lnn. i lioninio «ic -lin tinip?. «lenrr «le i 
^^H^t^niH V <»t vppîvsftnui avec la jjaruc t-n |)Ointi!, icio -it ;)reiatâ- 
(lu .^ftPZiMrne sw<:l« portiiont ueneraltîment. IL i. .i3 ront .irpe «^t 
(JHrr>iiv<»rt, ia lluur<* nittUiiiientt^; inaia u i'ixpressHjn ae i^onimmb* 
répatiflnesm' ^e Nisaae se nieUi une tcrkaiJie -lurete. La î'»ttî. «iaaa- 
.^on nnw*mhlR, csténeriirique : .«n i.i iH-entiraiL ;>our 'Oilti tl'nu ^"i»*u:x 
i!iilitrtir<> pIntiM «lun ])oar reliii <ri.ii {«rehiL l>f)rii 'iii i»ou 'Oî^nl 
fl'App8îiv»iice ft ])Ourtant. .-oupie. t'uiLi\f «rajJIinirï »^t ne uianquaut 
I)a<î<"lHportfUT, natnre vi-^onreuse t't parité rooiisto l'uiiii vu« laii'j»?: : 
tf^l i'tjui 1 homme, quo ia aveiir tUî:? «tuines .ivaiL <*ievf mit le ^tètie 
dR ^aint Nfnptiîil, rt qui dev«itcievenir l'àiuede la îj;iueu Iiâiioties; 
et Vnn do .^es fhcts itis plus t-couLéa daua ie i)avs ■^. 

Jl. SfiixWaiUA corniiUfinte fie iccèifue de Llt*iOi)eê^ 
do. vixant. ae Henri IIL 

Xonnh^mnt -es prfUlîrcncea [lolluquef^ Henry An La Martoiiie 
ripparrit d'uUord tiansson <iioct»?e, L-orujjie nu nreJat rrrti dévoue à 
l;i politique lin jjonvt^rnï^fnent. \At vo\ -«rriijja iiicnie roniMter -ur 
liîL j)onr in laaud.ien d<î la paix 'lan:^ la vûle île Liinoues^Ci-nte atti-- 
tildn. qni l'n vHhU. lt»H riouen de Henri III iui-ni»^nie, îie îul pas- 
sanH îiinrit*», ,i ran.se dea -iraws diitujiiiteî^ île la --tLuauori locale, 
(p)i nviient «l'îuiwMirF ril'ravi* !e pre(let•l^^•^♦;lir du uouNfi •'Vt'«|ue. 
A .-on arrivMO a I>4inoat.^a, tout n? pavt^ ►dail -aub de^Mis dessous* 
Mrd^ardis [)ar If* -uccoa clu roi de Xuwuwv à (louirab, de> i>arti5i- 
df» linunt^noH «iiti ronraient !e.s l'anipji^neî^» ^"tdaieiiL l'approche^ 
df^ Lîniotjosft prpnajent Saint- Vie tu rnic'JJ, iîoauujunl. Le Mnraud, 
Arnlnf/ac »'t L'AvIi^iif •', Apres le piiJaj^e de ce* i>rit?ure, ds uiena— 
c^T^^'nl* i\i> ^nrprnuirp Sanit-Li-onard -'t [)iuMHuru. ;l^trv^* peliles- 
\'\\U\^ de« <'n\H'on,s. (in laisait iMJiuie uanie nuiUd joui-^d «>u iiObait 
-ortir. \.v> 16 lUin l^SS, ierri;ileauduM;i;^Jieurde iloytMv^sa j-în^nac '* 

i\\\i* fl« I,îmt^i?fî«. 11 se itioiitpa inoiiêré iniiidaut la Li,uiie . ri^^aii IV ivctiiit- 
pcr)«^ iT^ncoiM UoHe, son partisan, .i la 'noit -lO leaii le Liiu].te>pmt:, t-ii le 
tiMTnninnt •< i'cv-'-cIih ir(MM«''{Uj:>. l'iaijf.ctjrt UuMi ut'u pu» iritss pi>»«»iroatou, mx 
il f.it Ra<»a«<-5MM» i'W \•\^oxw^^\, <(Hn(ne il ^h renuait lanïs ut-Ue villt,', le 17 -strptem- 
l»rf^ 1"»97 Juiir^, Jff^toire ii-AniuitiA, \, Ml il 11, 177. 

1. I',n inv*;r»nce «le .lean «ie i*iivy,iiloii« <lû>t*n au «Jiîtpitre, «le îeiiti de Vertlia^ 
mon, rtianlr^. <M Àfartial Hp.uiiJ»-n. .-uub-rnîiiiLre, ae l'ienv i;ouni.>i, deJeaude 
J.PV?N»nnp, <'t aiitr^K ■•haiiuiii«.^rt. Avrlineb ât'p.iU., --ti'ie u, a. l'ô'À. 

2. vNs. h. ;{;{. p. :.76. 

'\. <>n "Ti «'r>nnait H«Mix Inn "^>t un tauie.tu p^iini 'pn ^t; *i\.«ive dans nue i^a- 
1p-ï'I« «le 1 «•vhcIh^ -h» Lin)n^e8, ; nuire «•.•^t luif -irjivuitj ile 'iauitier ( ibll) (\yn ..>t 
rnnservfjp ifaièS no «les .»ls.s iln .-errnnaiiv. lit' Lnnoi^»>,, n. .">, t. il, p. 'A'). 

'i- L. </inhert, Ut l.tgue n Lmioijes. DuluuiUcux, «c^bi, ^>. l'J. 

:>. //^«r^., p. i>. 

0. (^e chàleau dont il >ubsiîite oiicore iiuatre Louvb ruuue* ù tuituieb ait;ueî> 



HENRY DE lA MARTONIE W 

tomba entre les mains de petites bandes de protestants* Cette sur-^ 
prise ccausa un |2nrand dommage i», dit le chroniqueur, au !^oi|(neur 
de Brignac et à ses colons, parce que, :\ioute-t*iU t leî< bestiaux 
furent enlevés et les maisons pillèesavec une désolation extn^me * •• 

A cette même époque néanmoins le parti de la Ligue encou* 
ragé par les succès du duc Henri de Guise, avait organisé une 
petite armée en Limt)usin. De son quartier général, installé nu 
château de son chef, le vicomte de Pompadour, lieutenant du gou* 
vemeur de la province, ce parti entretenait des intelligences aM?o 
ses principaux adhérents de Limoges, les Benoist, les de Douhet, 
les Petiot, et le gouverneur lui-même M. d'Haulelbrt, poursVmptt- 
rer par surprise de la ville royaliste. La découverte de ce premier 
complot par les consuls fidèles au roi vers la fin de juin iM6^ mon* 
tre que le nouvel ôvêque de Limoges n*y avaitpriHnucunepnrt, etlU 
chasser de la ville tous ceux qui s*y étaient compromis. Di^n lors 
les principaux représentants du roi à Limoges, le nouveau gouver- 
neur, Anne de Lévis, comte de la Voulte, et les intendants do Tur- 
quant et Méry de Vie redoublèrent de vigilance de concert avec le 
corps de ville, et pour mieux affirmer leur attachement & la cause 
de Henri UI, ils firent solennellement pendre en enigie les chefs 
de la Ligue \ 

Installé à Limoges dans des circonstances aussi critiques, Henry 
de la Martonie fit d'abord en apparence contre œtte mauvaise for- 
tune bon cœur. Son premier séjour dans la cité épiscopale un peu 
moins troublée que la ville-château ^, ne fut pas de longue durée. 
Car nous savons qu'au moment où se dénouait Tintrigue de la cons- 
piration d'Hautefort, Henry de la Martonie anHifitait aux Ktals Ctétié^ 
raux de Blois (dès juillet 1588), avec Philippe de Puy/.illon, doyen 
de la cathédrale, et François de Neuville, abl>é de Grandmont^ fous 
trois députés pour le clergé du Limousin et de la Marche *. Tne 
lettre de Henri III ci-des^ious citée nous apprend que révwjoe de 

encai^lrsknt ^ eorps fh- lo^ris principal, rtVm favrlm^nf vftt» IT^# rt/n^x ftiU'^ cï^ 

et seiie lcilom*^t.reâ ïaI ôft Lîm-o^e?*. I^^ .•^ii;-n«''n'pa fUt f^^*j^:ff^ ÎPi^m*"f\f fMI rf^ii^ 
tmire comme- ©ne lfoftefies*<^ aïo finfiXCirr\r.ft\<^. Mèf.\^. O-tui- rjivi l><,Ai>f»«*»« nU^"?^ 
sartjtjmmé par be» i^ftna rtn pflty.^, •< FtoTt^'f»*» à l» ù^fur^i^ fo*rl'»« * éiA^t ?>*> H^i>(^i>Y 
moiiéré et mi catholique fervent. '!/iif!t<xTi<5 fc*mpi» Apr»^;* U^ sAf-, r^ft ^»n ôhAf^^^ii-y 
qni tiii (f«:>nna. df^ i^iwira^ ce sf-ivçneTir prit le Ifuitâ')^ du peierm ef :ft>n *11a jM»i«»r Ai 
ffcûfn»*-^ à L-jpf^tlîft : il se rendit m*4me à .fémsalen^, po^-iv «Mnt^riiv 1^ «*c»nv<»r.^i«Mi' 
chu pcét«iilAnt aa tffône, Henri TV. Non.^ :<<'juhaiton« que Ia *r>rVt«* *iVh**r»kK«i- 
cfœ de Linujge» prenne k rxp.nv de faire pnhfi.>r le» intér»»«8«nt;« mt^m^Mvi»** diV 
«e aeiççnemr. LecifaAteaai de Fîri^iTiasR app«rtn>nf di*pai« kiÛ*iÀ 1a ^^11■iîlle T{ind.»ai* 
dfc* Mâr««ac, «pu a fait partie de ten'ipt* imménvirial de li» bonrir^'»'**»*» de S>!ii«tu 
Léonard. 

f. 3foan, II, t t p. 5*17. 

t^ IL (-^nihert. La Lisfiie à Limoirea. Linuvjei^, I}*^-'k p. f k \T\. ^^\^^^ f»MN>nR d«». 
l;H'ge*»*nipruntî* à <•.«* onvraa»*. pour montrer U*. rôle polituiue d«» notr<» ptvMitt'. 

il Apren la barailie deGiUtraît ^w ir^^, 1«*h «•hrtnr»nï.>s iW :^«nit-iûi»»nne Av.in*nf- 
laiHiié mettTf* îçarni«on dan» la cathédrale et pour la «*»»ci^?ide \\\\< .<'i>mme *»« 
lïî'ÏÏî*, iÏH étaient îriie» demander asile daim la \M(lj>-t»lïi\(»>;%u à r;*l>lv4\'e do 
r^sint^Maitiai. où il» dmnterent l'oitlfe di%Mn. L, Guibert. 

& PL'Qoès-^erbaux ctea assemblées, I, p, 451. 



^^^» «■ t V • ..4/ -^.Ji'* • " >!. 1* * ' . 

,^V Kl 4..»':- .«^.Li-J' i^î..* .1 .'II*'. ."•riKilliIlM'itîr lirr- lii "^^i— 

♦«..-♦,. ..»i.i- . , ."-.^.«u!. . »» s. r*-— ni!."* r'-^- i.-*t ii.rr- ais- 

r *'.;>-. 1 . «►-.^>i»*»r>T.. r- «»;.J.^:^ . I»- . .lïf^ltf'Utîli: n& ^i - JJ-^ 

...» 1 ..M>r^. «.•.." 4Y i,./' i.it-^i vs»^. [f.urii'i^.'i^ 'r.T^ r^T»* "î i^nie 
»..».. -,.4' ...». ro,», ..ii.'.z-r^ '•àd.Mir-r'î- '* ii»-f:rî'iî..t!iierr:«tfii. n;tf *ii 

^^ .- »-• ! ta»»»i 1.UZTO rrurpt m i <î :f)'n:;'jrren l weiir, 

r- w,..» M. i .^- »\/^ i/»f4iu ^a l'v-.iK^MTi tp n *fi t*iuvenir. P^ui* 
.,.,- ,\^y*^i\ t itf >/T..i in .• .vuMiih'-rn, 'fitp* uiirft 'n*!f*, /oiis- 

^♦,^.,., 4.. ■- i.Nj^ WLtiir ^» iiîW-.îi.'iU i ima -r^tr^'ivft 'nertie. 

♦ ' .!♦,• .1 ♦..,w>....i '.w. .. ., .)i^'^^ nift uiin* ettn», lan*?-^^^ -rîn 

. s.. I i i.-. .n.M.-- '.ti H^^\ ,nr \l.^} i ' nie!i»;rint • iiiiH -M éai »^ 

.-> ,^ k : ♦«..M..ii In l*».nvi)i i* m .iirtntju*»? 'ittirît*i • c»jn- 

...,».... - .ai^'.-.v»; w.î iiM,'.M»iMii.au'-T l«n:îir«t» •• a vvnle i L*.*ndroit 

». .. ï.,:. i.. j»»j..»; ..• ,»,Mi t\pi inM?' ih ;i»mv<**iux 'louipiiiiieiitSîHir 

I. I .4.,'t ^\.»i»: >4\ lu-: hf»l, |u 'l «^l * în*^.iiîeciu)unê 

. . ». • » 4*1 .^\t\ If : tciun, aiiu-ï m îiuimlnus-» ni -l ue 

. ... V à ... 4» .1 i.i «in \H ' uiMii) >r*l«»uii»** >i»u> :it»ti>* iiitori^ 

* . ♦ .. » . M-, .»u ^ lu I» .Miu l r<*\ iu\ 'umvfuiix •••-•lisais 

» * v»**»i ♦ »4t,.'i>4.»r.ii. \\i 1 i\ ut Mtnnivr**^ i !a ^ou- 

I » . . .» .^ . , , .14 Ml . ' |:»n«nnt| i^.- jur Ut k>vUe«:L ilMllie 5«S 

»•.. . .1»..». il .1 ■; '.. • 4»i»> !•: :. i»»»'^**'* «i r-^u'«ir«le \ a\ «itî 

• t ., .4. % ... ; . . ».4«; I» i ,) ':..i: 144 «»«•»"•* is «" ■.'> 'V'IS 'er'llt?^ 
.4. . '44. !.. .s i . ... .^ ; ; 1 i» ;j > ' V» i .«ap-lSJl.i. ..U'S LTlte 

I ♦.» .,.•.«. i ».', 4..1*ii.u'. «•. '. l'.i^jif'i» -1>'^M ♦cV -»» 'l'^ '**.li» -»t iVQr^ 
. .1 s . .. .» ....,■; . » ♦.Il I »•: VI » ' i** ^** »i' t!' ' -V '.ÎU '^^^ 

• .1 .4. . :•...'. Il M, ..^i» ♦••. • i . -t l .-r^ '.ItM.i.le 

. ... » - 4 * *.♦....» i ^i .u • ..•• XI it i ♦ ,-:!;u!l iv iaC-^ 

• » ; • I » XI. • 4. f, >^ ' .101 'l\i X \ %:-* 



• i i 



HENRY DE LA MARTONIE Si 

couchée. A la veille même d'une insurrection des ligueurs, le pré- 
sident Martin, chef du parti opposé, adressait au prélat, résidant à 
Isie, une lettre pleine de protestations de services et d'amitié U 

II. Sous le règne de Henri IV. 
A. Jii8qu*à la pacification de io96. 

Henri III était tombé, le 2 août 1589, sous le couteau d'un moine 
fanatique; la couronne royale fut dès lors revendiquée par un 
prince protestant. La fidélité des royalistes fut soumise à ce moment 
à une terrible épreuve. Les catholiques avaient grand peine à voir 
dans le filsde Jeanne d'Albret, autre chose que le chef du parti hugue- 
not, et à ceux d'entre eux qui ne pouvaient imaginer de moyen terme 
entre le rôle de tyrans et celui de martyrs, l'avènement de ce Cons- 
tantin de la Réforme semblait devoir être le signal du triomphe des 
calvinistes et de la persécution des catholiques. A ce moment*là 
surtout, au lendemain de la mort de Henri III, la Ligue se mani- 
festa partout comme une révolte généreuse du sentiment national 
pour le maintien des vieilles traditions de la France. Pour tous ses 
partisans de bonne foi, elle était réellement, il faut le remarquer, 
la vraie et indispensable sauvegarde de la religion nationale dans le 
royaume. 

En Limousin, comme ailleurs, beaucoup de gens, qui avaient 
hésité jusque-là, se déclarèrent alors ouvertement pour la Ligue. 
De ce nombre fut l'évêque. Nombre de bourgeois suivirent son 
exemple. Cette fois l'ardent prélat fut le principal inspirateur d*un 
nouveau complot, qui eut pour but de faire tomber la ville de 
Limoges au pouvoir "de la Ligue. Par ses soins, des personnages qui 
jouissaient à Limoges d'une très grande influence et occupaient 
d'importantes fonctions y adhérèrent ; c'étaient entre autres Martial 
de Petiot, juge et consul cette même année, homme d'une piété 
ardente, fort aimé et estimé de tous ; Aymeric Guibert, avocat du 
roi au Présidial, Claude Rouard, greffier criminel et ancien consul 
de la ville, Léonard Delauze, hôte du Cheval Blanc et capitaine de 
la milice bourgeoise, et Pierre de la Roche, vice-sénéchal, plus 
connu sous le nom de capitaine Vouzelle. Le brave Vouzelle était 
fort connu et fort aimé à Limoges ; il avait donné depuis quinze 
ans beaucoup de preuves d'un talent militaire remarquable. Dans 
la pensée de l'évêque, il devait être le chef militaire des ligueurs de 
la ville, celui qui, par son autorité et son influence, soulèverait le 
peuple et se mettrait à sa tête. Henry de la Martonie ne réussit à 
ramener à ses vues et à le gagner complètement qu'à la suite de 
« plusieurs remontrances » qu'il lui fit dans diverses entrevues et 
conférences, qui eurent lieu à Tévêchéetau château d'Isle. Ce furent 
les discours de l'évêque qui contribuèrent le plus à lancer les conspi- 
rateurs dans leur entreprise. Leur plan, qui paraissait inspiré d'un 
précédent complot, consistait à livrer d'abord aux ligueurs la porte 

1. Mss. n. 33, p. 576 et L. Guibert, ibid,, p. 18. 



a, ., :* civ.vfc Vie. \ir. rA. i If •.! \vTî\,>rE en rnoviNCE 

^f$,ù \^K*f*.c^ wo> ■/•; (?>-'•!»* '.Vt^vv t*-^ vî"r»*^;t ectrerd'Es troupes, 

•*^,'i ^/, V *.*.#M*;/|/«# 1 •< pr«' ^i 41*'* t pr:» <*-< Oî*^f'jrv<, r* ^r rL-rttre â 

u* /j. |/vw-</M •>«.* ^J/M^v^ «.'*■> .<.';'.<':t <J<.' ^«'.'J< CirrTj*i*< qu U r^S fa id rai t. 

Se , i'k 'fKyitfht** '1 ?itJf,, •//< :»<i.'f;<''}i^ vtfi'j<? «i'jL j"ur u'i l*rs IL^Tueurs 

•^i.^.*iLm« itt*.ttt}i^ U:a '$tit$tti%^ 1 i'>«rq'ji' n'vujt «i»? SU iTJ.iJSjn d*? caïu- 

i#u|*Mi«. «a j^,iiJ«*i, '»i| \ut,Utif% <rp<v'uf)iil d.in-f Ja. cité. Le lendemain 

tJHt.MMi.iic. u,o '/Wm,«jo hHj^m'u V i$uvt$tîl lu.Mj lif m.'iliri «:ofrjiiie a. Tordi- 

iio.il K,. ii^Mo 1 ;qii«,ajMMii, mm ct.'rtmtje a^iUitioa rHj^nait dans La 

► iUL. iKc i^M/ii|H}s» <M Mitîn 14J i*»tr*m'iïibJi'r».MjL .lut ;iJ)ords de l'éj^lise de 

.■u.iiil-AlH.Uvii, (Jii iMtin.n<ut Ii;ii vi^pruH, lursiprun vit sortir un prêtre 

aiijkoid «itUt^ifilil KoMH^^vt^U, "^um roJMs viHii d'UJiH ijimpie tt saie *k 

ULu uu^,. lA iMii) l|^lhJi)aldM i lu iiiiuii. C(ît tfceii'fsiutttique donna le 

oi^iiui 'a^HuHMiltiijiHJludiMjuriitriuriHnHiiiii. Au trufine muinent. Tin- 

i*iiaàiii».L It.a «Haïuulh, ((111 ijvaiuut mi vuiit du eu qui ae préparait, 

l».+iUul 'l^ I MdViîl do Villu on ils Vdiiuoiit !*t)oiii.s« débouchèrent 

.>iu 1.x |iUvo knhl^Mi(>l»oi, I) Mit iMiti'o oolu» uiTiviVmut sur le même 

j»...4iii, oiMVio.j \ii\\\ u«H)|iv) d'thimiiuîK uruioîs lo [jitHi^ Jémme Blan- 

» )».iiti, |»viUui *iiiw^ii( Mm uiu) -iinnUt» oivn\ Ju Ijuig^ ut le vice-tséné- 

i Jiai N..u«vili, I -pcti m jk>uihj ^:«'»Hiil • Vivt) lu Cltji\ ! et appelant 

i»:^ t iiUk.ii4uv.a ti4\ nHU'..i^. hîi lut iHnIuiiU ou Vil leîf i^roupe» des 

«icrui |»**ti.i:? .:c *Mmoo\h*5, -ui nHuuu>^i\ s.! iijnrttM\ [)uis o» venir aux 

iuaiu... tjU'Aiàsl 'î% Uuivc .U.:v.U'.tOtU'Kt'.vd''ir«iut'.i)ii5<^s!ut disHpée, on 

i>^»;i\.«U, louwoc Mil !u M.»i, it. i>uimU l'Mu'uaud, qtu xvtxïi ote trap- 

I»»; îc i»iu-i*,uin î>u4iv.v t 'Ut4l 'iua« vtu i*. -oup, oi {tiv^ de lui sjn 

kiiiii.-^ui. iii«4;w icio, i^Mi itUui lut'->i<'. , '4u uiitv Juutj4r4M5S Pierre 

\v»ài.4iriiv,j , i..o«.i**H 'tu t.v i^mulfv, 'i'iiUM |Ot'K|Ut'S''Uv4.auiS^apn-»'S 

K,*vw .c i»ji. .4v*^i«v ouj»x U' hiiUounu", V a touMMie Tviriiiùue 

4*v»-v i. iUv,*»v >*..ii».i,j Mi.lN.^t *.*.♦♦* iJuU. \;^uutrti;5-CJJ»r;iÈt lu\ jnil'tfît' 

»»-, ^».^k «^u c, 1 -.vt^.Li. csk i«.«t \( ticit<:ij(. lu:?*! ie Mrn«Àre C'S- 

.,.. ...vt * .V. >*. ...^ »i*^kCK. ». ..!.».< .41 .c ''^«J^tf ^i'*i--.lJ .Mt-.i. ,;,v» i<^ 

••- . ..»..^ . •; . .1^-. ..1».. f^,: ^ ^r i-, tl«').t , i i .,P>, fU»îrt^^^- 

'■'*•' ^^ - - •'-•x*., V. k ...'^i»vi 1. .,..1 -«; . •tt.>i<i . .di;» . 1 

^ • ' • i* ' ■■ '- -• , ' y u ..^ .1.4 vj. ..*. . o»* » V itH . •• t.»< t:»iS5..'iM* «j'iT' 

^^ V u. ^ . *. 1 '|V.,.^ t '11...» -'.'..viv «kuiLt-UlTl, 

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''* ^'^^ - :».... . K. ^ .^.- 'o^.;..0. -O 



HEKRY DE LA MAKTOXTE l23 

fait, sar plusieurs points importants, le programme de la conjura- 
tion n'avait pas été suivi. On avait néfrligé, en particulier, d'occuper 
la tour des Arènes, dont la possession était indispensable aux 
ligueurs. De plus, les chefs de quartier avaient été pris au dépour- 
vu. En vain les conjurés se fortifièrent la nuit suivante dans 
l'église Saint-Micbel, en vain cherchèrent-ils aussi à se barricader 
dMis des maisons et dans des rues de la partie supérieure de la 
ville. Le lendemain^ les troupes de la milice bourgeoise, bien 
commandées, forcèrent les ligueurs dans leurs retranchements, et 
obligèrent ceux qui s'étaient réfugiés dans Téglise à se rendre 
sans condition. Le soir même, les chefs du complot furent décou- 
verts dans leur retraite. 

La répression contre eux fut prompte et terrible. Le Présidial, 
après une procédure sommaire, les condamna à mort et les fit 
exécuter le mardi 17 octobre, dans Taprès-midi, sur la place 
Saint-Michel, Martial de Petiot, Claude Rouard, Léonard Delauze 
et Pierre Vouzelle furent pendus c^ jour-là. D'autres partisans 
de l'entreprise organisée par l'évéqne furent mis à mort les jours 
suivants. Petiot, Vouzelle et leurs amis furent depuis considérées 
par les catholiques ardents comme de véritables mart\TS, et leur 
mémoire fut longtemps en vénération. 

Cependant, la plupart des ligueurs compromis dans Témeute 
étaient parvenus, quand ils virent la j>artie perdue, à sortir de la 
ville et à se réfugier dans la cité. Des événements moins sanglants, 
mais non moins graves, s'étaient passés }>endant ce temps dans 
cette Dartie de Limoges, Dès le dimanche matin, le capitaine Avril, 
qui commandait au nom du roi la petite garnison de Saint-Etienne, 
avait sur ses instances remis la place à l'évèque et ao<^epté de kù 
un commandement, A l'instant même où l'alarme se répandait 
par la ville, le tocsin sonnait à Saint-Etienne. Une grande {mrtie 
des habitants de la cité étaient du parti de la Ligue. Ils sortirent en 
armes de leurs maisons et se réunirent, ecclésiastiques et laïques^ 
sur la place voisine de la cathédrale. 

L'évèque Henry de la Martonie, qui avait revêtu ses ornements 
pontificaux pour les cérémonies du dimanche, venait de faire armer 
ses domestiques et de quitter sa soutane, pour revêtir un pour* 
point et ceindre Tépée. On le vit i^aratti^e dans ce costume devant 
le palais épiscopal, en compagnie de Martial Lagorce, curé de 
Saint-Maurice, et de trois chanoines de Saint-Etienne, également 
armés. Les consuls de la cité, qui étaient à la dévotion de M. de 
la Martonie, allèrent prendre ses ordres, firent fermer les portes 
des remparts, et placer des postes à toutes les églises. Dos bandes 
d'ecclésiastiques et de bourgeois en armes, à la tête desquelles 
marchaient des chanoines ou des vicaires qui brandissaient une 
hallebarde, allèrent au cri de « Vive la Ligue i& I arrêter chez eux 
des citoyens suspects et les amenèrent prisonniers à Tévêché. 
Le chanoine Pierre Cibot fut du nombre des suspects arrêtés. 
Des personnes ainsi arrêtées, les unes étaient renfermées dans 
une chambre hautp de Tév^ché, où le3 gardaient quelque? hom- 



24 UN îflKCLE DE VTE ECCLÉSIASTTQCE EN PHOVÎNflE 

mes aous les ordres de Bueyly, maître d'hôtel de Tévèque, les 
autres demeuraient Consi^^nées au corps de {^arde, établi à la porte 
du palais épiscupai. Ce corps de j^arde était le quartier général de 
la milice de la cité. Le chanoine Verneresse y commandait ; mais 
Tardent curé de Saint-Michei ne demeurait pas un instant en place. 
L'épée d'une main, le pistolet de l'autre, tantôt seul, tantôt accom- 
pagné d'un des consuls, il parcourait les divers quartiers, inspec- 
tant les postes, posant des sentinelles, surveillant tout et ordon- 
nant tout. Fait significatif à noter : les événements de la journée 
du 15 octobre ne iirent dans la cité aucune victime. 

Le lendemain, on y apprit avec stupeur T insuccès du drame de la 
veille dans la ville-cbàteau, en même temps qu'on rei-ut un certain 
nombre de ligueurs qui avaient réussi à s'en échapper. Deux heures 
avant le jour, lechanoine Verneresse inti-oduisitdans les murs de la 
cité une première troupe de cavaliers, que commandait le trésorier 
général Benoist. Sur l'heure tles vêpres, on entendit des fanfares 
du côté du pont Saint-Martial. C'étaient les deux cents chevaux du 
capitaine Bolfran, qui arrivaient en suivant les bords de la rivière, 
guidés par le chanoine Duboys. L'évéque, avec une cuirasse, botté 
et un bâton blanc à la main, avait, le matin, parcouru à cheval le 
faubourg Bouclierie, et assuré les habitants qu'il ne leur serait fait 
aucun mal. Le mardi 17 seulement, arrivèrent les troupes du vi- 
comte de Pompadour, chef de la Ligue eu Limousin. L'évéque alla 
à leur rencontre dans le même équipage, et conduisit Pompadour à 
Isle. Les chefs furent logés à révêclié et chez quelques dignitaires 
du chapitre. L'église cathédrale servit de caserne aux hommes. Les 
bàtimentsdela Hègle, abandonnés par les bénédictines, furent gar- 
nis de troupes. Les corps de garde de Saint-Etienne et de Tévêché 
otïraient le spectacle le i)lus animé et le plus varié. On y voyait le 
Père gardien des (Jlordeliers, vêtu d'un pourpoint de toile découpé 
et des (^hausses de drap blanc, armé d'une arquebuse, un autre 
Gordelier, vêtu d'un pourpoint de taffetas noir et la chausse de 
velours, ayant une cape de Béarn, une épée et une dague argen- 
tées, l'arquebuse sur l'épaule, et deux autres tils de saint François, 
sans habits religieux, armés de hallebardes K Plusieurs conseils de 
guerre furent tenus au palais épiscopal, sous la présidence de 
l'évéque et de Pompadour. 

Cependant le gouverneur et les consuls, qui venaient de procé- 
der à l'oxécution sommaire de quekjues chets du complot dans la 
ville, avaient envoyé des messages au duc d'^ix^i-non, (|ui se trou- 
vait alors aux environs, à la tète de tbrces inipurtautes. Le duc se 
dirigea aussitôt sur Limoges à marches torcées. (Juaiid son avant- 
garde parut, sur les hauteurs qui dominent la ville, l'évéque 
tenait conseil en [)lein air, avec Ponq)adour et les autres chefs. 
A Tapproclie des troupes royales, tout le monde sauta en selle et 
s'empressa de luir. C'était le 19 octobre. Le 20, l'évéque a voyant 
que ratfaire réussissait si mal », quittait la cité par le pout Saint- 

1. L'Eglise militante île Limoj?es n'avait donc rien à envier iK-elle de Paris. 



HENRY DE LA MARTONIE 25 

Etienne ; il était accompagné de sept ou huit cavaliers et d'un mu- 
let chargé de coffres. Pompadour suivit le prélat avec une partie 
de ses troupes. Après divers combats qui coûtèrent la vie de part 
et d'autre à un grand nombre de soldats, La Gapelle-Biron, chef 
des soldats ligueurs, dut capituler : il obtint des conditions hono- 
rables. Le dimanche matin 22, il sortait de la cité avec c^ qui lui 
restait d'hommes, vie et bague,s sauves. Une garnison de l'armée 
royale fut mise dans Saint-Etienne, et la ville épiscopale occu- 
pée militairement. Un Te Deum solennel fut chanté à Saint-Mar- 
tial ; d'Epernon, le gouverneur et les consuls y assistaient. Le len- 
demain, d'Epernon livra la cité à ses soldats, qui mirent au pillage 
la malheureuse ville. Toutes les habitations des personnes, com- 
promises dans les événements des jours précédents, furent sacca- 
gées. Du palais épiscopal, il ne resta que des ruines. I^ cathédrale 
garda sa garnison. 

L'intendant de Limoges et les magistrats du Présidial, jugeant 
encore la répression de la tentative du 15 comme insuffisante, 
ouvrirent des informations sur chaque fait particulier. Le procu- 
reur du roi ne requit pas, du 27 octobre au 9 décembi^, l'arres- 
tation de moins de cent trente personnes : quatre-vingt-cinq k 
raison de l'émeute de la ville et parmi celles-ci deux prêtres de 
Saint-Michel et le chanoine Barny ; quarante-cinq comme auteurs 
ou complices des actes d'arrestation qui s'étaient produits dans la 
cité ; entr'autres, l'évéque Henry de la Martonie, comme chef du 
complot, cinq chanoines de Saint-Etienne, Pierre Verneresse, curé 
de Saint-Michel, Martial Lagorce, curé de Saint-Maurice, deux 
vicaires de la cathédrale et deux cîianoines de Saint-Martial. Les 
prévenus assignés pour la quatrième fois le V^ décembl'e 1589 
firent tous défaut à la citation. En conséquence les juges du Prési- 
dial condamnèrent à mort par contumace les accusés. Bien que 
M. de la Martonie figurât au nombre des prévenus, on ne jugea 
pas à propos de lui signifier un arrêt quelconque, eu égard sans 
doute à sa dignité. 

Tant que dura laguerre civile, Tévêque de Limoges ne put rentrer 
dans son palais, ni le faire restaurer. Gomme les remparts de la 
cité épiscopale pouvaient abriter des troupes, les magistrats muni- 
cipaux de la ville firent abattre toute la partie de l'enceinte qui 
regardait Limoges-Château. De nouvelles expulsions accompagnè- 
rent cet acte d'autorité, contre lequel l'évéque n'osa même pas 
protester *. Durant ces années de troubles, notre prélat établit sa 
résidence, soit sur les limites de son diocèsr, au château de Saint- 
Jean-de-Côle, soit chez un de ses parents par alliance, M. de Coi- 
gnac, baron de Châteaumorand, près Saint-Junien 2. Le seigneur 

1. L. Giiibert, La Ligue ^ p. 15 à 55. Nous n'avons fait que résumer ici l'inté- 
ressante brochure du sympathique auteur. 

2. M. de Coisrnac était un seigneur <le la Bastide, frère de Françoise, qui 
épousa Gaston de la Martonie. Son fils Raymond devait succéder à noire prélat. 
Coignac était en i775 une eure de deux mille deux cents communiants, sous le 
patronage de l'évéque. C'est aujourd'hui une commune du canton de Saint- 
Laurent-sur-Gorre (Haute- Vienne). Poudlé et Nobiliaire. 



du lieu, eatireteuail; là daûs uoe e^p^ce de forteresse^ appelée 
tour (te Bac, \in^ i^axm^m pJus utile que jatnais ^. 

La cortversioa d^e fcleari IV chau^ea la tace des atT;iires dans toat 
le royaume. La villi^ de Limoges céh^bra cet év»éueiaeat par des 
ïéteni joyeuses. Les ligueurs expulsés de Limoges eurent en 
août li>9i5 la permission de rentrer dans les faubourgs de la ville 
et dans la cité êpiscopaJe* Voyant de son coté, que L'abîme de la 
religioq^qui séparait le roi des ligueursde bonne foi, était comblé^ 
Tévèque Henry de la Marbooie se détacha ouvertement de la Li^çue^ 
dont il avait été Famé dans son diocèse» Pour achever de gagner 
son peuple, en reconnaissant hautement l'autorité royale, il prêta 
à Bordeau.\ devant le Parlement eii juillet 1Ô94 le serment de lidé- 
liteau. souverain. Le prélat continua néanmoins à rester encore 
quelque temps en dehors de sa ville épiscopale. Il lui était aisé de 
se rendre compte que les bourgeois de Limoges ne se liaient qu'à 
demi à son dévouement. Un de leurs premiers «>ins en elfet, en 
apprenant au début de Tannée 1595 le crime de Jean Chùtel, ce 
fut d'envoyer un capitaine et dix. hommes occuper le château que 
l'évéque possédait à Isle, à une lieue de la ville, et ils attendirent, 
pour retirer cette petite garnison, d'être bien assurés que la bles- 
sure du roi n'aurait aucune suite fâcheuse. Cette alerte devait être 
la dernière. Peu de temps après l'assemblée de ville du mois de 
juillet 1596, qui délibéra sur l'acceptation de l'amnistie générale, 
proclamée par le roi au sujet des événements d'octobi-e 1580, rôvé- 
que de Limoges rentradans sa ville épiscopale, au milieu de Tatten- 
drissement général du clergé et des peuples'-. 

B. Vie politique dHenrn de la Marlonie sous Henri IV 
après sa réconciliation. 

Le roi ne tint pas rigueur aux citoyens de Limoges, qui avaient 
embrassé avec le plus d'ardeur le parti de la Ligue. Les de Douhet 
et les Benoist recurent en plusieurs occasions des témoignages 
particuliers de sa bienveillance. L'évéque éprouva surtout les bon- 
nes, dispositions de Henri IV à son égard. Il obtint en particulier 
en 1597, de racJieter à la couronne, moyennant une somme peu 
considérable l^iCM) écus^ les droits de souveraineté (jue deux cent- 
quatre vingt-dix ans plus tôt, llaynaudde la Porte avait été amené à 
reconnaître à Philippe IV, sur la cité. Henry de la Marlonie, d^aii- 
leurs, lit toujours montre depuis Je rétablissenient de la [)aix,d'ua 
grand dévouement au roi, et d'un sincère attachement à sa dy- 
nastie -\ 

1. Co fuit res-sort d'un acte capitnlaire «te Sauit-Junïtiji «lu *29 juin 1591.1.6 
13 iiuu's 1592, l'evèL|ue iltî Liinoj<es présidait Ja «éréniunio ile5v oijstiques de Mme 
do Coi^nac, sa paiv.ute, dans i éjjîi'î^t; de Cloi^nac. Le chapitre de >Hint-tlunien 
délégua quatre de sei^ iiiembres puiu" le reprf-sentt'.r à ot'ite léreiuunie el faire 
un préijent au prélat. Le samedi 27 févri«u- 1593, It'Véque dtj LiuiOi;es tonsacra 
réglisse de Saint-Auiaud, eu i)resi.Mice tlu i'hupilre de ^^ainl-Junieu, qui se reiulit 
en pruceijjiiûn, liors les» iuur.s «le la ville. Ms.^. u. k), p. oôl. 

2. L. Guibert, La Lign^y p. 5«i et suiv. 



HENRY DE LA MARTONIE 27 

L'évêque de Limoges donna un premier témoignage de sa récon- 
ciliation sincère le 8 juin 1597, à l'occasion de l'entrée solennelle 
à Limoges du duc d'Epernon, nommé Tannée précédente gouver- 
neur du Limousin. Oublieux des inimitiés de la veille, le prélat 
reçut l'ancien chef de l'armée royale dans la province, avec les 
honneurs dus à son rang dans l'église Saint-Martial. Le même jour, 
il assistait avec le duc, sur la place des Bancs, à la représentation 
d'une pièce intitulée : « Tragédie de Saint Jacques », que venait 
de composer Bardon de Brun, l'avocat des pauvres ^, Dans cette 
même occasion, les écoliers du collège, dont deux Pères Jésuites 
venaient, sous le patronage de l'évêque, de prendre la direction, 
jouèrent devant les mêmes personnages, un impromptu qui célé- 
brait les vertus du gentilhomme. D'Epernon, enchanté de l'accueil 
des protégés du prélat, s'empressa le jour même de rendre visite 
au collège et de témoigner hautement son estime pour les direc- 
teurs 2. 

Henry de la Martonie prit encore une grande part aux fêtes pu* 
bliques, qui eurent lieu à Limoges en l'honneur de la naissance du 
dauphin, depuis Louis XIIL Sur l'avis qui lui en fut donné, il 
revint du château d'Isle, le jeudi 11 octobre 1601, quinze jours 
après l'événement. Il se rendit incontinent à Téglise Saint-Martial, 
pour présider la cérémonie pieuse de cette solennité. Toutes les 
autorités de Limoges et c un nombre infini de peuple », habitants 
ou étrangers, s'y étaient rassemblés. Après la grand'messe, qui fut 
chantée par le prévôt de'Labrousse, la châsse de Saint-Martial fut 
portée en procession, à travers les rues de la ville. A l'angle des 
carrefours, des feux de joie marquaient l'allégresse publique. Au 
retour de la procession, toute la foule réunie à côté de la basilique 
sur la place des Arbres, entendit un discours qui fut prononcé par 
le P. Solier, recteur du collège. De nombreuses réjouissances sui- 
virent cette cérémonie 3. Les fêtes recommencèrent le dimanche 
suivant dans la cité épiscopale. L'évêque célébra dans sa cathé- 
drale une messe solennelle et présida ensuite une procession gé- 
nérale, qui se déroula à travers les rues de Limoges * . 

L'intervention de l'évêque de Limoges, l'année suivante (1602), 
à l'occasion de l'émeute soulevée dans cette ville, le 21 avril, par 
la publication de l'impôt dit de la Pancarte, nous semble avoir eu 
un caractère tout ditîérent. Jehan du Verdier avait dû, en qualité 
de trésorier de France, signer la copie ou pancarte d'un édit royal 
qui surélevait d'un vingtième l'impôt des tailles. Aigrie et mécon- 
tente de cette augmentation d'impôts, la population de Limoges 
en rendit d'abord responsable le signataire de la pancarte. Après 
avoir essayé vainement de prendre d'assaut la trésorerie des finan- 
ces, la foule ameutée poursuivit de ses menaces et injuria Jehan du 
Verdier, tandis qu'il se rendait au dîner de l'évêque. Pendant plu- 

1. AnncUes, Mss. de Limoges, p. .377. ' 

2. M. Leroux, Histoire de la Réforme, p. lil). 

3. Laforest, Limoges au dix-septième siècle, Limoges, 186Î, p. 28 et suiv. 

4. h* Guibert, Registres consulaires, III, p. 55. 



tînpuL parfît que sa vje fiouvuii i t>tre pitf- «l ^ur^^i*-.. i^... «• tût 
montre au ci«iiiirE. Le fwuple ti^jare***- r*ri.iu'niui î «laiu "î* iiriwqLi**- 
Jiieut contre J titlicior du ter., q;u hvl': 0:11 ji* wru'f oe li'L*i siiT 
ItîF places de ia viLit, r.eluHtî» rru?**; t a iriiJir ;»«^ue.. b ? î*rîiajijir«' 
de rjidUîl du ^.ïuv«rDeur «1 à «e rMfiu:»«? bl (:!;ia*'iaL tte ii*îaLvti« 
uiiez i aljiié de Sauit-WartiaU î*i«rre cl T*irLi*ir, l.t*^ cl t^'ttsririw. 
^tiiaatfi$: iurtîiil lii«iilvit, jkuli- ii^ iiiitîTitîf n i^z.tc ziuie*- ù* L.iii:u7€S. 
1*» cmw«(TU«iice*. de ae «ouit^vmiifi: : îi.iM-iU.-e.. A.;rîîî- a^^:*^: :«'wi::ii 
ttv«r aevtiviié hîf pr:iif:i;>aux iantif^i.i.. le rr:»i vt^^ufinita : r:»vL.. re^'> 
Cfua, à la iiii de mai 'itkî::!.. j*>f d. »!:?.*■ '.riiiiSL^ii' *^ t»u'*i1x- fîLS j^s- j^r^ 
«idtm^ de V«î'tîiaiii.iii eiî îil utl l. qu. E^'i-<*a.: n*ii: ui'e d* rt^.jir.iuejr 
J «nimae.. Eu ourrt le dtiit^jcut iL r.i. ùtî^juciia l .i:fîi:î* a î*»u' iiiac^e, 
e: saitf- ie cinî-aiiî^ du jH^ujue^ s.x u ilt*»!.'*.:. r.iiiiîi.K- iwi-ifinieiit. 

L':Lîiïr\'*îLnnt oe ii:c'*e Tir^'ia^, £îl.7^^ cfCie fT-"^.iiis;i.ii:^^ u:»l;s 
i^eii'iiie HVviir t»iê Ui?î:i rat pur ie siin^TXjr ats L^î^:•:l-at*r CtV.rts ; 
eîie appara:: du mn.it*^ cim.ïut nu* sifn^ df r^»^'iiii:!îie de 1 bitcjim 
Kiiti: de la Ltpue., E.ie 'ut liî^s' (mi r*L.re a i:»nf?f- j*«- HnfLiift5 
tracti/ii^K. an:xr«ii*ilitîî^ dt^^u ; rtn-fli.j Fraiî • «rf d* iL JL^f ne ç^ej- 
ç^ll*îi^ i;ijiit^^ Ti iK^ iLirL. p.»L.T su v^- ' *T:.i»ii.:ùi ue^ **'♦*:* ue*- de U- 
m.i^tî? qii: rtîiuitîii: ni-irr-t^ -î vBnû:<»f»ntîîL': t'i. îa?f cl jmuvr.j 
T»»^TL ita- dtîUîiif^^urf' i\t^ di^^ l.i»*'r7eî» o* j*»u* ;>*»u:nr.. Fat a n^iier 
tr:^ tTiiH* dt«: ii:ir^"^»uux c:ntsi..'5 i:u n».i.!s: : ■.\its:ju-c îîfïnriist. 
Jai^iijii de J**»->:i: r: 7»t«îiui B:ii.u.i. t'a.t^T.î dt*> uuit> ut 'V"t»riîf^ et 

d*îî- îiîiu:tfC*"Uî5 n uLi:* :iuui r«. -ii. vviîl : df dt^: tu^»'-. ^ttîîui: de 

rtuiii-i a la mur. :i.ii.* '•t»:^ v;!.r h T<:»r"r-iJL r:VL'«î»Ji»iM i <»f v..«e^ qi.i 
!*iiuiîU".: L c'tiî : ;ni:/:iriîj îjii^ >f tîma ;!î*> i^.\ j'u**? r'.nL-su.^î- à 
u.iiunHi* !'îiur m ai.i»:;»t-, it T r>:».':Mîj:i'*i.. ?•: r*. ij»t»r:u ' i 1 u.iifL a ia 
iuisTie:^sini M ù-.i.: :: ;• ri »f n»:'mf- «^ti.' »:*?- :•?»v^^ iit la r:»îUTi v.De^ 
d*»^ jHi ll^s^'L Ui.irs v: û? J:'riMt> ,Tj,jn:Mj';r'.u a . it^îsvrul^'fe pizii^ 
rutt ti*^*':* ^.»Mîî^N. N:/ .'?. ♦,:?:- ^'^ *jf ,iuiîî> .T'f nrvfts» il. ' t'^'i**raf* de 
IxiiK l;»^*;- 1 u* î".: a* f». »f i--*s,«''»:»r *i;^r.r -z^c ^i•Tl»:^, s;n uiui, ie 

" itt thr si^ t:»;:'*ï^ a •^:»rr \, f'.}. •* " n. \':^^'..u^, '*.^'zL "!î'n«:iifn)e 

Uf.'iitM::*. * nu 1 *iî . îi.i.iîv^s *•:>;.• •^ c '»ï "MuiM.^s » . l îu ; ! tv«nf!re 
a* u. <;u?t *': uu:» «r *\ot; j. »f i»: \ ,«: t^:?.* vr* n:»!; -. K uî.n:iDvTe 
'*'!".. I r la \ :»t' : : V:»în.. -•? > ^s^r ta •t-nïî i^t ,••:».• 'm *'^f riT.î 

v*>-un î».ur il 1» i:;.;r.:i Mr o: «f s; '.< • :i: '«î-jj * ij ur. «j: df' «ix, 
t' Ul f SU)vt»-:U*:UUî:.! » i, . .ïj^^^^r:^, ,s' j v . '\ •^•!n.^ '•*: . '^»^ -^Sî^fT eî 

Ï»"'U' lU .auiiUSKti t»:'>. ♦>w»*'?>. Il»*' ïv.K^ ->:i»4.- > ^•.^'••;»>ii;'^« *• ,»i 5*:'>«lîiiiiHrt 



HENRY DE LA MARTONIE 29 

restablir les erreurs et défectuosités :» de la justice et des autres 
services publics. Le prélat termine par des compliments très 
développés qu'il est bon de transcrire ici : « Sire, dit-il, ne se pré- 
sentant pour ceste heure autre occasion à la preuve de ma très 
humble et très fidelle obéissance que le peu de subject qui s'offre de 
vous servir en ceste ville de Limoges, attendant qu'il plaise à Dieu 
donner plus de force à ma vue qu'elle n'en a pour le présent, avec 
tant plus de moyens pour m'approcher à l'honneur de vos com- 
mandemens, si ma fidélité en estant recognue digne, mon peu de 
mérite en peult estre rendu coupable... Sur quoy je ne croy pas 
vous devoir ennuyer de longs discours, attendu que le sieur d'Ar- 
feuille (Jean du Verdier) s'en va trouver Votre Majesté, bien instruit 
de tout ce qui concerne le général de ceste province, ou qui 
regarde le particulier de ceste ville de Lymoges, pour vous en 
informer bien au long et au vray... Pour la fin, permettez -moi, 
s'il vous plaist. Sire, que je vous tesmoigne avec quelle ardeur et zèle 
de dévotion je rends grâces continuelles à notre bon Dieu pour les 
traicts de sa toute-puissance dont il luy plaist se servir pour la 
conservation de votre personne et l'appuy de votre Estât plus que 
miraculeusement conservé et garanti contre tant de périlleuses en- 
treprises. A luy donc en soit la gloire, à vous le fruict de ses 
extraordinaires bénédictions, à nous tous l'obligation à les reco- 
gnoistre de sa libérale main et divine providence par très humbles 
remerciemens suivis de prières ordinaires, pour luy en requérir la 
continuation en toute prospérité avec accroissement de ses sainctes 
grâces, et à moy la faveur singulière de me pouvoir dire, jusques au 
dernier de mes jours, av^ec gloire et vérité. Sire, votre très humble, 
très obéissant et fidelle serviteur et subject. — H. de La Martonie, 
E. de Lymoges ^. » 

Cette manifestation épistolaire de notre prélat nous montre, avec 
quelle promptitude d'évolution, le sentiment monarchique du 
chef ligueur s'était transformé, en culte du droit divin et de la 
légitimité, à l'égard du premier Bourbon. Aussi l'on comprend que 
l'évêque de Limoges et son clergé se soient portés avec un joyeux 
empressement au devant du bon roi, lorsqu'il vint pour la première 
fois, dans le but de réprimer efficacement les intrigues du duc de 
Bouillon et de faire juger les principaux complices de son complot, 
visiter solennellement le chef-lieu de sa vicomte, qu'il allait deux 
ans phis tard réunir à la couronne. L'élan populaire fit de la pre- 
mière entrée de Henri IV à Limoges, le 14 octobre 1605, une fête 
splendide. Trente mille personnes se portèrent spontanément au 
devant du souverain, et l'escortèrent au cri de « Vive le Roi » I jus- 
qu'au palais de Breuil, hôtel de l'Intendance. Six à sept mille 
hommes l'avaient accompagné jusqu'à Limoges. Le président de 
Mesmes et d'autres magistrats de la suite du roi, formèrent après 
son départ de cette ville une chambre des Grands Jours. Le 2() oc- 
tobre, jour fixé pour rentrée solennelle, le roi alla dîner à Mont- 

1. Archives de la Gironde^ t. XIV, p. 375 et suiv* 



30 UN SIÈCLE DE ViE ECCLÉSIASTIQUE EN PRO^^NCE 

jauvy (faubourg à cette époque de la banlieue de Limoges), dans 
la luaiâon de Jehan Mercier, bourgeois de la ville. Bans J après- 
midi, Henri IV, accompagné des princes de sang et de toute sa 
cour, monta sur un théâtre de dix pieds de haut, dressé devant la 
maison de son hôte. Il vit d'abord venir à cinq cents pas une pro- 
cession générale des églises, abbayes, couvents, religieux men- 
diants et autres ecclésiastiques au nombre de trois cents, rangés 
chacun sous sa croix. Les clmpitres de Saint-Martial et de la 
cathédrale se tenaient, avec l'abbé de Saint-Martial et révêqne 
de Limoges. La vue de ce nombreux clergé portant, dit le chro- 
niqueur de ce temps, e ses vœux d'allégresse spirituelle jusqu'au 
ciel pour la prospérité du roi lui fut chose merveilleusement 
agréable ». Après avoir entendu diverses harangues, Henri IT monta 
achevai et se pla(;a devant les consuls. Les régiirjents des gardes 
du roi et les milices de la ville formaient la haie sur toute la ligne. 
Le cortège royal entra dans Limoges par la porte Montmailler. Le 
roi yre<;ut les clefs de la ville, et y entendit avec grande satisfac- 
tion un concert de musique i< très doux et très plaisant i>. 

Les acclamations enthousiastes de la foule allèrent au cœur du 
roi : « Le peuple m'aime î » s'ècria-t-il. El d'un visage joyeux, pas- 
sant sous une série interminable d'arcs de triomphe, il arriva à 
la lin du jour seulement devant la grande porte de l'église Saint- 
Mai'tial. La sonnerie des grosses cloches et la confusion des voix 
produisaient une immense rumeur. A l'api^arilion du roi, le silence 
se fit. Messire Henn' de la Martonie, évèque de Limoges, assisté 
des abl>és, chanoines et autres ecclésiastiques, reçut le souverain 
sur le premier degré. Doué de fart de bien dire^ même en ses dis- 
cours familiers, l'évêque fit une admirable harangue. Suî\^nt la 
remarque du narrateur de l'époque, c était le mieux disant et tout à 
la fois le plus digne prélat du royaume^. Introduit dans le chœur 
de la basilique, le roi se plaça sous un grand ciel de velours 
cramoisi : il s'agenouilla sur des carreaux de velours, et le clergé 
entonna le Te iJeum. Après ce chant, fut ouvert le précieux reli- 
quaire du chef de saint Martial. On vit alors le monarque baiser 
pieusement par plusieurs fois les saintes reliques et en approcher 
sa croix et son chapelet. Au sortir de l'église, le roi continua à 
cheval, à la lumière d'innombrables torches ou flambeaux, sa pro- 
cession sous de nouveaux arcs de triomphe, à travers les rues delà 
ville, jusque dans sa maison du Breuil. Trois jours après, c'est à 
dire le ti3 octobre 1005, Henri IV, satisfait de la fidélité du peuple de 
sa vicomte, quittait Limoges au milieu des acclamations publiques. 

Quand cinq ans plus tard, le 17 mai 1610, la nouvelle de 

i . Simon Descoutures, avocat du roi, auteur de cette relation^ ne nous rap- 
porta» pus ii'.i iimUieurouseinent le jçrave discours du prélat, parce que celui-ci 
àUiii absent de I^inioyes au temps où il écrivait ses mémoires. Henry de laMar- 
M tUunie, dit-il, «était u un personnalise doué de plusieurs rares et singulières 
« vertus, ayant celle de bien dire, même en ses discours familiers, tellement 
a êminenle par dessus les autres, que celle-ci leur faisait comme une claire 
tf lunaère pour faire voir et éclairer leur beau lustre partout... » L. Guibert, 
HtiQiitti'ti L'ununt.t 1U| 1^7* 



HENRY DE LA MARTONIE 31 

Tattentat de Ravaillac éclata à Limoges comme un coup de foudre, 
la consternation fut générale. Une assemblée de ville décida l'envoi 
immédiat de deux consuls à Paris, pour présenter au jeune roi 
et à la régente sa mère les condoléances des habitants. Au retour 
de ces députés, l'évêque célébra dans sa cathédrale, le 15 juil- 
let 1610, un service funèbre pour le repos de Tâme du feu roi. La 
magistrature fît dire un service particulier dans l'église Saint-Mar- 
tial. Les Pères Jésuites du collège ne furent pas des derniers, à 
prier pour le roi et à s'associer au deuil public *. 

IIL Mandat politique de l'évêque de Limoges aux Etats Généraux 

de 1614. 

Notre prélat eut à remplir plusieurs mandatsdans les assemblées 
politiques de son temps. « Bien qu'il fût le mieux disant des prélats 
du royaume i», Henry de la Martonie ne semble pourtant y avoir 
joué qu'un rôle effacé. La province ecclésiastique de Bourges le 
délégua en 1605 à l'assemblée générale du clergé de France. Le 
clergé de son diocèse, qui l'avait déjà député aux Etats Généraux de 
Blois, en 1638, porta de nouveau sur lui ses suffrages, et le désigna, 
dans sa réunion du 22 septembre 1614, pour son représentant aux 
Etats Généraux de 1614, dont la convocation suscita en Limousin 
de profondes inquiétudes. Durant la tenue de ces Etats qui touchè- 
rent à tout et ne finirent rien, des prières publiques rassemblèrent 
chaque jour aux pieds des autels les personnes de tout rang et de 
toute condition. Les fidèles concoururent par des dons volontaires 
à l'entretien des torches devant les images des saints 2. L'évêque 
de Limoges ne paraît avoir figuré officiellement aux Etats qu'à 
l'occasion d'une délégation de la Chambre du clergé. Celle-ci le 
nomma le 14 janvier 1615, ainsi que l'archevêque de Bourges, 
pour aller de sa part remercier son président, le cardinal duc de 
Joyeuse, qui avait contribué par son influence à la cour à l'évocation 
et l'indépendance de l'Etat 3. 

Faute de discours à rapporter ici, nous pouvons du moins signa- 
ler les principales instructions du cahier des demandes du clergé 
limousin, dont notre prélat était le mandataire autorisé, il les 
revêtit de sa signature dans la réunion du 22 septembre 1614. Si ces 
demandes * n'aboutirent à aucun résultat immédiat, elles ne tardè- 
rent pas du moins à inspirer le gouvernement du roi, et à féconder 
les meilleures réformes religieuses du futur cardinal-ministre. A ce 
titre les demandes du clergé limousin méritent bien notre atten- 
tion. Le préambule des Instructions du clergé du diocèse deLimO' 
ges porte que l'évêque devait travailler, de concert avec tous ses 

i . Laforest, LimogeSy 46, 64, 78 et suiv. 

2. Laforest, ibid.^ p. 87. 

3. Procès verbaux des assemblées générales du clergé, n, p. 200. 

4. Nous avons remarqué une analogie frappante entre le fond des instruc- 
tions du clergé limousin, et celui du discours que l'évoque de Luçon prononça 
le 23 février 1615, à Toccasion de la présentation solennelle des cahiers du 
clergé. 



32 es >ji>"j-E r»E VIE Eio:xf>i.v>T3 .at ex f? .vdc.j: 

CG.l;^;:ae?, à rcilârfcaliao de rb'^r^:? cajvjiisî^. C^iiit daiJears, 
à c^^tLe ép»o^je, la tendance p^i-rrile du ît. :- :;Tr^z:«r!iî catbC'î.que, 
da^^i'ir^T au reU)T;r de i'uiiittf de fci -rins ;e p*i}5: el> a^^arait 
dan< 1^ ciTi-^ers de Uns Jes d cotr^^e?. L^ pr^e^^^-er et pnL.cipal 
arli^-e du u^ànlal ê^:sco;,»â] oha-v-e :*rVi^:|ie. de € «-iriLer !e roi 
très cLr^r3,de reoeToir en 5-c»n rc-yà .r^*- coTx.::.e I:l5 de îT^al, les 
d-^Krrets dia cc^r-cûe de Trente. sah? f'rv;">;i oe toitey.js df^ ir:>.t« de 
Sat Msj'esibé' el de? lji«ertês de TE^ a:He ^i..joi:;e et des prinl-r^es et 
ei^îi: plient des cîiaf'iîres >. La pji'icaïioa des car;: us Ok.iicru aires 
•éiauit- a j:k ye-Jï d j cJer;:ê liïijousin. d'à.; Liât pi J5 ir^-'ie. qae * les 
iil cii^ eî é'^OT'dves â !v:oriïîer cn:»i<sx.ent de ;our en jc-ur au grand 
d'icûiL^a^e de la reli^2--'n et de TEUt •. 

Lr^ <=j::rq insîrooîioas suivantes cor.*>rTzi'e:A Lrs rvAoh^rrs et les 
aii«aye?- Four la corr.inaîion àcesgracîs fc-rCriioes, le roi devait 
•rtJTe c-i'D-tamTijerjî supplie, comme a:;îre:'o;s ses prrircesseurs, de 
retire ai cier^ê les éi^^^tions- Celle dr!i.anie zî^r-irait. c-nime la 
prè«r^dente,ajnon:;bre des réformes pr^po^ôes dans la pr:part des 
cahiers d'j cjer^é de France à cetîe èjvqje. Le gouvernement du 
r:»]. d'accHjjd en cela avec les évê«qiies, t- la:t opjvsè à cette réforme 
ari^CïOiicor'iaîaàre- Les d^ mand-^ suivantes du clergé de Lim^'ges 
étaient i:*eâuc»jup {«lus réalisables. Teiles étaient cel.es qui visaient 
un supp!-înenî d'informations pour les nomiiiaticns aux évéchés 
et aux ai>i:»ayes,et des mesures sévères à prendre contre les prélats 
COQ rêsidents- 

Les demandes relatives à rélecMon des airl^essfô cocnnnent 
Feiislcnce des al»us ^.-u des désordres q li régnaient alors dans 
que-ques monastères de tîlles en Liir.ousin. Le prerAÎer remède, 
proposé par le cîer^é de Limoges, est le rvîoar au drv>it d'élection 
des sif^neures pir les moniales. D*ai:îres ren.èties consistaient, à 
drrfeclre qu'aucune religieuse ne so:t éîue ai Liesse, a\^\nt qu'il se 
sc-:t éc:ulé quinze ans depuis sa pro:V*ssion, ou quelle ait exercé 
lin ofr.ce Ciaustral et atteint IVi^e de quarante a:is; à en >indre 
*:'\:.resr^fnent â tout évé»^ue de faire olvserver d:^ns les cîoiîres une 
c.i^re rigoureuse, et d'interdire rentrée de tout n.onastêre à 
l.'-t^ S'i-nes d»- personnes. 

Le clergé de Lim^L^ges s'éîève encore avec force centre le plus 
CT iiit drrs abus de cc ten:[\s, celui auquel le roi i<*uvait seul 
r^v.*riirr- cintre le dépîon\Me système des coinmendes, qu'on 
av3L:t i:.rnie appliqué à des aI«L»ayes chefs d onlre. Ce qui n était 
Itir zi^j^iis' grave, c étaient les tn\ncs divers des Ivnences à charge 
c -z:::-^^ qu on c.-ntVrait à des * i>?rsonnes iïîdignt*s et cupides qui 
1^ revrLia.ent, ou bien à des eccîosi;\stiqvies încap^illes et non 
i^tvJ^r.ts. qi: n./i^taîent de mille et mi;!e Lv;ons lt*s prêtres légi- 
v.vjrv r--:'! j-iurvjs p.îr la voie or\îir.viîre, fort cajviMos et ga niant 
isi rr-ï îrr-'*€ ». Le r:*i deva.t être prié * de mettre îui à ces empiè- 
t*r::.e:.is i::.t-.jérai']tr3 sur raulv^ntè des é\ê>|v;ts, en révoquant 
t/.- jttrs les c:..3::ons de ce genre >, l/exêque de Linioges devait 
dâr^sce E-éii-e tut der.iander au rvu de p^^rter rcniévie à Tborrible 
p^djede la -lïiionie et de la coundeuiv, qui ravageait une bonne 



HENRY DE LA MARTONIE 33 

partie des bénéfices de son diocèse, et à cet effet le prier de rece- 
voir comme loi d'Etat, une bulle de Sixte-Quint contre les confî- 
dentiaires. A cette époque, en effet, des seigneurs huguenots et 
même des catholiques usurpaient des biens ecclésiastiques. Ils 
détenaient sans aucun titre le revenu des bénéfices, ou se faisaient 
à titre d'affermé et quelquefois à force ouverte le monopole des 
dîmes. Pour remédier à ce désordre, il suffisait encore, selon les 
désirs du clergé limousin, d'appliquer les lois existantes et pour 
cela d'ordonner aux procureurs généraux et à leurs substituts, de 
sévir contre ces usurpateurs. 

D'autres fois, c'était le roi lui-même qui accordait par lettres 
patentes de grosses pensions sur les fruits des abbayes ou des 
évêchés, non pas ordinairement à des ecclésiastiques, vétérans 
du sacerdoce chargés d'ans et accablés d'infirmités, mais à de 
simples laïques, à ses créatures, à ses officiers, voire même à des 
femmes *. L'évêque de Limoges voyait un tiers de ses revenus 
passer à ce genre d'impôt. 2 Le vénérable prélat connaissait 
bien le remède à ce mal des pensions laïques. Dans un langage 
respectueux, mais pressant, prosterné aux pieds du roi dont il 
vénérait la majesté, il le priait dans son mémoire, de respecter 
les décrets des conciles, de ne pas déroger aux ordonnances du 
royaume, et d'avoir égard à l'honneur de Dieu. « Sire, disait-il, 
« il n'y a rien de plus désagréable à Dieu que de commettre des 
« choses saintes aux personnes profanes et en la propre maison de 
a Dieu de voir le ravissement et la dispersion des pains de pro- 
« position mis sur l'autel, et destinés pour la nourriture des seuls 
« prêtres... Que si ce mal continue plus longtemps, il arrivera que 
« les fonctions épiscopales seront désormais aux plus vils Simo- 
ne niaques, au grand scandale de notre religion. Il plaira donc à 
« Votre Majesté de détourner un tel malheur de l'Eglise gallicane, 
« et de vouloir abolir une si pernicieuse introduction, défendant 
« très expressément à toutes personnes, d'impétrer à l'avenir de 
« telles pensions sur les bénéfices qui sont de votre nomination, 
« révoquant expressément toutes celles qui auraient été avant 
« obtenues... » 

Deux autres instructions concernaient encore les bénéfices. 
L'une, la dix-neuvième réprouvait avec force l'abus des réserves ; 
on n'attendait pas la mort du titulaire pour promettre par engage- 
ment son bénéfice à un autre, on mettait ainsi sa vie à la merci 
de celui qui devait en profiter après sa mort, oc laquelle le plus 
« souvent il avançait par farons extraordinaires », et on se privait, 
en se liant les mains, délaisser au moins l'espérance à ceux à qui on 
ne pouvait donner mieux. « Il plaira donc à Votre Majesté de 
révoquer toutes les réserves de ce genre, obtenues par surprise 
ou autrement. » L'autre instruction (22^) recommandait au souve- 
rain une meilleure provision des évêchés et des bénéfices à 

i. M. Leroux, Chartes, 194-195. 

2. Sicard, L'ancien clergé de France^ l, 1 15, 



34 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

charge d'àroes, que celle de la fin du dernier siècle ^ Cette sup- 
plication du clergé n'était encore que trop juste. En effet, trois 
ans plus tard, le 2 juin 1617, Gaspard Dinet, évêque de Mâcon, s'in- 
dignait, en présence de Louis XIII, au sujet de ces évêchés, de 
ces bénéfices que le roi continuait de donner en dot à des enfants 
en bas âge 2. 

Trois autres demandes des cahiers du clergé limousin regardaient 
la violation du privilège clérical devant les tribunaux civils 3. 
f On avait étendu Tirnpôt, dit à ce sujet Richelieu, jusque sur les 
ecclésiastiques, sous prétexte qu'ils possédaient des biens rotu- 
riers, tandis que le seul tribut qu'on avait à leur demander était 
la prière. La juridiction du clergé était méconnue, et les juges 
laïcs empiétaient sur son autorité 4. ^ Des inagistrals incompé- 
tents dans cette matière taxaient les évoques et les corps ecclé- 
siastiques d'aumônes ou amendes pécuniaires. Nonobstant des 
ordonnances contraires, des juges du roi voulaient prendre 
connaissance des comptes des fabriques paroissiales, dont le juge- 
ment était réservé exclusivement aux curés et à Tévêque du lieu. 

ÏJdL vingtième instruction témoigne du parfait accord qui régnait 
alors entre le clergé et la noblesse en Limousin. « Sa Majesté sera 
humblement suppliée de vouloir maintenir et conserver Mey;sieurs 
de la noblesse en leurs libertés, franchises et immunités ».La vingt 
et unième et dernière demande respire un accent non moins sincère 
de syuïpathie pour « le pauvre peuple ». « Davantage il plaira à Sa 
Majesté de jeter les yeux de commisération sur son pauvre peuple, 
qui est sur le point de ployer sous le faix de toutes sortes d'oppres- 
sions qui l'accablent, s'il n'en est relevé par la suppression de ce 
nombre effroyable déjuges et de financiers qui ont sous eux une 
multitude plus grande de petits officiers inutiles. - Déjà s'annon- 
çait la plaie du fonctionnarisme ! — « Les tailles ne sont accompa- 
gnées d'aucune égalité, mais de la seule volonté des élus ou (con- 
seillers (les finances; i\m en usent à leur discrétion... '' » 

i. M. Leroux, Charte», 197-198. 
2. Méric, Le clergr..., p. ."ÎTO. 
a. Ibid., 19()-!97. 

4. Bazin, Histoire de Louis XIU. Paris, 1840, i, 3)3. 

5. Voir la 12i^ charte intitulée : « Instructions conoernanl le clergé du diocèse 
de Limojîes pour représenter aux Kstats, 1614. »M. Leroux, Chartes, Chroniques. 
Tulle, 188'J, p. 189, et suiv. 199. Notons ici comme dernier acte de la vie politi- 
que de notre prélat, son assistance à l'installation de Jaccfues Martin, fils de 
Michel, l'ancien chef du parti royaliste de Limoj^es, et président du Présidial, 
du temps déjà de la Lijxue, 1589. Deux dr-putés de la cathédrale assistèrent à 
cette cérémonie auprès ile l'évéque, le 14 novembre lOIG. C'était là un<^ marque 
de la réconciliation définitive des partis. Mss. 33, p. 315. 



CHAPITRE III 

ADMINISTRATION ÉPISCOPALE D'HËNRY DE LA MARTONIE 

I. Ses Vicaires généraux. 

L'œuvre épiscopale d'Henry de la Martonie se présente dans son 
ensemble, comme un véritable prélude de la rénovation religieuse 
dans son diocèse. Le jugement très formel sur ce point d'un histo- 
rien de l'ancien clergé de France, peut être admis comme l'écho 
d'une tradition encore vivante dans le diocèse de Limoges.. « Ce 
prélat, dit cet auteur, travailla avec un zèle infatigable à réformer 
les abus d dont souffrait son diocèse *. Voyons, si les faits confir- 
ment ce témoignage. 

Le premier acte administratif du nouvel évèque de Limoges, peu 
de temps après son sacre, fut d'envoyer (le 12 octobre 1587) de 
Paris où il se trouvait alors, des lettres du vicaire général, à 
l'un des prêtres les plus distingués de sa ville épiscopale, Joseph 
de Julien. Cet ecclésiastique, dont la famille comptait alors à Li- 
moges deux trésoriers de France, les sieurs du Genesti et du 
Breuil 2, était depuis 1567 abbé commendataire de Saint-Martin 
et licencié en droit. Ordonné prêtre et pourvu d'une prébende à 
Saint-Martial en 1572, il résigna ce bénéfice en 1579 et fut nommé 
cette même année curé de Saint-Priest-sous-Aixe. Durant neuf ans 
(1587-1595), Joseph de Julien nous semble avoir rempli avec succès 
les fonctions alors difficiles et délicates de vicaire général. Par le 
fait même qu'à l'époque des troubles civils delà Ligue, il habita 
dans la ville de Limoges une maison noble qui lui appartenait 3, 
nous sommes en droit de conclure, qu'il partagea les sentiments 
royahstes de ses concitoyens et qu'il put, en l'absence de l'évêque 
proscrit, remplir auprès de ses compatriotes un ministère utile. 
Il avait près de soixante ans, quand il mourut à Limoges le 
25 avril 1595 ^. 

Il eut pour l'aider dans les soins de l'administration du diocèse 

\. Hugues duTems, Le clergé de France, Paris, 1775, iir, 287. L'auteur déclare 
qu'il a écrit ses notices sur les évéques de Limoges d'après les renseignements 
que Mgr Louis d'Argentré lui avait fournis. 

2. Nobiliaire de Limoges^ 11, 469. La délibération de ville pour les souscrîp" 
tions du collège (1598) porte les noms de Jean de Julien, président et trésorier 
général de France, et de Joseph de Julien, contrôleur. Laforest, Limoges^ 598. 

3. Elle était appelée le Basliment ou la Bayardère et était située sur l'empla- 
cement de récolo primaire supérieure actuelle. Cette grande maison, construite 
au quinzième siècle par Guillaume de Julien, avait servi de logis aux rois 
Charles Vil et Louis XI pendant leur séjour à Limoges. Le Breuil (Hôtel de 
rintendance au dix-huitième siècle et ancienne préfecture au dix-neuvième) 
supplanta la maison de Julien au seizième siècle et servit de résidence aux 
princes et aux personnages. Limoges. Plans, Ducourtieux, 188i, p. 83, 101. 

\. Manusn*it du Séminaire^ n. 35, p. 167 et Mss. n. 2*1, p. 778. 



36 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

dès 1593 1, le célèbre Pierre Benoist, catéchiste de Henri IV. La 
famille Benoist, Tune des plus anciennes et des plus honorables de 
la bourgeoisie de Limoges, compta en mars 1561 un premier prési- 
dent au Parlement de Bordeaux, Jacques-Benoist, grand-père du 
vicaire général. Son frère aîné, Martial Benoist, seigneur de Com- 
preignac et du Mas-de-Lage, fut président du bureau des trésoriers 
de France à Limoges 2. Pierre Benoist, après avoir reçu une excel- 
lente éducation de ses parents, enseigna à Paris avec succès la phi- 
losophie. C'était alors un professeur d'un rare mérite, d'une 
grande science et d'une vertu solide. Aux applaudissements do tous 
ceux qui assistèrent aux épreuves de son examen, il obtint en Sor- 
bonne le titre envié de docteur en théologie. Il se fit ensuite d'é- 
glise, à l'exemple d'un de ses oncles, son homonyme, qui avait été 
officiai de Limoges. Il monta dans les principales chaires de la 
capitale et y déploya beaucoup de zèle et de talent pour la prédica- 
tion, ce qui le fit connaître d'Henri IV, devant lequel il prêcha avec 
honneur. Le roi prit en affection l'abbé Benoist et le désigna comme 
l'un des membres de la commission des prélats et des docteurs, qui 
furent chargés de l'instruire avant son abjuration. A en croire 
l'auteur de son épitaphe, Pierre Benoistaurait été le pluspersuasif 
de ces célèbres docteurs. En reconnaissance de l'instruction reli- 
gieuse qu'il avait regue de son catéchiste limousin, le roi protégea 
d'une manière toute particulière la famille Benoist. Au sympathi- 
que docteur, il fit une pension considérable ; quant à ses frères, 
Martial et Gaspard, qui avaient été, en qualité de chefs principaux 
de la Ligue à Limoges, si longtemps ses adversaires, non seulement 
HenrilVles fit de bonne heure bénéficier de l'amnistie, maisencore 
il les combla de marques de confiance et d'estime ^. 

Bien des liens et des titres attachèrent Pierre Benoist au diocèse 
et à l'évêque ae Limoges. Le jeune docteur n'était âgé que de 
vingt ans, quand il portait déjà selon l'historien Mèzeray le titre 
de prévôt de Gompreignac, du nom d'une des terres de sa famille. 
Nommé le 22 avril 1582 archidiacre de Malemort, Pierre Benoist 
devenait troisième dignitaire du chapitre de Limoges ; celui-ci le 
pourvut peu de temps après d'une prébende canoniale et lui confia 
la charge de théologal *. L'année môme de la conversion du roi, 

1. Labiche, Vies dcsSS., II, 141. 

2. Ce tribunal se composait de vingt-cinq trésoriers ou rorevours desfinajices, 
et il avait à peu prés les mêmes attributions que le conseil de préfecture de 
nos jours. Limoges, Phuis Uucourtieux, p. 103. 

3. Le général Benoist (ainsi nommait-on alors le président des trésoriers de 
France) fut pourvu de la charge de commissaire pour la vérification de la no- 
blesse dans plusieurs généralités, et investi des fonctions de lieutenant du 
grand voyer de France ; il les remplit avec un zèle qui valut à son nom une 
véritable popularité (L. Guilxîrt, La Li(fi(e, 08). Par suite d'un sentiment bien 
peu raisonné, Martial Benoist eut à sa mort beaucoup de rei-'n-ts d'avoir été 
du parti de la Ligue, d'avoir osé dicter des conditions à son roi et des'élre fait 
juge de l'indignité de ses actes. Il mourut à Limoges, le G octobre 1G25. Nobi- 
liaire de Limoges, i, v» Benoist. 

A. Pierre Benoist était du nombre d(\s chanoines qui assistèrent, le 12 octobre 
1587, à la prise de possession par procureur du siège épiscopal de Limoges. 



HENRY DE LA MARTONIE 37 

Henry de La Martonie sut en prélat bien avisé confier à Benoist, 
les doubles fonctions d*official général et de grand vicaire ^. C'est 
en cette qualité, qu'on le vit assister le 18 mai 1594, à la pose de 
la première pierre du couvent des Récollets à Saint-Léonard, la- 
quelle fondation était due principalement à la générosité du tréso- 
rier général Jean du Verdier. Les bâtiments conventuels étant 
terminés l'année suivante, l'évoque de Limoges vint à Saint-Léo- 
nard le 23 novembre, pour la consécration de l'église des Hécol- 
lets. La cérémonie eut lieu le lendemain, à partir de sept heures, 
en présence d'une très nombreuse assistance de fidèles, de prêtres 
et de religieux, au milieu desquels on remarqua l'abbé de Grand- 
mont, François de Neufville, le prévôt d'Eymoutiers et le prieur 
d'Aureil. Au cours de la consécration de l'église, qui dura six 
heures, Tévêque parla au peuple et chanta la messe pontificale. 
Le soir de ce même jour, son grand vicaire prononça, dans la 
chapelle du couvent, un très beau sermon 2. 

Aidé de la collaboration de Pierre Benoist et fort de son influence 
sur l'esprit de la population royaliste de Limoges, Henry de La 
Martonie i)ut reprendre avec fruit sous de tels auspices l'exer- 
cice de ses fonctions pastorales, dans la cité épiscopale, d'abord 
la ville-chàteau lui étant encore fermée ainsi qu'à tous les anciens 
ligueurs, jusqu'à la publication de l'amnistie générale (juillet 1596). 
Un an auparavant (le 18 mai ou le 22 juillet 1595), les chanoines de 
Saint-Etienne, qui depuis les troubles de 1589 étaient obligés de 
faire le service divin dans la collégiale Saint-Martial, avaient 
repris de leur côté possession de l'église cathédrale, qui avait 
servi pendant la guerre de forteresse à une garnison permanente 3. 
L'évêque de Limoges, qui s'était réinstallé dans sa principale sei- 
gneurie, se préoccupa d'abord de réparer les ruines matérielles, 
causées à la fin d'octobre 1589, par le pillage des troupes royales 
du duc d'Epernon. La restauration du palais épiscopal, achevée 
en moins d'un an (159(M 597), occasionna au prélat de telles dé- 
penses, qu'en vue de l'acquittement de ses dettes, des commis- 
saires durent être préposés, pour une meilleure perception des 
revenus de l'évôché *. 

On vit, d'autre part, même avant l'époque de la réconciliation 
générale dos citoyens de Limoges, un retour complet aux prati- 
ques traditionnelles du culte que la guerre civile avait interrom- 
pues. Ce fait frappant se manifesta particulièrement par une 
aftluence extraordinaire de peuple, aux cérémonies solennelles 
des ostensions septennales, dont l'ouverture eut lieu selon l'usage 
le mardi de Pâques 1596 ^. Au cours de cette station, les chanoines 

1. Labiclu», Vies des Sainls, II, 141. 

•1. M. Leroux, Charles cl c/irotiiqucs, p. 273 ol siiiv. Chronique de Vanonyme 
de Saint- Lronard. 

3. Annulai: manuscrites de Limoges^ dites manuscrit de 1(338, p. 375, et Mss. 35, 
p. 69. 

4. Mss. n. 33, p. 576, 577. 

5. La clôture de ces ostensions fut faite par le chantre de Saint-Martial, en 
labsence de l'évoque. Mss. 35, p. 69. 



38 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

de Saint-Léonard et de Saint-Germain vinrent en procession à 
Limoges vénérer les reliques des saints ^ 

Tout nous démontre que le mérite de la reprise des relations 
ordinaires de la vie civile et religieuse revient surtout au déploie- 
ment du zèle admirable de Pierre Benoist. Ce pacificateur servit 
à propos de trait d'union entre lesanciens ligueurs et les royalistes 
exaltés. Pour parvenir à son but, Benoist se mit à parcourir les 
paroisses du diocèse de Limoges et à prodiguer de tous cotés des 
exhortations familières et publiques. Il s'ellbrrait aussi, et c'était 
pour lui une mission agréable, de ramener les protestants dans le 
sein de l'Église. Ce qui donnait à son éloquence une force irrésisti- 
ble, c'est qu'il pratiquait dans ses nururs irréprochables les vertus 
chrétiennes qu'il prêchait. Son ministère de pacification produisait 
partout de merveilleux résultats, quand il tomba subitement les 
armes à la main, au milieu des exercices d'une mission de contro- 
verse, qu'il donnait à Tours. Le célèbre archidiacre de Limoges 
était dans la force de l'âge et du talent, ayant à peine trente-quatre 
ans, quand il mourut dans cette ville, le 22 septembre 15^)6 2. 

Les vicaires généraux de notre prélat, qui eurent après Pierre 
Benoist la direction des affaires diocésaines, ne firent pour ainsi 
dire que prêter leurs noms aux Pères Jésuites nouvelleuient venus, 
dont l'influence profonde se fit bientôt sentir pour le grand bien 
du diocèse. Nous connaissons à peine les noms et la durée des 
fonctions des deux premiers grands vicaires : l'abbé de Boulezat, 
mort le 25 novembre 1601, et l'abbé Franrois Esclacles, nommé le 
l^r avril de cette même année 3. 

Un troisième, Melchior de David, s'il eut un rôle non moins effacé 
comme vicaire général de Limoges, à partir de 1()04 nous est en 
retour plus connu, par ses origines et par ses actes, comme prévôt 
d'Eymoutiers '*. Il appartenait à une ancienne famille du Limousin, 
aujourd'hui éteinte, qui a compté de nombreuses illustrations ^. 
Il fut tonsuré en lo6() et promu en 1581 à la dignité de prévôt du 
chapitre d'Eymoutiers, que lui résigna Antoine de David, son oncle 
vieux et infirme, après l'avoir occupée plus d'un demi-siècle ^. Le 

1. Annales, ibid., 37G. 

2. Le corps do Pierre Benoist fut transporté à Limoj^es et inhumé dans un 
tombeau, que la famille du défunt possédait depuis lon<,'temps sous son nom 
patronymique, dans une chapelle de Saint-Pierre-du-Queyroix. Martial IJenoist 
y fit élever en l'honneur de son frère un monument et ^'rave^- sur une plaque 
de cuivre une inscription qui résumait la vie de rarehidiacre. Voir le liuilelin 
archéolog. de Limoges, t. XXVI, art. Lecler, p. 143 et suiv. 

3. L'historien de Feiletin, l'abbé Pataux, nous si^K^iale sous le même nom, à 
cette éïM>que, un curé de Notre-Dame de Heaumont, principal du coUè^'e. 

4. Mss. 11. 21, p. 779. 

5. Noble François deDavid, seigneur de V(»ntoux, paroisse de Solignac, épousaie 
30 août 1551, Gabrielhi du Breuil, dont il eut : Jean-Charles, aïeul du comte de 
Lastours, premier baron du Limousin ; Louisf» de David, dernière prieure du 
Bost, qui mourut en odeur de sainteté dans son monastère, août 1(')47 (voir 
Labiche, Vies des Saints) ; Melchior, son frère, chanoine, puis prévôt d'Eymou- 
tiers ; Josias, autre chanoine d'Eymoutiers en 1581. Nobiliaire de Limoges, n, 
39 et suiv. 

6. Mss. n. 40, p. 214. 



HENRY DE LA MARTONIE 39 

prévôt crEymoutiers, dit Gilles le Duc, était un personnage assez 
riche et très noble, il était chef du chapitre et son unique digni- 
taire. Il partageait avec Tévêque les droits de seigneurie et de jus- 
tice, et avait comme lui son juge et ses officiers, «c De [nombreux 
prélats, des cardinaux eux-mêmes avaient possédé la prévôté ^ » 
En prenant possession de son bénéfice, le 4 novembre 1581, Mel- 
chior de David avait promis par serment de respecter les anciens 
statuts du chapitre. Ces derniers étant insuffisants à la fin du siècle 
pour la réforme des chanoines, dont la discipline laissait à désirer, 
le prévôt, devenu vicaire général, élabora de nouveaux statuts, que 
révoque de Limoges confirma. Devant Topposition de ses subor- 
donnés •^, Melchior de David recourut au Parlement de Bordeaux, 
qui rendit en 1604 un arrêt, en vertu duquel « les chanoines de 
réglise d*Eymoutiers, qui ne seront pas constitués dans les ordres 
sacrés, s'y feront promouvoir dans un mois et ceux nouvellement 
reçus dans Tannée de leur réception ; autrement, faute de ce, le dit 
temps passé, ils seront privés des fruits de leur canonicat, de voix 
au chapitre, de droit d'aigle et collation des bénéfices vacants. » 
Melchior de David était aussi chanoine de Limoges et curé de la 
Croisille en 1600, curé d'Issandon en 1605 (sans résider probable- 
ment dans ces bénéfices). Il résigna le prévôté d'Eymoutiers le 
5 février 1627 à son neveu Josias de la Pomélie. Il mourut en 1628, 
portant encore le titre de vicaire général deTévêque de Limoges 3. 

II. Bardon de Brun et le P. Solier de Brives, 
fondateur du collège Sainte-Marie de Limoges. 

C'est à dessein que nous associons le nom du saint prêtre de 
Limoges à celui du zélé religieux, dont il se fit l'introducteur dans 
cette ville, parce qu'ils furent ensemble et dans le même temps, 
les vrais initiateurs du mouvement catholique qui devait trans- 
former le diocèse de Limoges. 

Bernard Bardon de Brun naquit à Limoges en 1564. Il appartenait 
à une famille honorable; son père exerçait la profession d'avocat. 
Dés son enfance, Bernard montra les plus heureuses dispositions ; 
son amour pour l'étude n'avait d'égal que sa piété. On l'envoya au 
grand collège des Jésuites de Paris, où il se forma aux lettres et à 
la philosophie; puis à Toulouse, pour suivre des cours de droit et 
prendre ses grades. Il y acquit en peu de temps une très grande 
influence sur ses compagnons et devint en quelque sorte le chef, 
en même temps que le modèle, de la jeunesse studieuse de cette 
grande cité, alors, plus encore que de nos jours, la ville savante 

1. BuUclin de Limocfcs, t. XLVI, p. 343. 

2. Le prévôt avait dans sa dépendance quatorze chanoines dont un avait le 
tiire de théologal, neuf semi-prébendés o\i chapelains et six vicaires, d'ancien- 
ne institution et de patronage laïque ; un maître de chapelle avec quatre e>n- 
fants de chœur. Les prébendes étaient à la collation du chanoine aquilaire. 
Deux prébendes étaient unies à la prévôté. Le chapitre était patron de seize 
cures. Pouillé de il 83, p. i7. 

3. Mss. 40, p. 214 et suiv. 



40 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

et la métropole du Midi. Revenu dans sa famille, le jeune homme 
se consacra tout entier à des œuvres de piété. Sos parents voulaient 
lui voir acquérir une charge au Présidial : il refusa énor*,nqiiement, 
avec cette belle parole que rapportent ses contemporains : ce Je ne 
saurois rendre la justice, et ne la veux point acheter ». Il demeura 
donc simple avocat au siège de Limoges; mais il ne plaidait que 
pour les indigents, pour les orphelins, pour les veuves; en un 
mot, sa science et son talent de parole étaient au service de ceux- 
là seuls qui ne pouvaient lui payer d'honoraires. Aussi mérita-t-il 
le beau surnom d'avocat des pauvres, que lui donnaient ses conci- 
toyens ^. 

Après avoir perdu sa femme, qui mourut victime de son dt'*- 
vouement pour les pauvres, Cardon de Brun ne mit plus de 
bornes à son zèle et à ses austérités. Ayant vendu tous ses biens, 
il en donna le prix aux pauvres, et accepta à titre d'aumône Thos- 
pitalité chez un de ses amis receveur des impots. Puis cédant aux 
conseils de son directeur, il embrassa Tétat ecclésiasti(|ueet rerut 
vers 1615 les ordres sacrés. Une aftluence considérable de peuple 
se pressa à sa première messe dans Téglise Saint-Franrois des 
Récollets, pour y communier de sa main et y entendre la prédi- 
cation. Bernard renonça aux dignités ecclésiastiques qui lui furent 
proposées, comme il s'était refusé aux emplois de la magistrature. 
Sur les instances de son beau-frère Petiot de Chavagnac qu'il assista 
à son lit de mort, il accepta par devoir de tenir lieu de père à ses 
enfants, et vint résider sous le même toit que ses neveux, sur la 
paroisse de Saint-Pierre-du-Queyroix. Tel était l'homme de Dieu, 
simple laïque ou prêtre libre, qui, sous l'épiscopat de deux prélats 
Henry etRaymondde La Martonie, participa à tout le bien qui se 
fit à Limoges. Une vénération profonde s'attachait à sa personne ; 
l'évêque de Limoges, nous apprend Gollin, l'honora toujours de 
sa confiance ; les prêtres et les laïques le vénérèrent de son vivant 
comme un saint. 

Son zèle était infatigable, malgré ses infirmités habituelles, 
fruit de ses austérités. On le vit d'abord s'employer activement 
à la fondation d'un premier couvent de Récollets à Limoges-. 
Le 20 juin 1596, le chapitre cathéd rai, à qui ces religieux avaient 
présenté leur requête, consentit à leur établissement à Limoges 
dans l'Église Sainte-Valérie. Le !•"' août suivant, les Ilécollets 
prirent possession de l'ancien prieuré de ce nom fondé à la fin 
du douzième siècle, sur le lieu du ujartyre de la Vierge. Le jour 
de la fête de Saint-Etienne, li août, les Frères Mineurs célébrè- 
rent à Sainte- Valérie le service divin avec une grande solennité, 
et s'installèrent provisoirement au prieuré Saint-Gérald en atten- 
dant la construction de leur couvent. 

Les Pvécollets reeurent des hal)itants de la ville tant d'aumônes 
et d'offrandes, qu'ils furent bientôt en état irélever une nouvelle 

1. L. Guibert, Les confrrries des JV-ni/cnts, p. 93. 

2. Laforest. Limoges, 322 et suiv. ; Du Boys et Arb(;llot, Biographies liniousi- 
nesj p. 46 et suiv. ; Gollin, Vies desSai>Us. Limo|zes, 1G72. p. '22. 



'" f" : ■>■■■■ ^* 



HENRY DE LA MARTONIE 41 

chapelle sur les ruines de l'ancienne église, et des bâtiments 
conventuels, qui servirent de premier noviciat à leur ordre dans 
le royaume ^. Ils y entretinrent au dix-septième siècle jusqu'à plus 
de 80 religieux, ils y formèrent un grand nombre de prédicateurs 
distingués, et peuplèrent de leurs novices une partie de leurs mai- 
sons de France. 

Les Frères Mineurs vivaient en 16l4dans leur couvent de Sainte- 
Valérie avec tant d'édilication et ils rendaient tant de services à la 
ville, que plusieurs notables habit^mts, parmi lesquels se trouvait 
leur conseiller Bardon de Brun, firent attribuera ces religieux une 
seconde maison, qui devint Thospice Saint-François. Les consuls 
de Limoges mirent à leur disposition l'ancien hùtel de Guil- 
laume de Julien, appelé le Bâtiment, « où les basleleurs fai.saient 
jadis leurs exercices » sur remplacement de Técole primaire supé- 
rieure actuelle. Les Récollets s'établirent dans cette maison le 
14 avril 1614; on la désignait par le Petit Couvent, pour la distin- 
guer du grand couvent de Sainte-Valérie. La première pierre de la 
chapelle fut posée lel4juillet'1616 *-. D'après de Bernage, le nombre 
des religieux de cette maison en 1698 était de quinze environ. Le 
gardien du couvent de Sainte-Valérie était supérieur des Bécollets 
de l'hospice. Ces derniers avaient pour mission spéciale d'assister 
dans l'intérieur de Limoges les pauvres malades ^. 

Par ce service d'assistance hospitalière, dont on apprécia l'im- 
portance durant la peste de 1631, les Bécollets de Saint-François 
se rendirent bientôt très populaires à Limoges, comme ils l'étaient 
partout à cette époque en qualité de missionnaires et d'aumôniers 
militaires. Bien qu'ils se soient encore occupés en Limousin de la 
direction spirituelle dans les villes, de missions dans les campa- 
gnes et aussi de controverse et de la conversion des protestants '*, 
ils furent cependant sur ce terrain du prosélytisme promptement 
dépassés par d'autres religieux plus ardents et plus habiles, et 
comme eux nouveaux venus dans cette province. 

Nous avons nommé les Pères Jésuites, dont le saint homme de 
Limoges, Bardon de Brun, se fit le principal introducteur dans son 
pays. Les fils de saint Ignace n'étaient pas à la fin du seizième 

1 Cette chapelle subsiste encore ; on la désigne aujourd'hui sous le nom 
d'Ancienne-Comédie. 

1. C'était près de l'ancien séminaire des Ordinands qu'était situé le couvent 
de Sainte- Valérie, dont une école communale occupe actuellement une partie. 

.'3. Limo;]res, Plans Dnconvt'icnx, p. 98 et 101. Archivas hhtonqncs iJn Limou- 
sin, H, p. 128 et suiv. Annales tnanuscrites, p. 377. I^aforest. Liniogt's, 328. 

4. Citons ici, parmi les Récollets qui se distinguèrent dans la controverse, le | » 

I*. Florent, qui reçut à Limoges en l.jOi- l'abjuration de Mme de la Tour Neu- > _\ ? 

villars (voir Laforest) et le V. François de Leyniac, né à Lonzac, dans le dio(!èse 

de Limoges, homme d'une grande vertu et très zélé pour la réforme religieu- ' 

se. Xomraé définiteur au chapitre de KilV, il fut élu second provincial de la ! 

Guyenne, en septembre 1(518, et commissaire général de son ordre au chapitre 
tenu à Paris (1619). Elocpient prédicateur, il donna des stations diverses dans 
les villes principales du Midi. La foule était si grande à ses sermons, qu'on 
était obligé de placer des gardes aux portes des églises, pour empêcher la con- 
fusion. U mourut à Toulouse vers 1635. Le Parlement assista à son enterrç- 
ment. Mss. n. 18, p. 192. 



I 



42 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

siècle (les religieux inconnus dans la capitale du Limousin. Dès 
1570 les habitants de Limoges les avaient vus paraître avec 
éclat dans les chaires de leurs églises. Le P. Fximond Auger, qui 
passa pour un des meilleurs controversistes de son temps, présida 
lui-même à Limoges cette année-là une mission qui produisit des 
fruits abondants. Les Jésuites revinrent depuis à plusieurs repri- 
ses donner d'autres missions et prêcher dans les principales loca- 
lités du Limousin, notammentà Limoges encore, à Tulle et à Brive. 
On s'explique ainsi, par la continuation de leur propagande et de 
leurs succès do missionnaires, que les habitants de Limoges aient 
désiré vivement en 1597, que le collège municipal fut placé sous 
leur direction. 

La Compagnie de Jésus, en fondant à Paris vers 1560 son premier 
collège, et quelques années plus tard ceux de Rodez, Pamiers et 
Tournon, avait commencé sa réputation pédagogique et méritait 
déjà la confiance du public. Les consuls de Limoges, qui cher- 
chaient depuis longtemps à doter leur ville d'un enseignement 
classique régulier, avaient vu avorter leur dernière tentative. En 
avril 1597, Pierre Cibot, principal du collège,déclara se démettre de 
ses fonctions, attendu, dit-il, que le collège n'avait ni régents, ni 
discipline. Préoccupés de relever l'œuvre, les consuls songèrent 
alors à réclamer l'assistance des Jésuites. Dans ce but, le prévùt 
Gabriel de la Brousse fil d'abord des ouvertures au provincial 
d'Aquitaine, le père Alexandre Georges ^. 

Celui-ci vint à Limoges, en compagnie du père François Solier 
de Brives, et d'un autre religieux, dans les premiers mois de 1597, 
afin d'entrer en pourparlers avec févèque, les magistrats et les 
consuls, relativement à la fondation du collège en cette ville. Les 
Pères reçurent l'hospitalité chez leur ancien élève de Paris, l'a- 
vocat Bardon de Brun, qui travailla avec beaucoup de zèle, à titre 
d'intermédiaire *-, en faveur du collège naissant. Cette hospitalité 
des religieux dura plusieurs mois. Le P. Georges, après un court 
séjour à Limoges, laissa au P. Solier le soin de continuer les 
négociations qu'il avait entamées. Elles ne pouvaient être con- 
fiées à des mains plus habiles 3. Elles aboutirent vers la fin de juil- 
let 1597 à un accorrl, qui fut proposé immédiatement à la ratifica- 
tion d'une assemblée des principaux habitants qu'on convoqua à 
la maison commune. Près de deux cents notables y assistaient. 
Gabriel de La Brousse, prévôt des consuls, exposa à la réunion : 
que, depuis six mois, M. Cibot, principal du collège, ayant été 

1. M. Leroux, Inventaire, archives de la Ilaufe-Vicnnc, série 0, introdiicUon. 

2. Notons ici, d'après Laforost, que le beau-frèro de Bardon do Brun, Petiot 
de Chavagnac, était consul de Linnopes cetlp année-là. 

3. Le P. l'Yançois Solier naquit à Brivc^s en lôTiS. A Vàç^e de dix-neuf ans, l'an 
1577, il entra dans la Compagnie de Jésus. Après avoir i)rofessé la rhétorique 
pendant dix ans, le P. Solior fut pendant cin«[ ans nriaître des noviees au col- 
lège de Verdun, puis pendant quinze ans il prêcha avec un véritable talent et 
un grand succès dans diverses églises de France. En 1597, il fut choisi par ses 
supérieurs, pour être le premier recteur du collège de Limoges. BulleLin de la 
société de Tulle, année 1887, t. IX, p. 37-i et suiv., art. de l'abbé Arbellot. 



HENRY DE LA MARTONIE 43 

promu à la dignité de grand chantre de la cathédrale, le collège 
était sans conduite. Les notables invités à donner leur avis tour à 
tour déclarèrent : « qu'il était impossible de trouver régents qui 
fussent plus zélés à Thonneur de Dieu et à l'instruction de la jeu- 
nesse que les Pères Jésuites, el qu'il fallait supplier Sa Majesté de 
permettre l'installation du dit collège sous leur charge et leur direc- 
tion ». Et, ajoute le procès-verbal de la délibération : « attendu que 
la jeunesse se déborde de pins en plus et vit sans aucune discipline, 
les dits citoyens et habitants, d'un commun accord ont été d'avis 
que lesdits Pères Jésuites soient installés audit collège et dotés 
dudit revenu par forme de provision, pour faire office de régents 
et instruire la jeunesse, en attendant de recevoir la volonté de Sa 
Majesté. » — C'est en vain que les consuls prétendirent que l'auto- 
risation préalable du roi était nécessaire ; « lesdits habitants ne 
se sont voulus retirer, jusqu'àce que, après plusieurs acclamations, 
ledit sieur Prévôt les a assurés que denjain, à midi, il y serait 
pourvu et qu'ils seraient contents. » 

Le P. Solier et son compagnon, qui avaient jusque là reru l'hos- 
pitalité chez Bardon de Brun, furent donc installés dès le lendemain 
(1er août) dans les bâtiments de l'ancien collège, en attendant l'ap- 
probation de Sa Majesté ^ 

En conséquence, dans le but d'obtenir cette autorisation préa- 
lable, les consuls de Limoges s'adressèrent au roi et firent ap- 
puyer leur demande par une attestation de bonne vie et mœurs et 
doctrine, qui fut délivrée en faveur des Pères Jésuites par M. de 
Gontaut-Biron, lieutenant général en Limousin 2. 

Une nouvelle assemblée de ville, dans laquelle figuraientles trois 
ordres : clergé, noblesse, tiers-état, en date du l*"" janvier 1508, sanc- 
tionna l'accord précédent et s'occupa des voies et moyens d'exécu- 
tion. L'évêque de Limoges s'inscrivit pour 500 livres de rente 
annuelle, à prendre sur sa seigneurie d'Isle, le chapitre de la 
cathédrale et celui de Saint-Martial promirent deux prébendes, 
dont le revenu pour chacune s'élevait au moins à 500 livres; le 
corps de ville donna la maison du collège, bâtie et meublée, avec 
tous les biens et revenus qui en dépendaient, plus deux mille 
livres de rente formée par une souscription, à laquelle prirent part 
les principaux habitants. On voit par la liste des quatre cent cin- 
quante cotisations volontaires, que s'imposèrent à celte occasion les 
bourgeois et le clergé de Limoges, avec quel enthousiasme la popu- 
lation de la ville accueillit les nouveaux régents, à la tête desquels 
était le P. Solier. 

Le 18 juillet de cette même année (1598), le chapitre de la cathé- 
drale, à la requête du P. Solier, donna attestation aux PP. Jésui- 
tes du bien qu'ils avaient fait pendant un an dans le diocèse par leur 
prédication, exhortation et instruction de la jeunesse ^. 

1. Bulletin de Tulle, ibid. 

2. M. Leroux, ibid. 

3. Bulletin de Tulle, ;x, 370. Notons ici ce détail (donné par les Archives Uis" 



44 i:n sikclk de vie ecclésiastique en province 

Quelque temps après, rêvécfue de Limoges, se préoccupant plus 
que jamais de faire légaliser la situation des nouveaux directeurs du 
collège, approuvait le 25 lévrier i5î)9, la <( très humble remonstrance 
et re({ueste des religieux de la Compagnie de Jésus au très chres- 
tien roy de France et de Navarre, Henri IV ». Ce plaidoyer ;jro domo 
des Jésuites de la maison de Limoges, semblable au fond à cxîux que 
les religieux du même ordre adressèrent dans les établissements 
des autres provinces de France, faisait appel à la conscience du 
roi « mieux informé b des sottes accusations de leurs ennemis, dont 
un Parlement (celui d(î Toulouse?) toutes chambres assemblées, 
venait de faire justice. Avant de revêtir cette requête de sa signa- 
ture, révêque Henry de la Martonie la soumit à l'examen de deux 
de ses prêli\'s les plus distingués du clergé de Fjmoges, Pierre 
Cybot, docteur en théologie et sous-chantre de la cathédrale, et 
Pierre Hoyol, chanoine et officiai, dont le témoignage favorable 
valut à ses auteurs le permis d'impression ^. 

Sans attendre cette fois encore la réponse officielle, car les. 
Jésuites de Limoges n'obtinrent qu'en se])tombre M'M des lettres 
royales qui conlirmèrent leur établissement -, le recteur du col- 
lège Sainte-Marie, le P. Solier, j)assa le "27 novembre 1599, au nom du 
P. Georges, provincial d'Aquitaine, un contrat avec révê(|ue de 
Limoges, les uiagivStrats et les consuls de la ville. Le P. Solier 
s'engageait à entretenir au collège sept régents de la société, un 
pour la rhétorique, un autre pour la classe de seconde, qu'on 
appelait alors classe de poésie ou d'humanités, et trois autres pour 
les classes inférieures de latinité, appelées classes de grammaire. 
Deux autres régents, qui ne furent installés, faute de îocal, qu'en 
l(>97, devaient enseigner alternativement la philosophie et la phy- 
sique: ce qui faisait sept années d'études classiques. Toute la jeu- 
nesse devait être instruite au collège gratuitement. 

De leur cO)té. Tévéque, les chai>itres de la cathédrale, de Saint- 
Martial, et les consuls devaient doter le collège d'un revenu annuel 
de iUOO livres. Levèciueet les chanoines contirniaient les stipula- 
tions pi'écédenles; les consuls donnaient aux IVu-es Jésuites toutes 
les maisons du collège, cours, classes et jardins y attenants, et 
s'engageaient à acheter les maisons voisines, pour bcitir l'église et 
augmenter le nombre des dusses. De [)lns, les consuls donnaient 
aux IV^res tous les biens, droits, rentes cl reviMius alVéï-entsau col- 
lège, notamment la métairie de Krègcfond, les renies de Villeboiset 
du Mas du Puy, les anciens droits sur le |)rieurè d'Aureil (évalués 
à l (MH) livres), enoutre iOOécus on VIW livres de rentefournis i)ar 
les habitants de la ville ({iii avaient promis de constituer une rente 

loi\, u, l-2*,>' d"a|)ivs Wk\\iA les pn'niiors ivi^rutsdn cnlloirc n'ctant pas encore 
litraleiiKMit autorists, auraient uiaititenu Ilmu* derneure à Lunujies chez Uardon 
de IJnin, et ne se serai.'nt dilinitivenieiit lur^talh'S an cull'V'^» cjue le premier 
jour (iu carême de l année I.")!!!). 

l. Voir cet ()|inscnle à la Hil»li.)tl). Nation, sous la cote L d. o'.K '2Ô, c. 

± D après le Mercure, v*^ .)< suite, t. II, p. "iSt, Ih'mexjnonL'ni Ju VuuiUè fus- 
lunijiic de Linutfjcs, pur M, Lecler, p. IV.I. 



HENRY DE LA MARTONIE 45 

sur tous leurs biens, amortissable à leur gré et payable moitié 
à la Noël, moitié à la Saint-Jean. 

L'annaliste du Limousin nous apprend que les Jésuites ûrent 
l'ouverture régulière de leur collège en 1599, et qu'ils bâtirent cette 
même année la maison où ils demeurèrent. Les prêtres de la commu- 
nauté de Saint-Pierre avaient là quatre maisons qu'ils cédèrent à la 
ville et aux Pères Jésuites, et ils eurent en échange 500 livres et une 
maison située près de l'entrée du petit cimetière de Saint-Pierre. 
Le P. Solier, qui présida à ces constructions, est donc le véritable 
fondateur du collège. 

L'évêque de Limoges et les deux chapitres de Saint-Etienne et 
de Saint-Martial remplirent scrupuleusement à l'égard des Pères 
Jésuites, les obligations qu'ils avaient contractées. Il n'en fut pas de 
même des habitants, qui, ayant le ctrur plus haut que la bourse, 
avaient souscrit, dans un moment d'enthousiasme, pour une somme, 
que quelques-uns d'entre eux mirent de la lenteur à payer. En 1605, 
les arrérages des souscripteurs en retard s'élevaient à un chiffre 
assez important. Le syndic des Jésuites, après avoir épuisé toutes 
les voies de conciliation, s'adressa aux tribunaux. Le Parlement 
de Bordeaux porta un arrêté, par lequel les consuls de Limoges 
étaient condamnés à remplir les clauses du contrat de fondation. 
Les consuls proposèrent au P. Solier, en échange de la rente qui 
serait supprimée, les revenus du prieuré de Tavaux, en plus un 
capital de 6 000 livres et enfin la portion recouvrable des arrérages 
en question. Le P. Christophe Balthazar, provincial d'Aquitaine, 
agréa ces propositions, et un accord du 8 novembre 1005 termina 
le différend. 

Pour arriver à ce résuHat satisfaisant le P. Solier et ses prin- 
cipaux collaborateurs, les PP. Antoine Montgaillard et Jean Sa- 
liaterry, eurent à lutter contre des diflicullés de tout genre, en 
particulier contre la pénurie des ressources. Sans doute le clergé, 
les consuls, les bourgeois s'étaient montrés généreux ; mais un 
revenu de 40*K» livres était absolument insuffisant pour l'entretien 
d'un nombreux personnel et pour les frais que nécessite la fonda- 
tion d'une maison aussi importante. Le recteur du collège, par son 
esprit d'ordre et ses habitudes d'épargne, triompha des difficultés. 
Aussi le clianoine Collin, dans les quelques lignes qu'il a consacrées 
au P. Solier, dit avec raison que ce fut <f un liomme remarquable 
par la parcimonie et la frugalité, aux moyens desquelles il aug- 
menta notablement la prospérité du collèg.:' de Limoges, fort 
éprouvé parla pénurie des ressources domesti<|ut^s » *. 

L'habil«'tédn fondateur, qui voulait assurer l'avenir de son œu- 
vre, nous ajjparaît encore particulièrement dans ses rapports et 
ses né,uociaîio.ns avec Tévr^que et les chaj)itre>de Liraotzes, au sujet 
de l'union de plusieurs bénéfices «jut* W prélat et les chanoines 
Consentirent ^lériéiv^useuieut au collè,:je Sainte-Marie. En outre du 
revenu annuel d'une prébonde canoniale, d'une valeur de 5tHi livres, 

i. Bulletin de T^dle, ix, 'tf*id. 



46 UN SIÈCLE DE VIE ECCLESIASTIQUE EN PROVINCE 

le chapitre Saint-Etienne accorda aux Pères Jésuites, le 28 janvier 
4600, l'union perpétuelle du prieuré d'Aureil (canton de Château- 
neuf), de l'ordre de Saint-Augustin. Le dernier titulaire de ce bé- 
néfice simple, Simon Palais, chanoine de la cathédrale, fît ces- 
sion de tous ses droits en faveur du collège, moyennant certai- 
nes conditions, qui furent consignées dans un concordat et 
confirmées par une bulle. D'après ces actes, le chapitre de Saint- 
Etienne abandonnait aux Jésuites tous les droits de supériorité, 
qui lui appartenaient sur le prieuré d'Aureil, même la justice 
temporelle et l'hommage. De leur côté, les Jésuites abandonnaient 
au chapitre les droits du prieur d'Aureil, d'être placé le premier 
au chœur de la cathédrale, après les dignités du côté gauche, 
d'avoir les distributions quotidiennes, son tour d'aigle, voix 
au chapitre, le droit de pourvoir aux cures, qui, par cette bulle, 
de régulières étaient déclarées séculières. Mais sur ce dernier 
point le concordat ne fut jamais mis en exécution. Car les Jésuites 
prirent à leur charge le soin de pourvoir à la cure d'Aureil, qui 
comptait 280 communiants, de nommer en outre dans le voisi- 
nage, aux prieurés-curés de Saint-Nicolas des Froides-Orties, de 
Ghavagnac, et de s'occuper du prieuré de filles, ordre de Saint- 
Augustin, de Bost-Morbeaud *. 

A la prébende préceptorale de Saint-Martial, qui était déjà unie 
au collège, l'abbé Pierre du Verdier ajouta, par décret du 28 avril 
IGOi, la vicairie de la Chassagne-La Moytine, a eu égard, dit-il, aux 
fruits que produisaient les travaux des Pères de la Compagnie de 
Jésus, pour l'instruction de la jeunesse, la propagation de la foi, 
eu égard aussi au peu de revenus dont ils jouissaient, et qui ne 
suffisaient pas pour soutenir tant d'ouvriers » 2. 

Frappé d'autre part de Texemple des chapitres de chanoines, qui 
par de semblables unions faisaient l'office avec plus d'assiduité et 
de décence, piqué aussi d'émulation, et en présence de la nécessité^ 
d'aflérmir encore la fondation du collège Sainte-Marie, l'évêque' 
de Limoges ne trouva pas alors, pour aider à le doter, de moyens 
plus commodes, que de lui unir la cure de Saint-Paul de Massi- 
gnac en Angoumois 3, qu'il venait d'arracher des mains des gen- 
tilshommes, usuri)ateurs journaliers des biens d'église. Son revenu 
annuel s'élevait à 500 livres. La mesure parut d'autant plus op- 
portune au prélat, que la paroisse de Massignac devait en retirer 

1. Bulletin archMog. du Limousin, t. LUI. Année 1903, Pouillè historique^ 
p. 744. 

2. Jbid,, 120. Plusieurs habitants de Limoges, qui avaient promis de doter le 
collège des Jésuites, ne l'avaient pas encore fait en 1010 et même étaient décé- 
dés insolvables. De peur que le nombre des personnes nécessaires à l'instinic- 
tion de la jeunesse ne fût diminué, le curé de Saint-lMerrc et les Sausson, frè- 
res et marchands, pour y obvier en partie, consentirent, comme patrons et 
collateurs à l'union perpétuelle des vicairies de Guy Audoin et de la Moytine,de 
la valeur de 90 livres, audit collège. Par décret du 9 août 1610, les messes 
qu'on disait journellement dans la chapelle des Jésuites furent déclarées com- 
penser les charges de cette vicairie. Ibid.j p. 148. 

3. Cure d'un millier de communiants à cette époque et actuellement com- 
mune du canton de Montembœuf (Charente). 



HENRY DE LA MARTONIE 47 

plus de fruits, « par la prédication de la parole de Dieu et le caté- 
chisme que les Pères de la Société avaient accoutumé de faire ». 
Par décret du 15 mai 1604, l'évêque Henry de la Martonie érigea, 
après avoir pris le consentement du curé de Massignac, cette 
église paroissiale en prieuré simple qu'il unit à perpétuité au 
collège de Limoges. Les Pères Jésuites de cette ville en prirent 
possession le 17 suivant et y tinrent désormais pour le soin des 
âmes un ou deux vicaires amovibles, approuvés de l'ordinaire et 
à sa nomination, avec pension annuelle, outre les oblations habi- 
tuelles. Le pape confirma cette union par bulle du 3 avril 1608 *. 

Nonobstant ce nouveau revenu de 500 livres, les Jésuites du 
collège vinrent un an plus tard « remontrer à l'évêque de Li- 
moges que, depuis huit ans qu'ils étaient dans cette ville, ils 
s'étaient mis en devoir d'instruire le peuple et la jeunesse, leur 
administrer les sacrements, et qu'ils n'avaient pas même une fon- 
dation suffisante pour entretenir et nourrir la moitié des Pères 
régents et autres religieux nécessaires ; que leur peu de revenu 
consistait la plupart du temps en récojte de blé, sujet au cas 
fortuit et sur un bas prix, que le tout se réduisait à 300 livres 
de prébende préceptorale de la cathédrale, à 150 livres de celle 
de Saint-Martial, à 1 000 livres du prieuré d'Aureil, et à 500 livres 
de Massignac ; qu'il fallait plaider pour établir et faire rentrer leurs 
revenus; ainsi qu'il ne leur restait que 2 000 livres de liquides. 
Ils n'avaient ni église, ni bâtiments capables de les loger; il leur 
fallait une somme notable pour se meubler et garnir leur biblio- 
thèque. Que sur le commandement de leurs supérieurs, ils 
étaient sérieusement sur le point de se départir (sic) de Limoges 
et du diocèse, si l'évêque ne leur fournissait un remède conve- 
nable, ce qu'il leur promit de faire au plus tôt. » 

Le prélat, en vue de les garder et ayant égard à la requête des 
consuls qui voulaient aussi les retenir, commit son vicaire général 
pour faire l'union d'un nouveau bénéfice au collège Sainte-Marie. 
Le choix de l'évêque se fixa sur le prieuré d'Altevaux ou Tavaux 2. 
L'abbé de la Couronne (diocèse d'Angoulême), patron de ce béné- 
fice, était alors le recteur du collège de Glermont, de la Compagnie 
de Jésus à Paris, à cause de l'union de l'abbaye de la Couronne à ce 
collège. Il consentit à la proposition de l'évêque de Limoges, sauf 
les droits de procuration, de la pension annuelle que les prieurs 
payaient et l'obligation de venir au chapitre général tous les ans 
dans son monastère au mois de juin, il ajouta comme condition que 
les Jésuites nourriraient et enseigneraient un religieux, ou autre 
jeune homme nommé par l'abbé, et révocable à sa volonté ou celle 
de ses successeurs à perpétuité. Que s'ils cessaient jamais d'ensei- 
gner, ce prieuré rentrerait dans son ancien état. A la suite de 

1. Ponillé historique^ par M. Lecler. p. 204. 

2. Ce prieuré, de l'ordre de Saint-Augustin, fondé l'an 1179 par Aiuierlc Brun, 
pour treize frères avec autant de domestiques et donné par lui aux chanoines 
do la Couronne, était situé sur la paroisse de Dournazac, commune du canton 
de Saint-Mathieu (Haute-Vienne;. 



48 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Tenquête favorable de son vicaire général, le prélat unit à perpé- 
tuité le prieuré de Tavaux au collège de Limoges par décret du 13 
août 1()05. Les Pères Jésuites en prirent possession In 17 du même 
mois. Le pape confirma cette union par bulle du 3 avril 1G08 ^ 

Après rheureuse conclusion de celte affaire, dont l'honneur 
revient à la générosité de l'éveque, adroitement circonvenu, la fon- 
dation du collège Sainte-Marie pouvait êti^e considérée partout 
comme définitive. Tel fut le sentiment du provincial d'Aquitaine et 
du prévôt général de la Compagnie de Jésus, qui approuvèrent les 
actes du P. Solier. Le P. Claude Aquaviva, général de TOrdre, 
accepta officiellement le collège de Limoges, par une charte ou 
lettres d'approbation données à Rome le 25 mars !()()(>. 

La mission du fondateur n'était pas encore terminée. En 4607, 
on n'avait au collège Sainte-Marie qu'une chapelle provisoire, in- 
suffisante pour les nombreux élèves, qui la fréquentaient 2. Le 
P. Solier tit faire ou fit lui-même le plan d'une chapelle monu- 
mentale, proportionnée à l'importance de la maison. Le 11 juillet 
1607, la première pierre de cette nouvelle chapelle fut posée 
solennellement par l'éveque Henry de la Martonie et les consuls 
de Limoges. Mais aucun des fondateurs ne devait voir l'achève- 
ment de cet édifice qui ne fut terminé et consacré qu'en 1629. 
Au mois d'août 1607, le P. Solier fut, à la suite de divers inci- 
dents sur lesquels nous aurons Ijeu d'insister, remplacé à Limo- 
ges par un nouveau recteur, le P. Aubery, qui devait augmenter 
le personnel delà maison et ajouter les classes de philosophie et 
de physique aux cinq classes que l'on professait déjà. Le P. 
Solier, qui, pendant dix années de séjour à Limoges, avait su se 
concilier l'afTection des élèves et de leurs familles, et qui était 
apprécié des notables et des magistrats, comme il méritait de l'ê- 
tre, fut généralement regretté 3. 

i. Le coU(''ge de Limo^os fut mis encore en possession de la cure de Saint- 
André de Montbrun, érigt'C prés du chrileau de ce nom dans les environs du 
prieuré de Tavaux et sous le patronage du prieur de Saint-Jcan-de-Côle, dont 
le titulaire était alors Raym(vid de la Martonie, neveu de notre Prélat. Voir le 
PouUlê historique, p. 186 et suiv. 

2. Cette chapelle, de dimensions assez restreintes, bâtie en 1583, se trouvait, 
au milieu dos bâtiments. Elle menaçait ruine, quand les Jésuites arrivèrent à 
Limoges. Elle s'écroula le U décembre 1(307. Elle fut restaurée en hâte et servit 
au collège en attendant l'achèvement du nouvel édifice. Dueourtieux, Limoges, 
Plans, 1()3. 

3. Au mois de septembre 10(^7, il fut envoyé jjar ses supérieurs à Saintes, 
pour y fonder un collège. Il mourut le 20 octobre 1028, dans la résidence do 
Saint-Max ime-sur-Ciironde, qui dépendait du collège de Bordeaux. Le P. Solier 
était un travailleur infatigable. Malgré les soins assidus qu'exigeait la direc- 
tion d'une maison importante, il trouva h» temps, pendant son séjour à 
Limoges, de imblier une dizaine d'ouvrages d'ascétisme ou de vies de saints. 
Il jouit dans son ordre d'une considération bien méritée. Il continua jusqu'à la 
lin de sa vie ses travaux littéraires. L'impression de son grand ouvrage : //i,s-- 
toirc ecclrsiastitpie des tics rt roijaumc du Japon n'était pas termin(''e, quand 
il mourut. Alegambe a résumé ses qualités en deux mots : ^ C'était, dit-il, un 
homme d'une obéissance et d'une vertu peu communes.» Voir art. Arbcllot. 
Ballctin de Tulle, t. IX, p. 380. 



( 



HENRY DE LA ttARTONIE 4B 

m, Prëlade de la Réforme religieuse da diocèse de Limoges* 
Inflaence prépondérante des Pères Jèsnites. 

Durant une période de trente ans (de 1598 à 1627) les Pères Jé- 
suites du collège Sainte-Marie exercèrent une action prédomi* 
nante sur la renaissance religieuse du diocèse de Limoges. D'après 
les termes eux-mêmes de la déclaration du vicaire général, commis \ 

en 1605 pour l'union du prieuré de Tavaux, nous savons € que 
révêque n'avait rien tant à cœur que de rétablir ou soutenir la foi 
dans les cantons de son diocèse ; qu'il avait vu avec chagrin l'afflic* 
tion et les besoins dont quelques-uns de ses diocésains étaient 
opprimés, tant par le manquement de pasteurs ou docteurs catho- 
liques qui instruisissent le peuple dans la foi et la piété, que par 
le voisinage de plusieurs villes infectées de l'hérésie, et l'ardeur 
des ministres qui ne cessaient de semer la zizanie. Pour remédier 
à ces maux, le prélat avait appelé à Limoges les Pères Jésuites qui, 
depuis, tant les Pères (missionnaires) que les régents, avaient ren- 
du de grands services dans la ville et les environs, en instruisant , 
la jeunesse, formant des ministres à Téglise, prêchant, écrivant, 
et faisant les autres fonctions de leur état. Il était constaté qu'ils 
s'étaient opposés comme un rempart contre les ennemis de la foi, 
et l'on avait tout lieu d'espérer qu'ils continueraient » *. 

Cet éloquent témoignage nous atteste que dès les premières an- 
nées de leur introduction en Limousin, les Pères Jésuites ne se 
cantonnèrent pas dans le domaine de renseignement classique. Ils 
s'empressèrent, pour répondre aux désirs les plus formels de l'évê- 
que, d'occuper l'avant-garde de sa milice et de prendre la direction 
du mouvement religieux dans le diocèse. Dans ce bu t ils instituèrent, 
dès l'origine de leur établissement, comme ils le firent dans leurs 
autres collèges, une congrégation de la Sainte Vierge qui compre- 
nait trois divisions : les rnessieurs, les artisans et les écoliers. Les 
premières catégories se recrutèrent parmi les anciens élèves du 
collège. La division des messieurs comprit bientôt l'élite des bour- 
geois et des fonctionnaires de Limoges, qui passaient tous par le 
collège : elle devait fournir, en 1647, les principaux membres de 
l'élément laïque à la célèbre compagnie du Saint-Sacrement, dont 
l'action fut décisive pour l'achèvement de la rénovation catholique 
en Limousin. La division des artisans, recrutée principalement par- 
mi les riches marchands ou les corps de métiers de la ville, donna 
sans doute immédiatement des cadres aux nouvelles associations 
de pénitents, fondées parBardon de Brun (1598) et ses émules. Ces 
confréries laïques se multiplièrent d'une façon prodigieuse dans 
tout le diocèse ; elles furent « comme autant de moules où les 
générations du Limousin reprirent spontanément l'empreinte 
ecclésiastique, qu'elles conservèrent jusqu'à la Révolution 2 ». 

i. Fouillé historique de 1775. Bulletin de Limoges, t. LUI, p. 489. 
2. Voir le chapitre des confréries. Cf. M. Leroux, La Réforme^ 111, 118, et 
Laforest, Limoges ^ 162. 



50 UN SIÈCLE DE VIE ECCLESIASTIQUE EN PROVINCE 

Chaque division de congréganistes avait en dehors de l'église, 
dans Tenceinte du collège de Limoges, sa chapelle particulière, où 
avaient lieu des réunions à jour fixe et les exercices spirituels des 
retraites. La chapelle des écoliers, qui prenait jour sur la cour et 
sur la rue, l'emportait sur les deux autres par Télégauce et la ri- 
chesse des décorations: les tapisseries en étaient somptueuses ^. 
La division des écoliers était d'ailleurs la plus importante, parce 
qu'elle comprenait l'élite de jeunes gens qui se distinguaient de 
leurs camarades par un ensemble de qualités morales exception- 
nelles. C'étaient en général les futurs membres des divisions supé- 
rieures, les apôtres à venir du monde laïque et surtout du clergé 
paroissial. 

A cette époque où l'évéque de Limoges n'avait pu songer encore 
à l'établissement d'un séminaire, tel que les conciles de Trente 
et de Bourges l'avaient décrété, la section des écoliers congréga- 
nistes du collège fut spécialement destinée, dans les intentions 
du moins du prélat fondateur, à lui servir de pépinière princi- 
pale pour le recrutement de son clergé. Ce but de séminaire-col- 
lège est nettement indiqué par le vicaire général d'Henry de la 
Martonie, dans le décret d'union du prieuré deTavaux(août 1(>()5) : 
c( L'évéque de Limoges, y est-il dit au début de sa déclaration, 
après avoir visité et fait visiter son diocèse, reconnut la grande 
nécessité qu'il y avait de former et instruire les ecclésiastiques au 
devoir de leur charge ; de mettre aux principales paroisses des 
prédicateurs et ecclésiastiques, pour fortifier et instruire le peuple 
en la foi et religion catholique, et pourvoir à l'avenir à ce que la 
jeunesse, tant de la capitale (de la province du Limousin) que de 
l'étendue du diocèse, fût instruite à la piété, vertu et bonnes lettres. 
Pour cet effet, il s'adressa aux Pères Jésuites de Limoges, pour en 
tirer secours et aide ; il se transporta plusieurs fois (au collège 
Sainte-Marie), pour les semondre (suhmonerey avertir) de l'assister 
et coopérer dans cette bonne œuvre. Il les trouva dans de bonnes 
dispositions, et totalement à sa dévotion 2. » 

Les ressources leur faisant défaut, on l'a vu plus haut, les Pères 
Jésuites ne purent remplir immédiatement leurs engagements au 
sujet de l'éducation des jeunes clercs. Moins patients que l'évéque, 
les chanoines de la cathédrale les pressèrent vivement de s'exé- 
cuter. A la suite d'une délibération du 2 juillet 16()4, le chapitre 
faisait ordonner par voie de justice aux régents du collège d'ouvrir 
sans retard un cours de philosophie, suivant les stipulations du 
concordat de 1529. A défaut de cette ouverture de classe, les cha- 
noines devaient prescrire à leur trésorier de cesser tout paiement 
des deniers promis. Trois mois plus tard, recourant à des moyens 
plus doux, ils prenaient une nouvelle délibération, pour faire déli- 
vrer aux Pères Jésuites une somme de 200 livres et leur pro- 
mettre d'augmenter la pension convenue jusqu'à un surplus de 

1. De belles peintures se voyaient encore encadrées dans les lambris; c'est 
là que figurait l'Assomption donnée par Rubens. Laforest, ibid, 

2. Pouillé historique, 488. 



HENRY DE LA MARTONIE 51 

100 livres, s'ils satisfaisaient à leurs obligations. A cet effet, le 
chapitre chargea deux de ses membres de parler aux consuls, pour 
l'achat d'un local spécial, qui manquait alors au collège pour l'en- 
seignement de la philosophie. Toutes les difficultés étant enfin sur- 
montées en 1607, les Pères Jésuites ouvrirent dans leur collège, à 
la grande satisfaction du clergé de Limoges, des cours réguliers de 
philosophie et même de théologie, concurremment avec ceux des 
Jacobins et du chanoine Pierre Talois ^. L'établissement des Jésui- 
tes devait garder, malgré les vicissitudes et l'interruption même 
de son enseignement théologique, sous l'épiscopat de François de 
La Fayette, le caractère de séminaire que ses maîtres lui attri- 
buaient en 1682, puisqu'il donnait asile encore vers la fin de ce, 
siècle à une soixantaine de jeunes clercs 2. 

Dès le début de la fondation du collège, les Pères Jésuites y exer- 
cèrent dans la chapelle une propagande et une direction spirituelle 
des plus actives. Les catéchismes publics du collège y attiraient une 
grande affluence de peuple qui admirait leur manière d'instruire les 
jeunes gens et en était édifié. Débordés bientôt par la multitude des 
écoliers qui arrivaient de tous côtés, plusieurs autres Pères vinrent 
renforcer les régents en 1598. Trois d'entre eux se mirent dès lors 
à organiser des missions et à prêcher particulièrement les stations 
de l'Avent et du Carême dans les églises paroissiales et à la cathé- 
drale de Limoges. Le milieu leur parut favorable, car, au bout de 
quelques mois, les Pères Jésuites catéchisaient en dehors du collège 
les enfants de la ville et des environs, attiraient à leurs confession- 
naux les hommes et les femmes de toute condition, en convertis- 
saient un certain nombre et redressaient partout les abus, dont ils 
étaient témoins. Puis ne se renfermant plus dans l'étroite enceinte 
de la capitale du Limousin, l'activité des Pères s'exerçait dès 1599 
par des missions dans les bourgades voisines, en particulier dans 
celles qui dépendaient au spirituel du prieuré d'Aureil uni au 
collège. On vit même en 1600 des Jésuites de la maison de Limoges 
aller prêcher à Villefranche-de-Rouergue et à Bourg-sur-Gironde. 

Emerveillé de' ce zèle apostolique, l'évêque Henry de la Marto- 
nie l'utilisa en envoyant un certain nombre de ces Pères donner, 
de 1601 à 1603, plusieurs missions dans la ville d'Eymoutiers et 
de Treignac. Or, à mesure qu'ils étaient plus connus dans le dio- 
cèse, le succès des Jésuites à Limoges augmentait : dès 1600 six 
Pères furent chargés d'entendre, dans la chapelle du collège, les 
confessions dont la pratique s'accrut rapidement. L'engouement 
naturel qui s'attache aux nouveaux venus, se mêlant au prestige de 
leur science théologique et de leur zèle pastoral, produisit une es- 
pèce d'entraînement surtout dans les classes élevées de la société, 
qui vit en eux des directeurs de conscience incomparables. Par- 
mi ces pénitents enthousiastes, on trouvait non pas seulement des 
femmes, mais des hommes considérés, des nobles, des magistrats, 

1. Archives historiques du Limousin, iir, p. 52 et suiv. ; vi, 129. 

2. Voir plus loin la preuve de ces assertions. 



52 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

des ecclésiastiques de distinction. La pratique des Exercices spiri- 
tuels de saint Ignace fut mise en honneur au collège et y fut très 
goûtée d'une foule de gens pieux, qui l'ignoraient auparavant. Des 
communautés religieuses, des chanoines eux-mêmes, demandaient 
à faire des retraites sous la direction des Pères. On accourait à 
Limoges de trente ou quarante milles à la ronde, pour soumettre 
à leur casuistique des difficultés de conscience. 

Des procédés divers d'une nouveauté charmante attiraient au 
collège et captivaient en faveur des régents toutes les classes de 
la province. Les hauts fonctionnaires du roi, on l'a déjà montré, 
y étaient comblés des prévenances le/s plus délicates. L'évêque dio- 
césain y était l'objet de la vénération et de la reconnaissance qu'on 
devait témoigner au principal fondateur et bienfaiteur de la mai- 
son. Quand Henry de la Martonie vint pour la première fois en 
1599 visiter le collège, quelques écoliers d'élite furent députés à 
sa rencontre et chantèrent doctement ses louanges en grec, en latin 
et en français. Et le prélat, flatté de tant d'hommages, donna aux 
régents de nouvelles preuves de son estime et de son alfection. 

Le collège s'ouvrant gratuitement à tous, plus particulièrement 
cependant aux enfants des classes bourgeoises, il était facile aux Pè- 
res Jésuites de les gagner. Gomme ils savaient le peuple de Limoges 
avide de spectacles, et tout disposé à venir là où il retrouverait 
quelque chose des mystères et des moralités dont il avait été privé 
pendant les guerres de religion, les régents du collège lui donnè- 
rent satisfaction une première fois, en faisant représenter une tra- 
gédie d^Absalon, La foule ravie de voir le théâtre se rouvrir après 
un relâche de tant d'années, accourut au collège des Jésuites, rem- 
plissant de son tumulte les jardins et Jes cours, le faîte des murs et 
le toit des maisons {sic). Les magistrats du Présidial, ainsi que les 
consuls et les autres corps constitués, étaient aussi venus ; l'évêque 
de Limoges présidait la fête ; son clergé y assistait. Cette fois, la 
victoire était complète et l'avenir assuré : la Compagnie de Jésus 
prenait décidément le pas sur les autres communautés de Limoges 
anno gratiœ amplissimœ 1599 ^. 

A partir de cette môme année, les Pères Jésuites se posèrent nette- 
ment en réformateurs, sous la protection et au nom même de l'évê- 
que, vis-à-vis des religieux 2 et des prêtres de paroisses, et ils exer- 
cèrent sur eux toute l'autorité morale qu'ils possédaient déjà, pour 
ranimer dans ces corps dégénérés ou du moins apathiques, la vie 
spirituelle et le zèle apostolique. Une partie du clergé de Limoges, 
encouragée parle prélat, se montra tout disposé à reconnaître dans 
les nouveaux venus des conseillers, et des directeurs de conscience 
incomparables. Des prêtres nombreux, des chanoines, des religieux 
vinrent humblement participer aux exercices de piété que les 



4. A Leroux, Archives histor., III et VI et Histoire de la Réforme^ 115 et suiv. 
Jiulletinde Limoges, t. XXXI, p. 106. Remarquons ici que tous ces détails sont 
empruntés aux Annuœ litterm Societatis Jesu. » 

2. Des Frères-Prêcheurs de Limoges notamment» 



HENRY DE LA MARTONIE 53 

Pères avaient institués dans leur petite chapelle de la rue de la 
Chancellerie*. 

Le clergé paroissial des autres villes et des campagnes subit 
aussi la même influence. En efTet, dès 1599, nous voyons 
révêque remettre en honneur, sous Tinspiration des Pères, la te- 
nue régulière des synodes diocésains, à Pâques et à la Saint-Luc 2, 
et la pratique des visites pastorales, jusqu'alors si négligée. Cette 
démonstration du zèle épiscopal était vraiment de bon augure 
pour l'avenir religieux du diocèse. C'était déjà l'application des 
principaux moyens de réforme ecclésiastique. 

Notre prélat vaquait à ses tournées de confirmation, en été par- 
ticulièrement ; il visitait chaque année un quart de l'étendue de son 
diocèse, soit environ deux cent cinquante paroisses 3. L'éVèque 
se faisait accompagner habituellement de quelques religieux 
Jésuites et Récollets. Ils les chargeait parfois de seconder ses 
collaborateurs officiels, en leur signalant, d'après leur enquête, 
les abus qui devaient être l'objet de ses ordonnances. Mais ces 
religieux ne remplissaient ordinairement que l'office de mis- 
sionnaires ou de prédicateurs, et avaient pour but de préparer 
les fidèles à recevoir des mains du prélat la sainte communion. 
En vertu d'un privilège spécial accordé par le pape, ceux qui 
assistaient dans ces circonstances aux sermons des Pères Jésuites 
gagnaient de précieuses indulgences, s'ils communiaient. Au 
cours de la visite pastorale de 1608, l'évêque de Limoges distribua 
la communion à plus de trois mille adultes. Dans cette môme 
tournée, le P. Guillaume, Jésuite, réussit à convertir un certain 
nombre de protestants, dont plusieurs ministres. Il amena encore 
des gentilhommes catholiques à restituer les biens d'église dont 
ils s'étaient emparés, à l'exemple des seigneurs calvinistes, pen- 
dant la guerre civile. Pendant ces visites épiscopales, les religieux 
qui l'accompagnaient, s'occupaient aussi de l'instruction des en- 
fknts et distribuaient au peuple quantité de catéchismes élémen- 
taires rédigés en langue vulgaire *. 

L'évêque donnait la tonsure et les ordres dans les principales 
villes à une foule de sujets et de clercs. Dans sa première tournée 
de 1599, Henry de la Martonie tonsura à Felletin, à Aubusson et 
dans quelques autres endroits, plus de quatre cents jeunes gens 
presque tous de ces villes ou dés environs. Dans la même occa- 
sion, il ordonna à Meymac cent soixante-et-un prêtres ^. 

i, l\ s'agit ici de l'usajre des retraites spirituelles. 

2. Archives histor., t. III, 52, 54, 61 et suiv. 

3. Archives histor.,i. VI, p. 123. 

4. Le premier manuel de ce genre, composé selon la méthode de Canisius, 
avec Tapprobation de l'évêque, était l'œuvre du premier recteur du collège, le 
P. Fr. Solier. Il parut à Limoges en 16u6. Note de M. Leroux, p. 123 de son ou- 
vrage sur la Rcfnrnipy Archives histor., t. VI. ihid. 

5. Henry de la Martonie faisait habituellement ses ordinations à la cathédrale 
de Limoges; il donna les ordres plusieurs fois dans l'église des Dominicains de 
cette ville et dans la collégiale de Saint-Junien. Les premières ordinations 
qu'il fit à Saint-Etienne de Limoges, en 1588, le samedi avant la Passion et la 
veille de Pâques, comprirent : 40 tonsurés, 33 acolythes, 47 sous-diacres, 78 



51 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Des ordonnances disciplinaires ou règlements de réforme étaient 
presque toujours l'un des principaux résultats du passage de Tévê- 
que dans les villes de son diocèse. C'est par un acte de ce genre 
qu'Henry de la Martonie signala le début de sa première visite pas- 
torale. Etant à Bellac le 45 juillet 159Î), il favorisa la réunion dans 
une même maison d'une dizaine de prêtres communalistes, qui, 
faute de ressources, vivaient séparés depuis trente-neuf ans. Dans le 
but de rendre à cette communauté, reconstituée dans l'église Noire- 
Dame, l'ancienne ferveur delà vie commune, le prélat donna, le 
48 du même mois, son approbation à ses nouveaux statuts *. Entre 
autres règlements intéressants à connaître, le prélat prescrivit aux 
communalistes de Bellac : de porter des habits noirs décents, pour 
vaquer à leurs occupations ordinaires, de n'entrer à l'église qu'a- 
vec leurs robes longues, les manches vêtues et non pendantes, de 
porter la tonsure avec labarbe courte sans moustaches; de n'avoir à 
leurs collets de chemisesetà leurs manches que des choses simples, 
« sans ouvrages exquis et sans aulcune fraise » ; de ne pas se mas- 
quer, ni de danser, ni de hanter les tavernes ; de ne se permettre au- 
cune innovation contraire au rituel dans la célébration de la messe 
et l'exécution de l'office divin; de ne pas confesser sans avoir 
des lettres d'approbation; de ne donner à des époux la bénédic- 
tion nuptiale, que dans l'église paroissiale avant la célébration de la 
messe, depuis l'aube du jour jusqu'à midi ; et particulièrement de 
ne pas assister la nuit à des mariages clandestins, dans des maisons 
particulières, sous peine d'excommunication et d'amende 2 ; enfin, 
de ne pas publier des actes judiciaires, et de ne pas lire des choses 
profanes à l'intérieur de l'église ^. 

La réforme des abus nombreux, dont souffrait l'Eglise limousine, 
subit en 4600 une impulsion nouvelle, du côté du pouvoir royal 
lui-même, qui avait tant contribué auparavant à les introduire. Le 
48 avril, l'évêque de Limoges reçut des ordres du roi, pour s'en- 
quérir des titres de possession de tous les bénéficiers de son diocèse. 
A cet effet, Henry de la Martonie chargea des curés et plusieurs au- 
tres ecclésiastiques, de faire dans ton tes les paroisses l'enquête laplus 
minutieuse. Les représentants des deux pouvoirs allèrent deman- 
der à chaque bénéficier, ses lettres de provisions et les procès- ver- 
baux de sa prise de possession et d'autres preuves du même genre. 
Mais les pièces suspectes d'un certain nombre de bénéficiers furent 
si bien « palliées » fet déguisées, quand on les présenta aux ecclé- 

diacres, et 62 prêtres, tous de son diocèse et du clergé séculier. Les lettres 
d'ordination étaient alors pour l'évêque de Limoges un revenu assez impor- 
tant. Ce prélat prenait : quatre livres, pour les lettres de prêtrise ; trois livres 
pour les autres ordres, et vingt sous pour la tonsure. Mss. du sémin. n. 33, p. 57C 

1. Mss. ibid., et Granet., Histoire de Bellac. Limoges, 1890, p. 114. 

2. Les mariages clandestins n'étaient pas rares à cette époque dans le dio- 
cèse de Limoges. Le 8 septembre ir)84, un vicaire de Pierrebuffière fit un ma- 
riage dans une maison particulière à deux heures après minuit : le 13 juillet 
1589, le curé de cette même ville en fit un autre dans de pareilles conditions. 
Mss. 33, p. 576. 

3. Documents historiques, Limoges, (883, t. I, p. 294 et suiv. 



HENRY DE LA MARTONIE 55 

siastiques inspecteurs, qu'on ne put expulser de leurs bénéfices 
tous les confidentiaires qui fourmillaient alors. L'enquête officielle 
fut poursuivie en 1601, où nous remarquons que François Escla- 
cles, grand vicaire de Limoges, accompagné du promoteur du 
diocèse et de l'aumônier de Tévêque, se trouvaient en tournée de 
visite à la Roche-l'Abeille *. 

L'abus qu'on voulait extirper était si bien enraciné qu'on voyait 
l'année suivante bon nombre de bénéficiers simoniaques, qui ne 
résidaient pas. On en était réduit à nommer à leurs cures et aux 
autres bénéfices de nouveaux titulaires. Faute de religieux dignes, 
les règles canoniques des bénéfices regxdaria regulariter étaient 
ainsi tournées par la force des choses. Les séculiers qu'on nommait 
aux bénéfices réguliers se présentaient devant l'évêque ou son 
vicaire général ; séance tenante, ils faisaient profession, sans avoir 
fait de noviciat dans un monastère, et étaient pourvus immédiate- 
ment 2. 

De même, certains bénéfices séculiers qui réclamaient des titu- 
laires des qualités particulières, ne pouvaient être desservis à cette 
époque que par des religieux. C'est ce qui arriva pour la collation 
de deux prébendes, en 1601, dans les chapitres de Saint-Yrieix et 
de Saint-Junien ; tellement, à lasuite des guerres civiles, la disette 
de bons sujets et d'ecclésiastiques idoines était grande. A Saint- 
Junien, on élut cette même année pour théologal Pierre de Labesse, 
docteur en théologie, gardien des Gordeliers, à la charge de prê- 
cher ou de faire prêcher tous les dimanches, les Avents, les Carêmes 
et les fêtes solennelles dans l'église collégiale. On le reçut en lui 
donnant le surplis et en lui mettant l'aumusse sur le bras. Cette 
élection fut confirmée par les consuls de la ville et par l'évêque 
de Limoges 3. On élut pareillement en 1601, à Saint-Yrieix, pour' 
théologal un Cordelier. Ce dernier succédait dans cet office à frère 
Nicolas Operarii, franciscain, docteur en théologie, qui avait été 
nommé en 1582, parce qu'il avait les qualités requises et qu'il avait 
pris à sa charge toutes les prédications du chapitre *. 

L exercice brillant de cette même fonction dans les circonstances 
solennelles était chaque fois une occasion de triomphe pour les 
Pères Jésuites. Le premier recteur du collège, le P. Solier, qui 
avait prêché avec succès dans diverses églises de France, devint à 
Limoges, l'orateur à la mode ; il fut habituellement invité à porter 

1. Notons ici (jue les visiteurs diorésains prenaient un droit de visite dans 
chaque paroisse. A la Roclie-l'Abeille ce droit s'éleva à dix livres seulement. 
A Saint-Hilaire Bonneval, où ils se trouvaient le 28 avril 1(102, ils reçurent 
une offrande de quarante à cinquante écus, provenant du grand nombre de 
conviés (90) à la table du curé, parmi lesquels on en compta quatorae. qui 
étaient gens de qualité. Mss. de Legros, n. 33, p. 578. 

2. Mss. n. 33, p. 577 et suiv. 

3. Labiche, Vies des Saints, t. I. p. 283. Voir la«otice de P. de Labesse. Ce 
religieux, dit Labiche, se lit à Saiait-.Tuirien et dans tout le pays environnant 
une grande réputation de vertu et de science, par son amour de l'étude, sa • 
haute piété, son zèle et ses bonnes œuvres. Il mourut en odeur (je sainteté, 
le 18 août 1003. 

4. Mss. n. 40, p. 381 et 473. 



56 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

la parole dans les grandes solennités, notamment le jeudi 11 octo- 
bre, sur la place de Sous-les-Arbres, devant Tévêque Henry de la 
Martonie et messieurs de la justice, à la suite d'une procession 
solennelle en actions de grâces pour l'heureuse naissance du 
dauphin, depuis Louis XIJI. 

C'est encore le P. Solier qui fut chargé de la prédication, au 
mois de juin 1ti02 ; lorsqu'on fit la procession réparatrice, où l'on 
rapporta solennellement à la cathédrale la custode renfermant le 
Saint-Sacrement, qui avait été volée dans l'église de Saint-Michel 
de Pistorie par deux hérétiques, Jean Farne et Maureil son frère, 
et cachée par ce dernier dans les fossés de la ville, devant la Croix 
de Saint-Gérald. L'évêque, le clergé des paroisses, les religieux de 
divers Ordres, les consulset les magistrats, qui portaient le dais, et 
une foule qui fut estimée à cinq mille personnes, prirent part à 
cet acte solennel de réparation ^. 

Les succès oratoires du recteur durèrent encore quelques an- 
nées, tant que les susceptibilités d'une partie du clergé de Limoges 
n'eurent pas été éveillées contre lui. Le P. Solier, après avoir été 
présenté par l'évêque à son chapitre pour la station du Carême 
de 1606, donna régulièrement ses sermons dans la cathédrale 
trois jours par semaine (les dimanche, mardi et vendredi). Au 
cours de cette station, un incident quelconque qui est resté ignoré, 
produisit entre Torateur et les chanoines une certaine mésintelli- 
gence ou de l'antipathie, qui ne tarda pas à se manifester publi- 
quement. Quelques mois plus tard, les grands vicaires de l'évê- 
que, qui se trouvait alors à Paris, chargeaient en son nom le 
P. Solier de publier solennellement à Limoges, selon la forme accou- 
tumée, un jubilé général, que le nouveau pape Paul V venait 
d'octroyer au monde catholique. A cet efTet, le 18 septembre 1605, 
jour fixé pour l'ouverture du jubilé à Limoges, une procession 
générale sortit de la cathédrale après la messe, traversa les rues 
de la cité et de la ville, et vint se ranger sur la place de Sous- 
les-Arbres, à côté de Saint-Martial, avec le clergé et une grande 
foule de peuple. Or au moment où l'on espérait entendre le ser- 
mon sur la promulgation du jubilé, qui devait être faite au nom 
de l'évêque, le P. Solier ne monta en chaire, que pour deman- 
der à son nombreux auditoire, de se rendre incontinent dans la 
vaste salle du réfectoire de Saint-Martial, où il voulait seulement 
prêcher. En vain les chanoines de Saint-Étienne le prièrent de ne 
pas déroger aux usages, et d'avoir égard aux désirs de l'assemblée. 
Le Père ne voulut rien entendre, et le chapitre dut aussitôt retour- 
ner seul à la cathédrale, « sans oyr prédication, au grand scandalle 
de tout le peuple qui crioit qu'il y avoit trop d'ambition en cest 
homme, et qu'il était trop convoiteux d'honneur ». Les chanoines 
décidèrent ce même jour, en séance capitulaire, de ne plus employer 
dorénavant le P. Solier pour aucune prédication à la cathédrale, et 
d'adresser à a Monsieur de Limoges » et au Père Provincial d'Aqui- 

1. Bulletin de Tulle, t. IX, art. de Tabbé Arbellot, p. 381 et suiv. 



HKîCBV Î>K Ï^V MAI^ÏVSXIV: 



!C 



fjilne^ une plainte au î^ujtH di* co jjrjivx^ incidoiU ^ l.<^ T. l^lt^>A^v^r> 
PrcivîTJCîAÎ, réuîla ce dilToroiid d'îino ù<x^« <|in phU -"H^^ ohA|^iïr<* de 
Sainl-Éiieime : il nojnmii à la plaoe dn P. Solù'T^ q«'iî enxwA À 
Saintes, un nouveau nvteur, le P. Auivr>\ t^ia «e 1lv<^ulr^ pluî^j 
conciliant ^. Rtvoncniô a\w le::i^lVr\^sio<uilo^ |\ar 'cvtte <(>>m>(>:^<i^u 
opjwrîune, le chapitre de la c;iilîu*\irale leur lon^oijiua sii ^at^st'ae- 
lion en dêputanU le iO juillol itW, quatre doses nuMul>r\^s |>our le 
représenter le lendemain^ ;\ la cênMUonie de la |v^se de la pivuu<Hv 
pierre, de la ehapi^Ue du oollè^ -"^^ 

Quelques un>is apK^s, la vieille chapelle du oolKV<' î^'^lî^^^l iVin>u- 
ïée, les Pères tran5|>orliMx^ut pi\>visoiivnient leui^ exeiviees du 
cuite, dans rêjjlise de 8aint-Pierre-<iu-0ueyiMi\. snr riuvilaliou 
méniedeRalthazar de rk>uhel,curo do la |>î\i\>isso \ A la fin du eni^ 
na\"al de lti(>8, les Jésuites nurontpour lapivnuoivfoison houuour 
dans cette é|îlise rOniison dos Ouarauto-llouivs 'v Dans lo hul do 
rendre populaire cette institution, ils oivî^nii^i^ronl, on ItUO, dos 
processions qui eurent un ^rand ôolat» î.o diuianoho îiO février ol 
les deux jours suivants, on vit dolilor dans los ruos do l.imo^os» 
près de cinq cents écoliei^s, los plus jeunes habillés on au^os ol 
portant les attributs de la Passion ; d'autres, los uiombros do la 
congrégation delà Sainte Vierge, au nombre do soixante, oouvorts 
des insignes de la pénitence, d'autres figurant los rois, los palrtar- 
chesy les prophètes, les apùlros, los évangélislos, los dootours, los 
marijrs et les confesseurs. Colle mise ou soéuo, rt»Ue féorio snoréo 
émerveilla beaucoup la population do la ville. « Jamais, dtl un 
chroniqueur, on n'avait vu à Limoges une lollo dévotion ot une 
procession plus magnifique, i» Durant trois jout*s TégHî^^* ï^<' Hésom- 
plitpas. L'évéque de Limoges lit le sermon du mardi soir ol donna 
la bénédiction du Saint-Sacrement. Par sa présence active j\ cette 
pieuse manifestation, le préhU consacrait aux yeux de son peuple 
le triomphe des Pères Jésuites dans son diocèse. Ils ne cessèrent 
pas, jusqu*àsa niort, dï»tre« loutentiersj\ sadévolion », elcravan- 
cer de toutes leurs forces l'œuvre de la rèfornuî nHigicMise ". 

IV. Essais de réforme indépendante des ohapitres 
et des couvents. 

Un service inappréciable rendu par I(*s Pères JésnilcH au clerué 
de Limoges, fut de le réveiller immédiatement de son apalhin 
séculaire et profonde, et de le ramener [nm h peu jiar leurs pro- 
pres exemples à la pratique de Tapostolat et h la correction des 
abus invétérés, dont auparavant il ne semblait même pas avoir 
conscience. 

1. Archives hiiloriqueM, t. III, p. Tyi ci suiv. 

2. Laforest, Limogeê, ir>(). 

3. Archives hislor,^ t. III, p. (JT^. 

4. Ducourticux. Limogen, Plann, p. 103. 

5. Annales maniiscriteê de lAmogen^ ,'380. 

6. Laforest, Limoges^ p. 164 et suir. 



58 UN SIECLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Nous voyons ainsi, des les premières années du siècle, deux cha- 
noines de la cathédrale rivaliser de zèle avec les missionnaires 
jésuites dans Texercice de la prédication. A partir de tt)()5, le théo- 
lojîal Gayou, et un peu plus tard, Pierre Talois, obtenaient du cha- 
pitre la faculté de prêcher des stations du Carême et de TAvent à 
Felletin, à Uzerche, et dans d'autres villes du diocèse. Dans 
rintervalle, ces ecclésiastiques s'occupaient de l'instruction des 
jeunes clercs ^ D'autre part le doyen du chapitre, Mathieu de 
Verthamont -, et le chanoine Marchandon, « homme savant et d'une 
éminente piété ». prenaient Tinitiative de réformer les mœurs du 
personnel de la cathédrale, qui laissaient alors beaucoup à désirer. 
On sait par les registres capitulaires que plusieurs fois déjà dans 
les dernières années du seizième siècle, des vicaires et des prêtres 
habitués de Saint-Étienne avaient été accusés, d'après de graves 
indices, de mener dans le cloître même une conduite scandaleuse. 
Aussi le chapitre cathédral décidait-il, le 13 mai 16()4, de faire chas- 
ser hors des lieux de sa juridiction a. toutes femmes suspectes, 
gens desbochés et joueurs, et autres mal vivants ». 

11 enjoignit en même temps à tous les prêtres habitués de 
Saint-Étienne, de purger, dans la huitaine leurs maisons d'une 
telle société sous « peine de privation de leurs fruits ». Le chapitre 
fut obligé de renouveler cet ordre à plusieurs reprises. Ces mêmes 
ecclésiastiquesflànaient souvent par les rues de la cité en compagnie 
de gens de basse qualité et passaient avec eux leur temps à jouer et 
à boire dans les cabarets. Cette fréquentation leur fut interdite, le 
12 mai 1606, sous les peines les plus rigoureuses, que le procureur 
d'office devait leur appliquer sans pitié. La tenue de ces prêtres 
habitués à Tintérieur de la cathédrale ne scandalisait pas moins 
les fidèles, qui les voyaient bavarder continuellement pendant 
l'office divin. Les chanoines atténuèrent ce désordre, en prescri- 
vant à ces ecclésiastiques de laisser entre eux une place vide. A 
voir enco:-ft ces prêtres arriver au chœur comme des automates, 
on les aurait pris pour des incroyants mal éduqués. Il fallut statuer 
que désormais, avant d'aller occuper leur stalle, ils fléchiraient les 
genoux devant le Saint-Sacrement, et feraient une courte prière. 

Le pieux chanoine Marchandon, muni de tous les pouvoirs du 
chapitre, ne cessa d'apporter jusqu'à sa mort (1628) la plus louable 
énergie dans son œuvre d'assainissement moral du bas clergé. Il 
dut recourir plus d'une fois au bras séculier, pour faire expulser 
de la cathédrale les femmes de mauvaise vie, qui poussaient l'ef- 
fronterie jusqu'à venir y scandaliser les fidèles. Il usa sans se 
lasser de tous les moyens coercitifs et des voies de persuasion, à 
l'égard des prêtres qui tardèrent à purger leurs maisons de toute 

1. Archives historiques, t. IIl, p. Tvi à 6.'{. 

2. Son pn'décessrur Ridier lU^ (iuérot avait tenu le doyjMuiê penilant six ans 
(151)5-1601). Son élection ayant (Hé rl('clarèe douteuso, Hidior avait résigné sa 
dignité à Mathieu de Verthamont. Ce dernier sié-xeait encore comme doyen en 
1021. Il était dit ahhé de Pré-Benoit le janvier iH-22. Il mourut en 1030. Mss. 
40, p. 70, 71. 



HENRY DE LA MARTONIE 59, 

société suspecte ^. Conformément aux délibérations capitulaires, il 
allait adresser à ces coupables de « fraternelles remontrances », et 
s'ils résistaient à ses prières, et se montraient insensibles aux 
menaces des peines canoniques, il n'hésitait pas à les frapper 
d'amendes pécuniaires, qui devaient parfois produire de meilleurs 
résultats. 

La sollicitude des chanoines de Saint-Étienne, qui s'étendait 
sur la pureté de vie de ses membres et aussi sur la conduite 
des vicaires de la cathédrale, n'eut pas ordinairement de sanc- 
tion sévère à prendre contre eux, comme à l'égard des prêtres 
habitués 2. Durant une période de six ans (1603-1609), la seule dont 
les actes nous sont connus, on voit les vicaires convoqués une 
seule fois (le 5 juin 1606) dans la salle capitulaire, pour y subir un 
examen canonique et entendre des remontrances sur la manière 
de remplir les fonctions de leur ministère. Ainsi que le portait 
son arrêt de 1604, le chapitre cathédral fit appliquer dans les pa- 
roisses qui relevaient de sa juridiction, les mesures de préservation 
morale qu'il avait prises. Nous en avons pour preuve une sentence 
d'expulsion rendue le 8 juillet 1606 contre une femme suspecte, 
qui habitait la maison du curé de Séreilhac 3. 

Les désordres du clergé de Saint-Junien, à la même époque, tels 
qu'ils nous sont signalés, en termes généraux, par les registres 
capitulaires de cette ville, n'étaient pas moins graves que ceux qui 
affligeaient le chapitre de Saint-Étienne. « Le doyen des chanoines 
de Saint-Junien dit en séance capitulaire, le 23 mai 1610, qu'il 
venait d'être averti, que l'assesseur de la justice avait, devant la 
porte de l'église, proféré plusieurs injures atroces contre le chapi- 
tre en général et en particulier ; il leur avait reproché notamment 
la simonie, la confidence, le sacrilège, le concubinage, le scandale 
public. » On se borna à « délibérer que le premier des messieurs 
du chapitre qui irait à Limoges présenterait une requête pour 
faire informer ». Vraiment, ajoute ici l'historiographe du diocèse, 
l'abbé Legros, c'était agir trop mollement, si on n'était pas coupable. 
Deux particuliers, qui ditTamèrent le chapitre de Saint-Junien 
sur ces même cas, furent condamnés aux dépens, par arrêt du 
28 mars 1615. Quoi qu'il en soit de ces graves accusations plus ou 
moins calomnieuses, les chanoines de Saint-Junien cherchèrent à 
garder une certaine régularité. Nous savons par leurs actes qu'on 
privait de tout leur revenu (en 1607-1608) les membres du cha- 
pitre qui ne prenaient pas les ordres, lorqu'ils avaient l'âge 
requis. Tous les manquements aux statuts étaient punis d'une 

1. Notons ici la délibération du 1" février 1608, en vertu de laqueUe, quatre 
membres du chapitre furent chargés de visiter les maisons qui lui apparte- 
naient, pour voir s'il y avait des femmes suspectes. Archives hisl., t. III, p. 03. 

2. Par exception, le chapitre donna l'ordre, le 21 octobre 1606, d'arrêter, puis 
de fouetter (sic) et de mettre en prison pour un jour lun des vicaires de la ca- 
thédrale Jehan Malignaud, qui s'était porté à df^s voies de fait sur l'un de ses 
dignitaires. M» de Douhet, grand chantre de Saint-Etienne, ibid. 

3. Tous les détails qui précédent sont tirés des Registres capitulaires. Voir le 
texte. Archives histor., t. III, p. 53, 63, 



•0 IX MKt LE Ï«E VIE E'>:LL:>IAîn'lvrE EX PBOVIXOE 

an^fivSf^ I '/.jf <r,i n-fiîîf f:-rî^, s»-î- îî îa ;:r3Yiî.é d'î «î-Iil, Le l^vâr- 
"dv^ îwTiîa^^ 3«'> ofîixv>. IVi-^rjjîvî <3e i^arc-^s if.-*.-Jen:r>, le fort de 
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T l.'Av-r" »^-i .f-iii Ht--/]!, Ce l::i en t^5eî Ct-Ue aLrj!v>-Iï, eî rjca eî!îi {•»>*•• 
;?■ e. p7->oe sn ze'.t' nile Msth-.r:ïi Ar.fîiiT. ali-e- oor/.-^T.enJi.ljiine, ]es 
r'':^ '-••-•> ii!"A» i-jTj >>i^tVo r'rTjt fi :a co^j^rèjTAi^Mî deC:jr:y *. A::yvî.ra- 

«r ^-t^JT. [iitr K-ifi-Tî. oon'.ît ue là >fl.;7'c: e ^. avA-î éiésLûiiViif^ le-'!! jujI- 
.»f^-î ^'l'Z j.?;r r:''^''"q .<■•' .^e L;]ï..»^e>, E.iî-lcr-ze, ai; -z-j'rA-rn'ie'.ajeBl da 

fl. » «■»i. 6*'Vîi-i i.rj^'T cit:f> U V. ;e -DT."'- hlft. J't' sa.;.::- A"jfcf'ic ai Sii-i l-J'-r.jfi:, 
(^Hl-x "lfîr;i-jî»tf Gii.'ii- lî. '■/.'•■■//,■; . /^ <-/,. '"", jy. ,' v. À .«t C.VIt .V.- i' c«:i:.i'"t 'l'vî? TvttS 
/îlitiii' i.iifît f^î f'"f «"rr i~T<*'*i'' i*''^it*r^ h...K.i.i v:-it tr. i.5-:i':-..->':^ jf5 r* 'it"i..u:«rf<v 

IjiKiii»-*- Ht tr.u vé'f'uitîj t su: c'.t- ît.'t^;*:!T. vtîu> .)«: i- •.-:'> T\'i«t>*. Le oti^aiilT'f' jiK-ta 

^MfJrîtrji ordnib-i-' Of Lini-ç'fs.. ]«it:..SiMer on ;Jr\.jî cA.H^n. :.\> àt- rmlof .h'An M- 
/'"♦lo' m rti Mu»M' ?\)*"—.j':"-. Il -u* (•»•'''.• •: fr. irirh». s'K'Tt'-iftrt à fui' i:»Ti:jf^ qui Jni 

«i M;.'nui.iitfc «'jj".>"e r'i c.JTfirnf essai Jt W'.^irirjo I i>"v?:*e dor-ïM pftr Ir ohar'iuv, 
J*- ;>î '».".t'»)»''f i^if'T, M- riiJii'rf fifr ''har«"Jf^ -M anx t-r ift, t> .if "rirr-nr. or Sf tr. »î>- 

KL- n'iKj*-»- miss; vnih Jf*> a*'Mii-ir''^!i{îiiriifTs. jiui: nfinrfT«.'i!*e ie piftin-chatst. Msî^. 

4 î^ (inii (Je '.HilUi inrii(fnf>f pa' k* f'ci ,'h ln^f/i^'K/ur p ïîto est r:»rjtro^iite 
M»^' I' (•ocurr»"i<* (lui Hijiî 

r> Clk avîii: r*«iii|iia"/ uij< aru-j'-i-fif 'L'ii^if n.»ssi'i'«'»f p^r )r> nrj'vntfî fît D-v'/OTi. 
J/u)i)>."yf »4ar Hi'ii<*f- hiiv J^^ tr»'*.'j> o( ja (.vo-m^C'. p'y'^ tir la ncîîK* vi.tt d Alîun, 
«nîri <,nf'rf»t (•' Aijitiis^«tri l'a^ U. j»n^<a'l iji<f- arj.*i{M,,i( v.«i! 'Mrnaînf qu alijiil 
tic iwinovc**- a CJ«riiioiit Sajiiî .Martia.. venani (k- Toiii, avait iKunic la k?? yn'e- 
n)ie''<,*fc prfMlif*atniij*« aIw^î<tolKMlef^ {ïfj ^'Uteiifiil le- dh»:*csr d( LunoL'eN. J-'i-'uUni (U* 



HENRY DE LA MARTONIË 61 

chef de la congrégation bénédictine des Exempts, Tabbé de Saint- 
Pierre d'Uzerche. Ce monastère étant tombé en décadence au cours 
du seizième siècle, le couvent d'Ahun partagea le même sort, jus- 
qu'à l'époque de son agrégation à l'ordre de Cluny. Sébastien 
Marcaille, vicaire général de l'abbé de Cluny, fut commis et député 
en 4611 à la visite et réformation du Moutier d'Ahun, pour rétablir 
en cette maison les règles monastiques et la pureté des mœurs. 
C'est le 21 août qu'il fit lire en chapitre général, à tous les religieux 
de l'abbaye, qui les approuvèrent de leur signature et promirent de 
les garder, des ordonnances de réforme. Citons ici les plus impor- 
tants de ces règlements disciplinaires. 

Désormais tousles religieux sans aucune exception s'engageaient 
à vivre en commun, à observer le silence de rigueur, à assister à 
toutes les heures canoniales, et à célébrer dignement les offices 
de l'ordre de Saint-Benoît. Conformément à la pratique de la 
coulpe en public, les religieux devaient reconnaître leurs fautes 
au chapitre ou au réfectoire, et requérir dans ce but, à genoux, la 
bénédiction de leur supérieur. Tous sans exception, hors les cas 
de maladie, devaient prendre leur repas dans le grand réfectoire. 
Pendant les repas, on devait faire une lecture extraite de la vie des 
saints, de la règle de Saint-Benoît, ou des autres livres spirituels 
en français. Chacun devait avoir au dortoir une chambre parti- 
culière. Des aumônes devaient être distribuées régulièrement aux 
pauvres et aux malades, selon l'intention des fondateurs. Tout 
procès devant les tribunaux séculiers était interdit, sous peine 
d'excommunication. Il était expressément défendu, sous la même 
peine, de laisser entrer des personnes du sexe, filles ou femmes, 
dans l'enclos de l'abbaye, ou de les fréquenter ailleurs. Toute sortie 
du cloître exigeait la permission du supérieur; toute fréquentation 
des cabarets était interdite. On devait porter la couronne mona- 
cale, le chaperon et l'habit régulier; observer les jours de jeûne 
prescrits par la règle de l'Ordre, ne pas garder des armes dans sa 
chambre, ni aller à la chasse ; visiter et assister des choses né- 
cessaires ses frères malades. Le religieux qui découchait, sans 
permission, encourait l'excommunication. Les moines travailleurs 
des champs devaient prendre garde de scandaliser les séculiers ; 
ils devaient éviter toutes sortes de jeux de cartes, et de causeries 
mondaines. Ils avaient le droit d'élire l'un d'entre eux pour exer- 
cer la charge d'économe. On recommandait aux novices de res- 
pecter les prêtres, et de leur rendre obéissance ; aux religieux, 
de ne pas charger des séculiers de la célébration de la messe 
au grand autel du chœur; de veiller surtout sur l'instruction des 
novices et de leur donner un maître capable de les former à la 
piété et à la perfection de leur état. On les exhortait tous ensemble 
à vivre en bonne paix et concorde, sans querelle, envie ou divi- 
sion. Chacun devait se retirer après souper, à huit heures ou un 
peu plus tard selon les saisons, dans sa cellule au dortoir. On ne 
pouvait se porter à des voies de fait contre son compagnon, sous 
peine d'encourir Texcommunication, réservée à Mgr de Cluny. On 



62 UN SIFXLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

ne devait pas se trouver à des festins de noces, de baptême, aux 
danses ou autres assemblées peu décentes, sous peine de punition. 
Les portes du monastère devaient être toujours fermées à clef et 
ne pouvaient être ouvertes sans autorisation. 

A la suite d'un accord et d'un consentement général, on avait 
remis depuis quelque temps, dans la masse commune tous les biens 
de l'abbaye qui étaient auparavant dispersés, et tous les revenus 
des offices claustraux qui étaient autrefois perçus individuellement, 
et l'on avait déjà constaté que ce désintéressement permettait à 
chacun de vivre en repos et plus heureux qu'avant. On stipula donc 
dans les nouveaux statuts, que cet accord durerait indéfiniment et 
que le bien de la communauté serait également réparti et employé 
au profit de tous, soit pour les frais de nourriture et d'entretien, 
soit pour l'acquittement des charges diverses de l'abbaye. Dans un 
dernier article des règlements, on chargeait dom Villatte, vicaire 
général, et prieur claustral d'Ahun, de faire observer et garder ces 
ordonnances par tous les religieux, de châtier et de punir ceux qui 
y contreviendraient. Dans ce but, on lui donnait toute autorité et 
tout pouvoir, et Ton enjoignait à chacun des moines de lui rendre 
toute obéissance *. 

A la veille de la Révolution {en 1775) les Bénédictins de Notre- 
Dame d'Ahun n'étaient qu'au nombre de six ; ils vivaient encore 
en commun, faisaient toujours partie de l'ancienne observance de 
Cluny et relevaient de la province d'Auvergne. L'étal de l'abbaye 
devait être plus prospère sous l'administration deMathurin Augier 
(1578-1618) et de dom Villatte, si l'on en peut juger parle nombre 
des officiers claustraux en exercice qui étaient presque tous à la 
nomination de l'abbé commendataire 2. 

V. Rapports de l'évêque de Limoges avec son chapitre. 
Mort d'Henry de la Martonie. Eloge de ce prélat. 

Les rapports de l'évêque Henry de la Martonie avec les chanoines 
de la cathédrale et avec son clergé en général, que les derniers 
événements de la Ligue avaient rendus aussi étroits que possible, 
restèrent jusqu'à la fin empreints d'une bienveillance réciproque. 
Dans un temps où les querelles étaient assez communes entre l'évê- 
que et les corps ecclésiastiques de son diocèse, cette cordialité de 
rapports nous étonne et fait d'autre part contraste avec la période 
des luttes interminables qui troublèrent, dans le cours du même 
siècle, le règne des deux grands évêques de Limoges. Nous avons 
néanmoins à signaler ici quelques signes certains de légères dis- 
cordes, au sujet de revendications qui devaient plus tard s'aggraver. 
L'évêque de Limoges, ayant ainsi contesté à son chapitre l'existence 

i. Voir M. Leroux, Documents historiques^ t. I, p. âîCi à 300. 

2! Labbaye était placée sous le vocable de Notre-Dame. Klle était admirable- 
ment située sur les bords de la Creuse, au pied d'une montagne, au-dessus ée 
laquelle était la ville d'Ahun. Voir PvuiUè histor,^ p. 271. Les revenus annuels 
de Tabbave étaient de trois mUle livres, dont les moines jouissaient en commun. 



- HENRY DE LA MARTONIE 63 

d'une obligation pécuniaire à l'égard de sa cathédrale, le syndic de 
cette église l'appela en reddition de comptes devant le Parlement 
de Bordeaux. Le 24 janvier 1604, deux chanoines recurent du cha- 
pitre le mandat de se rendre dans cette ville, pour poursuivre ce 
procès contre M. de Limoges, en même temps que plusieurs autres 
causes pendantes. Le 18 août suivant, la cour rendit un arrêt, en 
vertu duquel le prélat fut condamné à payer à l'avenir, chaque 
année, la moitié de la dépense du luminaire de la cathédrale. Ce 
débat n'altéra guère la cordialité des rapports qui existaient entre 
les parties plaidantes. D'autres dissentiments les mirent de nouveau 
aux prises, sans les froisser beaucoup. Le 22 octobre 1604, deux 
chanoines furent députés, pour adresser à M. de Limoges de res- 
pectueuses remontrances au sujet des empiétements de ses vicaires 
généraux et autres ecclésiastiques, qui avaient fait en son nom la 
visite de trois paroisses relevant immédiatement de la juridiction 
du chapitre. Une nouvelle députation du même corps fut décidée 
le 3 juin 1605. Le doyen, Mathieu de Verthamont, et trois autres 
chanoines furent chargés d'exposer à M. de Limoges des plaintes 
sur la violation de prétendus privilèges. Ils devaient l'informer 
(horresco referens) que plusieurs églises de son diocèse « tenaient 
l'office du concile de Trente sans le consentement et le dessein du 
chapitre », et le prier en conséquence de maintenir intactes les 
prérogatives de ce corps, sans quoi celui-ci se pourvoirait devant 
les tribunaux compétents ^ 

Le 16 octobre 1606 le chapitre cathédral de Limoges prit des 
décisions plus importantes. Il réglementa pour l'avenir les droits 
du chanoine aquilaire 2, et il établit une permanence de rapports 
officiels. Il arrêta en séance ce jour-là que le chapitre aurait désor- 
mais trois députés de ce corps pour le représenter et défendre ses 
droits et privilèges auprès de Tévêque, dans les synodes, au bureau 
diocésain et autres assemblées ecclésiastiques. Il procéda à la no- 
mination de ces délégués au nombre desquels se trouvèrent le doyen 
et le sous-chantre. Il statua qu'il ferait dorénavant ces élections 
dans les réunions générales des chanoines, qu'il choisirait toujours 
au moins deux prébendes, que cette charge expirerait au bout de 
trois ans, que chaque député ne pourrait être réélu qu'après un 
intervalle de six ans depuis la fin de son dernier mandat, qu'à 
chaque assemblée générale les noms de ces délégués seraient rap- 
pelés, qu'un membre suppléant serait désigné, que la prochaine 

1. Le 14 septembre 1606, le chapitre cathédral faisait écrire à l'évêque de Li*- 
moges, qui se ti'ouvait à Paris, et le priait de solliciter de l'assemblée générale 
du clergé le vote d'un règlement sur les droits et les devoirs des chanoines do 
Saint-Martial dans les processions générales. Archives histor., p. 51-56 et Mss. 
33, p. 578. 

2. Le chanoine aquilaire nommait aux canon icats semi-prébendés ou cures à 
la collation du chapitre qui venaient à vaquer pendant sa semaine ou rang 
d'aigle. Il différait de l'hebdomadier, qui était chargé seulement de faire l'office 
pendant une semaine. Pour exercer son droit de nomination, il devait être 
présent et être censé avoir touché l'aigle, qui, au milieu du chuîur, y servait 
de lutrin. Note de BuUat, Archives^ t. II, p. 348. 



64 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSUSTIQUE EN PROVINCE 

élection aurait lieu en 1609 au chapitre général qui précéderait le 
synode du jeudi après la Saint-Luc, que le présent règlement serait 
enregistré dans le livre des statuts de Téglise Saint-Etienne, qu'il 
serait intimé à l'évêque et aux députés qu'on venait de nommer. 
Le 46 mai suivant (1607), le chapitre envoyait à Rome une procu- 
ration pour obtenir de la curie l'homologation des statuts du 16 oc- 
tobre précédent ^. 

Le maintien des bonnes relations de l'évêque avec ses chanoines 
de la cathédrale fut dû en partie à une condescendance du débon- 
naire prélat vis-à-vis d'eux dans les questions litigieuses. Nous en 
avons pour preuve un exemple significatif de provision de bénéfi- 
ces. Barthélémy Guibert, prêtre de Limoges, ancien ligueur des 
plus zélés, avait obtenu en cour de Rome la cure de Meillac (près 
Nexon) et s'était présenté à l'évêque pour avoir le visa ou l'acte 
confirmatif de cette collation bénéflciale. Henry de la Martonie le 
lui refusa nettement le 1«' mai 1612, et allégua dans son refus le 
motif d'incompatibilité des bénéfices. Guibert était chanoine de 
Saint-Étienne, et ne pouvait à ce titre, sans donner sa démission, 
desservir une paroisse. « Cette raison, dit l'abbé Legros, était 
honnête. Mais alors les abus étaient trop communs, pour qu'il 
put les retrancher d'une manière si décisive et si prompte. L'évêque 
de Limoges comprit cette dure nécessité. Après avoir nommé, le 
4 mai 1612, un autre titulaire à la cure de Meillac, il se vit obligé, 
pro bono pacis, de revenir sur cette décision et de remettre ce béné- 
fice au mois de décembre suivant au chanoine Guibert, sans lui 
enjoindre dans le visa de résigner sa prébende 2. » 

Dès le mois d'août 16H , Henry de la Martonie, alors âgé de quatre- 
vingt-trois ans, se sentit gravement atteint des infirmités delà vieil- 
lesse. « Il ne pouvait plus, dit le P. Bonaventure, s'acquitter à son 
contentement des fonctions pastorales », c'est-à-dire vaquer comme 
auparavant à ses pénibles tournées dans son vaste diocèse. H songea 
alors à se faire donner un coadjuteur. Le pouvoir royal réalisa ses 
vœux avant la fin de la tenue des Etats Généraux, en février 1615 3. 
De retour à Limoges, le vénérable prélat vit ses dernières années 
attristées par les désordres qui régnaient dans l'abbaye de la Règle, 
à côté de l'évêché. Il eut par contre la consolation de bénir les pre- 
miers efforts de l'association des prêtres de Sainl-Martial, premier 
essai sérieux de la réforme du clergé paroissial, dont le vénérable 
Bardon de Brun prit en 1616 l'initiative. 

Il eut encore l'honneur de favoriser de tout son pouvoir l'intro- 
duction de la réforme religieuse dans les abbayes de Saint-Augus- 
tin et de Saint-Martin, à Limoges, et d'assister à la fondation du 
Carmel,vers la fin de 1617. 

Après s'être préparé par de longues souffrances à une pieuse mort, 
le vénérable évêque octogénaire rendit son âme à Dieu, le 7 ou le 10 
octobre 1618. Le corps du prélat défunt, après avoir passé par les 

1. Archives histor., t. lU, p. 61, 63. 

2. Mss. n. 33, p. 581. 

3. Nobiliaire de la généralité de Limoges^ t. IV, p. 343, 



HENRY DE LA MARTONlE 65 

faubourgs Manigne et Boucherie, fut inhumé dans un tombeau de 
Téglise cathédrale, situé devant le grand autel. Selon l'usage, le 
clergé des paroisses et les religieux mendiants de Limoges assis- 
tèrent au convoi de lévêque. Son neveu et coadjuteur, Raymond de 
la Martonie, évêque de Chalcédoine, présida la cérémonie des funé- 
railles^. 

A défaut de tout extrait d'oraison funèbre, nous pouvons du 
moins rapporter ici l'hommage sincère, bien que pompeux par 
l'emphase du style, qu'un célèbre prédicateur du roi, Pierre de 
Besse 2, adressait en 4641 dans une lettre à l'évêque de Limoges. 
Nous trouvons inséré sous cette forme l'éloge de notre prélat, son 
ami et bienfaiteur, dans la préface ou épître dédicatoire d'un des 
ouvrages de l'auteur, intitulé : « l'Heraclite chrétien ». a J'ai repré- 
senté d'abord à ce philosophe. Monseigneur, le lieu de vostre 
extraction, cette noble et ancienne maison de la Martonie, des pre- 
mières du Périgord, des plus nobles de la Guienne et des plus 
anciennes de nostre France : maison aussi honorée pour la vertu, 
que redoutée pour la valeur des armes : l'une, qui a paru par tant 
de braves cavaliers qui en sont sortis, à la file de tant d'années, et 
l'autre, par deux grands prélats, eslevés à mesme temps, Monsei- 
gneur l'évesque d'Amyens et vous de nostre ville de Limoges, deux 
frères admirables..., deux prélats des plus vénérables, et des plus 
anciens de tous les prélats de France... Mais il suffit d'exposer le 
noble nom de Monseigneur d'Amyens, pour faire vénérer son mé- 
rite... Je m'estendray seulement sur vos louanges... Je veux que 
mon Heraclite sache, ce que sçait tout le monde, que les belles 
vertus... en vous se rencontrent toutes... La prudence première- 
ment préside en vostre âme, ne vous portant qu'aux choses hautes 
et honorables. Le respect est toujours escrit en vos paroles et la 
sagesse en vos actions. La piété vous fait louer, la capacité obéir, 
la gravité respecter, la douceur aymer, et l'éloquence admirer : 
éloquence qui vous est si cbmmune et si rare aux autres que les 
plus versés au bien dire, après vous avoir preste l'oreille pour 
vous entendre, sont contrains de vous donner la voix, pour prescher 
vos louanges... Dès vos jeunes ans, le Ciel vous rendit si admira- 
ble, qu'à l'avril (sic !) de vostre vie, on eust jugé à votre humeur, 
et à voir la gentillesse de vostre esprit, que vous couvriez une 
cinquantaine de printemps, sous le voile de vostre enfance. Et 
depuis, surpassant l'espérance qu'on avait de vous,... vous avez 
acquis tant de louables vertus, que vous avez servi de phare (sic !) 

i. P. Bonavenlure Saint-Amable, Histoire de Saint-Martial^ t. III, p. 8â7. 

2. Henri IV l'avait choisi comme prédicateur de la cour. Pierre de lîesse était 
originaire du Limousin, docteur de Sorbonne, principal du collège de Pompa- 
dour ou de Saint-Michel à Paris, chanoine-chantre de Saint-Eustache, et cha- 
noine d'Amiens (B. N. Dossiers bleus, 432). Il mourut à Paris en 4639. Ses ser- 
mons, en 6 vol. in-8, estimés de son temps et traduits en plusieurs langues, ne 
sont plus guère lus aujourd'hui. C'était d'ailleurs un homme de plus de mérite, 
de savoir et d'esprit qu'on ne le pourrait croire à lire ses ouvrages où il sacri- 
fiait au mauvais goût du jour. Voir Michaud, Biographie. Collin, Lemovici^ 
illustres. 



Wi TN SII^XILK Ï>E VIE ECCLKSIASTÏQUE EN PROVINCE 

à cM?ux qui ont vécu près et loing de vous, durantia course de vostre 
vie, et mêrilé enfin destre un des plus grands prélats du royaume... 
Je dis tout cela f<*rcé de la vérité, et non i>as emporté au vent de 
quelque flatterie... Le soing que vous avez du bien du troupeau 
de Jésus-Christ, et la résidence que vous faites, il y a tant d'années, 
au milieu de vostre diocèse, marque assez la vigilance que vous 
aveE au faict de vostre charge, et le zèle qui vous pousse à la con- 
servation des âmes... Vous estes un des plus beaux esprits et plus 
dignes prélats qu'on ave jamais veu au monde... Recevez donc, 
prélat très révérend, ce mien |>etil lal>eur, comme témoignage des 
fidélités que je vous ay toujours jurées... Pierre de Besse. de Paris, 
ce vingt-cinquième jour de juillet itiil *. » En télé de Tou^Tage de 
cet auteur, on trouve les armes et le portrait de Henry de la Mar- 
tonie, cl au l^as de celui-ci on lit les vers suivants : 

l>« peiïpl<* limousin . du gruid Prélat i»*y 

K'aiil TV'|>rf5^nlo au vnjiy les Iraits t»t le visjûpe. 

Si Sij'S |»«-r(e(-lîonji se |>i>uvait»nt i^eimirv sunsy. 
11 VU' se vit ^m^is u« phis divin vMJTrajpf t , 

Toml en faisant xme ix)nne part aux exagt rations des dédicaces, 

il r^nlte néairinoins des dêt-ïïîs de ce témoignage cc»ntemporain, 
^•iî"Hf-*'nrx' de la Martonie fut* au dél>ul du dix-s<=^plième siècle, le 

preiviier èvèqne de LiriiCi^x^s qwi inèrita vrainirnî le Mire de prélat 
Tvrbrm?ileiir. Ce rnc^rite seul suflisai! à sa gloire et à la recc»nnais- 

siLfjf^e àe la Y>f)Stérité lirnonsino, 

É. S'of'fiiacrf /féi Lotoffos. t. IV, p. ^^k^^. Vlt-ntioripons en i»nl7^ )tr>i^eTix dédica- 
ces sfjjvkif»f*s nu wf'tne prc'at : 1 une âv 'Ifill tie r«»u\Tairt- d'un enrule de Liroo- 
p/^s, fKPffifnf- fpfrf Ansplrne r>ienl. intituic : if> ttmfrhfip /v«,t g m drRrr^tml ri*»- 
//'/ in Tt'rrf Sainte L'autre, de IHIf», du P. Marci-llin Wcmtauzon. recollet, qui 
hii fit hoififfiHife de ia Vfrttr trirmiphantr, imprimt- a Ijin^i^es |iar Baii^ou. 
a*iivp^ df- c/tn!r"verse^ dôDl n«'»us aurons à parler pJiiï^ loin. Sohtitairp. i7»<rf. 



RAYMOND DE LÀ MARTONIE 

(1577-1627) 



CHAPITRE I«r 

AVANT L'ÉPISCOPAT 

I. La famille de Rajrmond de la Martonie. 

Henry et Geoffroy de la Martonie, évêques de Limoges et d'Amiens, 
avaient deux frères aînés, Gaston, seigneur de Saint- Jean- de-Côle 
et Jacques, seigneur de Puyguilhem,qui se distinguèrent, à l'exem- 
ple de leur grand-oncle Robert, dans la carrière diplomatique. Ils 
furent tous deux ambassadeurs du roi, le premier à Rome, le 
second à Venise et en Espagne ^ Henri III nomma Taîné de ces 
diplomates, Gaston de la Martonie, en récompense de ses services 
auprès du pape, chevalier de l'Ordre du Roi et gentilhomme ordi- 
naire de sa chambre. Les deux frères eurent une postérité assez 
nombreuse. 

Gaston se maria en Limousin : il épousa, le 17 mai 1573, 
Françoise de la Bastide, veuve de François de Carbonières, mar- 
quis de Sâint-Brice ^, et fille d'Annet de la Bastide, seigneur de 
Coignac 3, baron de Chàteaumorand *. Il vivait encore en 1616 à 
Saint-Jean-de-Côle et portait alors le titre de baron de Bruzat ^. 
Gaston de la Martonie eut trois fils et deux filles. Raymond Mon- 
dot, le plus jeune des garçons, naquit vers 1577 ou 1578; c'est le 
futur évêquede Limoges. Sa sœur aînée, Claudine, fut la première 
femme de Jean-Louis de Gain, baron de Linards, colonel de cava- 
lerie, tué en 1641 à la bataille de Sedan 6. Françoise, la cadette 

1. Bibl. Aa^, cabinet des titres. Mss. Dossiers bleus, n. 432, p. 98. 

2. Mss. Collection Périgord. Dossier Lespine, t. CLI. François de Carbon niè- 
res, seigneur de plusieurs terres en Limousin (dont le fief de Saint-Brice, près 
Saint-Junien) et gouverneur de la citadelle de Lyon, avait épousé en août 1Kî9 
François de la Bastide. Il était mort en 1570. Nobiliaire de Limoges, t. IV, 
p. 532, 302. 

3. Commune aujourd'hui du canton de Saint- Laurent-sur-Gorre (Haute- 
Vienne). Potiillê deNadaudj 198. 

4. Le château de ce nom, dont on trouve encore des vestiges sur un monti- 
cule escarpé, qui s'élève près Saint-Junien, sur les bords de la Glane, fut démoli 
en 1543 par suite d'une assignation lancée contre le seigneur du lieu par le vi- 
comte deRochechouart. Plus de soixante ans après, le 8 juillet lfi07, le parlement 
de Bordeaux rendit un arrêt en faveur d'Annet de la Bastide, seigneur de Coi- 
gnac et baron de Chàteaumorand, qui lui permettait de rétablir son château. II 
n'en fit rien. Abbé Arbellot, Chi^nique de Maleu. Paris, 1847, p. 203. 

5. Le P. Paulin, Histoire de Saint-Jean-de-Côle, p. 72. 

6. Son fils, Charles de Gain, marquis de Linards, commanda en 1Gi4 le ban de 



OK rx sifciXrE r»E vie egclésiastivI-'e ex PRM^^^-<:E 

êptiusa un autre gentilhomme du diocèse de Limoges, de la Ro- 
che-Aymon ^, dont ]e couf^in germain, Antoine de la Ïtorlie-Ayraon, 
était en itK»2,archiprêtre d'Aubusi^on -. Le frère cadel de notre pré- 
Jat, le sieur de Franchelion, s'établit encore en Limousin, quand il 
fut légataire, en lti(i3, de la terre et de la seigneurie de Farges ^. 

Jacques, l'aîné de la famille, seigneur de la Mart(»nie. de Saint- 
Jean-de-jCûle et de Bruzat, épousa en ilic*7 Isabeaii de M<intajjrier, 
fjlled'Antoine, d'une des pi us anciennes eî des plus illustres maisons 
da Périgord. Le mariage fut célébré, le :^ janvier de celte même 
année, au château de Maroite^ en présence des évéques de Limoges 
et d'Amiens, et d'André de Bourdt-illes, sénéchal de la province, 
ami et parent des deux familles. Jacques de la M«rlonie, brillant 
(►fîjcier de l'armée du roi, commanda le régiment du Maine au siège 
de Montauban (16^1 1. Il y fut grièvement blessé de plusieurs coups 
de feu et porté en son château de Sainl-Jean-de-O'le où il mourut. 

Jacques fut le seul de la branche aînée des 4^ Martitnie à laisser 
de la pc»stérité- L'un de se^ tils cadets, Jean,succé«la à si»n oncle Té- 
Téque liaymoml en iti27,au prieuré commende de Saint-Jean *,Ses 
frères aînés, Gaston îll et Raymond IL furent comme leur père, de 
Taillants ofticiers de Tarmée royale- Jean-<ias1on, lils unique du 
jiremier, était qualitié marquis de Hruzat •'. Ce seiizneur n'eut de sa 
femme Marle-<-haj:>elle de Jumilhac, qu'une fille, Marie de la Mar- 
tonie, dernier représentant direct de ce nom, qui épousa en 
décemi»re 1691, driiis l'église du prieuré de Saint-Jean de-OMe, Guy 
de Beynac, }>remier baron de FVrigord, C'est de sctn héritage que 
le château de laMartonie passa successivement, dajis le sit^cle sui- 
vait, à ses lilles, la conjtesse de Konneval et la njarquise de Beau- 
n*ont du Rejiaire ^^ 

la lîCtliless*' du LiiDousin. La Cbesnave-I^esboi?^ It.ft'n'HH^ de la rtr>hlrp%r^ 
t. TIll. p 78 «. 

1 Fiel DLililf e1 aT>?ifn situt- siir la jiaroisse d"E\Tiu\ Cjeuse . 

1. Lt'P La K'»cije-ATi-iD.«D ont dc^nDr' trcus al»l«t^ t-oninieudatAires à rH-nlù-u 
-firdr»- de Cii«aux. prt**. ObriifraïUes. Creuset t-l dtux illiisires prt-lats, Clau«ie 
îii'»rt tnV.qut' du l'uv eu 17i(».t»1 Charles Auto j ne, njc-rt en 1774, prainî aumCTiier 
de FraDCfc, cai-aiDaJ-ai'cbt-Têque dt- Reim>, S,**-i(taii^ «> L.r'iopcti, t iV, p. :î2 

y» C était Gasl-.'ù 1] dt^ la Marlorjie î."éTr.^i)e RaMuco^d s^n frère l'iiistiti» 
Boij litTiti^T uiii^erst'l, r«Ar testament f&jt a LiTni;»f^'i% le ^ janMt-r U>21 Ga»- 
V.»u 11 lui tue eu duel, q'ielq'j^-s aiiot-es plu* tard, par un s-ieiir dr Samt-Meâsan. 
li Ut lèLH^sB qu uiit lilie reà^jrusf Mssi, d^^îrci f>' p'"'i'l,\ CLÎ. 

4. Il vivait eiic-.»!^ eu Itr/ti. p. liiuliD, Hisi-^iy-e rf^ .Srt.ri7-Jr<7«»-rff«C.".rV. p. 7k 

îi La terre de hrur-ai iut eri;rr^ rn niArquisAî t n fa\enr de Jean de la MaiIo- 
Tiie. ^ert î*¥rl \\*it P l'au.iD. B.h(.>ir^- o-c Sami-Jrart-^f-^iy .r.-p. 7X htsâyM^^ers 
J;«■MlrîaK^^•|.^u«^ de Chenu ik'»u> appr^iT.* nt que le r^i a..-«Tor'la le îître de mar- 
q'iv .jf la Viitrîv»! i^ a ••l ^ei^-^-eur oe ce r>-ni, de la 1 v:i\ la dt iTa-jîssadt*. oftt- 
vi^'T cie ] a»*ni»'e r'.-\aie. ^-u 17S;î. « ''. /<"<•/<,.« fvr,.>-. -.y, \ i\A. 

i\ C'ul t'f '- i.irrt t. C.Ll et t LX Noloiis vi que la Ti-jA''y;:5e de I^*aun>^-»rit, 
iir-e de LeMiat. «-'tait ih ;»!\«prt* ii'f\'tr du et-tl-rear- îïe^•''qîîe -.le Tansi, adversaire 
Û--5» jaii»-ei:i<t'*tv. Uî:»'i*sT»pt»*' o*^ i.ea'in>oM. t>e an . ♦. .î---^iî .it la R »q'jf -r-n Péri- 
^»'j'-a tu 17«K'.. ni «ri et. 1"^. >..:■ h^i*-rt''\*i^A-fK< p.ir s>a nr- :-t\ m-e M.ïrie de 
U-aiiiuvui. le C'.iLir de } ^:ve..y. p'>-.t'j- ai cî .".îrau de 1?ï >Â5.!i nie une ^.eiie 
pe»i:*ure Q*- la marquise «iût dt- fM-sr,'»»,- et un p^aji .!.'^r«- î<u>le eu brv-nre de 
J aj-cîK^equ*: 6e I*a^^. 



RAYMOND DE LA MARTONIE O» 

Jacques de la Martonie, ambassadeur du roi Henri III, fut chef de 
la branche des seigneurs de Puyguilhem. Il passa les dernières 
années de sa vie à Amiens, auprès de son frère Tévèque Geoffroy, 
qui lassista à sa mort, en 1596, et l'inhuma selon ses désirs dans le 
tombeau qui lui était réservé dans la chapelle Saint-Pierre de la 
cathédrale Notre-Dame. Il s'était marié, le 12 août 1558 \ avec Fran- 
çoise de Hauteclaire, dame d'honneur de la reine de Navarre. Il 
laissa à sa mort deux fils : Taîné, Geoffroy, seigneur de Roncenat, 
ecclésiastique qui portait le titre de chanoine d'Amiens et vivait 
encore septuagénaire en 1650 ; Charles, le cadet, seigneur de Puy- 
guilhem, qui était mineur en 1601 et placé sous la tutelle de sa 
mère et de Henry de la Martonie, son oncle, évêque de Limoges. 
Ce prélat, d'accord avec son frère, l'évêque d'Amiens, fit donation 
à son neveu Charles de tous ses biens patrimoniaux, notamment 
de la baronnie de Montmoreau, à l'occasion du mariage de ce der- 
nier, avec Claudine de Beaupoil de Saint-Aulaire, qui eut lieu le 

10 juin 1601, dans le château des Combes en Périgord *. Charles de 
la Martonie assista, le 4 mars 1643, au contrat de mariage d'Armand 
son fils, avec l'héritière de la seigneurie de Caussade ^. Ils furent 
tous deux successivement abbés commendataires de Boschaud, 
monastère de l'ordre des Cisterciens de Clairvaux, fondé en 1154 
dans une vallée boisée, non loin de la Drogne, à une lieue de Bran- 
tôme, sur la paroisse de Villars et près du château de Puyguilhem. 
Cette abbaye sortit entièrement ruinée de leur administration *. 

Un fait plus honorable pour les seigneurs de Caussade, neveux 
des évêques de Limoges, c'est d'avoir donné, au milieu du siècle 
suivant, un dernier prélat de leur famille à l'Eglise de France. 
Nous voulons parler de Jean Louis de La Martonie, vicaire géné- 
ral de Tarbes, nommé évêque de Poitiers, le 20 octobre 1748, trans- 
féré au siège de Meaux, le 11 février 1759, premier aumi'inier 
de la princesse Adélaïde de France et mort le 16 février 1779, à 
Vkge de soixante-sept ans ^, 

1. Peut-être faudrait-il lire ici, comme date, 1578? 

2. La cession des biens fut ratifiée, le 26 juin suivant, à révéché de Limoges, 
en présence de vénérable Martial, chanoine de Saint-Etienne, et de Drillet, curé 
de la cité. B. N. Mss. Carrés d'Hoziers, n. 418, p. i2ô. Claudine était fîUe d'An- 
toine de Beaupoil, sénéchal du Périjrord, et de Jeanne de Bourdeilles. La famille 
de lieaupoil, ori;iinaire de Bretagne, s'était établie au quinzième siècle en Li- 
mousin. Elle avait acheté vers 14()r5 de la maison de Lignerac la terre et sei- 
gneurie de Saint-.Aulaire, près Uzerche. Nnbiliaire de Limoges. 

3. ÎA' château de Caussade, qui subsiste encore intégralement, est situé à 
une lieue et demie nord de Périgueux. Notons que tous les détails généalogi- 
ques donnés ici sont tirés de la Collection de Périgord. Dossier, Lespine. 
Mss. de la Bibl. Nat., t. LX et t. CLl. 

4. Ce furent surtout les protestants qui ruinèrent Boschaud au seizième siècle. 

11 ne resta plus, après leur passage, que le chceur et l'abside de l'égli.se ab- 
batiale, ouvrage admirable qui fait regretter la partie détruite de l'édifice. 
G allia christ., t. II, p. \:m. 

h. Gallia rlirirJ. I-a branche des seigneurs de Caussade, qui ont été les der- 
niers à porter le nom de la Martonie s'est éteinte à Périgueux vers le milieu 
du dix-neuvième siècle. Le comle de Galard a rapporté à M. de Falvelly qu'il 
avait connu, vers 184,^», le dernier de cette race, qui était un officier en re- 
traite. P. Paulin, Histoire de Saini-Jean-de-COle^ p. 81. 



10 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

II. Raymond *de la Hartonie, chanoine et prévôt de Notre-Dame 

d'Amiens. 

Tout nous permet de croire que le troisième fils de Gaston de la 
Martonie, Raymond, no peut-être à Rome vers 1577, durant l'am- 
bassade de son père, reçut avec ses frères, en partie dans sa famille, 
une éducation des plus soignées. Ses parents ayant décidé, selon 
l'usage des familles nobles de ce temps, de vouer à TÉglise un de 
leurs enfants puînés, firent donner au jeune Raymond (il avait dix 
à onze ans en 1587), la tonsure par le saint évêque de Périgueux, 
François de Bourdeilles i. Le nouveau clerc obtint alors, par la 
résignation que lui en fit son oncle Henry, nommé évêque de 
Limoges, et grâce au consentement du roi, le bénéfice du prieuré- 
commende de Saint-Jean- de-Côle 2. Il devait sa vie durant conserver 
ce titre, en vertu d'une faveur apostolique, contenue dans un acte 
consistorialdu3aoûtl6i5 ^.ATâgede quinzeansenviron (vers 1592), 
quand il eut achevé ses humanités, Raymond fut attaché à la 
maison de son oncle Geoffroy de la Martonie, évêque d'Amiens. 
C'était pour le jeune clerc, à cette époque où Ton manquait de 
séminaires en France, la meilleure école de préparation aux ordres. 
Cette voie parut en même temps aux parents de Raymond la plus 
sûre pour le faire parvenir aux honneurs ecclésiastiques. Jacques 
de la Martonie, premier seigneur de Puyguilhem, ayant alors rai- 
sonné de même à l'égard de son fils aîné Geoffroy, qui se destinait 
aussi à une carrière d'église et était à peu près du même âge que 
Raymond, les deux jeunes cousins tonsurés se trouvèrent donc 
réunis au palais épiscopal d'Amiens, pour y recevoir leur éduca- 
tion cléricale sous la direction ou du moins la haute surveillance 
d'un des plus saints prélats du royaume. Ils répondirent tous deux 
aux vœux de leur famille, comme nous le prouvent les distinctions 
dont ils furent honorés. Leurs études théologiques étant termi- 
niinées vers la fin du seizième siècle, Tévêque d'Amiens conféra à 
chacun de ses neveux, une prébende canoniale, parmi les quarante- 
trois de son Chapitre qui étaient toutes à sa collation *. Par suite, 
les deux nouveaux chanoines durent être promus dans l'année à l'or- 
dre du sous-diaconat ^ Mais, entraînés par le courant général de 
la mode des clercs nobles de cette époque, qui retardaient jusqu'à 
la veille d'une promotion à une dignité quelconque, l'avancement 

1. Ce prélat, qui siéj^ea de 1575 à 1600, était l'oncle du sénéchal André de 
Bourdeilles et l'ami intime d'Antoine de Montagrier. Note extraite des Mss. 
Coll. Pêvigord, 

2. Ce qui nous permet de fixer la date de 1587 pour la tonsure de Raymond 
et la collation du prieuré, c'est le fait certain que son oncle Henry, une fois 
promu à Tépiscopat, ne pouvait, en vertu dos règles en vigueur, garder ce béné- 
fice. Le document suivant confirme d'ailleurs ces hypothèses. 

3. Biblioth. Nat. Fonds latin. Actes consistoriaux, n. 12, p. 5(57. Mss. p. 417. 

4. P. Daire, Histoire d Amiens, t. Il, 68. 

5. Nobiliaire de Limoges et coll. Pcrig. Raymond fut ordonné sous-diacre de 
Périgueux, ratione originis et bene/icii. Geoffroy s'engagea comme sous-diacre 
d'Am iens. Voirie texte de l'acte consistorial du 3 août 1615. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 71 

dans les ordres majeurs, Raymond et Geoffroy demeurèrent long- 
temps simples sous-diacres. Ce fut en 1610 seulement, que nous 
voyons Raymond recevoir le premier le diaconat ^, parce que, 
quelques mois avant, Tévêque Geoffroy qui avait fondé sur lui 
de pins hautes espérances, Tavait d?jà promu à la seconde dignité 
du chapitre de Notre-Dame, qui était encore à sa pleine.disposition. 

Pour Tordre de préséance, le prévôt d'Amiens venait après le 
doyen et avant les archidiacres 2. Les prévôts de plusie^irs cathé- 
drales, notamment en Allemagne, jouissaient en 1610, comme chefs 
de chapitres, des mêmes droits honorifiques que les abbés crosses 
et mitres. Mais, dans la plupart des chapitres du royaume, les pré- 
vôts de ce genre étaient alors abolis, parce qu'ayant eu l'adminis- 
tration du temporel, ils s'étaient montrés trop puissants et souvent 
avaient fait souffrir les chanoines. On s'était donc mieux accommo- 
dé du doyen, qui ne se mêlait que du spirituel, et on lui avait 
donné presque partout le premier rang au chapitre et le second 
seulement au prévôt 3. 

Quoi qu'il en soit des droits et des fonctions du prévôt d'Amiens, 
sur lesquels l'historien de ce diocèse se tait complètement, l'évê- 
que Geoffroy de la Martonie sembla juger Raymortd son neveu, 
digne par sa science et ses qualités de lui succéder sur le siège de 
saint Firmin. Lesévêquesde Limoges et d'Amiens songèrent en ef- 
fet, tous deux à la même époque, à se faire donner un coadjuteur. 
« Le 28 août 1611, Henry de la Martonie étant âgé de soixante-douze 
ans et d'ailleurs malade, ne pouvant dignement et à son contente- 
ment s'acquitter des fonctions de sa charge, donna (à Limoges) 
procuration à Charles de la Martonie, seigneur de Puyguilhem, 
pour, sous le bon plaisir du roi et de la reine sa mère, régente, 
résigner son évêché en coadjutorerie en faveur de Geoffroy de la 
Martonie, son neveu, d'âge compétent et de doctrine suffisante *. » 

Cette demande du vénérable prélat ne fut pas agréée du gouver- 
nement, ou peut-être ne lui fut pas même présentée, parce que le 
projet corrélatif de l'évêque d'Amiens en faveur de Raymond vint 
sur ces entrefaites se buter à une compétition plus forte du gardé 
des sceaux Le Fèvre de Caumartin, qui obtint de la reine régente 
la coadjutorerie d'Amiens pour François son fils, abbé de Saint- 
Quentin de Lille. Geoffroy de la Martonie mit pour condition à 
l'agrément de ce candidat, qui d'ailleurs n'exerça pas de son 
vivant les fonctions de coadjuteur, la réserve d'une pension de 
1800 livres pour le prévôt de son chapitre ^. 

Si le prélat ambitionnait, dès 1611» pour son neveu Raymond, la 
dignité épiscopale qui devait lui échoir un peu plus tard, c'estqu'il 

i. Notnliaire de Limoges et Daire. 

2 Jbid.j t. II, p. 149-162. D'après Daire, la prévôté il'ATniei>s valait 710 livres 
de revenu ; et une prébende canoniale 500 livres. 

3. Durand de Maillane, Dictionnaire^ vo prévôt. 

4. iMss. du séminaire, n. 33, p 579. 

5. Nommé seulement par le roi en 1612, François Le Fèvre ne fut pourvu 
qu'en 1617 à Rome du titre d'évêque d'Hiérapolis m partibus inftdelium. Gallia 
cht'iist.y t. X, p. 1210 et Daire, Histoire d Amiens^ t II, p. 68. 



72 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

s'était complu sans doute, depuis longtemps, à le préparer aux res- 
ponsabilités de cette charge. Le saint évèque lui avait d'abord donné 
des preuves d'une activité incomparable pour la défense de la foi 
religieuse, qui lui semblait compromise par Tavènement au trône 
d'un prince protestant. Après la mort de Henri IH, Tévêque Geof- 
froy avait pris dans la ville d'Amiens la tête du mouvement insur- 
rectionnel, qui refusait de reconnaître les droits de Henri IV. Il 
avait promis solennellement, dans la chambre du conseil à THôtel- 
de-Ville, de vivre et de mourir avec son peuple pour le soutien de 
la religion. Il fut l'un des derniers évoques de France à accepter, 
le 9 octobre 1594, les conditions satisfaisantes d'accommodement et 
à remettre sa ville au pouvoir du roi, qui fit son entrée solennelle 
le 18 du même mois. Henri IV fut enchanté de la réception cordiale 
de l'évêque et de son peuple, qui ne s'étaient donnés librement à 
lui, qu'après lui avoir opposé une énergique résistance et qu'après 
avoir fait triompher le programme catholique de la Ligue, qui 
n'avait presque pas compté de dissidents dans cette province ^. 

Un spectacle plus instructif encore pour les neveux de l'évêque, 
devenus de bonne heure chanoines d'Amiens, fut celui des réfor- 
mes ecclésiastiques de tout genre, dont Geoffroy de la Martonie 
s'occupa avec un grand zèle après la paix de Vervins, durant les 
vingt dernières années de son épiscopat (1598-1617). Le prélat fit 
imprimer en 1599 et distribuer à son clergé, un recueil des statuts 
synodaux de son diocèse. Dans cette série d'utiles ordonnances, 
il promulguait en détails, pour en faciliter l'observation constante, 
les décrets du concile provincial de Reims (158:^). A son appel, les 
Capucins, les Jésuites et les Carmélites s'établirent bientôt dans sa 
ville épiscopale. La fondation du Carmel le mit en rapports étroits 
avec la mère Isabelle des Anges, prieure du couvent, avec Mme Aca- 
rie, qui l'avait accompagnée, ainsi qu'avec l'abbé de Bérulle et les 
docteurs André Duval et Gallemant, principaux promoteurs de 
l'œuvre. « Geoffroy de la Martonie mourut à Amiens le 17 décembre 
1617, à l'âge de soixante-quinze ans. Il fut enterré à Notre-Dame, 
dans le tombeau qu'il s'était préparé à la chapelle Saint-Pierre, 
près de son frère, seigneur de Puyguilhem. Il laissa dans son dio- 
cèse la mémoire bénie d'un évêque zélé et vertueux : la bonté et la 
douceur lui étaient naturelles ; il était charitable, jaloux du salut 
de son peuple et protecteur des gens de mérite '-. ^) Dans un milieu 
si favorable, au contact du vénéré prélat, dont il était le neveu 
de prédilection, le prévôt d'Amiens grandit vite dans l'expérience 
des affaires diocésaines et dans Tacquisition des vertus pastorales. 
Raymond de la Martonie se trouva donc prêt, à trente-huit ans, à 
s'acquitter dignement de la charge épiscopale. 

t. Voir Jes détails intéressants sur la Ligue à Amiens el dans la Picardie, dans 
le P. Daire, Histoire d'Amiens, t. I, p. 3i)7 et suiv. 
2. 76id., t. II, p. m el Gallia christ., t. X, p. 1210. 



CHAPITRE II 

EPISCOPAT DE RAYMOND DE LA MARTOME 

I. Sa promotion à la coadjutorerie de Limoges. Son sacre. 
Son intronisation. Ses relations sociales. 

Au début de Tannée 1615, Tévêque de Limoges, accablé plus que 
jamais par les infirmités de la vieillesse ^ profita de sa présence à 
Pariset de Tinfluence que lui donnait son mandat de député aux 
Etats-Généraux, pour se faire donner un coadjuteur. Le gouverne- 
ment du roi Louis XIII agréa, le i février, la demande du vénérable 
prélat, qui était d'ailleurs conforme aux traditions de la noblesse 
d'église 2. C'était de plus, pour la famille de la Martonie, une juste 
compensation du refus qu'elle avail éprouvé pour la coadjutorerie 
d'Amiens, comme nous le prouve la rédaction même de l'acte con- 
sistorial. Cette fois, en effet, le choix du candidat pour la dignité de 
coadjuteur que fit Henry de la Martonie, ne portait pas, comme en 
1611, sur son neveu Geoffroy, qui resta toute sa vie chanoine 
d'Amiens, mais sur le prévôt de la cathédrale, Raymond de la Mar- 
tonie, un peu plus âgé que son cousin. Le 12 février, l'évêque de 
Limoges donnait à Paris son consentement pour la coadjutorerie de 
son évêché, en faveur de Raymond son neveu, et celui-ci prêtait, 
quelques jours après, le serment de fidélité au roi 3. 

Le 20 juillet suivant, le pape Paul V, dans un consistoire secret 
tenu au Quirinal, approuvait, sur le rapport du cardinal protecteur 
de Vincentio, la désignation du candidat du roi très chrétien pour la 
coadjutorerie de Limoges. A cet effet, il pourvut canoniquement ce 
même jour Raymond de la Martonie, diacre du diocèse de Périgueux, 
du titre d'évêque de Chalcédoine, in partibus infidclium *, etil sta- 
tua: qu'il aurait Fadministration exclusive de l'église de Limoges, 
en qualité de coadjuteur,avec la succession de ce siège épiscopal,à la 
mort du titulaire. La suite du texte de l'institution canonique porte : 
d'une part, qu'en attendant la vacance du siège de Limoges, Ray- 
mond coadjuteur conserverait ses droits de prévôt et de chanoine 
de Notre-Dame d'Amiens, sans être tenu à la résidence personnelle: 
et d'autre part, que du jour où il entrerait en possession de l'évê- 
ché de Limoges, une pension de 4 000 livres serait mise en réserve 

1. Senio confeclus et t^aleludinanns, est-il dit de l'évêque de Limoges, dans 
racte consistorial de soti coadjuteur. 

2. C'est ainsi que le sièp^e de Vionne sembla réservé aux Villars, de 1575 à 
1692, celui de Béziers aux Honzi, à la même époque, et celui de Paris aux Gondt 
(de iri69 à im-lV Voir le Gallia christ. 

3. Mss. n. 33, p. 581. 

4. « L'évêque de Chalcédoine (ville située sur le Bosphore, vis-à-vis Coiis- 
tantinople) ne sera aucunement tenu, est-il dit dans le texte, à l'égard de cette 
église, tant qu'elle sera occupée par les Turcs. » 



i* rX >IK'.Lf: f»E VIK i:« •.LKMA>TlMrE KN PHOVrS«.E 

s«3r «^-> fruîî5. âtmi rUimi j»«>iir lie-^ïTrovd»* la Marlonie, >*ju>-dîacre 
d'Amiens, cl H««) jM^ur Jean Barl»é. clerc «lu ilitiCt-?^ dAiirh *. Il 
esl à prê<iiiiit-r que lecoadjuleur R**mnié «le Liiii-»;:»^ f»i! onlonné 
|»ivlre à Aiuiens. |»eii de le!ij|»> ajir*^sad»*'>i;:natîon oflirielle. Nous 
?.'ivoi;> q l'en altei^daiit rarrivée de >e5 Imli»-?, îlix moud de la Mar- 
lonie >^ trouva à Paris ♦-! assista, conjuie suf»|iléant de IVvt^iue de 
LJïjj'V*^- à l'A'^^einbitk* jîénétal*^ du clergé dn Fi-ance. qui lirit ses 
f^'ini*«es au couwnl des Graiiil>-Auj:u5lin5, du 15 luai Ittir» au 
I4a*.ût >'jiva;jt -. 

In iî;oi>apr^. le :*i> <epl»^uibre l«>I.\ le c-jad;»ileur de Lhiiojîes 
fui -sa-r^ ^v-^.ri«- de Chalo^d«'iiie dtins IV;:ii>e des Cx^rdeSier? -\ Le 
chvix de ce ^an«:îi:«ire, l'un »iès f•lMsva^le^de rau«"it.n P.ir.s *. nous 
j.^erii.-rt dr >'.;:' jO:^--r <|u'un noit!λr»*ux [r.iMic assi-la à celteo«*-ivm«>- 
Dje. iN'i! Hjr.iulî dtf rH«»i»!liL arolievêque d'Aix ^. îrii{»«*<a les 
i...à^:.sau C'*Tid^.ubfur de Liin«j;:»^s, *-l ver>a S'ir sa lêle l'huil»' qui 
î'ail 3'r> ï-:»ijtifes. I^e pr-n-lal consécrate-ir fui as>i>tê des êvêijues 
d'A;:"^ij •-! de Saînl-Mnio. 

I\ay:i>:.nd de la Marloiii'' pril fMTssession pers«Linneil»'men! de la 
o: « 2 ^it^-r•-he de Lîîikv'*"^ I^ '•"> «h-1 .hre IHJ-V Ce jour-là, à huil 
ife^res di cnatin. le clripilre de la calhédraîe Sainl-Elieune alla 
ec! j*r»rssr»n avec les vicaires el les riîon>tes, tous en chape de 1 

s-j.^. j«j>:j Tau dr!lOr^d-l grand |N*rtail de r-^.jlise Saint-Etienne, au 
d^vii;! du f'-fvêrend P«>re en Dieu messir-e l'aymond de ia Mario- i 

D e. c ^a.l;:jî»^ur de Lim«»jzes. Le nouveau préîat s'y troiuva, assisté de | 

y» --je^jrs notabies perse* n nazies. Au>>it«»l que l*-s ecclésiastiques i 

f.iî.i^és de ia cil^-édrale furent rentrés, on ferma la |»rte «le l'é- | 

Çil-i*^. L*év*-| ie de C»ialc«'dMiîie prêta !•* serment accMUtumé, signé 
de s.a li.ain. en présente des dijzniîaires d»i cîKiï»ître et de ileuxcha- 

1 >!!•.«. Î.-J.i> lat.îi. A'.'Ji .%,-;*j-r.-r,a:.^. n. îi'WïT. |«. 4!«i . 

i. ',-: . T *.' .*/.. t II. p. rifcl- C^IW a*>r-)!:!-s-e iIti oIrr-.v- e<î o. I-hrv» -laris îhis- 
1..'^ U: 1 L^.^^ jt ...-41-^. f.arje q'ie, s^-u-i 1 iî.'>pirï.î!.':. des ca^ iiî:ar.\ du Per- 
r.Tj -el î-r -a K- î:^r.ucA'j-i. q Ji îa p!\->i it- reni, ela i u; "..a har-.lniieRt l»*s 
•i «tr^*^ lî'j oi'j. i.- -d- Trrij «^^ q^re 1»^ iri»».iv»r':'eini"ît »1»i rt»!, sc-ul-enu par le 
-î^r— -"^'i- a** v*i rH-'--> «ie rt-^.>rv»..»r romiîie K.is de iKtnt- Cinquante évèîin.»s et 
•..-** .-^- -: ^♦r^-îi.-'!. j-ir-^ «Jvi s*^ "i!J or»ire ^pii en fa saient ivi:i.e. jurvrt^nt >4.Meii- 
j-.-rT.v'l ^ .r >£- *.i.^;!> Ev^'.^il.s. il a-^.î-i :rr U..i> !e< «i ."r>-î;> ovnoîî. aires, el 

•cta.;/!^ w î* r*i. as-iz^îa a OieîV as>e'iiî'»>* o.«'risite d-îviîê du sev^»nd ortire 
Ot iJi 4.:. xj\ *': J*- î» uv^* t-** t^cQ df Kay:ns.*iid •!•- ia X!art«':».ît» iiest pcis men- 
î. '.•:.! -e ii' » -v x-r-'-orî-^r-rtaï •!» s acirrs, r«arve qu li r.e tî-:ura à : a>seMil«k-e qu'à 
T.v* i- s--,; : -:^-t 'î- mrrv-|'àr de Li:..o.j« s. ir.fn.l-.> de dr îî. en qi:aiite de 
■ ^ : v*r a .1 l'it^ «ir'j- r^ -\ '- '. .* -v* 't'^ /.!-» • ' * tf'» .î- -r. r 11. p ivlelsuiv. 

I L --•..**€• i-'ï C.-irjr-, d ïit r« î'ij. a'^:^' m esî *<• lu^ô a*.:;- nrd'hui, en 
^-"•a.'. i-e :a.-l--. ; \j -ô. t i t; d- ; Ej"> de M- î'v\:k'. dc\a«:î ia fa a i- prnicu^le 
d^ ia îar . 'L*. a.*.' -ir t -z.;'^ i a: >a -jt L-riis, asi <i tpîe i»;:r -^rai.i ivîivent, qui 
a-j^'-ii.î «ir: -r i l-e Te .. '. f»-*jr îa i.v î .->":?. • l d.-i.t ij ri*<U o:.o»'rv î»- Pf i»N:loire 
5i^î."ïf- "J-- e^«..:' ;':•--- L"»-_- ^^^e a v. d*-n-.-.:e rer Ut\.* ia Ktxo'.i.livM: . elSe avait 
^îJv t -S 3- . j-.- .rft y» î- Jar-. :r. L':!t':r>--. // -f • t* '. ia3»-.<, lN'»i. p. liî 

5. t*w H ,::i . u •»' iMi."'»- ;> re ,■. :rs. icA f.*.: a: iwt-^j-.e d Ai\ à la de- 
3r.*T. •* r. ' •*. ♦ î: l-'c<'». ij-^r'^ :" '-tj fr .tî tr'.> 7*. i^ ■:»■ U> r.*: -rmes, Irvs èlo- 
.f| »^t.\ «r": -i ■.'.r: YA«.»e r i ^ ij I. a— .:>*a *i . ass^nii i-e dî: ci-, "-rr de Tnince en 
1»».0-Î'"#«'« I. £L"M-Jî ei: î*rp*^!' t»re 1*--% Oii j ***.•-* .imi. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 



75 



noiues. Mathieu de Verthamont, doyen de Saint-Etienne, lui mit la 
mitre en tête et la crosse en main. La porte de l'église ayant été ou- 
verte, le coadjuteur fut conduit au maître-autel, tandis qu'on chan- 
tait l'antienne : Sint lumhi... Quand, à la fin de la cérémonie, le 
prélat prit possession du canon icat, qui appartient, dans le chapitre 
de Limoges, à tout nouvel évéque, on lui protesta que, tant qu'il 
serait coadjuteur en expectative de Tévéché, il ne devait jouir d'au- 
cuns fruits, ni du privilège du rang d aigle et des autn*s droits de 
cette prébende ^ Cette obligation, dont le prélat contesta la valeur, 
donna lieu à un procès entre l'évéque et son chapitre devant le 
ParlenK'nt de 15<jrdeaux. Le !5 mai IHtit?, les parties en cause traitè- 
rent à famiable, et acceptèrent une ti-ansaclion des juges de cette 
cour, qui trancha le différend '-. 

Ce fut d'ailleurs, entre l'évéque et les chanoines d<î la cathédrale, 
le seul malentendu qui soit mentionnédans les registres capi tu lai res. 
A part la période de la guerre des princes et des ducs, qui eut un 
certain rett-ntisseinenten Limousin 3, la situation p^jjitique du dio- 
cèse fut généralement tranquille * sous répiscdfiat de I'»av mond de 
la Martonîe. Ce prélat nous semble avoir hérité de la cordialité des 
relations que son oncle et prédécesseur avait toujours eues avec 
les divers groujK^s de son clergé. Aussi devons-nous attribuer au 
caractère bizarre du per><»nnage qui le provoqua, l'incident scanda- 
leux qui eut lieu entre l'évéque de Limoge^ et l'abbé de Saint- 
Martiai, à l'occasion de la visite, dans la collé;:iale de ce nom, du 
prince de Condé. 

Henri de Bfjurbon, fK^re du duc d'Enghien. se rendait alors en 
Iièlerirja;je au tv»ml»eau de saint Léocanl, j>atron de> captifs, f>our 
acquitter le v<pu qu'il avait fait, [tendant sa dèt<-nlion au château de 
Vincennes, eu vue de recouvrer la ]il.»erté ^- L'évéque de Limoges 
ayant appris t-n î^jn clwit^^an d'Isi«\ que Je priucH était arrivé en 
[X'Sle à LiiJiO^es, Je matin du diiuauche li (M'X^A^re UV2SK >e r^^ndit 
de suite dans cettf* ville pnur lui rendre se^; devoirs. Coiijuj»" lieurî 
de iVjurJ'orj a>sirtait aux v**^î»res à SaJut-Marlial, jKiur voir ensuite 
le chef du saiul. le prélat >e rendit à la C(»lle;:ial»'. p-mr re<*evoir le 
prince et lui faire véuérer lé> reli'jues. Le fijujiejjt <ry procéder 
étant venu, l'évéque. a^-<*unj]iîigijé <lu prévûl. du ciiautreet d*-s cha- 
noines de Saint-Martial, condijl>it Je prince au grand atitel, et se 

1- Msfî. n. *<î. p .'éSS *'\ suiv. 

±. A*'ci.iveh hif'-jt'fj. fiu Lut onhtu. t. VJ. p. 2^3 

3 Voir daii> LaL'J>-M, A'»./ »//'.•■, p KK ^t «-un. )'♦ i-;l..ir'<- d*:- la ^m^vv*' que le 
mitr*-cha; df Sr-|i.,.niti*-r;: ••ui a nux^i^T ^ie J«il7 a l(*tl9 , sut J orJre Ou nu. «-outre 
Je duc d Lp'*T'rj<.nj. - )u^er•î.eur au j-ud-'Umu. L^MiIrvii^n <i.-v t!.»uj»^h î-oxa!»**- uui 
reprirf^iit le rhui»-a.u <iVz*fri:\ïr -»-jv d'Lj»'T-L'«D iil p'-^eî «i*- lourJ^s '/liHive^ »,ur 
la m)1<- de L'iU'.';:**'- ri n<-v rux ii. .11^. 

k. ^<>l..^^ K.-i [K'uria'jt. <ju«' J. 'Afj •.»'"{- «hre Î6J<.». 1. c'iiaj»itr*^ de SH'u1-Ju"jf!i d«'- 
fendajt «a t'.»u^ <*eu\ a^ «^'aj «-..^'Sfv j, iK.ritr d*K jji.iott^ a f*-*u .v- , ij«»t«t,,nu-ijl 
cle> }hk1.iU'1k. ♦'I i>fn»fifi;il' iii«:'tii lU's pit.l-»let- 0«^ f»oc^e 1. Jl -latuail. «'u i»u1»>-. 
qu*', I' ^^ ii^ v^<n.;i>t»t a-'-er a'j\ cliauiji*-. le leu'ï»»* elaul i»»-r-.'l''uv. u^ de\ai«'Ul 
aeiua-ud^r au '-hajulrv- la fKriuivKioij u* ]»'.rter de^ arin-— > >l^ï 11 iU. ]• ^rii<. 

0. Laior»-Kl. 'i'iti . y. y*!. 



76 UN SifeCLK DE VIE ECCLÉSIA-STIQUE EN PROVINCE 

mit en devoir de lui présenter la coupe, où était renfermé le chef 
précieux de l'apôtre d'Aquitaine. L'abbé Pierre du Verdier ^, en ro- 
chetet en camail, sur\'int alors en colère au milieu d'eux et dit au 
prélat, que ce droit lui appartenait comme chef delà colléj^iale.L'é- 
véque lui répliqua que ses prédécesseurs avaient joui de ce droit 
de préséance et que particulièrement, à l'entrée de Henri IV' à Li- 
mo^^es, l'abbé lui-même ayant voulu, avant la visite du roi à Saint- 
Martial, contester cette possession, avait été condamné par arrêt 
du conseil '. Le prince de Gondé, après s'être in formé, auprès du pré- 
vôt et clesch«arioines, que les évèques de Limogesétaient réellement 
en possession dd droit de procéder à l'ouverture de la relique, 
voulut, mais en vain, calmer l'abbé, en lui disant qu'il fallait se 
conformer atix usages. 

Comme le prélat allait prendre les reliques de Saint-Martial, Pierre 
du Verdier, n'y tenant plus, s'emporta, se répandit en insultes, 
déclara « que l'évêque était un querelleur et un turbulent, qu'il 
vendait à purs deniers les ordres et les chaires de son diocèse, 
où il ne montait jamais, qu'il avait voulu, par ses mauvais déporte- 
ments (sic), causer un schisme dans la ville de Saint-Léonard, en 
y défendant la prédication et les confessions, qu'il trahissait les 
catholiques, qu'il était du parti des huguenots, qu'il était indigne 
d'occuper le siège épiscopal de Limoges, que lui, abbé, exercerait 
bien mieux ces fonctions, et qu'aussi serait-il évêque dans peu 
de temps »... puis, se précipitant sur l'évoque, il le tira violemment 
par la robe, pour l'empêcher de montrer le reliquaire au prince. 
Le prévôt et les chanoines de Saint-Martial s'interposèrent, mais ne 
pouvant calmcîr l'abbé, ils durent le pousser de force vers la porte, 
et l'emmener malgré lui. Henri de Bourbon ne voulut pas, par 
respect, plutôt qu'à cause de ce singulier débat, baiser la relique ^. 

t. CôUùi le rinquant(>-sixième abbé dv Saint- Martial. Il le fut de 159S justni'à 
KkVi. Il était tils tic Jran, seijîiK'urd'Arfeuilhe, trésorier général de France, domi- 
cilié sur la paroisse de Saint-Picrre-du-Qiioyroix. Pierre du Verdier était licencié 
endroit de l'I-niversitê {le Paris. II fut tonsuré à l'âge de dix-neuf ans en 1598 et 
obtint, l(» 13 novembre de la même année, ses bulles pourl'abbayede Saint-Mar- 
tial. Il prit possession, le 12 août l.ôil9, fut minoré et ordonné sous-diacre en 1601, 
prêtre on HilO. Dés 1H07, il preiuiit le titre d'aumônier ordinaire de la reine. 
Il s'arrojïea celui d'assc^sseur né de l'évêque de Limojres, premier abbé et pré- 
lat du diocèse, C4)mme cbcf d(» la première collégiale, et il prétendait que l'évé- 
c|ue ne pouvait, .»*ans son avis, faire aucun acte important. Ces prétentions et 
autres le Hrent plaidtM- toute sa vie. Déjà, le 1" octobre 1607 et le 12 novembre 
ItKHK d«»s scènes scandaleuses de querelles s'élevèrent en pleine èsiise et à la 
sacristie entre J'abbé d«» Saint-Martial et ses cbanoines. Mss. 3,'ï, p. 70. 

± Kn date du 17 octobre HîOô. D'après ce jugement, la parob» était interdite 
dans <'t*s i»ccnsions à l'abbé de Saint-Martial, même dans son église. Il fut or- 
donné, en outre, provisicumellement que Têvêque la porterait partout au roi, 
marcherait seul le prtMnieret avant h^s ègiisi^s cathédrales et collégiales: qu'a- 
prés lui nKUvIieraiiMït, du coté droit, le doyen avec le chapitre de la cathédrale, 
et du côté gauclie. l'abbé av»u* son chapitre, et que l'abbé marcherait vis-à-vis 
du tloyen de la cathcdrah'. Mss. X>. p. 70. 

:\. Mss. ;i\ p. 71 et Ch. «le I^isteyric. L Ahi.injr (h* Sainl-Mnrtiol, Paris, 1901, 
p. 185. Ajoutons ici que, le ItMuleuiain lundi \*21 octobre), à cinq heures du 
matin, l'illustre |K'lerin parlait pnur Saint-Léonard. Après avoir fait la sainte 
inmnnunion et vénén"^ les reliques du saint, le prince fil à l'église du chapitre 



RAYMOND DE LA MARTONIE 77 

Pierre du Verdier ne tarda pas à subir les conséquences de sa 
conduite scandaleuse. Poursuivi « au criminel » par lëvêque, il 
fut blâmé sévèrement par la cour et obligé de faire des excuses, 
de le reconnaître pour très digne et très vertueux, de l'assurer 
6. qu'il était marri d'en avoir parlé en d'autres termes, et qu'il le 
suppliait d'oublier tout ce qui s'était passé dans la vivacité ». Par 
arrêt du parlement de Bordeaux du 12 févrierl62i, l'abbé de Saint* 
Martial fut en outre condamné aux dépents du procès et à cent li- 
vres de dommages-intérêts à payer à Tévêque. Cette même cour avait 
rendu un autre arrêt, le 21 janvier 1619, qui portait qu'après avoir 
reçu la bénédiction abbatiale, Tabbé pourrait user des ornements 
pontificaux. En conséquence, Pierre du Verdier obtint, le 8 novem- 
bre 1621, un bref qui lui permettait de porter la mître, la crosse, 
les sandales, etc., et de donner la bénédiction solennelle, de bénir 
les images, croix, etc.. «Supposé, — disait le texte du bref, — que 
ses prédécesseurs les abbés réguliers en eussent usé ainsi », du 
Verdier fit publier ce bref par l'oflicial de Tulle. Un appel de ce 
bref fut interjeté en 1623 par l'évêque de Limoges. A la suite decet 
acte, le parlement cassa, le 29 juin 1624, la procédure de cet officiai, 
déclara de plus Tabbé sujet à recevoir la bénédiction des mains de 
l'évêque, et décréta que, béni ou non béni, il ne lui appartenait pas 
d'user des ornements pontificaux *. 

Mais ce n'était là, comme nous le verrons plus loin, qu'une sim- 
ple escarmouche, et comme l'annonce d'autres luttes beaucoup 
plus vives, que l'ardent abbé devait engager à la fois contre le suc- 
cesseur de notre prélat et contre ses propres chanoines. 

Il fut plus facile à l'évêque de Limoges de vivre en harmonie 
parfaite avec les représentants du pouvoir central dans son diocèse. 
Un ancien lien de famille - l'unissait déjà étroitement avec le haut 
fonctionnaire qu'il eut à recevoir en grande pompe à Limoges en 
1621. C'était le vicomte Léonard-Philibert de Pompadour 3, qui 
venait d'être nommé lieutenant du roi au gouvernement du 
Limousin, en remplacement du comte de Schomberg, appelé à 
remplir la charge de gouverneur de la province. Ce seigneur, Tun 
des plus braves et « des mieux faits cavaliers ^ de son temps, disent 
les chroniques, fit, en qualité de lieutenant du roi, son entrée so- 
lennelle à Limoges, le 23 juin 1621. Onze cents hommes de la 
milice civile, sous la conduite de Martial Benoist du Montet, avocat 
au siège présidial et colonel, allèrent au devant de lui. Le surlen- 

une aumône de cent écus d'or, et repartit le jour mémo pour Chàteauroux et la 
province du Berry, dont il était alors gouverneur. I-aforest, ibid., p, 94. 
i. Mss. n. 35, p. 71. 

2. Raymond de la Martonie était arrière-petit-fils de Pierre Mondot de la Marto- 
nie, premier président, dont la mère était Isabelle de Pompadour, 

3. Il avait alors trente-cinq ans et était le fils aîné du vicomte Louis, le chef 
de la Ligue. Fidèle aux traditions de sa famille, il s'était déclaré ai*dent catho- 
lique, et s'était fait remarquer par la prudence et la fermeté précoces de son ca- 
ractère. Il avait paru avec éclat dans la conquête du marquisat de Saluées, et au 
siège de Montauban, en 1621 . Le1«r octobre 1622, il fut nommé maréchal de camp 
des années du roi, à cause de ses services, Laforest, Umogt*8^ p. 119, 121. 



78 l'N SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

demain, 25 juin, dans la salle de la sénéchaussée, eut lieu rhomo- 
logation des lettres royales. L'évéque, les députés des chapitres 
de Saint-Etienne et de Saint-Martial, deux trésoriers de France, 
les gens du roi, les consuls, la noblesse, le barreau, assistaient à 
la solennité. Trois orateurs prirent successivement la parole, pour 
complimenter le nouveau lieutenant, et célébrer son zèle au service 
du roi. Pompadour était assis. Les gentilshommes de sa suite assis- 
taient à l'audience, debout, «en bottes et éperons ». 

Deux ans après, le 7 mai 1623, le comte Henri de Schomberg, 
déjà lieutenant de Sa Majesté en Limousin en 1607 ^, honoré du 
bâton de maréclwl en 1615, et grand-maltre de rartillerie en 1621, 
faisait à son tour, comme nouveau gouverneur de cette province, 
son entrée solennelle à Limoges. Onze cents hommes de la milice, 
commandés par Jacques de Petiot, leur colonel, allèrent au devant 
de lui 2. L'évéque de Limoges, les chanoines de Saint-P^tienne et 
de Saint-Martial, et plusieurs autres ecclésiastiques en grand nom- 
bre, le vinrent saluer et lui rendre toute sorte d^iommages. Selon 
l'usage, le gouverneur de la province fut accueilli au portail du 
grand clocher de la basilique par « Monsieur de Limoges, assisté 
de messieurs du chapitre de Saint-Martial. » L'évêque lui adressa, 
dit la chronique, une très belle exhortation sur la dignité de sa 
charge, et le soin particulier qu'il devait avoir de sa province. 
Après avoir entendu cette harangue, Henri de Schomberg fut con- 
duit dans la grande nef, puis dans le chœur de l'église, où fut 
chanté le Te Deum, avec la musique et les instruments qui ravis- 
saient les assistants. Lç dimanche, 7 juin suivant, Raymond de la 
Martonie fit servir, en son château d'Isle, « un très superbe ban- 
quet » au comte de Schomberg, et à une suite brillante de plusieurs 
gentilshommes du pays. 

On voit, par tous ces faits, combien cordiales furent les relations 
de l'évéque de Limoges et du nouveau gouverneur de la province. 
Lesqualitésaimablesdu maréchal contrastaient, d ailleurs avec les 
habitudes altières du duc d'Epernon, son prédécesseur. Le bon 
gouverneur manifestait à Limoges une foi naïve, qui plaisait aux 
haljitants de cette ville, alors si foncièrement catholiques, et se 
faisait aimer de toutes les classes de la population 3. C'est ainsi, que 
le 27 mai 162 i, Tévéque de Limoges, après avoir célébré lui-même la 
messe pontilicale, fit la clôture des ostensions, en présence de Henri, 
comte de Schomberg. Le pieux gouverneur baisa souvent, dit la chro- 
nique, le chef de saint Martial, et regarda comme une grande faveur 
d'avoir quelque pièce de linge, qui eut été employée à le couvrir *. 

I. Laforest, ihUl. 

i. Nt^tnns ici m |>as>anl que. le H mai 1608, «les rêjouissaiioos publiques ayant 
f*u lifu à Linio^-es r.uur la naissain'e du duc d'Anjou, un grand feu de joie fut 
allumé à la place de< Arl.rt-s. par l'êvèque de Limiv«'î>. Henry de la Martonie, 
et le U»-nt»Manl ^'••n»ral Hruri de Schomber;:. avec le salut «les pièces d«* canons 
lie- forts de la ville. ><:I"U la coutumf. Cf. L. (iuiberî. lir'jistrf consulaires^ 
l. III. p. 1*22. 

3. Lafor»'>l. ihi.t., p. !;•», PJT. L. Guibert, ifn.f., p. ±27, 232. 

4. M>s. 35, p. 72, 



RAYMOND 1>E LA MABTOXIE 79 

Il est aisé, maintenant de comprendre comment Vcfnxvre de la 
réforme religieuse du diocèse de Limoges put être poursuivie acti- 
venicnt, s^i.us riniluencesi heureuse du maréclial de Schomberg, en 
Œême lenii«s que la pacilication des esprits s'étendait dans toutes 
les f^rovicres du royaume, dî^ les débuts du gouvernement du car- 
dinal ministre- Aussi f»c»uvons-no.is déclarer déjà, avant d'en four- 
nir les preuves, que Tépiscopat de Raymond de la Martonie fut 
rei:.irqu3ii«îe par la continuation lente, niaisréîfî3lïère,du rétablis- 
sement de ia discipline ecclésiastique, par rintr'xjuction de la 
réforrr^e dics les ordn-s re;i;:ieux anciens, el en niéine temps par 
ia f ..udalioa à Limoges d'un grand nombre de couvents. 

II. Adunistration épiscopale de Bajniond de la MarUmle. 

i-' *S»ï rû'JiVr.* géut'raujr. 

Tr'j s c.Hii.^ralt-urs de n Mre préj-^it p->rtéreijt \f tare de wc^we 
péi-rrij «i^ Liî.i '.«--s. be preu^ier. Pi-rre Boyoî, licence en droit, 
c:*ai::-:>^ îe ^^^zr^'YAir'^i.i^ etô::*cia^ i^énér-d •-n mai l»i*»i ', f^ trou- 
va: à .a îé:e «ie î'^ iii-iiîi^îraiioîj di-jcés^iae, c>>i:.me ^jr^r^d vic^.r^ 
eii \*\*.* rî l«>ii -- I. a; î^aneLa-î à G:;e ïamL.e aDc.eMj^ de ia i- -jr- 
;:^- -.e irr Lin; '^e^, q jî avait d-rrrjé a^i •:-:.af.j:re «^ath-^iraJ de ce!te 
Vi- e -.Tï cLi:. 'i:-e'X:.!::'j 5*:..îs les m-fi-s n-..!/.- en Ifdl \ yr; d .v<f::i 
•^D l*»Tr>. ji-i-j"-*^-^ I>^y:,»:, «juj !"jî d*-j«'iîé 1'. ]a [»3>ri--.»-re a>v-î.-.i. ]éed j 

• ler^é, :rri. ^e î Mri ..:. - 1-î^Ti* -, •ri qui c^ri^pia pj js lard l»tfc; '^n ,^_ 
«:.:i i -::ïr«.-i. général et ^r5iLi-vi--a:re •- 

I ii.s .Le >::re d j îi* îvr.i U.±l, Pl-rre toyoi r^ar. JâlL a j no./j 
*:e l'-rY^:: ^r-. a^\ c v- ,.r--> :- Si :.î-É:>:.rie. < de fîjre pr.-res et 
•:r*. s ::s :• ^r ^-r r i- par -e q /:. avilî j . : ï h.^ a. d.-»ijt-i-. de l'^n- 
v.:}r^r o ,:^:.i::re s^ e:.r r: -.s » '.^ prite^ianî^r d - M. u .et j] pre^- 
•rr.'»-: « r.-: -^-t > ■?• a^i ; - F^ /•^•ort à "l^^-^e d-e=- -«é,- res. eL f ré- 
ri-:, e f^ r:Lr-.> e: des ::-r:..ire^ .::e .-i J :s;i le '- 

î>r .iz.sr: le.Và-ri.e e:. - ^re. îe n.-: .e \*:-iire ^riérs: "^ir-rA 
ar.-- :r -*.» --i:? Irii::'. a*^ cva:--: r.e reyr:-'.-, q-/j. i:^ srr^:: -# :,i 
i: ;.-s i .ajTrir^se j. -r -i irxsi.Le ri -ii.oL. Ea v%.rj céder- 
D.-r î>!r^-.b-*.':. a-, ^r^.iî -ie :.:..Tr-.r-^ ^lsiîl:-^ jtc.jr êUr t::..-^. 
L' '* :-b. Lit.' L:-»i'*:ir /a»ii._e !»r:r: lani, :;ue -.-; :^ -^-^ i 
:-é» . -é % % Zr: iJir - .' -'«a. '.-T .-rts •: r-ir-s >. Le c 3:.:re ce -i '-^- 

• ; -^i "i r- se " :r_ . irti î. : •*? -i i-ie :_3i.-rre îj^ --.le s . r -e r r v - -^ 

n.Te- :•::. ù;^ -r ir .:-r d rer^s i.s-- :.*-:„^: iê Ir ^t ^- :* 

Lrjio^r^- Lr? ^/..i: r-.Ti.'.% _ :-. Tra.:a. :" ij. .i-- f exr c: e '^ 

.r:-.'?s -i r..-».:.r'ês- :. ... :»-r^. re-: î'-ir^ : -^'^.,^.,.^ ^.,,^ 

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* •i. r» [^ •> -■> .^ • *^^ T i., ' 
4. ¥.*^. 1- * ; :•> 



do IN ^IKCLE !•£ VIE tCCLÉ>L%.f^TIôCE EX PROVINCE 

révêque «Je Tulle ^ el de o^^lébrer ensuite à Saint>Étienne de Limo- 
gt-s * le> ljel>ioiiiades •• -. Pierre Boyol mourut vt-rs la Iîd de 1624 : 
il fut inliuïiié dall^ l'ê^zlise df>Jai'oliins, où l'on célél»ra depuis, pt»ur 
le rei»c*5 de ^«on âme, <ies >er\ices anniver>aires ^. 

Nl»us voyons, à partir de l^JiTn un pr^-trede Limo«:es tl*une grandie 
valf -ir, >uccêiier à Pierre Boyol, au douMe titre d olticial «îénéral et 
de grand-vicaire. CV-tait Pierre Talv»i s, chanoine de Saint-Etieone *. 
Il était ne vers 158»». Jean ColJin nous apprend, dans son li\Te des 
• Limousins illustres •, que Talois, ayant ptdi j»ar la culture des 
beljfs-lt-îlres un esprit naturellement rude et sévère. sVlait élevé 
plus hiut :iins Têtu. le dt-s sciences ecclésiastiques. Après avoir été 
pnjrîîu au sacenjc»ce en 1*>C Pierre ThImîs ouvrît un cours de phi- 
losophie et de théoio^'ie dans la mais^^^n décanaîe de la cathédrale, 
chez Maîl.ieu de Verllianjont, doyen du chapitre, qui résigna en 
sa faveur sa prél-ende canoniale. Il préludait ainsi à la footiation 
du sémina.re de Limo^ies, qui devait être l'apogée de la réforme 
ecclésiastique. Ta' ois fut n«»mmé à plusieurs cures ou bénélices, 
m^is il n"y ré>i']a ^îuère, à cause de sa « préceptMral»- b ^. Emule 
des missionnaires jésuites, il se livra en même temps avec ardeur, 
au minirîtére «le la pré^iicati »n : il prêcha toujours avec succès 
l'A vent et le^I-aréme, dans la pljpart des villes du dic»cèî>e de Limo- 
ges, et mêîMe «lans cel'ji d'Angouîéme. 

Un fait, entre plusieurs autres, témoigne tie la conliance qu'avait 
en i-ji liavrijon»; de la Martonie. Le 5 novembre livJI, l'évéque de 
Lirroges lecîiargêade la orrection du bréviaire, du missel el des 
autres livres dé^iise à l'usai^e du di-x^èse. E>:insle l^ut de concourir 
à cette .jruvre, le cltapitre a<.*cor ia au chanoine T:ilois, la jouissance 
du dr jit de [«réseroe, tant qu'il s'c^ccuinrait de ce travail et lui 
pro;-osa nr.ême un aiie utile, dans celui des vicaires de la cathé.irale 
qu'il I ;i fiiairait de désigner, el qui serait comme lui exempt de 
l'assistance au r^nice -livln. 

Laut-ir::*^ de T-ilosétiit telle, que ie chapitre de Saint-Élieane, 
dans une d-l:i -^ration du li* mai i»»*Ji, lui confiait un nipport sur 

4 Le* v-Ls. .tr-e* -i-e-- é^ i^es ?a»J.— i-'^e-?. de q;el:ï le ex«ra'p»ù->n qn'iîs jctiis- 
ï-c:-*L :>r j^euF-ri.:, i-ei. ia.Lt q .- .e <:r--:t é^'.>:-oiA. est reii^pli. ac^r.-nier des durus- 
5p -.r*^ a Or"ï \ ^ s'-'Z.\ i- .«r ^ • -'y*^- ** f •>-;.; il .-»• des drîVD>es :A:;es rJur le 
<>-•:- :i--? -î-r T'^rLte. tt =. M* !- f:r:t, il- •^•rî-x'JT*-:.! i-< ç-eîï.-s j-mér:? à ce su^l 
par .-r •> ... --r l'uriii le Ma^Lâ.'e. /> r .••na---^. v» i» _:i..5v— «ir^^. 

i. A '«• .r<'# * J^X- '., t VI. i- U. l\. 

Z. L \ << i. ar '^j' U: L't .:*j€i, t XL, p. 3i!^. N»»:- ls ici o n*n;*' un fiit irr.- 
f. -ta*:' ; :e ^e trr^ de v. a^rrr ^*r„tr^ ir LiiD^,:*-s Va i .-rirr i- i^^^tl à :»^c;7 . s>i-:is 

.;v-<. .^•:--rir«- i Tt Vi r l';;- i^t. «tji «irT^nt ra U'H suç-rn-u' ^r.» rad ie La 
€»- ' z'vj**^ ..' 1- >A.'.*-M»îjr- l^ ?a%a5.t d-m L.>t:e: r.c-t evis d:»! L-e 'jc^ ^.^ite 
.ir-- :rr ^-i_. i-- /^..--r> --. .Je .a ^a. t-*- de Mmu- !•;.:. nî. Sc-l se- ! tr.-e •>• 
^-r\i. î-T-. .i fe ;. . ^- ;*crTr.frt :rr - .; f» s-^-r : * :. t-.^^. Jâ^î la • : : r i ^^.^? de l^Vr^^u- 
de L-: "^e^ et i . .. i- .t e\rr- er ,:i- ^-mr i» ir.-'je-.-e à ?*^tîe ri» -r;*: j-ir La 
r-: î-L^e «r: -a :*-: :i'- •:. i '^ • ^t-\*^ -n L'^. .;-:-. V :r >c?s> u ±t. t. TTV. et 
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BÂYMOND DE LA MAHTONIE 81 

une plainte de Pierre Poylevé, l'un des quatorze vicaires de la ca- 
thédrale, au sujet d'une querelle assez grave qui avait été suscitée 
à cet ecclésiastique par un de ses confrères. Quinze jours après, le 
chapitre suivait l'avis du rapporteur de l'affaire, et statuait que 
désormais, aucun prêtre ne pourrait être pourvu d'une des vicai- 
ries de Saint-Étienne, qui viendraient à vaquer, soit par la mort, 
soit par la résignation du titulaire, qu'c il n'ait demeuré au préala- 
ble enfant de chœur de cette église l'espace de cinq ans, qu'il n'ait 
été reçu en la psalette et porté la robe rouge, par notre comman- 
dement ». 

Ce fut encore le chanoine Talois qui fut pris comme arbitre, le 
25 mai 1623 par l'évêque et le chapitre pour le règlement amiable 
du procès, sur les revenus de la prébende épiscopale. Pierre Talois 
sut ainsi mériter l'affection de Raymond de la Martonie, qui lui 
conféra, vers la fin de 1624, à la mort de Pierre Boyol, la double 
charge d'official général et de grand*vicaire de Limoges. Il réunis* 
sait, à une connaissance approfondie du droit ecclésiastique, une 
rare prudence dans l'application des principes, et une intégrité de 
vie exemplaire. L'official, à cette époque, était, après l'évoque, le 
premier personnage du diocèse. Juge ecclésiastique et président 
du tribunal, il était chargé d'infliger des peines canoniques aux 
infracteurs de la discipline. Les exemples de Pierre Talois, et l'ap- 
pui qu'il trouva dans l'élite du clergé de Limoges, rendirent son 
ministère plus efficace. L'official, en effet, avant de remplir ses 
fonctions, avait connu tout particulièrement le saint prêtre de 
Limoges, Bardon de Brun. Avant d'être le principal continuateur 
de son œuvre de réforme ecclésiastique, Pierre Talois avait été 
son conseiller et son ami ^ . 

2<» Principaux collaborateurs de Vévêque : 
Bardon de Brun et les Pères Jésuites, 

Depuis son ordination sacerdotale (1615), le zèle de Bardon de 
Brun s'accroissait, à mesure qu'il approchait de sa fin. Le « Bour- 
doise » de Limoges s'occupait d'abord tout spécialement de la 
réforme du clergé. Dans ce but, il érigeait en 1616, sous l'invoca- 
tion de saint Martial, une association de prêtres, à qui le pape 
Paul V accorda, cette même année, de nombreuses indulgences. 
L'évêque de Limoges approuva et confirma leurs statuts le 15 juil- 
let 1618, se basant, dit-il, sur ce principe « que leurs règles ten- 
daient à l'honneur de Dieu, à l'exaltation de son Eglise et à l'ins- 
truction du prochain ». Les confrères, « prêtres et gens d'église», 
se proposaient deux fins : s'avancer eux-mêmes dans la perfection 
chrétienne et s'employer au salut des âmes. Ils devaient choisir, 
pour confesseur, « un Père de quelque sainte ou réformée reli- 

1. Sulletifiy ihid. Les registres capitulaires de Saint-Etienne nous apprennent 
que révêque de Limoges envoya, le 3 décembre 1021, Pierre Talois prêcher 
TAvent à Saint-Léonard. Voir ibid., p. 352, 356. 

6 



d2 UN SIECLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

gion ». Ce règlement nous prouve, ajoute Tabbé Legros, que le 
clergé de Limoges ne comptait pas alors, dans son sein, à part le 
saint promoteur de cette œuvre sacerdotale, de prêtre assez réfor- 
mé, pour exercer Thonorable emploi de diriger ses membres dans 
les voies du salut ; ce qui ne lui faisait pas un grand honneur. De 
feit, l'article suivant du règlement imposait pour le temps présent, 
aux confrères, la direction des Pères Jésuites, qui possédaient alors 
à révôché une influence prédominante. Toutefois il était permis, 
aux membres de l'association, quand cela leur serait plus commode, 
« de se réconcilier à quelqu'un de leurs confrères, ou à tout autre 
honnête prêtre, pour traiter de quelque cas de conscience ^ i. De 
plus, il était convenu qu'au commencement de chaque mois, les 
prêtres diraient une messe pour les progrès de la réforme du clergé 
diocésain. Celui-ci, dit encore Legros, « en avait alors un grand 
besoin, et l'on ne savait encore comment s'y prendre 2 ». 

Néanmoins, le clergé de Limoges se trouvait engagé dans la 
bonne voie de la réforme catholique, celle qui devait l'amener, peu 
à peu, de l'organisation des conférences à l'institution des séminai- 
res. Quinze ans avant l'établissement de la célèbre conférence du 
mardi à Saint-Lazare, les confrères de Saint-Martial, accomplis- 
saient les mêmes œuvres à Limoges. Ils se réunissaient, une fois 
par semaine^ «pourconférer entre eux sur les matières de piété, et 
pour s'animer les uns les autres aux vertus de leur état. Ils devaient 
visiter les hôpitaux et les prisons, instruire les ignorants et prati- 
quer les exercices de miséricorde. Ces ecclésiastiques tenaient aussi 
des conférences sur les objets de leur ministère; on y expliquait 
l'Ecriture Sainte, on y décidait les cas de conscience, et l'on s'y 
exerçait sur tout ce qui pouvait édifier et instruire ». Cet établis- 
sement, écrivait le P. Petiot en 1636, rendit de grands services au 
diocèse de Limoges. L'association fit imprimer ses statuts à Limo- 
ges, en 1641, preuve, qu'elle était alors à sonapogéeet qu'elle devait 
exister encore vingt ans plus tard, à la date de la fondation du 
séminaire ^. 

Malgré ses infirmités habituelles,qu'il supportaavec une patience 
à toute épreuve, Bardon de Brun se fit le principal promoteur de 
toutes les bonnes œuvres qui furent accomplies à Limoges, sous 
l'épiscopat de Raymond de la Martonie. Plusieurs ordres religieux 
lui durent leur réforme ou leurs fondations. Non content d'avoir 
introduit les pénitents en Limousin, pour y relever l'inlluence du 
clergé, il fut encore un des principaux restaurateurs, avant sa mort, 
de la grande confrérie de Saint-Martial *. 

La dévotion particulière qu'il avait pour l'apôtre de l'Aquitaine, 
rengagea à défendre l'apostolicité du siège de Limoges, et l'authen- 
ticité des épîtres de Saint- Martial, contre les nouveaux critiques 

1. Ce fut là l'origine des Conférences ecclésiastiques, dont nous parierons 
plus loin. 

2. Mss. n. 33, p. 583, 587. 

3. Laforest, Limoges, p. 328, et Picot, Essai historiquey t. I, p. 181. 

4. Voir plus loin notre étude sur les confréries laïques de dévotion. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 93] 

qui combattaient l'une et rejetaient les autres ^. Etait^il bon criti- 
que, lui-même? C'est douteux, mais nous n^vonspas à l'examiner 
ici. C'est à ce sujet que Bardon de Brun adressa «n 1620 au cardi- 
nal Beilarmîn, une dissertation en latin, sous forme de lettre K 
Enfin accablé de maux, le saint prêtre vil arriver la fin de sa vie 
d'un air tranquille. Pendant les derniers jours de sa maladie, le 
peuple, rempli d'un pieux enthousiasme, accourait en foule à la 
maison de Petiot de Chavagnac, où demeurait Bardon, comme 
tuteur des enfants de son beau-frère. Toute la ville fut témoin des 
sentiments édifiants du saint prêtre, à son lit de mort. L'évêque 
Raymond de la Martonie, qui, depuis longtemps, lui avait permis 
de faire célébrer la sainte messe dans sa chambre, le visita plu- 
sieurs fois à ses derniers moments ^. Bardon mourut le 19 janvier 
1625, âgé de soixante-et-un ans. Plusieurs communautés religieu- 
ses, les Jésuites, les Dominicains et les Récollets, se disputèrent 
le bonheur de posséder son corps ; mais le clergé de Saint-Pierre- 
du-Queyroix, sa paroisse, plus hardi, l'enleva de vive force, le 
transporta dans son église, et l'inhuma fort honorablement dans 
le tombeau de sa famille *. 

Quarante jours après, le 2 mars 1625, troisième dimanche de 
carême, le vicaire général de Limoges, Pierre Talois, prononça dans 
l'église de Saint-Pierre, au milieu d'une foule immense, l'oraison 
funèbre de Bardon de Brun ^. L'éloge qu'il fit, en présence de tout 
, Limoges, des vertus, du savoir, de l'esprit de pauvreté et d'humi- 
lité, de l'amour des souffrances, ce qu'il publia des maximes du 
saint prêtre, offrit à ses auditeurs un intérêt d'autant plus grand, 
que ces détails biographiques étaient rapportés avec plus d'exacti- 
tude, par un ami intime de ce héros. Dans la péroraison de son 
discours, l'orateur faisait prévoir le jour où « ce phénix, dit-il, 
renaîtra de sa cendre, et paraîtra parmi les enfants de Dieu, en- 
vironné de gloire, qui augmentera le nombre des autres saints de 
ce diocèse » ^. 

i. On remarquait alors, parmi cescriUques éclairés, le chanoine Descordes, 
qui résigna sa prébende de Saint-Etienne en 1632 pour se retirer à Paris. 

2. Cette dissertation, qui remplit sept pages in-folio, a été insérée dans VHit- 
toire de Saint-Martial du P. Bonaventure de Saint-Âmable, imprimée à Cler- 
mont chez Jacquard en 1670, t. I, p. 25. Nous avons encore de Bardon une prose 
en l'honneur du même apôtre, qu*il composa pour les ostensions de 1^, et 
qu'on peut voir à la fin du t. II du même ouvrage. U avait composé précédem- 
ment une tragédie de saint Jacques, en cinq actes et en vers, imprimée à Limo> 
ges, chez H. Barbou, en 1596, in-8 de 180 pages, jouée par les pèlerins, confrérie 
laïque de Limoges. Cette pièce a été louée par le poète Jean de Beaubreuil, cf. 
Laforest, ibid.y p. 336. On cite encore de Bardon d'autres opuscules. 

3. Le P. Petiot, jésuite, auteur de la vie de Bardon, nous apprend dans la dé- 
dicace de son ouvrage à François de la Fayette, que ses prédécesseurs les é va- 
ques de la Martonie, avaient entouré cet homme de bien d'une très particu- 
lière affection. 

4. Bu Boys et Arbellot, Biographies Uniotisines, Limoges, 185i, p. 48, 49. 

5. Elle fut imprimée Tannée suivante sous ce titre : « Sermon sur la vie 
exemplaire et la fin bienheureuse du vénérable M. Bardon de Brun, prestre de 
Limoges... prononcé en Téglise paroissiale de Saint-Pierre... à Limoges, par 
Nie. Chapoulaud, 1626. 

6. Bulletin de la Société archéol., t. XLIII, p. 353, 356. 



M4 vfi Nffccr.K r>K vire v^XLfMiAsriQVK en province 

(»ln ftfiNftfU'/m Ift mort (lu ««rvileurrle Dieu, de nombreuses gué- 
r\miun nUtpiwnut h mm tombeau, l'évAque de Limoges ordonna une 
Ml^luAI*^; iutiïn on i^tum^ ni hn pUtcAm du procès furent transmises 
k Ih ('((intlt%fitlort (U^H MlloH ^ Le 21 avril 1666, le cercueil de Bar- 
lioii fut InuiNlVu'*, <iu un tombeau «pécial, en forme d'arcade, prati- 
(|Ui^ dl4tii« lu MMiriilllo du clocher do Saint-Pierre, à côté de la 
(<httpti||n dn Notro-Diuuo don Awoulsants. L*éveque, François de la 
l^^uyi^ll^i (^hur^mi Hlurn rorilclal du diocèse, assisté du greffier de 
ri^v^oiu^i dn pK'Ntdor h In translation ^. La tête de celui que Collin 
tlppMlIt^ tf l'orutunout du riorgô du Limousin, et une image parfaite 
dt» Ih pluK «^udut>ulo V(M*lu », ont oncore conservée à Saint-Pierre, 
duuN uut* tH»upt» do umrbro dt^poHôo sous une grille, auprès des restes 
du pnlrluiTho Lnmyi dnuH la socondo chapelle à gauche de la prin- 
ripttlot^uliH'^o» U\ wUutetiNdo liardondo Brun fut, dit-on, proclamée 
|mi' \pt^ \\{\^^Mi^'^^ do Loudun. La voix publique donna, dès le jour 
do w^ uuM't, lo titiH> do bioulunmnix A ce saint prêtre» mais l'Église 
uo lolui tt jttUitttî* ol1loioUouu>ut iHHHmuu ^ 

Ki\ \\\\M\ t^lmilo ttvoo cot huuuno de bien, dont la protection était 
|umv ouVv vl^Uî* lo i^ivî^^ uuo m^udo forct\ les Pères Jésuites du 
^H^JbV^ SiiuU^^M^rio, * qui ^:^t»iont totaltnnent à la dévotion de 
iVv^j^^ ^^^ làuuHixv^ *% Wttluuièn^ut à gouverner olTicîeusement son 
v^UKH^^^ ^vm>à \^ ^V^uo do lUyuuMut do la Martonte, avec plus d'au- 
Iv^H^^ ouwi*t* quo >^m5i ropi2iv\»|\Ht vIo $i>a prvviôcesseur. Une preuve 
MkvUHu;^l>to ol 5M^uUUNAtivii> do l induoniV pK^lominaute de ct^ reli- 
^^H^\>iVU' lodoi'^x^ï^vulu^t^c^^st lo fait oMraorvlînain* de notre pré- 
Ut v|U^ ku^ xs> l<>vu;* ivuUJÎ^v^b^u^ior doux lVro:>Jê>iùtos>>de faire? en 
ti^>iv l^^ii \tsAt\^ dc^ ^HA^\H::i5^^s do 5^.>u duK\»:i^. nuùs alla Jusqu'à leur 
vv>»»K^< le ivuvvur ^\\U>uUt»î^ vU' ^vrtor.t^tt î^m uoaude5^>u>^iea<es 
c4 ;^u^v\<<.vuMu\'ts tiT^ dv^ rv*tidni* ^f^ux-tt^ç^tu^ dç»:> ordoaa.iLt:c^s *- 

t,> ;tt' itv l.^<^"^v t\viv.tt dv*î^ ùHtftv kU* U cx.tor^ i:<;iiî::oa des d-ec.x gninds 

,\'fvu ♦.^rv, Ui'Kv \^ 'ci/j^ >«,'♦.' c •,!»/ "yt vnAVî<î>;c£i x^i^jrjL*^ '? ;À <<? i: i.e 
«<*.<' .* ^ ><*.•. Mv.ti 1» t'''".>5N -«iv* '^ti*rï «Mtt|ivutauit. 4 tuit'ir tituii«:im m 

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♦u." f i>*» -» ' . • .'^» 



RAYMOND DE LA MARTONIE 85 

huit heures du matin, après la célébration d'une grand'messe, on 
remarquait en tête du cortège, plus de mille écoliers du collège, 
choisis dans toutes les classes, et l'on distinguait dans les rangs du 
clergé trente-deux religieux de cette maison *. Le fait seul du nom- 
bre des maîtres et des élèves attestait un progrès considérable, qui 
ne devait atteindre un plus grand développement, qu'en 1683, sous 
répiscopat de Louis d'Urfé. 

3^ Réforme du clergé par la pratique des visites pastorales. 

Dès le début de son épiscopat, l'évêque de Limoges, Raymond de 
la Martonie, se mit à visiter, d'une façon régulière et conforme à 
la méthode inaugurée par son prédécesseur, les paroisses de son 
vaste diocèse 2. A en juger par le sommaire des procès-verbaux de 
ses tournées, que nous rapporte l'historiographe du diocèse, les 
mœurs et la discipline ecclésiastique étaient alors étrangement 
compromises, dans une partie du clergé séculier. A Sainl-Pierre- 
du-Queyroix, la première paroisse de Limoges, par où l'évêque 
commençait ordinairement sa tournée pastorale, il y avait cin- 
quante-trois prêtres habitués, qui étaient loin d'avoir une tenue 
irréprochable. La plupart d'entre eux étaient pauvres, et vivaient 
uniquement des distributions quotidiennes ou du casuel de l'é- 
glise. Plusieurs prêtres, en outre, étrangers à cette paroisse, s'étant 
réfugiés dans cette église en 1624, avaient diminué la part du fai- 
ble revenu des autres ecclésiastiques, et les avaient réduits à une 
mendicité lamentable. Nonobstant l'ordonnance récente de l'évê- 
que sur ce point, ces prêtres intrus et bientôt après, entraînés 
par cet exemple, les prêtres habitués, «se tenaient dans les porches 
ou le cimetière qui était à l'entrée de l'église, pour aller au devant 
des fidèles et leur demander des honoraires de messes, ou bien 
encore ils se présentaient d'eux-mêmes aux personnes qui avaient 
l'intention d'en faire dire, afin de prévenir ainsi les autres prê- 
tres 3. » Bien plus, on laissait ces prêtres administrer les sacre- 
ments et confesser les fidèles, quoiqu'ils ne fussent pas approuvés 
par l'évêque. On les voyait célébrer la messe avec des calices, des 

1. Laforest, Limoges, p. 167. A ceUe occasion, le chapitre de Saint-Martial 
décida, le 9 août, de contribuer à la solennité des Pères Jésuites par une messe 
chantée en musique, et par une procession qui eut lieu le lundi matin, de la 
collégiale au collège. Pendant les trois jours de la solennité, les chanoines de 
l'abbaye se privèrent de la musique qu'on leur avait demandée, et qu'ils accor- 
dèrent volontiers. Mss. n. 35, p. 72. Notons encore, qu'au retour de la proces- 
sion générale, les bannières des nouveaux saints Jésuites furent suspendues 
dans la cathédrale, en souvenir de la solennité. Archives histoi\, t. VI, p. 15. 
Ces deux faits attestent la concorde parfaite qui régnait entre le collège et les 
chapitres de Limoges. 

2. L'abbé Legros mentionne expressément les tournées pastorales des années 
1617, 1619, 1621, 1622, 1623. L'évêque visita à plusieurs reprises, notamment en 
1624, les églises paroissiales de Limoges. En 1621, le 24 mars, il fit sa première 
entrée à Saint-Junien (Mss. n. 40, p. 360). En 1622, il était en tournée dans la 
région de Combraille (en Marche). Mss. n. 33, p. 593 et suiv. 

3. Mss. n. 33, p. 592. Ordonnapces. synodales de 1619, édition de 1703, p. 75. 



86 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

patènes, des aubes et des chasubles, si vils et si déchirés parfois, 
que le service divin en était grandement méprisé. L'ordre et la ré- 
gularité étaient aussi, parmi eux, en telle désuétude qu'on dut 
leur ordonner d'assister aux offices, et d'obéir aux vicaires de la 
paroisse pour le service divin. 

Ailleurs, dans les paroisses rurales, on trouvait des prêtres qui ne 
savaient même pas lire distinctement. L'évêque de Limoges, au 
cours de sa visite en 1647, fut contraint d'approuver les prêtres les 
moins capables, pour ne pas laisser le peuple sans confesseurs. Dix 
ans plus tard, le même prélat suspendait tous les ecclésiastiques de 
son diocèse, qui avaient été ordonnés en vertu d'induits du pape, 
c sans sa licence et attestation ». La précaution n'était pas déplacée, 
car,deux acolythesde Sournac (près Ussel), ordonnés prêtres ainsi 
par l'évêque de Tulle, avaient été auparavant refusés à Limoges, 
pour raison d'incapacité. Aussi n'avaient-ils aucune connaissance 
des fonctions de leur ordre, ni de la langue latine, et ils igno- 
raient les principes généraux même de la doctrine chrétienne. L'of- 
flcial de Limoges les suspendit pour six mois, et leur ordonna de 
se présenter, après ce délai, à l'évêché, pour y être examinés. 

On eut à se plaindre encore du peu de soin qu'on avait, à cette 
époque, dans beaucoup d'églises du diocèse, de la propreté et de 
la tenue des meubles, des vases sacrés, du linge d'église et de tout 
autre objet de piété. Parmi les prêtres de paroisse, les uns conser- 
vaient les saintes espèces dans un calice extrêmement noiret en ap- 
parence d'étain ou de plomb, où l'on trouvait un jour de visite une 
araignée (sic) ; d'autres les gardaient dans un ciboire fait d'une saliè- 
re, ou dans une boite en bois, ou bien les tenaient pliées dans un 
linge ou sur du papier, en guise de corporal, à côté duquel étaient 
des chiffons de lettres. Ici, l'on portait le viatique dans des boites en 
fer-blanc ; là, on voyait la custode, ou le ciboire de la sainte réserve, 
suspendus à la chaire ^ 11 n'était pas rare de voir des prêtres por- 
ter des sabots à l'église, et faire diacre avec cette chaussure. On 
avait pris l'habitude abusive d'ondoyer les enfants à domicile, sans 
aucune nécessité, aussitôt après leur naissance, et de différer de 
longs mois le supplément des cérémonies du baptême. On donnait 
encore du vin à ceux qui faisaient la communion. Souvent, on ne 
donnait point aux malades le sacrement d'Extrême-Onction. Chose 
enfin plus déplorable encore : les mœurs d'un grand nombre de 
prêtres allaient de pair avec ces négligences coupables. La fréquen- 

1, IVinâ un grAnd nombre d'églises, et notamment à 5>aint- Pierre, le Saint- 
Serrement ôtJiit suspendu sur l'autel. Cétaît une manière ancienne, mais régii- 
liôre, do mettre T Eucharistie en résene pour les malades: on l'appelait le 
rv»r|Hf« Wf-ï-of»!»»». Rarmond de la Martonie pros<."rivit, à l'occasion de la vi- 
site qu'il fît à Saint -l^ierre. en Ii5i4. ce mo<1e de suspension du oilK»ire et 
onloniMi qu'il y eût partout des tal>emacles. Le chapitre de Sainl-Etienne usa 
alors de si>n ind»^|*endanre p<Mir maintenir Taneien système. q\ii subsista jus- 
qu à la Révolution. Au-dessus du maitre-autel de la cath'iirale. un ange sur 
une colonne, le tout en ainun. tenait susi^endu à une main un ciboire garni de 
£3Ùntes espèces, ree»^uvert d'un rche voiîe. en fonue de dôme, Ms^. n. 33, 
^ ôiH et HyU^-tm 4e Ltm^gt*, U XLVl. p. 3ii. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 87 

tation habituelle des tavernes et des marchés, et par suite le liber- 
tinage, n'étaient parmi eux que trop commun. Les cures tenues en 
confidence et les cusiodinos * pullulaient encore dans le diocèse de 
Limoges. On remarquait enfin, çà et là, dans cette même région, 
des prêtres receleurs de voleurs, faux témoins, « ruffians ^ publics » 
et faiseurs de mariages clandestins, dans les bois ou dans les prés ^. 

Faut-il s'étonner maintenant, qu'en présence d'un tel déborde- 
ment d abus si révoltants et de prêtres si dégénérés, l'évêque Ray- 
mond de la Martonie, qui avait vu à l'épreuve des religieux réformés 
et doués d'un grand zèle, et qui se mettaient t totalement à sa dévo- 
tion », en ait fait ses visiteurs diocésains, à défaut d'autres ecclé- 
siastiques et les ait chargés de porter, en son nom, des suspenses 
et des censures, contre tous ceux qui seraient surpris en flagrant 
délit? 

Les t corps » ecclésiastiques eux-mêmes, qui étaient en partie 
contaminés du mal de l'indiscipline, s'efforçaient depuis quelque 
temps de réagir contre le relâchement. Cette réforme, dont nous 
avons signalé les débuts dans les chapitres de la cathédrale et de 
Saint-Junien, se poursuivit sans interruption. Comme un certain 
nombre de clercs, qui faisaient partie de la collégiale de Saint-Ju- 
nien, négligeaient d'avancer dans les ordres sacrés, le chapitre 
de cette ville arrêta, le 27 mars 1620, que « Messieurs les chanoines 
et les demi-prébendiers, qui étaient d'âge compétent, se feraient 
promouvoir à la prêtrise, sous peine de perdre leurs fruits. * Le 
15 avril suivant, le même chapitre trouvait mauvais, avec raison, 
que les vicaires des deux paroisses de la ville, abusant de leurs 
charges, octroyassent des permissions à toutes sortes de personnes, 
pour « solenniser des mariages hors du territoire de ces paroisses, 
ce qui était un préjudice d'autant plus grand, qu'on faisait par ce 
moyen des mariages clandestins ». En conséquence, le chapitre 
ordonna « que ces vicaires seraient admonestés », et il leur inter- 
dit « de bailler à l'avenir de pareilles permissions ». Si quelques 
personnes s'avisaient de leur en demander, ils devaient les ren- 
voyer par devant les chanoines, sous e peine d'être privés de leurs 
gages », et frappés « d'une autre peine plus grave », s'il y avait lieu. 

Le 14 décenibre de la même année, le chapitre s'occupait de la 
répression d'un autre abus. Comme il avait précédemment « or- 
donnéqu'aucun prêtre, dépendant des églises du chapitre, n'ouïrait^ 
personne en confession, qu'il n'eût des lettres de l'ordinaire, par 
lesquelles il apparut qui avait été examiné », il défendit expressé- 
ment « aux semi-prébendiere, chanoines et prêtres habitués, de 
remplir cette fonction sacrée », qui fut dès lors réservée aux vicaires 
des deux paroisses, et au théologal du chapitre. On exposa au cha-, 

1 . Les cusiodinos, ou confidentiaires, étaient des ecclésiastiques qui gardaient 
un bénéfice pour le rendre à un autre dans un temps déterminé, ou qui admi-' 
nistraient un bénéfice dont un autre touchait les ivvenus. Cet abus avait été 
condamné par le concile provincial de Bourges. Voir à ces mots Durand de 
Maillane, Dictionnah'e dp droit. 

2. On désigne par ce vieux mot des vagabonds, et môme des malandrins. 

3. Mss. n. 33, p. 590 et suiv. * 



88 f N SlfcCLfC DE VIE KCCLfe9ÎA»TIQtE EN PBOVINCE 

pitre, ce m^me jour, « le désordre » dont se rendait coupable « un 
rtioine cordelier, nommé fr^re Laurent, soi-disant chanoine théologal 
de Téglise du Dorât, et vicaire de M. de Limoges j» ^. II allait lever 
ses droits de Visite dans Tarchiprêtré de Saint-Junien 2, et < bail- 
lait permission à toute sorte de gens, moyennant argent (comptant) 
d*ouïr les confessions, de ne pas résider aux bénéfices, et de pouvoir 
quand même desservir les cures » s. <c Les voix sur ce colligées », 
on délibéra que Tordonnance du chapitre serait exécutée, et qu'on 
Interdirait à tout prêtre qui ne serait pas agréé par ce c corps ]>, 
d*ouTr aucune confession dans les églises qui dépendaient de sa 
juridiction. 

D'autre part, Tempressement des chanoines, pourallerau devant 
de Tévéque de Limoges, quand il fit à Saint-Junien sa première 
entrée ('i4 mars 4631), eut besoin d*étre excité individuellement 
par un ordre « de s'y trouver, sous peine d'une amende de trois 
livres ». Il y eut par contre un abus favori, qui, au lieu d'une 
répiTobation, mérita toute Tindulgence du chapitre de Saint-Ju- 
nîen. Le 23 décembre 1622, sur la remontrance d'après laquelle 
« ceux qui faisaient la frairie des |>astres, au jour de Noël, dan- 
saient dans Téglise, et y chantaient des chansons profanes, ce qui 
leur devait être inhibé, le chapitre ne répondit rien. Pour qui 
connaît la popularité des noels |>atois ou Saâau du Limousin, 
d'inspiration chrétienne généralement^ celte abstention silencieuse 
du chapitre de cette ville est bien compréhensible, L'Eglise était 
alors considérée comme la maison commune de la famille parois- 
siale, et celle-ci s'y livrait parfois à des familiarités que nous trou- 
vons choquantes de nos jours. 

La tenue extérieure des prêtres de Saint-Junien avait alors be- 
soin d'être réglée. En août 1623, on ordonnait à trois demi-pré- 
bendiers de porter « la tonsure et les cheveux plus courts et non 
frisés y>. Qwclques jours après (le 11 septembre), tous les cha- 
noines sans exception étaient invités à faire, « chacun en leur 
rang, leurs hebdomades d (ou service de semaine), sous peine 
d'amende ; elles devaient commencer le dimanche malin, à ma- 
tines, et finir le samedi soir ; le chanoine hebdomadier était tenu, 
la semaine suivante, de dire la messe de Notre-Dame « incontinent 
après Prime >, et il recevait alors comme distribution « six bois- 
seaux de seigle et seize livres d'argent ». 

Les relations quotidiennes des chanoines de Saint-Junien avec 
le prévAl, Pierre Villebois, qui cherchait déjà à les ruiner en pro- 
cès, laissaient beaucoup à désirer. Mais, il est bon de dire, à la 
décharge des chanoines, qu'on n'avait jamais vu peut-être, à Saint- 
Junien, de prév(H, d'un caractère plus difficile. 

Pierre Yillebois avait été jésuite pendant dix-neuf ans. Avant 
de sortir de cette société, il avait eu soin d' <t obtenir à Rome 

1. CereUgienx dovait être,Tion pas un grand vicaire, mais nn visiteur diorésaiu. 

2. C'était conforme aux usapos anciens que nous rappelons plus loin. 

8. Ces derniers fzriefs rtn srrilx' du rhapitn", auteur du reg^istre que nous 
citons, nous semblent excessifs et frisent peut-être la calomnie. 



RATMOXD I>E Ul MARTOXIE 89 

des lettres de doctorat, et un dévolut ^sur la prévôté de Saint-Ju- 
nien »- Le cas d'incapacité du nouveau titulaire de ce bénétice à 
la suite de l'élection du chapitre s'étant produit en i^il\ après la 
mort du précédent prévôt, Yillebois invoqua fort à propos ses 
droits sur cette collation. Aussi y « fut-il maintenu ï en toute jiis- 
tioe, cc»ntre les vœux de ses subordonnés et de Tévêque de Limoges 
lui-mênie- Le 31 mars iOîîO, le grand conseil rendait nn premier ar- 
rêt, pour régler les différends que le prévôt de Saint-J union avait 
eus, dès 1614 ou 1615, avec son chapitre. Par cet arrêt, le^ droits de 
révéque ayant été lésés, Raymond de la Martonie en demanda aus- 
sitôt la cassation à cette cour, qui rendit, la même année, une noii- 
velle sentence conforme à la requête du prélat, Quelque temps 
après, Pierre Yillebois, ayant essayé de prêcher à Saint-Junien, 
avança plusieurs propositions qui tenaient de Thérésie, Dénoncé 
pour ce fait à Tévéque, il fut cité devant rofficîaî de Limoges, Mais 
il ne comparut pas devant son tribunal, parce qu'il fit appel au 
grand conseil des sentences de Tofficialité diocésaine '^, 

Les rapports des chanoines avec le théologal du chapitre, |>arenl 
du prévôt, se ressentirent de Tattilude générale de Pierre ViUel>ois, 
On vît ainsi le théologal se plaindre, le 19 février 1021, que durant 
la station précédente de TAvent, pas un seul membre du corps des 
chanoines n'avait assisté à ses sermons, et qu'il ne s^n était trouvé 
aucun pour lui donner, selon l'usage, la bénédiction. Le 6 août sui- 
vant, un chanoine représenta à son tour, que le théologal n avait 
fait aucune leçon en théologie pendant le carême dernier, les mar- 
dis et jeudis après coraplies, comme c'était son devoir. Il ne s était 
pas même mis en état de les donner, car, étant curé de Sainte- 
Opportune et chanoine de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers, il 
s'était borné à venir, de temps en temps seulement àSaint-Junien, 
et à faire prêcher des religieux à sa place, sans faire aucune rési- 
dence dans cette ville. Le théologal allégua pour sa défense <s la 
mauvaise affection que les chanoines lui portaient, parce qu'il était 
cousin germain du prévôt ». Les critiques, assez justes au fond, qui 
lui étaient adressées, portèrent leurs fruits, car, ce fut le P. Jean 
Hugon, docteur en théologie et gardien des Cordeliers, qui prêcha 
TA vent et le Carême les années suivantes. Le nouveau prédicateur 
rétablit la paix, et réussit dans les sermons qu'il donnait les lundis, 
mercredis et vendredis de Carême, car nous voyons le chapitre <3i ob- 
tenir de M. révêque », sur la demande des religieux, «i la dispense 
de manger du beurre, du lait et du fromage, pendant ce temps, en 
faveur des infirmes de la ville », et, mieux encore, faire des cadeaux 
à des Cordeliers malades 3. Cet essai de réforme du chapitre de 

i. Un dêvolut est une impétratîon fondée sur l'incapacité de la personne du 
pourvu, ou sur quelque défaut dans ses titres. Les papes se sont toujours attri- 
bué le pouvoir de donner par dévolut les provisions d'un bênéflce vacant do 
plein droit. Néanmoins, les provisions du bénéfice impétré ne s'accordent au 
dévolutaire qu'après une sentence qui déclare le bénéfice vacant. Durand de 
Maillane, Diclhnnaive, v» Dévolut. 

2. Mss. n. 11, t. I, p. 563. 

3. Mss. n. 40, p. 359 et suiv. 



y 



/j.ji .!♦♦• ;»!»•• f ê'f' lU-r tn [.*-•! î'Ii;-. ' ir«!. 

'î" f!f'foi'ii/e '/'/ L'ff-'fé par 'a ^en^te rp-viiit^t'f* les >'/»iO'/es. 

^''""t\. uf* u'-'/l U*'^ r"'U \fO*ir r^-rivniv-'lt^r, -laiis :i«.ri ou:îr^»*. fesprit 
a.'K' T'I^'-fl, '•! p^Mf arr^'•^T i^ '"^^nr- >U'< maux r-Tac«i is «lans <«jn 
ff-r^w r.. Si '^ -ijrr/'y n^ n'*f>oTi«l;î [.a> lj»-aiic«,'ip i «-e rr«.Q 'l^^vait 
:tU('ff(\rf' 'I" -on /^-le ^'t '1»^ ^f*> -««ins • ^. ••^"î;i tenait éviiiemin^»iil à 
\fi [»rof'orr'!<-«jr rN'> plains, «font la ;rii'^risMn ne pôiiv.ut -mvrp «ijifiiue 
in.irr-.h^- I^^nfp, frKji^ n'^^nW^rf*. Or, parmi it-rs meiLo'ies iriaiiirurêes 
fFfrr I' -• pr«'lafs (Je la Martonie, en vue «le porter rernê^je aux. 
M^ -• :i»r''' rnoral^'s du ckrj/é, la plus -ùre était sans oontrf^ilît celle 
<!(•-• viif^'H pn-tonik-s, rorfijilétée rliaqiie année par la tenue des 
,unf\('< Mioféwairi*^. Otte pratique si eftirace ninis semble avoir 
éfé t\i-' f>|ii-< ré;/iiIi/To.s fléjà sons l'épisrofiat que nous étudions -. 

F/i fdiis r'é|/}irr' flf, res assemblées i/énérales du clergé limousin, 
fin moins ail point do vue rie l'utilité deses «lécisions pour l'avenir 
v('\]</ii'\\\ du riiofvsf», fut celle qui eut lieu le jeudi après Saint 
|jK\ (\f' l^irinéo ffHO. L'évéque de Limojzes y fit publier, en une 
y^f'ulc l'ois, nrif admirable série d'ordonnances, qui constituent dans 
Irnr ^-ns^Triblf! le mnil leur code possible, pour cette époque, de légis- 
lation fTr'|ésin>fiqun. On y voit brilh^r, en effet, un esprit de 
^;l^^' ,-(• rd r|p ^onvcuMu^ment, qu'on n'observait pas dans les an- 
rirrrs ré'rj^.rriPîits. Leur auteur, Ilaymond de la Martonie, s'inspira 
Mirrioul, d.'ins leur ronq)osition, des décrets du concile provincial 
df' fioiM'to's f ir»K4). 

f/pvrqnp df' fjmo)KO's fit irrî primer les nouveaux statuts de son 
diorr.vc, après avoir pris l'avis fd. le conseil des doyens et chanoi- 
nes do sa rut liéd raie, «r I.os doux f)remières éditions de ce recueil 
d«'s n''^îlofnpfds diocésains fie Limoges parurent, précédées d'une 
hdtro, ou <' épistn» n, de l'évérpie Fiaymond de la Martonie à son 
clrmé '. I» Nous \n rapportons ici en gi'ande partie, à cause de la 
t'/ti'p|é v\ do rtMilité (lu documoid. 

t M^M n ^»7. f ftl. p. 'IW, 

^K NnlO" npliilttn rsl \m^rr siif loM extraits suivants dos ro^ïistres capilulaires 
\\i* ''^',\\\\\ JumIi'M «'t ilo Siiiiil NtMitijil : I.o prcMnior i»st uiio dôlihération du 23 fé- 
mIi'I IO.M I.r «ItMpiltp .II» SmImI .lunien « il.puta «loiix clmnoinrs, pour assister 
it I 'O i'inl>l.'(' (pli iIcMill SI' lMin« à I.iint^vies, lo jtMuli il'apivs Quasimodo, pour 
tir !\l1:\ii.": Iiiipoi l?\iil«w x\\\ »ll(>risi\ ainsi q\u» M. lovôquo lavait maiulé au 
rixiplhi* *' M^^ n. 10. \s :\\\\. la soromio ritation ost un extrait de chronique. 
i« Vw oi lnl>o» ItVM^. MUonitu \v }»i'rtntt itanuor do n\aladio qui rognait alors à 
Ïjn\nîM j. I l'N.'tpir itii). vi\ \v <\\uhW drln San\t \ uo jns«)u'ào«^Uu d apivs Pâques. » 
M';% n X\ p. *'î \> \ rt\:\i1 dour alors d.M»\ \>'\\nu>ns sxut^dalos î>;ïr an. Dautre 
Y:\\\. on <\\\ \\\\ A\\ <\n.Ndo dt^ tt>'''^\ lo « l'M-or x\\\ dioxvso ao^vnîa à lovèque de 
\ i\uo. » s nn. lo\ M i1o .p^\ivo nullo ln\f"«». p< n\' la «N>nvtnb tîon d tine salle syno- 
\\'\\v \ V.*\.'. hô \ ,-. 10S i^^i niionno onotMV lo sxu.vtr d apros Pàqnos qui eut lieu 
,M< 1<.^\% M.. \^ .li. p .VV^ 

:\ M'v u :ï:^. \\ :^\\•^, r-tto « Opi^Ov > <vt lo soûl mandomnit oounudcce 
pivlat 



JIAY3Ï0ND DE LA MARTONIE 91 

c Raymond de la Martonie, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège 
i( apostolique, évêque de Limoges, à tous abbés, prévôts, doyens, 
« prieurs, archiprêtres, curés, vicaires perpétuels, et autres per- 
^ sonnes ecclésiastiques de notre diocèse. Salut en Notre-Seigneur ! 

« Mes très chers frères, ce li\'Te que nous vous présentons est un 
« sommaire des devoirs des ecclésiastiques, et spécialement des 
« pasteurs, que nous avons recueilli, tant des conciles anciens et 
a modernes, que des ordonnances et règlements, que nos prédé- 
<( cesseurs ont faits et publiés en leurs synodes, pour le bon ordre 
« et discipline de ce diocèse. Nous Tavons divisé en trois parties... 
« Le dessein que nous avons est, non seulement de représenter à 
« chacun son devoir, comme en un tableau, mais encore de Ty 
<( obliger et contraindre, s'il est besoin, par Tautorité et puissance 
ft que Dieu nous a mis en main. Car les uns pèchent par ignorance 
« seulement, auxquels nous désirons donner quelque lumière et 
i( instruction... Les autres faillent par pure négligence ou mépris 
<( de leurs charges, et ont besoin d'être rangés à leur devoir par 
<!i autorité et contrainte. A raison de quoy, nous avons dressé ce 
« sommaire en forme de statuts, par Tadvis et conseil de nos véné- 
€ râbles frères les doyen et chanoines de notre église cathédrale, 
<L pour obliger tous nos sujets à les garder... En d'autres, nous 
a avons remarqué l'ignorance et la négligence tout ensemble, les- 
c quels n'auront aucuu moyen de s'excuser, quand nous leur au- 
« rons donné cognoissance, par le menu, de ce qu'ils doivent faire, 
« et ordonné de faire ce qu'ils doivent savoir. Et pour ce qui nous 
« regarde, il a été de besoin que nous eussions en ce recueil un 
« abrégé des choses principales que nous devons faire pratiquer, 
* comme nous faisons état d'y tenir la main, et châtier ceux qui 
« contreviendront ou n'observeront la teneur de ces règlements. 
e Au surplus, nous espérons que vous tâcherez, de votre part, de 
« correspondre au désir que nous avons de corriger les abus qui 
« se sont coulés dans notre clergé, et y faire refleurir l'ancienne 
« piété et discipline. Et je ne doute point que ce désir ne vous 
« vienne en l'âme, quand vous aurez l'estime et le sentiment que 
g: vous devez avoir, de la hauteur et dignité de votre vocation. Vous 
<r êtes appelés à l'état delaprestrise, le plus divin qui soit entre les 
€ hommes, ou même entre les anges. Vous portez le caractère de 
« Jésus-Christ, qui est venu au monde pour être prêtre. Vous de- 
€ vez vous regarder entre Dieu et les hommes, et par ces deux 
« respects, reconnaître l'éminence de votre état. Pour le premier, 
« vous appartenez à Dieu en une manière du tout singulière. Vous 
« seul lui rendez le culte extérieur qui lui est propre. Pour le re- 
« gard du peuple, le champ que vous cultivez, sont les âmes, faites 
« à limage de Dieu, rachetées par le sang de son Fils ; ces esprits 
c immortels, créés pour le ciel, faits pour Féternité, sont le sujet 
« et le fond des opérations de la prêtrise. Les outils, que Dieu vous 
«c a mis en main pour exercer cette céleste agriculture, sont sa pa- 
« rôle, et les sacrements, par lesquels les mérites de Jésus-Christ 
« nous sont appliqués. Ce que vous opérez est la grâce de Dieu, 



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92 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

« iin<» participation de la divine bonté. Le fruit de vos actions est 
«« la possession et la jouissance de Dieu pour jamais... Ces quatre 
«^ considérations, sur lesquelles est fondée la gloire de votre voca- 
a tion, requièrent ({uatrc conditions en chacun de vous. La pre- 
" niière est une j^^rando [)ureté, nécessaire à ceux qui manient les 
c vases sacrés, les ânies, vaisseaux du Saint-Esprit. La seconde, 
i( une^^rande dépendance de Notre-Seigneur, qui opère par vous 
« en la prédiralion de sa parole et administration des sacrements. 
«' La tn )isième, l'union très étroite avec lui, attendu que vous êtes 
« l(*s eanaux qui porto/. Teau dévie... La quatrième requiert en 
<• vous la perf(»ction de toutes les vertus, (^e sont les biens que 
•' vous devez désirer et rechercher, beaucoup plus ardemment 
a que les rorumodités tonq)orelles.:. Dieu vous fera régner, quand 
" vous îivanrerez la gloire de son royaume sur la terre... Nous 
« rléplorons <le voir les laïcs, voire même ceuxqui se disent enfants 
w de rKglise, usurper iniquerueut, posséder par fraude et dissiper 
« sarrilègenienl \i\ j)atrimoine et riiéritage de Jésus-Christ. Nous 
« déplorons encore |)lus la perte do 1 ame conjointe, avec la ruine 
« de nos biens, et la désolation des églises ; et, ce (lui ne peut se 
a dire sans horreur, (ju'ou voie des ecclésiastiques prêter la main 
<' et servir (rinstruments à <»eux ijui jullent TEgiise ; couvrir de 
tf leurs noms cetix cpii luit dépouillé leur mère, i)ratiquer la conii- 
«< dence envers les hommes, par la perfidie et trahison envers Dieu 
(allusion aux custodhws). 

« A tous ces maux, nous ne voyons aucun remède de la part des 
« liomrTies; il nous le faut chercher en Dieu, par les moyens qui 
«' vous ont été [)roposés ci-dessus, et par l'observation des statuts 
ff et règlements, que nous vous donnons en ce sommaire, alin que 
« vous-mêmes soyez la règle et la loi vivante du peuple, qui, vous 
<< re^^anlant et trouvant de (|uoi in^iiter en vos actions, se rendra 
« tel envers l'Eglise, (jne vous serez envers Dieu ' ». 

(!e rnandenient épiscopal, ce directoire tracé d'une main ferme, 
pour servir de j)réface aux statuts diocésains. contenait, on le voit, de 
•i raves considérations, (pii tondai(mtà relever de sadéchéance <lans 
l'esprif du clergé lui-même, le caractère sacerdotal. Cette iustruc- 
llou, si opportune ne devait être ptuirtant bien comprise cpie beau- 
coup pins lard, (juand le prêtre régénéré aura su imposer à tous 
ie rrspect et l'estime, par la dignité de ses muMirs et Tardeur île 
<nn y.r\i\ Sn\]< réservant de ne citer, dans le cours de celte étude 
les ordonnMmM»s >yno(lal(*s de» M>19 (pii sont pour notre sujet un 
docnmeni «l'fine valeur inconi[)arîible), ipi'au l'ur et à mesure que 
nou'^ le<^ troiivr'rons appliquées par les évé(pu's de Limoges, nous 
i\n\]< bornons a faire connaître maintenant les règlements les plus 
ur^cîenls, concernant •• la vie, les mceurs (^t la conversation des 
ecclésiastiques n. Les lrail> j)articnliers à cette épocpie seront aisé- 
ment >onlt;^né^ par le lecteur, sans autre indication. 

!. //. .V. /7."'.-/.. I l;. ir.1:2 statuts .^t nèu'lomciits du (iiocrsc de limoges, 
inoc'rs. Ant. liMrl.f)U, U'rJ^.K Prr/\rrt\ t. XIL I-JjVniftOntr d Kiicune Ualuze. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 93 

I. « Comme la maison du prêtre, et particulièrement celle du 
pasteur, doit être purgée de toute impureté, et exemte de tout 
soupçon, nous défendons, ditTévêque, à tous curés, à tous prêtres, 
et à tous autres ecclésiastiques de notre diocèse, de tenir en leurs 
maisons aucunes femmes, si elles ne leur sont parentes de si près 
comme la mère, la sœur et la tante, qu'on n'en puisse concevoir 
aucune suspicion d'incontinence. 

IL L'étoffe, la couleur et la façon des habits que portent les ec- 
clésiastiques, doivent être si conformes à leur état, qu'on puisse 
facilement les discerner des personnes laïques. C'est pourquoy, 
nous ordonnons, à tous ceux qui sont promus aux ordres sa- 
crés, et à tous les bénéficiers de notre diocèse, de porter des 
habits noirs, à sçavoir une soutane qui couvre décemment le 
corps jusqu'aux talons. Et, lorsqu'ils font voyage, nous voulons 
qu'ils soient habillés d'une manière si convenable à leur état, que 
chacun puisse facilement les reconnaître. 

IIL Nous leur défendons toutes supqpfluités et mondanités en 
leurs vêtements, comme manchettes froncées et autres choses 
semblables. 

IV. Nous leur défendons, de porter la barbe longue, la moustache 
retroussée, les cheveux longs ou frisés ; et leur ordonnons de por- 
ter les cheveux courts, la couronne large et apparente, chacun 
selon l'ordre auquel il sera promu. 

V. Tout port d'armes est défendu aux ecclésiastiques, lors même 
qu'ils voyagent. 

VI. Nous défendons à tout ecclésiastique de notre diocèse de 
nourrir des chiens et des oiseaux de chassé, dedans ou dehors 
leurs maisons... 

VIL Nous désirons et entendons que les ecclésiastiques ne se 
trouvent que très rarement aux festins, principalement à ceux des 
noces, et partout où il y aura de la dissolution. 

VIII. Nous leur défendons très expressément les tavernes, les 
danses, les jeux publics, tous les jeux de cartes ou de dés, comme 
aussi de se masquer de nuit ou de jour, le tout à peine d'être châ- 
tiés suivant la sévérité des canons. 

IX. Le prêtre doit pratiquer le premier ce qu'il recommande aux 
autres. 

X. Qu'il fuye les procès contre toute sorte de personnes, mais 
principalement contre les autres prêtres et contre ses paroissiens. 
Qu'on ne le voye point aux foires et aux marchés publics, et qu'il 
soit éloigné de toute sorte d'usure et de gain sordide. 

XL Nous défendons à tous prêtres, diacres et soudiacres, de se 
rendre fermiers des revenus des bénéfices, médiatement ou immé- 
diatement, à peine de suspense : et leur interdisons sous les 
mêmes peines, ou de plus grandes, si le cas y échoit, toute sorte 
de trafic et de commerce, et spécialement de lever les tailles 
(impôts sur les personnes qui n'étaient pas nobles ou ecclésiasti- 
ques), et de se rendre agents solliciteurs ou procureurs des mai- 
sons séculières... 



9i VS SÎKCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINXE 

XII. Il faut qu'il soit sobre en sa nourriture, qu'il soit sérieux 
en ses paroles... 

XIII. Que l'étude et l'oraison, la paciflcation des différends, la 
visite des malades, des pauvres et des affligés, soient son occupa- 
tion et son employ ordinaire: comme aussi l'instruction des 
enfants et des autres ignorants, l'ornement des églises et la con- 
versation des personnes ecclésiastiques ferventes et zélées. Qu'il 
s'applique aux fonctions sacrées et à l'administration des sacre- 
ments ; et enfin que sa conversation soit comme celle des anges > ^. 

m. Réforme des anciens ordres de religieux. 

Les instituts religieux qui couvraient depuis dix siècles les dio- 
cèses du royaume, étaient entrés dans les cadres de la société 
chrétienne. Peu à peu, parla puissance de l'idéal, ils avaient aspiré 
le meilleur de sa sève ; ils avaient été les produits les plus com- 
plets de sa culture. Quoique singulièrement affaiblis ou dégénérés, 
à la fin du seizième siècle, ils subsistaient tous 2. Ce qui distin- 
guait la société monastique, c'était la communauté de vie sous 
une règle, et la profession des vœux. Mais par la diversité des 
statuts, du genre de vie, ce régime monastique répondait à 
tous les besoins de la vie reWgieuse ; par la variété des formes, il 
représentait tous les types de la structure ecclésiastique. Au pre- 
mier plan apparaissaient les monastères bénédictins qui s'étaient 
constitués sous une forme fédérative. Dans la famille monastique, 
les abbayes et les prieurés qui s'étaient agrégés à Cluny et à Ci- 
teaux étaient de véritables républiques. Ils avaient dans l'ab- 
baye-mère leur centre ; dans l'abbé général, leur chef, dans les 
chapitres généraux, leurs assemblées. Par leurs richesses, leurs 
privilèges, leur organisation, leur esprit, ils avaient formé 
dans l'Eglise du moyen-âge une puissance formidable. Mais à la 
fin du seizième siècle, le régime de la commende les avait gran- 
dement affaiblis sous tous les rapports 3. Ce fut pourtant de 
ce côté, par suite du choix heureux des abbés commendataires, 
que vint dans le diocèse de Limoges le relèvement de plusieurs 
abbayes bénédictines. 

i. (ynhnnwtwpfi nynndalrsfhi diocffsp de Limofjes, à Limoges, chez Pierre Bar- 
bou, 1703. Edition 4« et dernière de François c^e Canisy, p. 9 et suiv. Les édi- 
tions précédontf's portaient le titre de Statuts et Rèjîlements synodaux du 
diocèse... \a partie concernant les ordonnances de Ravnmond de la Martonie 
comprend KiO paires in-1'2. 

2. Article de M. Imhart de la Tour sur les origines de la Réforme. Revue Le 
CorrrHpondant, 10 août 1îK)3, p. 531. Répandu dans toutes les parties du diocèse 
de Limoges, l'élément monastique y représentait peut-être plus de la moitié, 
dans l'organisation générale de la .société ecclésiastique. Il se composait sur- 
tout, de couvents d'hommes des divers ordres ; trois abbayes de femmes n'y 
étaient qu'une exception. 

3. Art. de M. Imbart de la Tour, ibid. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 95 

i« Réforme de Saint-Maur à Saint- Augustin-'lèS'Limoges, 

La réforme la plus célèbre de ce temps, celle de Saint-Maur, 
abrita ses origines en 1617 dans la vieille abbaye de Saint-Augus- 
tin-lès-Limoges ^. A la fin du seizième siècle, ce monastère béné- 
dictin était en ruines. Les derniers abbés n'avaient vu dans leur béné- 
fice, qu'un domaine à exploiter -î. Intéressés à grossir leurs revenus, 
ils avaient laissé dégrader les bâtiments conventuels ; et en même 
temps, la discipline négligée par le prieur s'était affaiblie. En 1594, 
il ne restait que huit religieux, qui ne résidaient môme plus à Saint- 
Augustin, mais un homme de cœur songeait alors à relever l'an- 
cienne abbaye. 

Jean Regnaud, né à la Souterraine 3, élevé au collège de Na- 
varre, et docteur en Sorbonne, connu à Paris par ses prédications, 
venait d'être pourvu par le roi de la commende de Saint-Augus- 
tin (10 mai 1594). Restaurer l'abbaye devint la pensée dominante 
de son nouveau titulaire. Le premier soin de l'abbé Regnaud 
fut de rallier à sa personne les huit religieux dispersés, et de pour- 
suivre devant le Parlement de Bordeaux la réintégration des biens 
usurpés. Il pria ensuite l'évêque de Limoges de désigner une com- 
mission qui s'occupât, de concert avec lui, de rédiger des consti- 
tutions nouvelles. Henry de la Martonie fit appel au conseil des 
prieurs de Brantôme, des Glandiers et des Ternes. Cette commis- 
sion dicta, le 27 septembre 1607, des statuts qui imposaient aux 
religieux, entre autres obligations, celle de se réunir à minuit pour 
la récitation de l'office. Habitués à une vie molle, quelques-uns 
des moines trouvèrent l'obligation trop dure, et refusèrent de s'y 
soumettre : on leur permit de se retirer, moyennant une pension 
alimentaire. Les autres religieux se groupèrent autour du réfor- 
mateur. L'édifice conventuel tombant en ruines, l'abbé Regnaud 
entreprit de le reconstruire: il fit, dans ce but, commencer les tra- 
vaux en 1612 *. 
< L'année suivante, le 5 mars, il signait à Paris, avec dom Didier 

i. Saint-Augrustin-lez-Limojijes se trouvait prés et liors les murs de la ville. 
Rorice, évêque de Limoges, y lit bâtir vers la fin du cinquième siècle, une è^^lise 
en rbonneur de saint Augustin, Turpio d'Àubusson, l'un de ses successeurs, y 
mit des moines bénédictins l'an ^34. Le cbapiti-e de la catbôdraie conlirmait 
l'abbé de Saint-Augustin, qui devait se présenter ensuite à l'évêque, et recevoir 
de lui, sans autre examen, la cbarg(.^ du soin des âmes. Ou comptait dans l'é- 
glise abbatiale, en 1613, vingt-huit évêques de Limog<\s qui y étaient inhumés. 
Aux processions générales de Limoges, les Bénédictins prenaient rang immé» 
diatement après le clergé de la cathédrale. PouiUè historiym^, p. 122. Bulletin d4i 
Limogps, t. XLVI, p. 350. 

2. L'abbaye valait trois livres de revenus en 1760. PmtiUiK 

3. Petite ville de la Creuse, où étaient un»i prévôté dc-sservie par six prêtres 
séculiers, et une cure en ville murée de d**ux mille trois c-ent cinquante commu- 
niants en 1750. PouilU' historiifiw, p. 380. 

4. L'église et quelques parties de l'ancienne abbaye ont été conseiTées. Mais 
le gouvernement français, après en avoir chassé pendant la Kévolution les der- 
niers moines, a transformé le couvent, en 1810, en maison centrale de détention, 
puis en a fait, en 1871, une caserne d'infanterie dite des Bénédictins. Ducour- 
lieux, Limoges, Plans, p. 157. 



96 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

de la. Cour, le contrat d'union de Tabbaye de Saint-Augustin avec 
la congrégation réformée de Lorraine, dite de Saint- Vannes ^. 
La réputation de cette dernière réforme engagea successivement 
plusieurs autres abbayes du royaume à embrasser les mêmes 
observances. Les premières qui les firent adopter par leurs reli- 
gieux, suivant ainsi l'exemple de Jean Regnaud, furent les abbés 
de Saint-Faron de Meaux, de Saint-Julien de Noaillé (diocèse de 
Poitiers), de Saint-Pierre de Jumièges et de Bernay (diocèse de 
Rouen). Didier de la Cour envoya quelques-uns de ses religieux 
dans ces difTérents monastères, pour y introduire la pratique exacte 
de la règle primitive de Saint-Benoît. Mais, comme il paraissait 
difficile de réunir toutes les maisons réformées, sous l'autorité d'un 
supérieur résidant en pays étranger (la Lorraine ne faisant pas 
alors partie de la France), on prit le parti d'ériger en France une 
congrégation dans le même esprit et sur le même pied que celle 
de Saint-Vannes, mais qui serait distincte et indépendante 2. L'abbé 
Regnaud fut un des plus zélés pour ce projet. Ses religieux l'ayant 
adopté, il engagea des pourparlers avec Didier de la Cour, qui 
accepta la disjonction de l'abbaye de Saint-Augustin, en 1617, et en 
forma, de cette manière, le berceau de la nouvelle congrégation 3. 
On la nomma la réforme de Saint-Maur, du nom d'un des premiers 
disciples de saint Benoît. Elle fut autorisée, en 1618, par des lettres 
patentes du roi, et approuvée par une bulle du pape du 17 mai 1621. 

Les plus grands personnages, le roi, les cardinaux, les évo- 
ques, les magistrats témoignèrent un vif intérêt à cette réforme, 
qui fut adoptée successivement, en France, dans cent quatre- 
vingt-six abbayes ou prieurés conventuels de Saint-Benoît. Parmi 
les maisons les plus florissantes de cette congrégation, on compta 
bientôt Saint-Denis, Saint-Germain des Prés, Saint-Remi de Reims, 
Marmou tiers (près Tours), etc.. Les premiers religieux parta- 
geaient leur temps entre la prière et l'étude ; on leui» dut la res- 
tauration de plusieurs anciennes abbayes, et la construction de 
belles églises. La congrégation de Saint-Maur produisit surtout 
un grand nombre de personnages distingués par leur piété et sur- 
tout par leur érudition *. 

Jean Regnaud, abbé de Saint- Augustin, avait donc, le premier en 
France, adopté la réforme de Saint-Vannes, puis celle de Saint-Maur. 
Cet honneur suffît à rendre immortel le souvenir de sa tâche dans 
les fastes de l'Église gallicane. Pressentant sa fin prochaine, l'illus- 
tre abbé résigna, en 1621, son titre en faveur de dom Maur Dupont, 
prieur claustral de Saint-Augustin. Il s'éteignit, plein de mérites, le 
31 janvier 1622. A sa mort, le monastère bénédictin comptait douze 
offices claustraux, et dix-huit religieux profès ; il recevait douze 
novices par an s. 

1. Laforest, Limoges^ p. 98 et suiv. 

2. Picot. Essai historique sur Vinfluence de la religion en France. Paris, 182i, 
t. I, p. 158. 

3. Laforest, ibid. 

4. Picot, ibid» 

5. Laforest, ibid. 



RAYMOND DE LA MARtONÎË 97 

Parmi les religieux de Saint-Augustin les plus méritants, nous 
devons en mentionner deux particulièrement : Antoine, dit Maur 
Dupont, du diocèse de Beauvais, successeur de Jean Regnaud, et 
Jean Audebert de Beliac, qui furent dans leur congrégation des per- 
sonnages remarquables. Le premier avait fait profession chez 
les Céiestins de Paris, en 1600 ; il avait été, en 1644, prieur d'Avi- 
gnon, où il gouverna pendant quatre ans, avec beaucoup de piété et 
d'érudition. Les troubles de son ordre l'ayant fait passer dans la 
nouvelle congrégation de Saint-Maur, il y fit profession à Noaillé, 
en Poitou ^, le 21 juin 1620, à l'âge de trente-quatre ans. Il fut un 
de ceux qui contribuèrent le plus à l'érection de l'Ordre naissant 
de Saint-Maur. Il était prieur claustral à Saint-Augustin, en 1621, 
lorsque le roi consentit à la résignation du précédent abbé en 
sa faveur. On le fit visitent- d'Aquitaine, en 1623 et en 1626. Afin 
de rendre l'abbaye de Saint- Augustin triennale, il obtint, le 23 jan- 
vier 1629, du roi Louis XIII, de se démettre, au profit du chapi- 
tre de la congrégation de Saint-Maur, démission que le pape con- 
firma, par une bulle du 20 mai 1632. Maur Dupont fut élu 
général de son ordre, en 1627, et fait prieur de Saint-Germain deâ 
Prés, en 1634. Il fut tué à la bataille de Saint-Denis, le 21 septembre 
1652, au moment où il portait des secours aux blessés 2. 

Jean Audebert, profès de l'abbaye de Saint-Augustin, en 1620, 
grand prieur de Saint-Denis en 1640, prieur de Saint-Germain des 
Prés en 1656, supérieur général de l'Ordre de 1660 à 1672, mourut 
aveugle en 1675. C'était un religieux d'un très grand mérite, d'un 
zèle, d'une régularité, et d'une humilité exemplaire. Il gouverna 
sa congrégation avec beaucoup de zèle et de prudence, et y déve- 
loppa le goût de la piété et de l'étude. Dom Mabillon, qui l'avait 
connu particulièrement, ne parlait jamais de lui qu'avec une pro- 
fonde vénération. Dans d'autres ordres religieux, disait dotn Mar- 

tène, on poursuivrait, avec beaucoup de justice, sa canonisation ^. 

2^ Réforme de Vahbaye de Solignac. 

La renommée de la régularité des moines de Saint-Augustin 
amena bientôt la réforme d'une autre ancienne et célèbre abbaye 
de Bénédictins, celle de Saint-Pierre de Solignac, située à deux 
lieues de Limoges, vers le midi *. Ce monastère fut même un des 
premiers en France à s'unir à la congrégation de Saint-Maur, et 
cela encore par le soin et la diligence de son abbé commendataire, 

1. C^était une colonie de bénédictins réformés de Limoges qui avait fondé 
cette maison. Jean Regnauld en avait pris possession le 15 septembre 1615, 
au nom de la congrégation de Saint- Van nés. Cf. Laforest, ibici., p. 100. 

2. Bulletin de la Société du Limousin, t. VIII. Art. Roy Pierrefitte, p. 170, 171. 

3. Labiche, Vie des Saints du Limousin, t. I, p. 321. 

4. Elle avait eu pour fondateur au septième siècle saint Eioi, évéque de 
Noyon, qui y mit un abbé et cent cinquante religieux. Louis le Débonnaire avait 
rebâti Fégiise iniinée et l'avait placée sous sa protection spéciale. Bulletin de 
Limoges, t. XLVI, p. 351. 

7 



98 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

messire Jean Jaubert de Barraut, évêque de Bazas ^. Quand il en 
avait pris possession par procureur, le 2 mai 4601, l'abbaye se trou- 
vait dans un état de ruine lamentable, causé particulièrement par 
le pillage de plusieurs seigneurs calvinistes. Ceux-ci, les sieurs de 
Châteauneuf^ de Bourdeilles et de Saint- Mathieu, disposaient, 
depuis douze ans, des revenus de l'abbaye, à leur volonté, et y 
tenaient des custodinos. N'ayant en vue que l'intérêt propre et 
l'augmentation de leur rente, ils ne donnaient aux religieux que 
ce qu'ils ne pouvaient pas leur ôter. 

De leur négligence s'ensuivirent la ruine des bâtiments conven- 
tuels et le délabrement de la belle église abbatiale. Il y pleuvait de 
tous côtés, on n'y trouvait plus de calice d'argent, pas une seule 
nappe décente, pour couvrir les autels. Une vingtaine de moines, 
néanmoins, n'observant aucune discipline, vivaient pauvrement 
dans cette abbaye de petites pensions, et de ce qu'ils pouvaient 
gagner à l'église. Dès 1590, les seigneurs de Châteauneuf avaient 
mis à leur tête, l'une de leurs créatures, Pierre Belut, en guise 
d'abbé, ou plutôt de loup, dit un chroniqueur de Solignac. Belut 
était de Pierre-Buffière : il n'eut que le souci de s'enrichir et 
de trouver dans le monastère une place pour un de ses neveux 
de même nom, qui lui succéda. Ce désordre dura ainsi, jus- 
qu'en 1601. 

Le nouvel abbé de Solignac, Jean Jaubert de Barraut, avait pris 
au sérieux, malgré sa jeunesse, le titre qu'il portait. Il plaida au 
Parlement de Bordeaux contre les usurpateurs des biens de l'Église; 
et ayant prouvé contre Pierre Belut la confidence, il fut reconnu 
légitime possesseur de l'abbaye. Il se préoccupa ensuite de réparer 
les ruines et d'introduire la réforme parmi les religieux. Dans 
ce but, le 27 août 1615, il signait « un concordat avec dom Maur 
Fontaines, prieur claustral de Saint-Augustin, et deux autres 
religieux de la même abbaye ». Par ses soins et à ses frais, cet 
arrangement était approuvé par le roi, et homologué en cour de 
Rome. L'exécution fut plus difficile. Les anciens religieux s'étant 
énergiquement opposés à la réforme, l'abbé de Solignac fut obligé 
de leur intenter un procès, qu'il gagna au bout de deux ans. Enfin, 
le 26 juin 1619, six religieux réformés de Saint- Augustin furent 
admis dans le monastère de Solignac, pour y faire revivre l'esprit 
de saint Benoît. L'abbaye fut alors, pendant quelques années, par- 
tagée en deux parties, comme beaucoup d'autres couvents de 
France, sujets à cette époque à la même épreuve. Une partie fut 
laissée, par l'abbé, aux anciens religieux, qui étaient au nombre de 

i. Il était fils de noble Emeric, sénéchal de Bazas et comte de Barraut ; il 
était licencié en droit canon en 1598, quand il obtint ses bulles pour Tabbaye 
de Solignac, à Tàge de dix-huit ans. Il étudiait en philosophie et en théologie, 
au collège des Jésuites de la Flèche en 1603, était consacré évêque de Bazas à 
Rome, en août 1612, par le cardinal de la Rochefoucauld, et archevêque d'Arles 
en 1630. Tout jeune encore, dit un de ses panégyristes, Jean Jaubert était un 
modèle de toute sorte d'honnêteté et de probité. Cf. Bulletin de Limoges^ 
t. XLIII, p. 070 et Roy - Pierrefltte. Notices, Limoges, 1860, p. 37, 



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n'y eut d'alKinl aiiounc» touuhuuu^u^tkk Xiv^i^ »u,4 ivU©.^^ f,u<»y À iv\ 
sainteté et ÀriHllueuiV tloa notàXt^ciuv *iiiii^i^u\, jm4 ^^Uw' ^vi.i vK 
la dis|)arition do> piuinpauv «ii|k|Uk><*aU, la u^iuu^ut »lu ^uavuuwI 
des deuxcouveul8 st^ tit a rttn»ic4i»lb. i,<4 u K»uuti.Ui la .anv 4w vi- > i 
vaitcedeSauit-Mttur»(MHU un ÙU u« ruiii^ili uâuii^u.L:. u^t a\iU h*-»*». 
époque où ia (f»^n<lo o^hat» du Icililiii^u oouU uu:^ JuU(.\ k;v<iiUiiu 
nautés, qui t(VUi(*rit drlIiutiNkihitJui icitiiiuù linui iîuiuu i uiu^i 
gaud fut le pretiutM' ptituir duts luli^iuiu luiuiiiic^o i<t'iaii lu) 
bénédictin d'uni» ^rund»* \t»rtu, qui iui&bti u oa inui L ùiiivi liui; i ii 
1G22, de prul'onds n'^itMh paiiul U)4i& auf touhuii^ cl dan»? la jii lih: 
ville de Soli;;uu(\ lif^ou iiHiip>,i>u havaillii ^iil Umi a la ii...iiUUiiliiUi 
des bàliuienlh dt* l'alW/ust*, d(iid lu.- tU-pL-nûif liuciil a la i luiij;i. ilu 
révéque df' Ha/.as. 

A f>artir d** W/l, U' prioiat dt- duui Maiu )u..ni, ipu il.Jia iiin\ 
ans à Soli;;utt<' ^, avança lii»uu«'.<iup i «au vie di* lu lui uiJ4 ili4iijijii iii o 
reli;:ieux, «1 d<^ la n'ionm* df I itlihiiyi'. Ijtiuj Ju. »îUi ttaii ii.nn ^nmy 
un »ainl, el, en e!ï«;l, <1H !«' rlnuuiipj* u< tpij lui l« i^i/Ji^ lii . i.. 
acleh, ^' ceLail un ^«and n*li;4it'ii.« i:n vi.^ln tjl cij ii^A iimr. Il .iii^ji 
precuer* Mju\4;nl dan.*» I <';'li.->i' du \'iy.tii. ï Jia«pic diiiiuiii J.i H j;j« • 
cnail. ap^♦'^ dinet, d«in^ I i-^U^si' uï^inilmU t-i iî Im.tul i«. « aU,. hl. ijir 
apr4.'> v*-pr*5^, aan^ iu fii.juu*- <*j»api'l*t'. boj/i iVlani Iju^j^viii ♦.i.i*! 
aLU>*'. d* h>ainv-Au;zu^lin i-taii v»-ii4i piu/u «ii.- l-j*.- ^ r.'^i.'^i.,u i..i.ii 
pi>-uvij ausîï' d lii' ;itau<i /^-ii- d.tii.«- t.- p4 (OiidUoi* -. ; 

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\O0¥ i:\ sikas. DR vrR ]:ccLi<:sî ASTIQUE i:x i>rovîxce 

dimanche du mois ^t aux Irtcs do. I.i sainto Vi(»rî2:e. I.c pieux ]»rplîit 
nssistnlt luAmp, chaffue diinanc[if% aux (•îitt'H!hisïïit»s do I auliavp. tx- 
cpptê la dfrnié^rp annép flf» >o!i st^jour, a cause fU» ses iiirfnnuu)(ii1e< 
t*xtraor*dinairos. .\fais, meiué^ alors, ii iif* inancfiiait pus d'y envoyer 
^f>s drjinesti<fueset lt»s autres personnes <le ^a maison, i*xeept*» ceux 
i|r>nt il lie pouvait se passer, (aî tut par de t<»ls «'(u*oura«enients, 
pins j't'tiear.es que h^s plus heaux «liseours, iiue la rétoi'rne iienedic- 
tiî)e s'implanta solidement aSolii^nac '. (l'ist dans <-ette aoliaye, «mi 
il faisait de lonirs s(*jours. «pion venait <*onsull(»r de lous cvU'^^ 
Tarehev^ffue d'Arles, l'un des prélats h»s plus distingues de ->tui 
temps. 

I.a sacresse «-t les lumières de Jean «le Uarraut, -on application 
à ses devoir^s, ^on /ele pcair procurera stm diocèse des établisse- 
ments i*t des rt'^tbrmes utiles, lui avaient acquis une piste lenoni— 
M)ée. Aussi mérita-t-tl de présidera rassemijiée .uoiu»raii^ du clerm* 
fie France, tenue à Parrs en IH*i5, l't «le haranguer le roi au nom des 
prélats. Cltjulroversiste î-PTuarquahle, il lit imprimera Hordeaux, à 
Irnis i*epris(»s, ^ous le titre d'/!^]' r/??f ri? et Fa ussÉ?f es, une rérutatioïu 
célèt)re a eptte «'q)oque, du livre de Pierre «lu Moulin, iiililutê 
Jioifrlirr de la foi '-. 

H partit en I64rj. avec une ^anté «lélabrée, de -on abbaye de 
Soliurnac, N* mardi d'ajires la PiMitecote, pour S4'n aller a Paris, 
où il u)ourntle:»l juilh't suivant. Son cor-ps lui p(U*té a li(U'deaux. 
à la maison professe d(^s .!<'suitcs, et ^tui «'(eiir a la (lliartreuse de 
(riandiers, en Limousin. Bien «piun peu froisses de <*(Mte dernière 
préférence, les nénédictins dt» Srdiiinac, a «pu Jean de Harniul avait 
joujours lémoiixnc* heau(M)up d'atletnion, refidirent a Tarclievt^que 
«l'Arh's, leur abhi», les lionntMirs fuiiebirs les plus solennels. ( )» lui 
lit. <lan< la irrande «'j^lise, un «iftice avec tapisseries et cliaptdle ar- 
dentf». l)nm Mni'c Hastide, al)lie de Saint-Aun^ustin, vint, par «u'îlre 
du supérieur ,uiénérnl «les l)('Mi(Mlictins «le Saint-Maur\ p résilier Ir^ 
service divin a Snliizuac. Jean de Barrant «loniia \)[iv iestament la 
soifune «le irWH) livres aux pauvres de !a vilh^ Il lut extrêmement 
refrîv»tté des lialiitants «le Soliij,na(Mni"il avait proteui'sUe s*)n vivant, 
aniard qu'il avait pu. (»t d(»s religieux «le ral)have, «fui perdinMil 
en lui lin ^rnnd luenfaiteur, et un iïrandami«te leur ron<yv';aUn>ii. 

:V^ lléformp iio^ lûmUlants à Saijii'Martin-leZ'L'LfnoqeH. 

I/ancienne ahl»aye «le Saint-Mai-tin fut loiidée, 'HI-hu, par AiicIU5^, 
M'Vf* de saint Kloi, «'^vèque de Xnyon, vei's Tan «ilH, dans la propit* 
«l(»Tneure «le ses parents •*. (liMix-ei, luicher '»t nM'nuje, y «Paient 

1. IMoot, /'VsvTj /,i}i(orf>t}ip. l. {, {). -223 «'t vioreri, Ihrt>oiniinrt\ t. VI, o. ^20H. 
•2. Iiuih»if» ih' Lftnofjt^s. art. l.prl«M*. t. vLlI!. p. .»ïi7. fiTl, <^r t. XLV. p. lîiii, *2i5»ï 
:{ Snint-Martin ntait c:Hin' ;m lias «le ta \'itle le i.imoLies, tout ni'es «te)* i*enri- 
parts lin «^hAteaii. a 'li^) 'm-trps -li* Saint-Martial, i UK) -le SHiut-Auj^usli». Lus- 
anrippM l>At!ment< ,\f> l'ahhavp, .-onstniction «lu «lix-septuMiie ,^ie«'ie, mit t'ait 
placp, en \H*\\) a lliolel <in «•ommandaut 'lu ■Unizièine onrps «iJinuee, place 
J«>urdan. Dnconrtienx, Ltmnqi'K. !.57. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 4M 

enterrés, et rep^ardés comme saints, puisque les pierres de leurs 
sépulcres servaient de tables d'autel *. Plusieurs fois détruit et 
rétabli aussitôt, le monastère confié en 1012 par Hilduin, évéque 
de Limoges, aux religieux bénédictins, jouit sous ce régime pendant 
tout le moyen-âge d'une grande prospérité 2. Pillée à deux reprises 
(1548 et 1563) par les troupes calvinistes, l'abbaye de Saint-Martin 
était presque en ruine, et ses revenus étaient perdus à la fin du 
seizième siècle, quand son cinquième et dernier abbé commenda- 
taire en fut pourvu par le roi. C'était Louis Marchandon, issu d'une 
ancienne et honorable famille deBénévent, dans la Marche, prieur- 
curé de Marsac ^ en 1584, ordonné prêtre en 1588 et nommé peu de 
temps après chanoine de la cathédrale de Limoges, dont il fut l'or- 
nement par son zèle, sa science *, et son éminente piété. Il reçut en 
1598 ses bulles pour Sairtt-Martin, et en prit possession, le 3 dé- 
cembre de cette même année. Il se donna d'abord beaucoup de 
peine, pour remettre le temporel de Tabbaye sur l'ancien pied ^, Il 
n'arriva à recouvrer ses biens, usurpés par des seigneurs calvinis- 
tes, qu'en engageant un long procès contre l'un d'entre eux, 
nommé de Foucauld de Saint-Germain-Beaupré. Il eut gain de 
cause en 1615. Il mit aussi tout en œuvre, pour retrouver les titres 
et autres papiers précieux du monastère. 

Mais l'état disciplinaire de l'abbaye était encore plus déplorable; 
trois religieux seulement l'occupaient; les autres étaient dispersés. 
Ce fut en vain que l'abbé Marchandon voulut rétablir Saint-Martin 
dans son premier éclat et son ancienne régularité. Bulles, excom- 
munications, lettres du roi, tout fut inutile. 

Alors il prit un parti qui prouve, à la fois, son désintéressement 
et son zèle pour la réforme des religieux. Il se démit de son 
abbaye entre les mains du pape, afin qu'elle fut unie à perpétuité 
à la congrégation des Pères de Notre-Dame de Feuillans, Ordre 
de Cîteaux, et que ces derniers fissent ce qu'il avait voulu 
et n'avait pu faire. Grégoire XV y concourut i)ar une bulle du 
7 juin 1622. Sur le consentement du roi, de l'évêque, du clei-gé, 
de la justice et des consuls de la ville de Limoges, consente- 
ment qui fut donné le 11 septembre 1624, les Pères Feuillans 

i . On les trouva vers fan 1100, et on les plaça décemment en 1631 . Le culte ^ 
qu'on portait à Limoges aux parents de saint Eloi fut très populaire au moyen- * 
àjre. Ponillê hislorkfw*, p. 127. 

2. C'était au moyen-àge, pour l'abbaye de saint Martin, une prérogative pré- 
cieuse de recevoir les évêques de Limoges avant la prise de possession de leur 
siège. Le prélat devait aller, après son sacre, faire une retraite de plusieurs 
jours à Saint-Martin. U était tenu d'y vivre ù la façon des moines, d'y vaquer à 
l'oraison, au recueillement et de se disposer ainsi à remplir dignement les 
fonctions épiscopales. C'est de l'église abbatiale de Saint-Martin qu'il était con- 
duit processionnellement à la cathédrale pour son intronisation. JiuUetin de 
LhnoffpSj t. XL, p. 245 et suiv. 

3. Bénéfice situé dans l'archiprôtré deBénévent, à la collation de l'abbé de ce 
lieu. La cure, sous le vocable de Saint-Pierre comptait, en 1760, prés de mille 
communiants. PoniUé histor., 307. 

4. Marchandon était licencié iti ntroquejnve. D'après l'indication de ses bulles, 
ô. Le revenu annuel de Saint-Martin, en 1773, était de 3 000 livres. PouUIr, 



102 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIA.ST10UE EN PROVINCE 

prirent ix>ssesî>ion de Tabbaye de Saint-Martin le même jour ^. 
Ainsi ce monastère, qui ai)|)artenait auparavant aux fils de 
saint Benoit, vêtus de noir, passa à des moines blancs de TOrdre 
deCîteaux;et ses abbés, qui étaient à vie, devinrent triennaux. 
]*e premier de ces abbés Feuillans, qui poila d abord le titre de 
prieur de Saint-Martin, fut Pierre Vincent de Saint-EJoi, fils 
d'un nommé Vincent, avocat à Limoges. Le nouvel al>bé, avec le 
secours de quelques personnes pieuses et les libéralités de Guil- 
laume Nicot, marchand de la ville, fit relever les bâtiments con- 
ventuels et restaurer, pour le service divin, Tancienne chapelle de 
Saint-Jean, qui fut plus tard considérablement agrandie 2. 

4^ Hé forme des Frèrei-Prècheurs de Limoges. 

\jne dernière et importante réforme de couvents d'hommes eut 
lieu à Limoges, à la même époque : ce fut celle des Jacobins ou 
Frères-Prêcheurs, qui depuis longtemps avaient un collège, où ils 
enseignaient la philosophie et la théologie à leurs novices, et aux 
jeunes clercs du diocèse ^. La fondation du couvent des Domini- 
cains de Limoges est liée à l'action apostolique de saint Domi- 
nique, qui, en 1220, étant de retour d'Espagne, envoya le Toulousain 
Pierre Gellani, de Paris, dans cette ville, où il fut reçu avec empres- 
sement par l'évêque et son chapitre. Cette maison, fondée de si 
bonne heure, fournit, au treizième siècle, une pléiade de religieux 
de tous points remarquables. Il suffit de rappeler les noms illus- 
tres de Gérard de Frachet, d'Etienne de Salanhac, et de Bernard 
Gui. Mais, loin de s'épuiser de cet effort, ce monastère ne cessa, 
dans les siècles suivants, de donner à l'Ordre des hommes distin- 
gués, qui se recommandèrent, soit par leur haute situation dans 
l'Eglise, soit par les œuvres de l'apostolat et les vertus les plus 
rares *. 

1. Le saint abbù Marchandon ri^signa aussi» en 1028, le canonical qu'il avait à 
\fL catIuMralo. Il mourut dans la môme année, le 27 septembre, avec le désir et 
rintention de prendre l'habit des Feuillans. Ces religieux lui rendirent les hon- 
neurs dus au fondateur de leur monastère de Limoges, ils Tinhumérent dans 
le sanctuaire de leur église, et firent graver sur une lame de cuivre son épita- 
phe, qui célébrait justement ses mérites et ses vertus. Cf. infra. 
, 2. Labiche de Reit^neforl, 7.^'*- Saints du J/nnousin, Limoges, Barbou, t. II, 
p. 159, 1(35. Notons ici, d'après le PouHU' historiifut*^ que les dix offices claus- 
traux de l'ancienne abbaye furent unis à la mense commune, par décret de 
1624. De Bernage ne compte que sept religieux à Saint-Martin en 1698. 

3. Les Frères-Prêcheurs de Limoges étaient établis au bout du fauboui-g 
Manigne. Leur couvent et ses dcpendances étaient très vastes, ils couvraieni 
tout le coteau qui domine le pont Saint- Martial, l'ne partie de leur chapelle 
sert aujourd'hui d'église à la paroisse Sainte-Marie. Les bâtiments conventuels 
servent de magasins à fourrages et de manutention. Un manège de cavalerie a 
été construit sur l'emplacement des jardins du couvent, Ducourtieux, Limoges, 
p, m et IÔ8. 

4. Le couvent de Limoges ne le cédait en rien à aucun autre deTOrdre. Paul V 
déclarait, dans une bulle de l()l)6, qu'il était s^rti de ce couvent deux cardinaux, 
un archevêque, six évèques, plusieurs pénitenciers du pape, quarante mission- 
naires martyrisés chez les infidèles. 11 y avait eu autrefois jusqu'à cent vingt 
religieux à la fois. CL Bulh'fin de Litmnjcti, t. XL, p. i^r)0. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 103 

Une première fois dévasté en 1370, et dépouillé de ses pré- 
cieux manuscrits par les soldats anglais du Prince Noir, quand ils 
mirent à sac la cité de Limoges, le couvent des Jacobins qu'on avait 
relevé, fut de nouveau détruit et même rasé par l'armée calviniste 
du duc des Deux Ponts, qui ravagea, en 1569, toute la banlieue de 
Limoges. Le gouverneur de la province, le comte des Cars, gentil- 
homme des plus zélés pour la cause catholique, s'empressa les 
années suivantes de restaurer en partie le célèbre couvent. 

Mais les plaies morales du monastère étaient si invétérées, 
qu'elles subsistèrent encore longtemps sans aucun remède. L'é- 
véque de Limoges, Henry de la Martonie, les pieux et zélés 
habitants de la ville, le prieurlui-mêmedes Jacobins, se rappelant 
avec tristesse Tancien éclat du couvent, déploraient sa perte, et 
voyaient, avec douleur, ses religieux négliger les constitu- 
tions de leur Ordre, et étaler en public le dérèglement de leurs 
mœurs. A l'instigation de Bardon de Brun, des lettres pres- 
santes, qui sollicitaient la réforme urgente de cette communauté, 
furent adressées au pape Clément VIII, et au supérieur général de 
l'ordre des Dominicains. Pour arriver plus sûrement à leur fin, 
l'évêque, les consuls et les principaux citoyens de la ville de Limo- 
ges députèrent à Rome, le prieur du couvent, Ménalde Uabaud, 
animé du même zèle, et le chargèrent de remettre au maître-géné- 
ral de l'ordre des Frères-Prêcheurs, des lettres de leur part, par 
lesquelles il était instamment supplié d'envoyer à Limoges quel- 
ques religieux de la stricte observance, pour introduire la réforme 
dans ce monastère. 

Le Père général, François Xavierre, accueillit avec bienveillance 
la requête du prieur de Limoges, et il informa lui-même ceux 
qui l'avaient délégué à Rome, de son intention de réaliser pro- 
chainement leurs vœux. En conséquence, il donna au provincial 
de Toulouse, l'ordre d'envoyer, à Limoges, trois frères du cou- 
vent, que Sébastien de Michaëli avait réformé. Les religieux qui 
fixèrent le choix du provincial, furent : le frère René Chaillant 
d'Angers, qu'il désigna comme prieur de la maison de Limoges, le 
frère Guillaume Guibert, limousin de naissance, et Pierre Dau- 
dière, diacre. Ils travaillèrent si heureusement à rétablir la stricte 
observance, que leurs bons exemples attirèrent.bientôt au couvent 
de Limoges et dans l'ordre des Dominicains, bon nombre de leurs 
étudiants ^. Le retour à la régularité ancienne, et en même temps 

1^ Nous savons par les Registres Capitulaires de Saint-Etienne que, dès le 18 
mars 1604, la réforme du couvent des Jacobins était en bonne voie. Aussi le 
chapitre de la cathédrale lui « baillait », à cette date, une attestation déclarant 
que, v( dès le jour de leur réformation, les Frères-Prôcheurs avaient mené une 
bonne discipline, régie et ordre en leur couvent, qu'ils y avaient fait le service 
divin avec grande dévotion et au contentement du public ». Cf. Leroux, Archi- 
VP8 histor., t. m, p, 5i. Notons encore ici les efforts que tirent alors les Pérès 
Jésuites se posant nettement en réformateurs de cet ordre religieux et exerçant 
sur lui toute Tautorité morale qu'ils possédaient déjà, pour ranimer dans ce 
corps éteint la vie spirituelle qui l'avait abandonné. Cf. Leroux, La lièfonne^ 
p. 116. 



104 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

la restauration des études littéraires et ecclésiastiques, qui avaient 
établi autrefois la renommée du collège des Jacobins, tel était le 
double vœu que le nouveau pape Paul V formulait, dans sa bulle 
adressée, en mai 1606, à Tofficial du diocèse, Pierre Boyol. Il pré- 
cisait aussi le but tout spécial que devait atteindre la réforme 
du couvent, c'est à dire l'établissement d'une solide école de con- 
troverse, contre les protestants de la région. 

Deux ans s'étaient à peine écoulés que les Pères de cette mai- 
son, à qui la réforme était odieuse, recoururent à une ruse 
malhonnête, pour s'en débarrasser. Ils fabriquèrent de fausses 
lettres au nom du maître général de l'Ordre, d'après lesquelles 
ce supérieur commandait aux religieux réformés, de s'en retour- 
ner à Toulouse. Les bons religieux, trop crédules, tombèrent 
dans le piège, et, abandonnant aussitôt le couvent, ils compromi- 
rent la réforme, qu'ils avaient si bien commencée. Les supplica- 
tions des meilleurs citoyens de Limoges, qui leur avaient donné 
de grandes preuves d'affection, et prodigué d'abondantes aumônes, 
ne purent les retenir. 

L'œuvre de la réforme des Dominicains resta donc inachevée, 
jusqu'à ce que de bons et pieux citoyens de Limoges, inspirés en- 
core par Bardon de Brun, renouvelèrent leurs pressantes démarches 
auprès du Père Général des Frères-Prêcheurs. Celui-ci, qui était 
alors le P. Séraphin Sicco, y répondit favorablement, par une 
lettre qu'il adressa de Rome, le 9 juillet 1621, au P. Georges Laugier, 
son vicaire général en France. « Des citoyens de Limoges, y est-il 
c( dit, nous ont très instamment sollicité de vouloir établir la ré- 
« forme dans le couvent de cette ville, et nous ont assuré que cela 
a serait fort agréable, au révérendissime évêque, à son clergé, aux 
« magistrats, et aux citoyens du dit lieu. En conséquence, nous 
<îc vous commandons, par la présente, de vous rendre sans retard à 
(( Limoges, et d'établir dans le susdit couvent, la réforme selon les 
« constitutions de notre Ordre. Vous aurez soin de disposer nos 
a frères qui l'habitent à accepter nos règles, et pour réussir en cela 
« avec plus de sûreté, vous ferez venir dans cette maison quelques 
« frères réformés de votre communauté. Vous êtes autorisé à dé- 
(( poser de sa charge le prieur actuel de Limoges, Guillaume Sicré, 
c( s'il refuse ou néglige d'appliquer la réforme. Vous mettrez à sa 
ft place un religieux de mérite et de vertu éprouvés, tels que le 
« P. Guillaume Guibert, sous-prieur du couvent de TAnnonciade, 
« à Paris, ou le P. André Lagarde, ou tout autre que, dans votre 
« sagesse, vous jugerez apte à accomplir cette œuvre. Dans ce but, 
« nous vous accordons tous les pouvoirs nécessaires sur les autres 
« frères qui, résidant dans le couvent de Limoges, seraient opposés 
« à la réforme. Moyennant l'agrément du provincial de Toulouse, 
« vous les placerez dans d'autres maisons, et s'ils refusent d'obéir 
<K à vos ordres, vous les frapperez de la peine d'excommunication 
a latœ sententiœ^ qu'ils encourront après une triple monition cano- 
(( nique. » 
Conformément à ces instructions, le P. Laugier se rendit à Li- 



RAYMOND DE LA MARTONIE 105 

moges, et apporta tous ses soins à établir dans le couvent de son 
Ordre, la réforme tant désirée de tous, excepté des anciens religieux. 
Il amena avec lui, pour les laisser à Limoges, quatre de ses con- 
frères, qui devaient initier les autres aux pratiques de la stricte 
observance de l'Ordre. C'étaient Thomas Gergot, limousin, qui eut 
le titre de prieur du couvent réformé, André Lagarde, Hyacinthe 
Decordes, et plusieurs autres successivement ^ 

L'application de la réforme ne se fit pas sans de sérieuses dif- 
ficultés. Quelques-uns des anciens religieux opposèrent une vive 
résistance, dont on n'eut raison cette fois qu'en recourant au bras 
séculier. Gaspard Ben oist, ancien consul et chef de la milice bour- 
geoise de Limoges, vint procéder dans le couvent à l'expulsion des 
opposants, qui n'avaient de religieux que le nom. On fut même 
obligé de tirer dans cette circonstance, quelques coups d'armes 
à feu, qui ne semblent pas pourtant avoir blessé personne 2. Cette 
introduction forcée de la réforme de la province de Toulouse eut 
lieu ainsi le 30 avril 1622, en conséquence de la bulle précitée, d'un 
ordre du roi et d'un arrêt du Parlement de Bordeaux 3. 

Les années suivantes, on travailla activement à la restauration 
matérielle et morale du couvent. A l'aide de libéralités abon- 
dantes des personnes pieuses, on répara les bâtiments conven- 
tuels, qui étaient en partie ruinés et détruits ;on pourvut la sacris- 
tie de l'église, très appauvrie, de nouveaux ornements et de vases 
sacrés, et l'on augmenta considérablement la bibliothèque. D'autre 
part, les études sacrées du collège reprirent peu à peu leur ancien 
éclat, deux professeurs de théologie, deux de philosophie, six 
prêtres et deux frères convers constituèrent au début le personnel 
du couvent. Puis les religieux donnèrent l'habit de frère à un 
grand nombre de jeunes gens de bonne volonté, qui furent des 
propagateurs ardents de la réforme religieuse. Le couvent de 
Limoges ne tarda pas, d'ailleurs, à échapper à la juridiction du 
Provincial non réformé, et à être uni à la congrégation de la stricte 
observance du P. Sébastien Michaëlis, de Toulouse. 

Parmi les Dominicains qui se distinguèrent le plus par leurs 
talents et leurs vertus, dans le cours du dix-septième siècle, ncu3 
devons citer, d'abord, les premiers prieurs qui établirent la ré- 
forme : Thomas Gergot, Gérald Garcias et François Secousse, et 
signaler particulièrement, comme ayant laissé un souvenir impé- 
rissable (le zèle et de sainteté dans le diocèse de Limoges, dont ils 
tiraient tous leur origine, cinq missionnaires et prédicateurs des 

1. BuflPthi de la Socwlr archrol. du. Limousin., t. XL. p. 261 et 330, 332. 

2. Nobiliairp de Limoqc», t. 1, p. 201. Gaspard Benoist, fils de Mathieu, con- 
seiller au Présidial de Limoges, exerça la même charge après la mort de son 
père. 11 épousa sa cousine, Marie Benoisl, fille de Martial, trésorier général et 
chef de la Ligue à Limoges. Il y prit lui-même une grande part. Il était consul 
en 1615. Il se trouva au siège de la Rochelle et fut complimenté par Louis XIII 
sur son éloquence. Il fut aussi trésorier de France à Limoges. Il mourut de la 
peste à Chàteau-Ponsat, le 15 septembre 163 L II se conduisit toujours comme 
un ardent catholique, ami des évêques de Limoges. 

3. Potiillé historique f p. 184. 



106 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

plus romarquables, les PP. Guillaume Guibert, Hyacinthe Croii- 
chaud, Pierre Poilevée, Pierre Chasta^nac et Micliel Bonardeau. 
L'auteur de la chronique dominicaine les représente particuliè- 
rement comme de « vivants exemples » de leur Père fondateur 
saint Dominique '. 

Le P. Bonardeau, originaire de Saint-Germain, était encore jeune 
prêtre, lorsqu'il fut choisi, en l(H9, pour introduire la réforme dans 
le couvent (le Brives '-. Après avoir accompli cette (Euvrc, et s'être 
acquitté de diverses charges dans plusieurs autres couvents du 
Midi, il s'employa à prêclier TAvent et le Carême dans les princi- 
pales villes du diocèse de Limoges, notamment à Bourganeuf, Ussel, 
Felletin, au Dor-at, etc., et à établir la confrérie du Rosaire dans 
une foule de paroisses. Il se montra en tout un véritable émule 
du P. Le Jeune, son contemporain. Sept ans avant sa mort, il accep- 
ta la cure de Beynîic, annexée à son couvent ^, et y travailla avec 
tant de soin, qu'étant venu au synode, révèipie Louis d'Urfé le 
remercia des grands services qu'il rendait à son diocèse, le priant 
de vouloir bien les continuer. Il mourut le 15 avril IHiH), au cou- 
vent de Limoges, àTcige de soixante-treize ans environ '*. 

5** Réforme bdnédictme ù V abbaye de la Règle. 

Notre-Dame de la Règle était une abbaye de filles, à qui Ton 
donna ce surnom i( ad rcrjvlam », en 817, ou Tan 1031, au concile de 
Limoges, à cause de la piété des religieuses, qui observaient exac- 
tement la règle de saint Benoît. Fondé aune époque des phis recu- 
lées mais inconnue, sur la paroisse de Saint-Domnoiet, dans la cité 
de Limoges, dont il occupait nn cinquième de la superficie, ce 
monastère fut rebâti par Louis le Débonnaire, Tan 817 ^. Il était 

L Hulh*thf df> Liniofjps, t. XL, p. 3.*î'2 »^t siiiv. Tous les détails qui pn'Cf'diMit 
sont tirés, en grande partie, de la chronique dominicaine rapportée dans (*e 
bulletin. Lire dans Latjlrhe de Ueipjnet'ort les notices édifiantes, qu'il a consa- 
crées aux Krères- Prêcheurs dont nous citons ici los noms. 

%. De lîcrnaire nous apprend (|u"il y avait, en IHVKS, trente-six religieux de la 
réforme (ians les deux couvents de Limojjjes et de Brive. 

3. C'était une cure régulière, située dans l'arclùprétré de la Meyze, à deux 
bonnes lieues de Limosces, prés Aixe-sur-Vienne. l'n prif»uré réjrulier y était an- 
nexé. On représenta au pape, en KiOfi, que les dix-huit relipeux du couvent des 
Jacobins de Limoges n'avaient pour tout revenu que 8(J écus. Le pape, par bulle 
«lu 14 mai Ili06, unit à ce couvent le prieuré-oure (ie Beynac, à condition que le 
prieur des Frères- Pi'écheurs ferait desservir cette paroisse par un ecclésias- 
tique ou par un régulier. 

4. Mss. 27, t. Il, p. :n7 et suiv. 

5. Pnnilh' /nstnri(fHf*, p. Wrl. Notons ici qu'en KHri, h» pape rrbain II, qui pi-è- 
chait la croisade a Limo^'es. bénit la chapelle de l'abbay*», et y célébra le jour 
de Noël la m<»sse de minuit. 11 n'existe plus rien de cette chapelle, qui l'ut peut- 
être le premier sanctuaire du diocèse de Limoges, dédié à la sainte Vier{j:c. Les 
bâtiments conventuels de l'abbaye, reconstruits entièrement en biri9, servi- 
rent, de 171^2 a 171l!>, de maison de détention pour les [)n;tres insermentés. Lors- 
cfue Mfçr Dubourg voulut y établir le j^rand séminaire, en LStii, il ne restait 
plus de l'abbaye (jue les afjpartements de l'abbei-îse, uni subsistent en<-ore au 
milieu de constnictions plus récentes, M. (iai«^net. supérieur du Grand Sémi- 
naire de Limo«zes, vient de faire élever, avec les oITrandes du clergé diocésain 



. RAYMOND DE LA MARTONIE i07 

placé sur les pentes orientales de la cité, dans un site ravissant, et 
dominait, de ses hautes murailles, qui servaient de rempart à la 
ville dans le voisinage de Tévêché, le cours de la Vienne, traver- 
sée en ce point par le vieux pont Saint-Etienne, L'abbesse de la 
R^le avait droit de seigneurie sur une parlie de la basse cité ; 
elle portait le titre de Madame, et jouissait de 14000 livres de re- 
venus. Elle avait droit de nomination sur bon nombre de béné- 
fices situés dans plusieurs diocèses. Elle portait au chœur la crosse 
abbatiale, et prétendait ne relever que du Saint-Siège. De tels 
avantages excitèrent l'ambition des grandes familles de la province, 
qui donnèrent des abbesses à la Règle. Le vieux monastère eut 
à souffrir, au seizième siècle, du régime de la commende et du 
relâchement général de ce temps troublé ^. Tout fut néanmoins 
régulier, dans cette communauté affaiblie, jusqu'à la fin de ce même 
siècle. 

Deux religieuses de la Règle exposaient à leur prieure, le 22 sep- 
tembre 1591, qu'elles faisaient avec les autres le service divin, et 
assistaient à toutes les heures canoniales; mais, comme elles n'é- 
taient point bénites, et qu'elles n'avaient pu se faire bénir, à cause 
de l'absence de l'évêque, elles la priaient de les autoriser à conti- 
nuer leur office, avec les autres religieuses qui étaient bénites, et 
de leur donner, comme à ces dernières, pour avoir de quoi vivre, 
leur part dans les anniversaires et autres fondations de leur église. 
Ce que la prieure leur accorda, en présence de l'abbesse de la Règle, 
qui se trouvait, ce jour-là même, dans le monastère. Celle-ci, nom- 
mée Jeanne de Dourbon-Lavedan, permuta sous le bon plaisir du 
roi et le bret du pape, le 6 septembre 1594, avec Françoise de Ro- 
han de Gié, pour l'abbaye de la Trinité à Poitiers. 

Quatre ans plus tard, la succession de la Règle donnait lieu à 
de graves difficultés. François de Dalzac, seigneur d'Entraigues, 
auquel Henri IV avait fait don de cette abbayo, se désista de ses 
droits en faveur de Françoise de la Martonie, ou de toute autre 
personne qui agréerait à l'évêque de Limoges. Pour le bien de la 
paix, Henry de la Martonie accorda ses préférences à Marie Vidard 
de Saint-Clair, procureuse du monastère, en faveur de qui Fran- 
çoise de Rohan avait déjà résigné la Règle, nonobstant la pro- 
messe qu'elle avait faite de laisser cette abbaye à Louise de Balzac. 

Le choix du prélat ne fut pas heureux, à cause des funestes 
résultats de la nouvelle administration. L'abbesse, Marie Vidard, 
se mit en effet à résider sur Tune de ses terres des environs de 
Limoges, à Laugerie ; et elle laissa ainsi, en son absence, le 

principalement, une magnifique chapelle qui comprend deux parties : une crypte 
très spacieuse en style roman, et une partie supérieure en style ogival, dont les 
verrières doivent représenter, en vitraux, les principaux faits de l'histoire reli- 
gieuse du diocèse, et notamment nos deux grands évéques, Fi-ançois de la 
Fayette et Louis d'Urfé. L'ancienne chapelle de l'abbaye était bâtie à Test, à 
Tendroit où se trouve aujourd'hui le grand réfectoire du séminaire. La nouvelle 
chapelle, pourvue d'un splendide clocher ogival, est construite à Touestdu côté 
deTévêché. Plans de Limoges, Ducourtieux. 
1. Laforest, Limoges^ p. 305 et suiv. 



108^ UX SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

monastère de la Règle tomber dans un état déplorable. Fait encore 
plus regrettable, quelques mois avant sa mort (juin 1613}, elle 
résigna sa charge en faveur de sa nièce, Virgile de Pont-Jamo. 

La nouvelle abbesse,àgée de vingt-quatre ans seulement, n'avait 
aucune des qualités, qui sont nécessaires pour le gouvernement 
dune communauté. Elle tenta, néanmoins, de réformer les huit 
religieuses de condition qui composaient alors tout le personnel 
de la Tiègle. Elle recourut même à la force pour faire l'entrer à 
l'abbaye quatre d'entre elles, qui n'observaient pas la résidence et 
la clôture. Mais que valait une pareille répression imposée par une 
abbesse coupable de méfaits plus graves? Virgile de Pont-Jarno 
parut d'abord très négligente pour le temporel de Tabbaye. L'é- 
vèque-<:oadjuteur Raymond de la Martonie, affligé <le voir auprès de 
son palais les ruines, les détériorations, et les démolitions même de 
l'église Sainte-Marie et des bâtiments conventuels de la Règle, 
occasionnées par l'insouciance de Tabbesse, la pressa plusieurs fois 
de faire les réparations nécessaires, et de rendre le monastère habi- 
table. Ses avis et ses onires étant inutiles, le prélat eut recours au 
procureur général du Parlement de Bordeaux. Par arrêt de cette 
cour,dn 12 août 1617, le lieutenant-général ou le premier conseiller 
du président de Limoges eut Tordre de se transporter à l'abbaye, 
et d'y faire un procès- verbal de l'état des lieux. De plus, les revenus 
du monastère furent saisis, et l'administration de ses biens retirée 
à rribbe>i.se. On lui laissa seulement la disposition de ce qui était 
nécessaire pour l'exercice du culte, et pour la nourriture et l'en- 
tretien des religieuses. On enjoignit à ces dernières de garder les rè- 
gles de leur profession, et de vivre suivant l'esprit de leur ordre. 

D'autre part, la conduite de l'abbesse était à cette mèmeéiK>que, 
trop scandaleuse, pour que l'évéque de Limoges pût longtemps 
l'ignorer. Son promoteur porta contre Vii-gile de Pont-Jarno les 
plaintes les plus criantes, le 18 novembre 1618. Dans sa dénoncia- 
tion, il exposa que l'abbesse entretenait ouvertement des relations 
coupables avec im gentilhomme du pays, Pierre de B*'* * ; que 
ce seigneur vivait même, depuis trois ou quatre ans, au monastère 
de la Fiêgle, ou emmenait Vii-gile de Pont-Jarno dans ses terres de 
la Quintaine ou d'Oradour-sur-Vayres -, etc.. Le pmmoteur, 
Joseph de Verthamon, et l'ofticial de Limoges, Pierre lk)yol, con- 
cluaient à l'arrestation de Tabbesse età Tinslruction deson procès. 

1. Le .sf-andah.' êfait d'autant pltis «•clalant {fiie FMerre do B'**, marié depuis 
IfiCK», appartenait à une famillf^ nuble îles plus honoralfh'S de la pn>vince. qui 
avait donnn à i'Ejrlisr rU.» Limo-^'i-s un de ses diixnitaires, rhanlre de la calhé- 
dralo en l.Vri. H qui compta à rette époque, ou peu après, un archiprêtrt» de 
Nontron, un curé d'Oradour-sur-Vayrrs et d»Mix relij:ieusrs de Saiule-CIaire. 
Voir le Xohthnirf tir l*t tji nth'nfih' fit* JJinnffcs, t. I, p. 313-^>I6. 

2. Le rhàteau de la Quintain»* était situé sur la paroisse de Panazol (aujour- 
d'hui canton sufl de Limnvf»*s). Oradour-sur-Vayn's 'chef-lieu de canton, arron- 
dissement de Rochechouart, Hault'-Vieiine) était à la fi»is le sié>re d'un comté 
que possédait, dans le siéele suivant, le marquis de Coustin, et le siéjre de l'ar- 
chiprétré de Nonlron. I^ cur^ comptait deux mille sept cents communiants. 
Snh'dutire (l** Lhunfjrx^ t. I, p. 310 et Pov.tUr histur., p. 470. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 409 

En conséquence de ce réquisitoire *, l'évêque prescrivit l'expulsion 
immédiate de l'intrus du couvent de la Règle. Le chef de la milice 
bourgeoise, Gaspard Benoist, qui devait agir pareillement, quatre 
ans plus tard, contre les Jacobins rebelles, se rendit à Tabbaye 
avec une escorte de quelques soldats. Le sieur de B*** tut chassé 
du monastère ignominieusement, mais non sans avoir opposé à la 
force une défense énergique, digne d'une meilleure cause. Il y eut 
une échange de plusieurs coups de feu, dont le colonel des troupes 
< ne fut garanti », dit la chronique, « que par miracle » 2. L'affaire, 
naturellement, passionna vite l'opinion publique à Limoges. L'of- 
ficialité diocésaine venait de prouver, à la suite d'une enquête des 
plus minutieuses, la vérité du scandale. ^ qui était par trop com- 
mun et public », et elle avait déjà prononcé la remise de Virgile 
de Pont-Jarno au bras séculier. Le Présidial de Limoges était sur 
le point d'entreprendre le jugement de cette cause, quand l'ex- 
abbesse, accablée de chagrins, succomba à une courte maladie 
(1623). Cette mort imprévue fut comme un allégement à la 
conscience publique: les poui'suites cessèrent 3. 

Cette triste affaire, qui aurait pu causer la ruine de l'abbaye, fut 
le point de départ de son relèvement. Dans Tespoir de se tirer 
d'embarras, au moment où le scandale avait éclaté, Tabbesse voulut 
vainement démissionner en faveur de Florence de Pont-Jarno, béné- 
dictine de la Règle, et sa propre sœur, qui n'était pas moins indigne 
qu'elle-même de l'habit religieux *. Après bien des tergiversations, 
Virgile dut résigner sa charge, d'une façon définitive, vers la fin de 
4618. Maureille de Verthamon, qui fut alors pourvu par le roi et 
le pape, du titre d'abbesse de la Règle, ne fit que passer en sa di- 
gnité, qu'elle résigna, le 23 juin 4619, en faveur de Jeanne, sa 
sœur puînée 5. 

Issue d'une des premières familles de Limoges 6, Jeanne de Ver- 
thamon, achevait à l'abbaye des Allois, son noviciat. La nouvelle 
abbesse était, quoique fort jeune, très digne de sa charge, car, 
che^ elle déjà, se faisaient remarquer des qualités d'un ordre supé- 
rieur. Ses bulles, ayant été signées en janvier 4620, elle prit posses- 
sion de l'abbaye, et y prononça ses vœux, le 5 juillet suivant '^, 

Un an plus tard (24 juillet 4624), Raymond de la Martonie, évêque 

1. On ne connaît que les conclusions du réquisitoire ; le reste fut détruit dans 
le siècle suivant par l'évêque de Limoges, Benjamin de l'Isle du Gast. Voir le 
Mss. n. 35, p. 580 et suiv. 

2. Nobiliaire^ 1. 1, p. 201. 

3. Mss. n. 35, ibid, 

4. Florence donna aussi du scandale, prétendant qu'elle n'avait pas fait ses 
vœux librement. Elle épousa, le 15 juin 1625, l'écuyer Léonard de la Saigne, 
avant que l'offtcial de Limoges ne se fût prononcé sur son cas. Mss. 35, p. 582. 

5. Ibid, 

6. Elle était fille de Martial de Verthamon, chevalier seigneur du Mas du 
Puy, trésorier de France à Limoges, et de Jeanne de Chevaille (d'Uzerche). Le 
doyen de la cathédrale était son oncle. Le chantre de la même église et le pro- 
moteur de l'évêque étaient ses cousins germains. Nobifiaire de Limoges, 
V" Verthamon. 

7. Laforest, Limoges, p. 307. 



110 CN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSLISTIQUE EN PROVINCE 

de Limoges, vint faire.à la Rêjjle la visite canonique du monastère^ 
*ins aucune contradiction. Il y fut accompagné de Mathieu de 
Vertliamon, doyen de Limoges, et supérieur de la communauté, de 
Jean de Verthamou, chantre de la cathédrale *, de son promoteur^ 
du greffier de l'évèché, de deux Pères Jésuites, de deux Bénédictins 
et de deux Récollets. Le prélat trouva les bâtiments couventuels en 
tort mauvais état. L'abbesse lui rendit compte de toutes ses actions 
et répondit à toutes les questions de Tévéque, concernant la disci- 
pline régulière -. Les religieuses, au nombre de onze, réduites alors 
à sept par des absences irrégulières, vivaient à leur guise, sans 
piété, sans obéissance. Elles mangeaient séparément, chacune dans 
leur chambre ; la clôture du monastère était observée pour les 
hommes, mais non pour les femmes -K « Sur quoi Tévéque ordonna 
une clôture étroite, et défendit, sous peine d'excommunication, à 
toutes personnes d'entrer dans l'abbaye, sans sa permission. Il 
prescrivit d'établir, dans le délai d'un mois, une table et une mense 
commune où Tabbesse, les religieuses et les novices vivront 
ensemble, et de réparer sans retard les bâtiments. Enfin, il pria 
Charlotte de Nassau, <c célèbre ab-faesse de la Trinité de Poitiers, qui 
remplissait le monde de la bonne odeur de sa sainte vie » *, d'en- 
voyer à la Règle, deux anciennes de ses religieuses, pour y faciliter 
l'établissement de la clôture et de la vie de communauté. Le prélat 
lit ensuite confirmer son ordonnance sur la visite et la réformation 
de ce couvent par le Parlement de Bordeaux "^. 

De son côté, Jeanne de Verthamon entendit se former elle-même 
à l'exercice du commandement, par la pratitjue de l'obéissance et 
de rhumililé. Dans ce but, la jeune abbesse, « accompagnée dans 
ce voyage de deux professes et d'une novice », se rendit au mois de 
septembre 1(^22, près de Françoise de la Rochefoucauld, abbesse 
de .Xotre-Dame de Saintes, qui passait pour l'une des plus pieuses 
âmes de son temps, et se plaçant avec ses compagnes sous sadirec«- 
tion, elle demanda à être traitée comme la plus humble de ses 
lillea. La|)pren tissage dura un peu plusd'une année. Au mois d'oc- 
tobre 1<)2:^, Jeanne de Verthamon rentra dans son monastère, pour 
n'en plus sortir ^*. 

1, L'iiulieation lie la prcst'm-e (it* •'<»3 deux ecclésiastiques du même nom est 
dcmnee par un»' \)\vvv imprimée de l'Arsenai. n. 'A)i3. dont il sei*a question plus 
l«)i«. 

'2- (let acte de st)unnssion à la juridictitm épiscopale. dit Legros. fit beau- 
coup de turt tians la suite à rai)l)e^se de la Ht-^le, et prejudicia beaucoup au 
droit d'exemption qut'lle prt-tendait avoir. Mss. n. Il, p. .V4. 

3. •< iVite maison, t'crivait plus tard un savant hénetiictm, étiiit en t(5î20 un 
lieu d'un total dérèglement ; l'usa^^e tie l'oraison en était banni ; on conversait 
sans cesse avec le in*»ntle, la pratique du ^^ilence passait pour barbare. Les dix 
reliiîieuses qui comoosaient aU»rs L*al)t)ay»\ dt*shoni>raient leur état par »me vie 
toute séculière ; chacune v rt'cevait la visite de ses amis en toute liberté. » 
Voir : Elf*t** dt* phtsi^mr^c f}**t'y:*tfint*s iUn»frf*H dt» ^it/ftt-Bf*ninst, Paris» lt>79, 
p. iô8. 

5. Msa. n. iC», p. 58:*. 

t). Laiorest, Ltino*j*'s, p. lîtC-o'-^. 



RAYMOND DE LA MARTONIE Ht 

Son premier soin fut d'y appliquer avec fermeté les constitutions 
de réforme qu'elle avait rédigées Tannée précédente *. L'esprit 
de la réformatrice se révèle dans ces statuts : ce Les religieuses, y 
est-il prescrit, prendront ladiscipline tous les vendredis de l'année, 
de plus, les lundis et mercredis de l'Avent et autres jours du 
Carême ; aucune ne la prendra sans la permission de l'abbesse. 
Lever à trois heures trois quarts, suivi de matines et laudes au 
chœur, d'une heure d'oraison, de prime et de la messe. A sept 
heures, le travail des mains pendant une heure, puis le déjeuner. 
A neuf heures, tierce, chant de la grand'messe, sexte et dîner. 
Après le repas, none à l'oratoire et l'examen de conscience. Une 
heure de récréation, suivie d'une autre de silence et du travail 
manuel en cellule, jusqu'à deux heures. Lecture spirituelle, chant 
de vêpres et une demi-heure d'oraison. Souper à quatre heures et 
demie, récréation pendant une heure, puis compiles, l'examen de 
conscience, sujet de la méditation, et coucher à huit heures et 
demie. Aucune religieuse ne s'absentera de la récréation commune. 
Quand le Saint-Sacrement sera exposé dans Téglise, il y aura tou- 
jours des sœurs en oraison, qui se relèveront d'heure en heure. On 
ne recevra pas de pensionnaires qui n'aient sept ans, et on n'en 
gardera point au delà de vingt-cinq. Maigre et jeûne tous les lundis 
et mercredis de l'année. Pendant l'Avent et le Carême, le parloir 
sera interdit. Défense aux sœurs de se tutoyer, et de s'appeler par 
leur nom de famille. Communion de règle, deux fois la semaine, 
le dimanche et le jeudi 2. » 

Jeanne de Verthamon, qui voulait être toujours la première à 
pratiquer les constitutions qu'elle venait de donner, ne tarda pas à 
rallier les cœurs ; l'autorité, sur ses lèvres, prit les accents de la 
persuasion dans les âmes flottantes et irrésolues de ses religieuses. 
Le succès couronnait ses efforts : chaque jour marquait un progrès 
nouveau. Peu à peu, l'ordre et la discipline se rétablirent. La clô- 
ture fut observée, la piété refleurit, et le service divin reprit sa 
splendeur. 

Au gaspillage des ressources et des deniers communs, succédait 
une gestion régulière. L'abbesse ne toucha les revenus que par 
sollicitude pour tous les intérêts de sa communauté, dont elle 
rétablit l'aisance. Elle songea ensuite à relever les bâtiments con- 
ventuels, qui tombaient en ruines. Les chambres, les dortoirs, les 
réfectoires, l'église, les chapelles, les murs de clôture furent recons- 
truits ou réparés. Les biens de l'abbaye, pendant les guerres civi- 
les, avaient été en partie aliénés, usurpés, détournés de leurs légi- 
times usages : l'abbesse en poursuivit les injustes détenteurs devant 
les tribunaux, et justice fut faite. 

L'opinion publique, en Limousin, sut gré à Jeanne de Verthamon 
de son activité et de son courage. On applaudit aux résultats obte- 

1. Soumises plus lard au Saint-Siège, ces mêmes constitutions furent approu- 
vées par Innocent X, le i" janvier 1645. Laforest, ibid., p. 312. 

2. Mss. de Legros, n. 13. Mélanges, 1. 1, fol. 43. 



112 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

nus, et Ton revint peu à peu des préventions qu'avait fait naître la 
mauvaise administration des précédentes abbesses. Les familles 
reprirent confiance. Beaucoup de jeunes filles de la noblesse et de 
la haute bourgeoisie reçurent le voile de Jeanne de Verthamon, et 
confièrent à la nef bénédictine, leur jeunesse et leur avenir. Les 
Dames de la Règle, car ainsi les appelait le peuple, se consacraient 
à réducation des filles des hautes classes de la société, et prenaient 
des pensionnaires. Pendant les troubles du seizième siècle, le pen- 
sionnat avait beaucoup perdu de son importance ; mais il se releva 
sous la pieuse et intelligente direction de Jeanne de Verthamon *. 

IV. Fondations nombreuses de couvents et fin de Tépiscopat 
de Raymond de la Martonie. 

i^ Le Carmel de Limoges. 

La mère Isabelle des Anges, fondatrice du Carmel de Limoges 
était une femme d'une sainteté et d'une force d'âme extraordi- 
naires. Née en Espagne, d'une famille noble de Ségovie des plus 
distinguées 2, elle était, en 1604, âgée de quarante ans et sous- 
prieure de Salamanque, lorsqu'on la désigna pour aller, en la môme 
qualité, avec cinq autres carmélites de son pays, concourir à la fon- 
dation de la première maison de leur ordre à Paris. Elle participa, 
en 1605, à l'établissement du Carmel de Dijon, et présida seule, les 
années suivantes, aux fondations des Carmels d'Amiens (1606-1609), 
de Rouen (1609), de Bordeaux (1610) et de Toulouse (1616). 

Au mois de septembre de l'année suivante (1617), trois notables 
habitants de Limoges, parmi lesquels était Martial Benoist, sei- 
gneur du Mas-de-l'Age et de Compreignac, président du bureau 
des trésoriers-généraux, acquéraient, sous le nom de la mère Isa- 
belle en vue d'une nouvelle fondation dans cette ville, la maison 
de Pierre Descordes de Balèzis, située au-dessous du portail Imbert, 
avec une issue sur la rue des Combes. Tout étant prêt pour les 
recevoir, y compris une chapelle, cinq Carmélites, dont deux filles 
du célèbre magistrat de Rességuier, partaient de la maison de 
Toulouse, au commencement de décembre de l'année 1618, et arri- 
vaient à pied à Limoges le samedi 15. Dès qu'on apprit dans cette 
ville que la petite troupe du Carmel en approchait, « Mme la géné- 
rale Benoist », qui l'avait attirée, et qui devait être en grande 
partie la fondatrice du nouvel établissement, vint en carosse au- 
devant des religieuses, en dehors des remparts de Limoges, les fit 
monter en voiture, et les conduisit à la cathédrale où l'évêque, 
Raymond de la Martonie, leur donna sa bénédiction. Jeanne de 
Douhet 3 les conduisit ensuite à son hôtel, et le jour même, ce 

1. Laforest, Limogps, p. 310 et suiv. Voir la suite des œuvres de cette illustre 
abbesse, sous l'épiscopat suivant. 

2. Elle était la tante du célèbre comte d'Olivarès, ministre de Philippe IV et 
adversaire malheureux de Richelieu. 

3. C'était la générale, épouse de Martial Benoist, dame d'une rare piété et 
d'un grand zèle. Labiche, Vies des Saints^ t. I, p. 353. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 113 

qu!il y avait à Limoges de plus considérable les vint visiter. 
. La cérémonie de leur installation eut lieu le lendemain diman- 
che. Les religieuses furent conduites processionnellement de la 
cathédrale à leur couvent. L'évêque présida la procession, qui fut 
«solennelle et générale»; les magistrats, les fonctionnaires du 
roi, tous les « corps y> ecclésiastiques et civils voulurent faire 
partie du cortège. Les consuls, couverts de leurs insignes, por- 
taient le dais du Saint-Sacrement. Les filles du Carmel marchaient 
à la suite, voilées et pieds nus ^. A la suite de cette cérémonie, 
elles furent cloîtrées et mises en possession de leur nouvelle 
maison, qui fut dédiée à la Mère de Dieu et à saint Joseph. 

A en juger par l'origine des premières professes, Thérèse de 
Verthamon, Françoise Benoist, Françoise de Traslage,. le Carmel 
de Limoges nous paraît s'être recruté, du moins au dix-septième 
siècle, dans les familles les plus distinguées du pays. Les exemples 
de perfection de la vénérable fondatrice exercèrent autour d'elle 
un grand prestige. La mère Isabelle travailla à développer, avec 
une ardeur toute nouvelle dans sa maison de retraite et de silence, 
les vertus qui distinguent les religieuses les plus ferventes. En 
des jours où TEglise de Limoges pansait ses plaies et reformait ses 
rangs, les humbles filles du Carmel redoublèrent de zèle, en son- 
geant au prix de la souffrance et à Tefflcacité de la prière, moyens 
infaillibles de rénovation religieuse. Les gens du monde, eux- 
mêmes, s'inclinaient alors unanimement devant la doctrine du 
sacrifice, en la voyant pratiquer par des filles de naissance dont 
la sincérité leur était connue. Ainsi s'explique la grande influence 
sur la société de ce temps des filles de sainte Thérèse 2. 

Ainsi l'on comprend que le carmel de Limoges soit devenu bientôt 
un centre de sanctification, où affluèrent des représentants de 
toutes les classes de la ville. <i Les séculiers sachant, dit la chroni- 
que, que l'office divin s'y célébrait, non seulement avec dignité, 
mais encore avec une extrême fidélité aux moindres règles du chant 
et de la psalmodie, aimaient à entendre la belle et forte voix de la 
Mère prieure, qui donnait toujours le ton au chœur, et inspirait à 
tous de la dévotion ; ils se disaient les uns aux autres : « Allons 
aux Carmélites ouïr chanter la bonne Mère espagnole 3. » Sa con- 
versation était particulièrement recherchée. Toujours humble, tou- 
jours joyeuse, elle attirait à elle par une douceur, qui, pour être 
pleine de charme, n'avait rien de fade, puisque sa devise était : 
« Brièveté de travail, éternité de repos * ». Ses paroles avaient une 
grâce particulière, pour produire de bons mouvements dans les 
âmes. On ne pouvait l'approcher, disait-on, sans ressentir une 

1. Quatre ans plus tard, en octobre 1622, l'évêque de Limoges présida une 
procession générale du même genre, à laquelle les Carmélites prirent une part 
exceptionnelle, en Thonneur de la canonisation de leur fondatrice, sainte Thé- 
rèse, Archives historiques du Llmmisin^ t. VI, p. 15. 

2. Houssaye, de BéntUe, t. I, p. 382, 

3. Laforest, Limoges, p. 3GC. 

4. Houssaye, ibid., p. 518. 



piffi^ iui\ti$iti>,. ii»*4*^ «nUreii^iK:. iim- f^anturlinsaiTi' «DusDàtium. 
;^*tV4rH^^,l^-mllVW*^ Ut tti Jjuy^ntt:, .4iî 4flji):lnm ti tajninHUiikiur ti*- 
:4tel^., :û\tai*i\V< vVKiti*n 4«iiuvtfitt m [îrettfinFt tu. lÙHîmHii. * ^mur iui 
,vimttnmimw*t< :wtm îlmJ||y«5^ uHaiv^. «^ .^iraiiùn «s^ avr^^^m laiittef 
li^jh*-*^ <tlii*^r^î«*<«^titii^H y..i>*mT'n'TlatuR;*ufluim;<Ui liiiniijpBih. ou iilî 
,iMti|tWtttK 1^' ^'mit*#«»»nn .imlumm- th.iftîttt irtjniniunaïUf^.diBBfi «Ae 
.ii<;jrtwiv*,..*^; ;j#»nut»nm:.'9i' tllfetilttll tinwft tij f^iTii:; tB'mniHflil tu 

,41«jV< VU :i^ ttUU'^'mj«\Jimivt rou ;mi ^î'iiuum: «aurfti, lii iiilati -f^'.ïm^ 
tHim* ,uU?iii>mi^nj; 'twulmtiui uv«r '«lit. 

^^^V'ni<^i.ihljwinni|4»«> ' l>»'.iitï>Mîiti ;Uiul ifiiJ i«uï>mj'*ii pL uui^iirftiHîj * >v 

ShM^iV^*^ ^1 tH>iiî^.. i^vw ikîwr 'dttiuiûudkiru ^ *i!ie*- voiidiiuHiElî .vtfciHiir' à ^ 

(t^iV.iV^^m^^î^ ^ iW ff**.. <^%^ iî:i«t'is. '.^., «^H '^ii:<«%^ ii-uu «diiO«ii5i>tTr»«iiiit nam .ncilt? aimljhKen- 

rlU [IVw.i(*A",..^»i»i»^'J^ '^'^^rxi\)f,tym rtk!l«Srjir-tj»0'!n)îû»e; iill k'iuir eau ILmssi l'acte 

4* |l;^ ^>:44;.:i'.w^'îU5 >>j)rti^fii'^y!!<^!' *, c'di^t aiiji«î q^e les téniioâins de son 
&'/^>^^^^^. f^\^^^% ^HrwmiHik Ah \tfmue heure à Paris la mère Isa- 
iJf^.A* ^^ ii\^^^^':K^ |i/'.«ji.« ^(«*ï jarr^ab à la France et surtout au couvent 
fli/ir i,^^f^)^^^. Jit!; (r]ii(:rrrM^!^r qjiiVïlU* a%'aîl fondé ^. Tandis, en effet, que 
^m lU /•ll^/ii^ifiJ/ll^'; Ait ^'/mtUt dV>H%'aré»el d'après l'invitation du gêné- 
ff^i Af^^'^nn^^ Ut^fntir^ C^ruMlUin espagnoles amenées en France 
p^f Atf. tih*tlt^. f^ii Wfif avaiiïfilcoriifeniî volontiers en 4630, à rêve- 
ff}t éUu^ Urtit tm^f •* l^rittura Ah Limoges déclina seule cette pro- 
péf^}i}mi ^i Anmm \mr (utisutUt, h «a ville d'adoption, une préférence 
Ufftf-lmuUt.' Pfif t'^mira^ la m/^re Isabelle obtint cette même année de 
i^ii i:iilf^^tif*m^ iptfUraiUi «t nttn filles, le privilège de suivre la direc- 
te'//* ^pWiih'iUi Aftfi Vhrm CarmfiH déchaux de Limoges 6. Les années 

i i^fthViiti, VU'ii <//'« HtiintK, i, II, p. 'SA. 

^. l//^^«h1)Mttl ^l« ?^oij^>M» ttV«H c'onti'Hté, en 1610, rautorité des prêtres sécu- 
\\ii^ti i\ti)\4iiir?i t^Ah«'*m»u <J<*«» ('«rrnéllU'w île France. Le pape Paul V fit recon- 
m\^¥fi t*Hf ^<^ pnMft U'Hf iHvUWvWnw, par une bulle du 12 octobre 1614. — Picot, 
lio^ni hhfnf , i, I, ^: Wl. 

H; fUfUilIfi hiiihffhiiw ttff i,i7nn{fi>iif p. 184. 

4 tlHM<94MVM| Ihnl, 

li; ilMUttVPlliur*» Mttltil«Amrtl»li«, Hintuimle Sainl-Martial, t, UI, p. 840. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 115 

suivantes (1631 et 1632), durant les mois de la peste qui sévit à 
Limoges, les Filles du Carmel furent hospitalisées par Mme la 4; gé- 
nérale ^ Benoist, à la campagne, dans son château du Mas-de-Lage *. 
Deux ans plus tard (1634), les Carmélites, qu'incommodaient les 
bruits de la ville au centre de laquelle était leur couvent, cher- 
chèrent un local plus retiré, et s'installèrent près de la place des 
Jacobins, au bout du faubourg Manigne. Ce changement de domi- 
cile entraîna de grosses dépenses, qui furent couvertes en grande 
partie par les libéralités de Jeanne Benoist 2. 

Trois ans avant sa mort, la mère Isabelle des Anges se démit de 
sa charge de prieure, pour occuper le dernier rang parmi ses filles. 
Elle expira le 14 octobre 1644. L'évêque de Limoges voulut avoir 
une dizaine du chapelet de la vénérable prieure, et il affirma à 
diverses reprises * qu'il avait eu en sa personne un grand trésor 
dans son diocèse, qu'il la regardait comme une sainte et se recom- 
mandait à ses prières ». 

Françoise Nicolas de Traslâge 3, connue en religion sous le titre 
de Françoise de Sainte-Thérèse, avait vingt ans de profession, lors- 
qu'elle fut appelée à succéder, en qualité de prieure, à la mère Isa- 
belle. C'était une femme d'un esprit supérieur. La Mère espagnole 
parlant mal notre langue, sœur Françoise lui servait d'interprète 
dans ses rapports avec le monde. Elle était encore prieure en 1657, 
quand elle écrivit, avec méthode et avec une simplicité pleine de 
charmes, la vie d'Isabelle des Anges *. Le Carmel de Limoges pros- 
péra tellement, sous son habile direction, qu'il était en état d'en- 
voyer, en 1663, une colonie de religieuses s'établir à Brives. Mais, 
après vingt-cinq ans d'existence, cette nouvelle communauté fut 
supprimée et incorporée à celle de Limoges, parce qu'elle n'avait 
pu, dit Gilles le Duc, obtenir des lettres patentes, faute sans doute 
de moyens de subsistance suffisants. Le Carmel de Limoges, qui 
comptait vingt-deux religieuses de chœur en 1634, en avait trente- 
trois d'après de Bernage à la fin du siècle s. 

1. Paroisse de Couzeix, canton nord de Limoges. Labiche, îbid., t. II, p. 35i. 

2. Les dons des Benoist au Carmel s'élevèrent à plus de 50 000 livres. Après 
la mort de son mari, Jeanne Benoist pouvait, en qualité de fondatrice, rési- 
der au Carmel trente jours par an. Elle y mourut presque centenaire, en 1643, 
et fut inhumée sous l'habit de Carmélite et au milieu du cloître, à côté de sa 
fille, qui l'avait précédée d'une année dans la tombe. Laforest, ibid, p. 364 et 
suiv. 

3. Elle était la fille ainée de Jean Nicolas, sieur de Traslâge (château situé 
près de Pierrebuffière, qui appartient aujourd'hui au marquis de Calignon), con- 
seiller au Présidial de Limoges. Un de ses frères fut lieutenant général de la 
sénéchaussée de Limoges. Un autre frère,Gabriel, devenu célèbre sous le nom 
de la Reynie, fut pourvu le premier de la charge de lieutenant de police à 
Paris, en 1667. BuUetin de Liynoges, t. XLI, p. 104. 

4. Laforest, ibid. Le livre de Françoise de Traslâge parut sous ce litre : Vie 
de la Vénérable Mère Isabelle des Anges, Paris, 1658,in-12, 448 pages, s. n. d. a. 

5. Labiche, ibid., t. III, p. 359. Notons ici, d'après le même auteur, que l'église 
du Carmel du faubourg Manigne, démolie au commencement du dix-neuvième 
siècle, fut commencée en 1678 et consacrée par l'évêque Louis d'Urfé, quatre 
ans après. Labiche a consacré à la vie de la mère IsabeUc une notice U*ès édi" 
fiante, mais trop longue. 



H6 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 



S^ Etablissement des Vrsulines à Brives et à Limoges. 

L'honneur d'avoir établi, les premières, dans le diocèse de Limoges 
l'instruction primaire pour les filles du peuple, revient aux dames 
Ursulines ^ Cette congrégation enseignante jouit dans la province 
du Limousin (Tulle compris), d'une grande popularité, et y compta 
dans cinq ou six villes des maisons importantes. La première en 
date fut celle de Brive. 

Charmé de tout ce qu'il entendait dire, à Toulouse, des grands 
fruits qu'y produisait l'éducation donnée par ces dames, Antoine 
de Lestang, président au Parlement, eut l'idée de doter d'un pareil 
établissement la ville de Brive, dont il tirait son origine 2. C'est en 
4607 que ce magistrat traita de ce projet avec la mère de Vigier, 
supérieure de la maison de Toulouse, et qu'il lui demanda deux de 
ses filles pour cette nouvelle fondation. La mère de Vigier, qui ne 
désirait rien tant, que de voir son institut se propager, destina 
à la maison de Brive deux de ses meilleurs sujets : la mère de 
Capdeville, et la sœur de Grison. La première, qui était issue 
d'une famille noble de Toulouse, fut nommée supérieure; la 
seconde, l'une des premières Ursulines de la maison-mère d'Avi- 
gnon, venait de se distinguer à Toulouse, pendant trois ans, par 
son grand talent à instruire les jeunes filles. Ces deux maîtresses 
arrivèrent à Brive, animées d'un grand zèle, le 4 juin 1608. Le fon- 
dateur de Lestang les logea dans une belle maison meublée, et 
donna à chacune cent livres de pension. En peu de temps, la mai- 
son de Brives fut remplie d'excellents sujets, qui lui valurent Tes- 
time de tout le pays. Mêlées aux .filles du peuple, de nombreuses 
demoiselles de condition y vinrent se former à la piété et aux 
bonnes mœurs. 

Vers 1615, la mère de Capdeville et sœur de Grison allèrent à 
Toulouse passer deux ou trois ans, pour prendre, après avoir 
fait leur noviciat et leur profession, l'habit religieux de leur con- 
grégation, qu'on venait d'ériger en ordre régulier. De retour 
à Brive, les Ursulines fondatrices soumirent aux mêmes épreuves 
toutes leurs compagnes, déjà nombreuses, et les admirent à pronon- 
cer les vœux solennels en avril 1621 et 1622. Cette double céré- 

1. Sainte Angèlc de Mérici avait établi à Brescia, en Italie, Tordre des Ursuli- 
nes, vers 1537 ; mais celui-ci ne fut longtemps, qu'une association libre de per- 
sonnes pieuses, qui restaient dans le monde. Une dame d'Avignon, Françoise de 
Bermond, les réunit en communauté dans cette ville. César de Bus les dirigeait 
en 1596. Grâce au zèle de Mme Acarie et de Mme de Sainte-Beuve, l'institut des 
Ursulines prit à Paris, à partir de 1610, une extension rapide. Il fut érigé en 
1612 en ordre régulier suivant la règle de Saint-Augustin, mais il se partagea 
en plusieurs branches, qui comptaient au milieu du dix-septième siècle trois 
cent vingt couvents en France, La province de Toulouse commença dans cette 
ville en 1605 et comprit bientôt, avec ceux des diocèses de Limoges et de 
Tulle, une vingtaine d'établissements. La fondatrice de cette branche de l'or- 
dre fut Marguerite de Vigier, l'une des premières compagnes de la mère de 
Bermond. Picot, Essai hislorique, t. I, p. 146 et 520. 
2, Voir plus loin une notice sur la famille de Lestang. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 117 

monie eut lieu au milieu d'un grand concours de la population, et 
avec toute la solennité possible. La mère de Gapdeville gouverna 
encore, pendant sept ans, la communauté naissante, avec tant de 
sagesse, de prudence et de succès, que le couvent de Brive devint 
célèbre et recommandable par la piété, Tesprit de zèle et l'édifiante 
régularité, qui y régnaient, et qu'il fut bientôt peuplé d'un grand 
nombre de pensionnaires, des meilleures familles du pays. 

Ce fut la réputation de cette maison qui inspira, dès 1620, à de 
pieux et notables habitants de Limoges, le désir de demander aux 
Ursulines de Brive des sujets de leur Institut, pour fonder, dans la 
ville épiscopale, une communauté enseignante pour l'éducation des 
filles du peuple. Ce projet d'établissement scolaire reçut un com- 
mencement d'exécution, au mois de juin 1620. L'évêque de Limoges, 
Raymond de la Martonie, faisant alors dans son diocèse sa tournée 
pastorale, la supérieure du couvent de Brive, sœur Marie de Libè- 
res, qui remplaçait la mère de Gapdeville, profita du passage du 
prélat dans cette vilUe, pour lui faire part de ce projet de fonda- 
tion. Elle se dit prête à le réaliser, s'il approuvait l'entreprise. 
L evêque ayant agréé la proposition, les Ursulines firent présenter 
par le Père Recteur des Doctrinaires de Brive, à l'assemblée de ville 
du 4 octobre suivant, une requête demandant, « qu'il leur fût per- 
mis de s'établir en la ville de Limoges, aux fins de leur Institut, 
qui est d'instruire les filles ». Six jours après, Raymond de la 
Martonie, à qui le même religieux notifia le consentement una- 
nime des habitants et des consuls, accorda, en son château d'Isle, 
l'autorisation sollicitée par la mère de Liberos de fonder, en la ville 
de Limoges, une maison « pour y vivre en la profession que ses 
compagnes et elles faisaient : de chercher la perfection chrétienne 
par la vie religieuse, d'instruire et de catéchiser les femmes et 
filles qui viendraient à elles, sans jamais quitter cet office, ny 
rechercher aucune exemption de Tobéissance qu'elles devaient à 
lui et à ses successeurs ». 

Toutes les formalités étant remplies, le 25 novembre suivant, 
partit du couvent de Brive, une colonie d'Ursulines composée de 
la mère de Liberos, prieure, de Marie du Verdier, sous -prieure, de 
Claude du Verdier, professe, de Béatrix de Cosnac, novice, de 
Louise de la Fragnie, postulante. Elle arriva à Limoges cinq jours 
après, et fut, dit la chronique, «accueillie avec grande joie et con- 
solation de tous les habitants ». Logées, d'abord, dans la maison 
Dupeyrat, en face l'église Saint-Martial, les Ursulines quittèrent ce 
local en 1621, et s'installèrent à l'extrémité de la rue Banc-Léger. 

Le 4 avril de cette même année, veille des Rameaux, l'évêque 
bénit leur chapelle ; le 23 mai, il assista à la plantation d'une croix, 
près de la porte du couvent; après quoi, les sœurs prirent la clô- 
tui'e. Une bulle du 9 octobre 1625 érigea eji monastère, sous la rè- 
gle de saint Augustin, la maison des Ursulines de Limoges, et tout 
en lui reconnaissant les prérogatives de leur Ordre, les déclara 
sujettes à la visite, correction et obéissance de l'évêque diocésain. 
Le 2 février 1626, Pierre Talois, officiai de Limoges et délégué apos- 



118 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

tolique pour cet acte, se rendit à leur couvent, pour procéder à la 
fulmination de la bulle du pape Urbain VIIL Après avoir célébré 
la messe dans la chapelle, et fait une exhortation (d'une demi-heure 
environ), le vicaire général proclama, en présence d'une grande 
foule de séculiers, l'agrégation de rétablissement à l'Ordre régulier 
des Ursulines, puis fit renouveler les vœux de treize religieuses 
professes, admit à la prise d'habit vingt-cinq postulantes, et donna, 
au nom de l'évêque, à la famille naissante, des Constitutions con- 
formes à la teneur de la bulle ^. 

D'après ces statuts, qui imposaient la pratique des règles canoni- 
ques, concernant la clôture des monastères, les Ursulines de Limo- 
ges ne pouvaient prendre de pensionnaires âgées de plus de dix- 
huit ans. Il leur était encore défendu de recevoir aucun présent (ou 
rétribution scolaire) de leurs élèves non pensionnaires. Les maî- 
tresses des classes devaient enseigner aux jeunes filles les éléments 
de la doctrine chrétienne, la langue française, la lecture, l'écriture, 
les travaux d'aiguille et de couture. 

Après des débuts assez difficiles, en raison de ses faibles ressour- 
ces, l'établissement des Ursulines de Limoges devint très floris- 
sant. Bientôt populaires, les écoles de la rue Banc-Léger reçurent 
un grand nombre d'élèves 2, 

3® L'Oratoire de Limoges. 

Un chanoine de la collégiale Saint-Martial, Jacques Sahuguet 
d'Espagnac 3, résolut en 1619, — huit ans après la fondation de l'O- 
ratoire de Paris, — d'établir à Limoges une maison de l'Institut de 
Pierre de Bérulle. L'affaire ayant rencontré des difficultés, Jacques 
Sahuguet tint à rendre possible, après lui, rétablissement qui n'au- 
rait pu être créé de son vivant : c'est ce qui se voit par quelques 
passages de son testament : « Je lègue, dit-il, à Mgr l'évêque de 

1. On sait que Tévêque de Limoges s^aida du conseil et des avis des Pères 
Jésuites Dubos et Ponson, dans la rédaction des Constitutions des Ursulines, 
qui furent imprimées avec la bulle, par Guill. Bureau, à Limoges, 1626, in-16. 
Les directeurs titulaires des Ursulines ne furent pas cependant des religieux, 
mais des prêtres du clergé séculier. Les chroniques signalent les noms des 
trois premiers confesseurs du couvent de Limoges : Vacherie, auparavant pré- 
cepteur chez Poulaille, à Limoges, François de Villemonteys, curé de Saint- 
Domnolet, qui dirigea la communauté plus de trente ans (1636-1672), et un 
nommé Baresge. 

2. Arcfiives histotùq., t. II, p. 116 et suiv. Tous les détails qui précèdent sont 
tirés des chroniques des Ursulines des maisons de Brive et de Limoges. Voir, 
sous répiscopat suivant, la suite des fondations. 

3. Les Sahuguet étaient une famille noble établie à cette époque en Champa- 
gne et en Limousin, mais originaire de Navarreins, en Béarn. L'auteur de la 
famille, Denis de Sahuguet, servait avec un grade dans l'armée du roi de Na- 
varre, père de Henri IV. Il se maria, en 1543, à Juillac en Bas-Limousin. Comme 
c'était l'usage, chacun de ses enfants prit le nom d'un fief; ainsi les du Via- 
lard, de la Renaudie, d'Espagnac ne formaient qu'une même famille. Le chef 
de la branche aînée transplanté à Reims, acquit par un mariage, une grande 
fortune et le marquisat de Thermes. Les d'Espagnac étaient établis à Brive de- 
puis Henri IV. De Seilhac, L'abbé d'Espagnac y Tulle, 1881, p. 1 et suiv. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 119 

Limoges, un chapelet ordinaire de médiocre valeur, Finstituant en 
cela, s'il lui plaît, mon héritier particulier. De plus, je lègue six 
mille trois cents livres pour rétablissement, en la ville de Limoges, 
des Pères de l'Oratoire de Jésus, à la charge par eux de dire, toutes 
les semaines, une messe à mon intention, et d'employer deux cents 
livres pour mon enterrement. S'il n'y a moyen d'établir les Pères 
de l'Oratoire à Limoges, trois ans après mon décès, je leur substitue 
les Pères Jésuites, à la charge de faire, trois fois par semaine, dans 
leur maison, une leçon de cas de conscience. » 

Après avoir établi ses frères et un neveu héritiers de tous ses 
biens, Jacques Sahuguet désigne, pour ses exécuteurs testamen- 
taires, messire Bardon de Brun, prêtre licencié en droit, et Pierre 
du Boys du Boucheyron, bourgeois de Limoges. La pièce est du 
24 janvier 1619. Par un codicille daté de Saumur, du 14 juin 1621, 
le testataire, devenu prêtre de l'Oratoire, porte le legs à 7 000 li- 
vres, et demande à être enterré dans l'une des églises de son Ordre. 

La fondation n'eut lieu qu'un peu plus tard. L'autorisation des 
consuls de Limoges est du 16 juin 1624. Les Oratoriens célébrè- 
rent leur première messe de communauté dans cette ville, le 
21 juillet suivant. Après avoir occupé quelque temps deux habi- 
tations provisoires, au centre de Limoges, ils s'établirent défini- 
tivement le l*"^ octobre 1637, dans les maisons Boyol et Benoist, 
près la Croix de l'Andeix-Manigne. Ils s'agrandirent, dix ans plus 
tard, en cet endroit, et y firent élever une chapelle *. 

Les travaux des premiers Oratoriens de Limoges n'ont laissé 
aucune trace dans les souvenirs de la postérité. A peine connais- 
sons-nous les noms des premiers supérieurs de cette maison, 
les PP. Brueys et Mitouard. Au nombre de trois ou quatre seule- 
ment 2^ ces nouveaux prêtres se bornèrent à vaquer au ministère 
de la prédication, dans les diverses paroisses du diocèse de Limo- 
ges, où le clergé les appela comme missionnaires. Sans être des 
orateurs de renom, les humbles disciples de Pierre de BéruUe 
avaient le sentiment de la véritable éloquence ; un sens droit formé 
à l'école de ce maître, les avertissait de la déviation des prédica- 
teurs de l'époque. Au lieu de se livrer, dans leurs sermons, à des 
déclamations ampoulées, et à d'incroyables écarts de fausse érudi- 
tion, ils furent les premiers, en Limousin, à réagir contre ce mau- 
vais goût général, et à donner l'exemple nécessaire au clergé, de la 
prédication familière et simple des vérités de l'Évangile. Ainsi, les 
premiers Oratoriens de Limoges'préparèrent, insensiblement, les 
voies au plus illustre réformateur de la chaire limousine, leur con- 
frère, le P. Le Jeune 3. 



1. Le couvent de TOratoire de Limoges, reconstniit en 1765» fut entièrement 
consumé par un grand incendie, qui détruisit une partie de la ville, le 6 décem- 
bre 1790. Son emplacement est occupé actuellement par la maison Pétiniaud 
de Champagnac, 18, rue Manigne. Voir Ducourtieux, Piaw«, Limoges, p. iOI, 159. 

2. D'après le chiffre indiqué par de Bernage. 
*ô. Laforest, Limoges, p. 563 et suiv. 



120 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 



40 Les Carmes déchaussés à Limoges. 

La fondation du couvent des Carmes déchaussés fut due à la 
générosité d'un saint prêtre de Limoges. De retour dans cette ville, 
après avoir terminé en Sorbonneses études de théologie, Etienne 
Vidaud, issu d'une ancienne famille de Limoges ^, et prieur com- 
mendataire de Saint-André de la Cité 2, venait d'être ordonné prêtre, 
et menait depuis quelque temps une vie exemplaire, quand il fut 
prié, en 1622, de dire habituellement la messe au Carmel. Un an 
plus tard, Etienne Vidaud, et son jeune frère François, eurent le 
dessein de prendre l'habit religieux dans l'ordre des Feuillants, de 
la maison de Paris. Mais, avant de partir de Limoges, pour réaliser 
ce projet, le prieur de Saint-André le communiqua à la prieure du 
Carmel. A la suite de plusieurs entretiens, la mère Isabelle des 
Anges persuada aux deux frères, de se faire Carmes déchaux, et 
d'établir eux-mêmes, un couvent de cet Ordre à Limoges. L'affaire 
fut si bien négociée par la prieure, qu'elle obtint en même temps, 
le 7 mars 1623, l'acceptation du provincial des Carmes et le con- 
sentement d'Etienne Vidaud, pour la résignation de son prieuré en 
faveur des Carmes déchaux. 

Par bulle du l»' décembre suivant, le pape Urbain VIII unit le 
prieuré-cure de Saint- André de la Basse-Cité de Limoges, à l'Ordre 
réformé des Carmes, pour l'établissement, en ce lieu, d'un couvent 
d'au moins onze frères, et il donna commission, à l'official de Li- 
moges, pour la translation de la paroisse de Saint-André à celle 
de Saint-Domnolet. L'évêque de Limoges, dont on avait pris l'avis 
sur ce changement, l'abbé de Bénévent et ses religieux, de qui 
dépendait avant le prieuré-cure, consentirent, le 20 décembre 
1623, à la suppression de ce titre bénéficiai. Le chapitre de la ca- 
thédrale, à qui les religieux avaient aussi présenté une requête, ne 
consentit à l'union du prieuré aux Carmes déchaux, que le 11 juil- 
let 1625 (ou même, d'après le Pouillé historique, que le 17 mai 
1633). Le 18 du même mois (1625), Pierre Talois, officiai de Limo- 
ges, fulmina la bulle du pape, et mit en possession de l'ancien 
prieuré de Saint-André, le P. Bernard de Saint-Joseph, supérieur 
des Carmes déchaux, nonobstant l'opposition des paroissiens de 
ce lieu, qui refusaient de faire partie de la paroisse de Saint- 
Domnolet. 

1. Jehan Vidaud, bourgeois de Limoges, était consul de celte ville à l'entrée 
du roi, le 15 octobre 1605. C'est lui qui dressa le programme des fêtes de la 
visite royale, et c'est son fils André, un jeune enfant en costume d'ange, qui pré- 
senta les clefs de la ville à Henri IV. Laforest» Limoges, p. 47. 

2. Ce prieuré de Tordre de Saint-Augustin, l'un des plus anciens de la ville 
et du diocèse de Limoge.s, parait avoir été, dès son origine, une dépendance de 
la cathédrale Saint-Etienne. Les chanoines de l'église de Limoges le cédèrent à 
l'abbé et aux chanoines réguliers de Bénévent, en 1160, avec le droit do nommer 
le recteur et les neuf chanoines, ainsi que le prieur, et de le présenter à l'é- 
vêque, qui Je recevrait pour prieur. Le prieuré tomba en commende au seizième 
siècle. Etienne Vidaud fut le dernier prieur séculier. Abbé Lecler, Pouillé his- 
tonqiie de Nadaudj p. 179. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 121 

Le 6 août suivant, Tévêque de Limoges, Raymond de la Marto- 
nie, vint, accompagné du lieutenant général de la sénéchaussée, 
Joseph Descordes, des autres officiers de la justice, de Vidaud, 
receveur des tailles à Limoges, et frère du P. Etienne, fondateur, 
planter la croix et bénir la première pierre du couvent, appelé, dès 
lors, Saint-André des Petits-Carmes *. Pendant cette solennité, Jean 
Bandel, jeune docteur de Sorbonne, et chanoine de la cathédrale, 
fit la prédication. Prenant pour texte de son discours ces paroles 
de l'évangile de la fête de la Transfiguration, qu'on célébrait ce 
jour-là : « Faciamus hic tria tabernacula ; tibi nnum, Moysi unum 
et Elise unum », il les appliqua heureusement à la cérémonie de la 
prise de possession de cette maison, en l'honneur de saint Elie, 
premier fondateur, d'après la légende, de Tordre du Carmel. Le len- 
demain, 7 août, les deux religieux fondateurs, Etienne et François 
Vidaud, firent leur profession 2. 

Cet établissement de Saint-André prospéra si bien, qu'il était, 
à la fin du dix-septième siècle, d'après Gilles le Duc, le meilleur 
couvent de la province des Carmes déchaussés û* Aquitaine ^. Les 
Carmes y travaillent si bien, écrivait en 1702 l'Official de Limoges, 
que (( de la plus vilaine église de la ville, ils en viennent de faire 
la plus belle et la plus propre, et leur bibliothèque, nouvellement 
bastie, est la plus belle et la mieux garnie de la province *. » 

Pour comprendre" leur succès, nous n'avons qu'à rappeler ici, 
en abrégé, l'histoire significative d'une de leurs plus célèbres con- 
quêtes. Jacques Dupeyrat de Majembaud, receveur général des 
tailles à Limoges, s'était marié, en 1640, avec Jeanne Maledent de 
Fonjoudran, issue, comme lui, d'une des plus anciennnes familles 
de Limoges. Ils eurent tous deux, après sept ans de vie commune 
et heureuse, le désir de quitter le monde et de se séparer pour 
servir Dieu, chacun dans un ordre religieux. Marcelle Germain, 
leur amie, femme de grande vertu, dont nous dirons plus loin 
les œuvres admirables, adressa Jacques Dupeyrat au P. Elisée, 
carme déchaussé son confesseur, à qui il découvrit à fond son 
cœur. Le Père, après l'avoir bien examiné et éprouvé, l'exhorta à 
réaliser son projet. En vain les parents des deux familles traitè- 
rent d'extravagant le changement de vie de Dupeyrat et de sa fem- 
me; en vain les prédicateurs mêmes de la ville, n'épargnèrent pas, 
dans la chaire, leurs critiques sur ce projet. Au bout de deux ans 
d'épreuves, sanctifiées par les aumônes, les prières et les péniten- 
ces, les parents de la jeune femme, frappés de la persévérance 

1. Pour les distinguer du couvent des Carmes non réformés, de la porte des 
Arènes. 

2. Bonaventure de Saint-Amable, Histoire de Sainl-Marlialr^. III, p. 833 et 
suiv. 

3. Ils étaient vingt religieux en 1698. On peut juger de l'étendue de ce cou- 
vent, par le territoire que les sœurs de la Visitation occupent aujourd'hui, au- 
quel s'ajoutait, avant la Révolution, tout un côté de la rue des Petits-Carmes, 
où se trouvait Téglise paroissiale Saint-André, qui servait de chapelle aux reli- 
gieux. Limoges, Ducourtieux, p. 108. 

4. Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 385. 



"122 UN SEÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

inébranlable de leur fille, consentirent à ce qu'elle se séparât de 
son mari et entrât en religion. 

Le 17 mars 1647 fut choisi par les mariés pour faire leur acte 
de séparation. Tous deux, ce jour-là, accompagnés des membres 
de leurs familles, du prieur des Petits-Carmes et du P. Elisée, se 
rendirent chez Tévêque de Limoges, et lui déclarèrent que, libre- 
ment,*ils désiraient se séparer l'un de l'autre et entrer en religion, 
suppliant le prélat d'accepter leur mutuel consentement, et de 
leur donnersabénédiction.«Iln'yeut, dit le chroniqueur, aucun 
des assistants, et même Tévêque, qui ne fondît en larmes, voyant 
deux personnes en la fleur de leur âge, le mari n'ayant que 
trente-trois ans, et la femme vingt-quatre, de cette condition, qui 
possédaient abondamment tout ce qui pouvait attacher quelqu'un 
dans le monde, et qui d'ailleurs s'entr'aimaient passionnément, 
se séparer si généreusement, et quitter tout, pour embrasser la 
croix et pauvreté de Jésus-Christ. » L'évêque accepta ce consente- 
ment, et leur donna sa bénédiction. Et de ce pas, tous deux, avec 
la même compagnie, s'en allèrent au parloir du Carmel, où le sieur 
de Majembaud prit congé de sa femme, et la mit entre les mains de 
la Mère prieure. Le 11 juin 1647, la jeune postulante prenait 
l'habit. En 1672, elle fut choisie comme prieure du monastère de 
Brive. 

De son côté, Jacques Dupeyrat, après avoir mis ordre à ses 
affaires, entrait au couvent de Saint-André, où il prit l'habit et fit 
profession. En 1651, il donnait des sommes considérables, pour 
l'établissement d'un couvent de carmes déchaussés, à Angoulême. 
En 1668, il mourait, en odeur de sainteté, dans la maison des 
Carmes, à Blaye, et était inhumé à Saint-André de Limoges, aux 
pieds de François Vidaud, fondateur et prieur de ce monastère ^ 

5^ Fin de Vépiscopat de Raymond de la Martonie. 

Les ordres religieux, on vient de l'établir, reprenaient, dans le 
diocèse de Limoges, un nouvel aspect, par suite des réformes et 
des institutions salutaires de cette époque, la piété et les études y 
refleurissaient à la fois, et de nombreux exemples de ferveur et 
de pénitence y ramenaient les beaux temps de la discipline monas- 
tique. L'esprit sacerdotal se ranimait par le concours des efl'orls 
de nos prélats, et de prêtres également vertueux et zélés. Ce qui est 
digne de remarque, c'est que de simples laïques, de saints prêtres, 
tels que Bardon de Brun, Marchandon, Vidaud étaient les initia- 
teurs de ce mouvement religieux,auquel le zèle ardent des Jésuites 
imprimait, en même temps, un élan décisif. Il y avait encore, cer- 
tes, de nombreux abus à déraciner, des scandales affligeants, dont 
le progrès des réformes devait diminuer le nombre ; mais déjà 

1. Bonaventure de Saint-Amable, Hisloire de Saint-MctfHial, t. III, p. 850 et 
suiv. Notons ici que l'auteur de cet ouvrage, dépourvu malheureusement de 
toute critique, était religieux de Saint-André de Limoges, quand le premier vo- 
lume de son histoire parut à Clermont et à Limoges, en 1670. 



RAYMOND DE LA MARTONIE 123 

Tesprit général était éminemment chrétien ; on respectait la reli- 
gion, lors même que Ton n'en observait pas exactement les règles; 
on aimait partout à s'affiliera ses pieuses confréries ^. 

Quand un pays était menacé d'une calamité quelconque, de la 
disette par exemple, on voyait ses sentiments religieux se manifes- 
ter vivement. Ce fut le spectacle que présenta le Limousin, quand, 
dans les mois de juin ou de juillet 1626, des pluies continuelles, et 
les inondations qui s'ensuivirent, causèrent de grands ravages en 
certains lieux, et emportèrent les ponts, les moulins et les mai- 
sons, situés sur les bords de la Vienne. « Durant ces déluges des 
villes et des campagnes, les habitants de Limoges, nous apprend le 
chroniqueur, tâchaient par larmes, prières et processions réité- 
rées, de fermer les cataractes du.ciel ». Le 6 juillet, les prêtres de 
Saint-Pierre-du-Queyroix, au nombre de quarante-six, se rendirent 
en procession à Sainte- Valérie, où ils chantèrent la grand'messe, 
« devant une grande multitude de peuple» ; les Récollets, au nom- 
bre de quarante-deux, allèrent en procession à Saint-Junien. Le 
12 juillet, on fit à Limoges une procession générale, pour obtenir la 
cessation du fléau. On se rendit, selon l'usage, de la cathédrale 
Saint-Etienne à l'église Saint-Martial, où Pierre Talois, officiai et 
grand vicaire, prononça un sermon, et enjoignit, par l'autorité de 
l'évêque, de jeûner trois jours dans la semaine. Le dimanche 19 
juillet, le Saint-Sacrement fut exposé dans la cathédrale, où les 
prêtres des paroisses, les religieux et le peuple allèrent faire leurs 
prières. Le mardi 21, on fit encore dans Limoges une procession 
aussi solennelle et plus suivie même que celle des Ostensions du 
mardi de Pâques. Les reliques des saints furent portées à travers 
les rues de la ville, et accompagnées de nombreux pénitents, avec 
leurs sacs et pieds nus, et d'une foule d'autres personnes en chemi- 
ses, selon la coutume du pays 2. 

Ces démonstrations religieuses nous font comprendre l'esprit 
général de la société limousine à cette époque, et le grand dévelop- 
pement que les ordres monastiques avaient pris, dans le diocèse 
de Limoges. L'évêque, qui favorisait les religieux de tout son 
pouvoir, ne pouvait qu'être des plus sympathiques à ses dévots dio- 
césains. 

Aussi sommes-nous en droit de supposer, que la nouvelle de la 
maladie de Raymond de la Martonie, dut les affliger. L'historiogra- 
phe du diocèse nous apprend, qu'en octobre 1626, attendu le grand 
danger de maladie qui régnait alors à Limoges (et dont le vénéra- 
ble évêque devait être déjà probablement atteint), le synode de la 
Saint-Luc fut ditTéré, jusqu'à celui d'après Pâques 3. Au commen- 
cement de janvier 1627, notre prélat touchait à la fin de sa car- 
rière épiscopale. Le jour de l'Epiphanie, il fit son testament devant 
Tardieu, notaire royal de Limoges, et par cet acte, il choisit sa 
sépulture dans son église cathédrale, laissa un legs à Jacques de la 

1. Picolj, Essai hisloriquCf Préface. 

2. Bonaventure de Saint-Âmable, ibid.f p. 835. 

3. Mss. n. 35, p. 72. 



ia4 l'N H\h\\A< liK VIK KCCI.É8IASTIQUE EN PROVINCE 

M^rtii^its Hdii Mtv i\\\\{\ ot iiiniitua Gaston, son autre frère, son 
hi^rilior univ^riinl ^ l.omanli 12 janvier, le prélat, qui s'était pré- 
imi'i^ h la nuirt, parut (lovant lo Ju^c des bons pasteurs. 

(^Uit*U|ut^>i jcuu'H aprt^i* son décès, les honneurs funèbres dus à 
biiH ï%ï\^ lui lUaiiMit ivadus, par les corps ecclésiastiques et religieux 
^l bM auliU'ilt'^M eivilt^s dt^ làuioijes, selon la forme accoutumée. 
lUyuKuul dt^ la Marlouio fut enseveli dans l'église Saint-Etienne, 
dt^vaut le uvuud auleU auprès de son oncle et prédécesseur sur le 
ïiiè^e de S^^ink-Martial ^» Outre le gr*and mérite qu'on lui attribue 
d'avtur été» aveo siua oncle et préiiécesseur, Tun des principaux 
UiUii^teurH delà vé ter nie religieuse dans le diocèse de Limoges, 
lai luue eet exeelleiit pivlat* ^ d*avi>ir ramené plusieurs protestants 
m .^eiu de TK^Use catholique » ^. 

l. HiU. Nat. MsH. a»AWct IVri^ionl. t. CU» ii. âQ8. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 

(1590-1676) 



CHAPITRE I«' 

FRANÇOIS DE LA FAYETTE DAMS SA FAMILLE 

I. La famille de François de la Fayette. 

Comme il est admis généralement, de nos jours, « qu'on ne 
peut bien comprendre le caractère et Tœuvre d'un homme, sans 
étudier les origines de sa famille i> ^, il nous semble à propos de 
donner ici, pour ce motif, un court aperçu delagénéalogiedugrand 
évéque de Limoges. 

Le nom patronymique de la maison de la Fayette, Tune des plus 
anciennes et des plus illustres de l'Auvergne, était Motier. C'est en 
1240 que vivait Pons Motier, le premier seigneur connu de la 
Fayette, terre considérable située près de Saint-Germain l'Herm 
(Puy-de-Dôme) 2. Pons Motier prit la croix de chevalier en 1248, et 
fit partie de l'expédition de saint Louis. De ses deux fils, Gilbert 
fut la souche de la branche aînée. Pons, le cadet, forma la branche 
des seigneurs de Ghampetières, dont descendait au quatorzième 
degré le célèbre général de la Fayette. 

De père en fils, les seigneurs de la Fayette dépensèrent, sans 
compter, leur sang et leurs revenus, au service du roi de France, 
et de leur suzerain immédiat, le duc de Bourbon, comte d'Auver- 
gne, dans la cour duquel ils furent élevés habituellement. Le repré- 
sentant le plus illustre de la branche aînée de cette race chevale- 
resque, fut Gilbert 111 de la Fayette, qui naquit vers 1372. 11 était 
maréchal de France, quand il remporta, en 1421, sur les Anglais la 
victoire de Baugé,en Anjou, et releva momentanément par ce succès 
la cause du dauphin. Le 29 avril 1429, il reçut avec honneur à 
Orléans, Jehanne laPucelle,et la reconnut comme tchef de guerre ^. 

1. « Et je dirai môme sans y insister », ajoutait M. René Bazin dans son dis- 
cours de réception à l'Académie française, le 24 avril 1904. 

2. On voit actuellement les ruines du château féodal de la Fayette, près d*Aix- 
la-Fayette, localité de six à sept cents habitants. Le village de ce château était 
appelé € La Fayette-Vieille » en 1693. Un autre fief de même nom, situé dans le 
même arrondissement (Ambert), mais dans la commune de Saillans, canton de 
Viverols, a donné son nom à la famille Calemard de la Fayette, qui compte 
actuellement des représentants dans la Haute-Loire. Cette maison ancienne 
aussi, mais originaire d'Espagne, était établie en 1510, près de Viverols. Tar- 
dieu, Dictionnaire historique du Puy-de-Dôme, Moulins, 1881, 



126 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Il était aux côtés de Théroïncaux combats de Rouvray et de Patay, 
et à la cérémonie du sacre du roi, à Reims. Il resta fidèle à la mé- 
moire de Jeanne d'Arc, et partagea sa disgrâce, pour avoir soutenu 
ses projets dans le conseil du roi, contre le favori la Trémoille. 

Après la chute de ce dernier (4433), il fut, avec le connétable de 
Richement son ami, le plus influent des conseillers de Charles VIL 
Il assista, en 1438, aux délibérations de l'assemblée de Bourges, d'où 
sortit la Pragmatique Sanction. Aux États Généraux d'Orléans (1439), 
il se prononça énergiquement pour la continuation de la guerre et 
pour la réforme de l'armée, dont il fut dès lors le principal orga- 
nisateur. Bien que fort âgé, il prit part à la campagne de Norman- 
die, et contribua grandement à l'expulsion de l'ennemi du terri- 
toire. 

Pendant les dernières années de sa vie, le maréchal de la Fayette 
remplit à la cour, dont il était « l'un des principaux ornements », 
les fonctions de gouverneur des enfants de France. Il mourut âgé 
de plus de quatre-vingt-dix ans, le 23 février 1462 et fut inhumé dans 
un tombeau-mausolée, qu'il s'était fait préparer dans une chapelle 
de l'église abbatiale de la Chaise-Dieu (Haute-Loire) ^. 

Des cinq fils du maréchal, Gilbert, le troisième, continua seul 
la postérité. Ecuyer des rois Louis XI et Charles VIII, il jouit, à la 
cour des rois de France, d'un grand crédit. De son mariage avec 
Isabeau de Polignac, il eut quinze enfants, quatre fils et onze filles. 
Antoine de la Fayette, l'aîné, seigneur de Pontgibaud 2, fit preuve 
d'une telle bravoure dans les guerres d'Italie, que Louis XII l'ins- 
titua grand maître de l'artillerie de delà les monts (vers 1500). 
Louis de la Fayette, l'aîné de ses fils, remporta, en 1524, comme 
vice-amiral, une brillante victoire navale, près de l'embouchure 
du Var, sur la flotte de Charles-Quint 3. 

Jean de la Fayette, fils puîné du grand-maître de l'artillerie, fut 
le seul, à partir de 1557, à représenter la postérité mâle de la 
branche aînée des la Fayette. C'est le grand-père de notre prélat. 
Il transigeait, en février 1538, avec Louis, son frère aîné, sur la 
succession de leur père, et recevait, en. partage, les terres de la 
Fayette et de Hautefeuille ^. Il était à Bordeaux, au mois de novem- 

1. Voir les notices du maréchal : Aigueperse, liioqraphip des personnages 
illustres d'Ativergne, Clermont, 1834, t. I, p. 255, et La grande Encyclopédie 
Lamirault. Paris, 1895, et Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc. 

2. Le château de Pontgibaud, situé près de la petite ville de ce nom (Puy- 
de-Dôme), est l'une des constructions féodales les plus curieuses du centre de 
la France, et des mieux conservées. Le vieux donjon et l'enceinte, garnie de 
tours circulaires, sont de la lin du douzième siècle. Le maréchal fit réparer cette 
forteresse au milieu du quinzième siècle. Tardieu, Dictionn, histor., p.263. 

3. François de la Fayette, fils unique de Louis, mourut sans alliance à la 
bataille de Saint-Quentin, en 1557. Jacqueline de la Fayette, sa sœur, épousa 
cette même année Guy de Daillon du Lude, et lui apporta en dot la terre et le 
château de Pontgibaud. Tardieu, Dictionnaire des anciennes familles d'Auvergne, 
p. 421. 

4. La terre et le château de Hautefeuille étaient situés sur la paroisse de 
Flayat, près Gannat (diocèse de Clermont). Chabrol, Coutumes locales. Paris 
1760, t. IV. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 127 

bre 1548, quand il fut chargé, par le connétable de Montmorency, 
d'aller, à la tête d'une troupe de deux mille hommes d'armes et 
d'archers, réprimer sévèrement, à Limoges, un soulèvement popu- 
laire. Le mois suivant, dans l'espace de dix jours, selon les ordres 
qu'il avait reçus, il fit descendre et mettre en pièces toutes les clo- 
ches des églises, des couvents et des lieux publics de la ville et de 
la cité, sans exception ^. 

Pendant les guerres de religion, on vit les seigneurs de la Fayette 
se distinguer, chacun dans leur province, parmi les officiers les 
plus vaillants du parti catholique *. En qualité de commandant en 
chef d'un corps de troupes de l'armée royale, Jean de la Fayette fit 
le siège et s'empara, de la Charité-sur-Loire et de Nevers. Peu de 
temps après, le théâtre de la guerre se transporta, du Bourbon- 
nais, sur les terres mêmes du seigneur de la Fayette, entre ses 
châteaux d'Espinasse et de Cognât. 

Le 6 janvier 1568, l'armée calviniste, sous les ordres de Poncenat, 
voulut se rendre de Vichy, par la forêt de Randan, àGannat, et s'em- 
parer de cette ville fortifiée qu'occupait une vaillante garnison. Dès 
qu'il fut parvenu sur les hauteurs, où sontsitués l'église et le pres- 
bytère de Cognât, Poncenat aperçut, sur la plaine de Lionne, des 
compagnies de cavalerie, que commandaient le marquis deSaint- 
Hérem, gouverneur d'Auvergne, Jacques d'Urfé, bailli du Forez, et 
Jean de la Fayette, seigneur de Cognât-Lionne. Les protestants 
s'étant rangés immédiatement en ordre de bataille, Poncenat atta- 
qua, le long du ruisseau de Châlons, les troupes catholiques avec 
une telle impétuosité, qu'il réussit à les mettre en déroute. Plus de 
cent officiers catholiques restèrent sur le champ de bataille, morts 
ou grièvement blessés. Au nombre de ces derniers, se trouva Jean 
de la Fayette, qui avait combattu vaillamment à la tête de sa com- 
pagnie, pour la défense de sa foi et de son foyer. Il succomba, un 
mois après, des blessures mortelles reçues à Cognât 3. Les protes- 
tants perdirent, de leur côté dans la mêlée, plus d'officiers que les 
catholiques, et notamment Poncenat, leur chef. Incapables de pour- 
suivre l'ennemi, qui se retirait surClern)ont,ilsallèrent saccager et 
brûler l'église de Cognât, et les châteaux de Lionne et d'Espinasse *. 

Le 11 février 1543, Jean de la Fayette avait épousé une riche hé- 
ritière dans la personne de Françoise de Montmorin, qui lui ap- 
porta en dot tous les biens des seigneurs de Nades, et notamment 
les terres assez considérables d'Espinasse et de Nades &. Françoise 

1. Limoges resta trois ans sans cloches. Voir les détails, Annales mss. de 
Limoges, p. 331, etc.. 

. 2. Un autre Jean de la Fayette, seigneur de Champetières, gouverneur de 
Monistrol- sur-Loire, se signala, au début de ces guerres (1562) en combattant, 
aux côtés de son beau-père, Hector de Montmorin, marquis de Saint-Hérem, 
gouverneur d'Auvergne, contre les troupes protestantes de cette province. Borei 
d*Hauterive, Annuaire de la noblesse. Paris, 1847, p. 207. 

3. Voir, sur ce dernier point seulement, à la BibUoth. nat. Mss. Cabinet des 
titres. Dossiers bleus, n. 264, p. 24. 

4. Bouillet, Tablettes historiques de VAuveiyne Clermont. 1845, t. VII, p. 468 
et suiv. 

5. Nades est située à cinq lieues de Gannat et à deux de la rivière de la 



128 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

était fille unique et héritière d'Annet de Montmorin, mort gouver- 
neur du Bourbonnais, en 1555 ^. De ce mariage, naquirent deux fils : 
Pierre de la Fayette, brillant officier, mort un an après son père, sur 
le champ de bataille de Montcontour (15()9), et Claude de la Fayette, 
qui continua seul la postérité de la branche aînée de sa famille. 
Claude, seigneur de Hautefeuille, d'Espinasse et de Nades, fut 
marié par contrat du 2-2 novembre 1579, à Marie d'Alègre, fille de 
Gaspard d'Alègre, seigneur de Viverols et de Beauvoir, chevalier 
de l'ordre du roi, et gentilhomme de sa chambre ^, De cette alliance 
sortirent cinq fils et quatre filles, frères et sœurs de notre prélat. 
I. Jean II de la Fayette, qui épousa, le 10 avril 1613, Marguerite de 
Bourbon- Busse t, et mourut le 3 décembre 1651. II. Jacques, reçu 
chanoine et comte de Lyon en 1603, mort Chartreux à Paris. III. 
François, évêque de Limoges. IV. Gaspard, seigneur de Nades, 
colonel du régiment de Picardie, qui mourut, non marié, en 163Î3. 
V. Philippe-Emmanuel, chevalier de Malte, mort en 1651. VI. 
Françoise, abbesse de Saint-Georges de Bennes. VII. Louise, mariée 
en secondes noces à Claude de Bourbon-Busset, comte de Chaslus, 
mort sans enfants, en 1641 ^. VIII. Madeleine, religieuse à l'abbaye 
des Chazes *, puis prieure de Nouic. IX. Catherine, femme de 
Claude de Alantadis, seigneur de Saint-Alvard 5. 

IL Education de François de la Fayette. 
Il est nommé, en 1610, chanoine-comte de Lyon. 

François, troisième fils de Claude de la Fayette et de Marie 
d'Alègre, naquit Tan iWO^ au château d'Espinasse, prèsGannat, et 

Sioule, dans le canton dEbreuil (Allier), autreHns du diocèse de Clermont. Le 
château de Nades présentait une enceinte carrée, et des tours à créneaux, qui 
subsistent encore, mais bien endommagés. Les La Fayette vendirent le château 
à la fin du dix-septième siècle. De ioiimonU L'Allier pittoresque. Moulins, 1852. 

1. Les Montmorin tiraient leur origine d'un chàteau-fort de ce nom, près de 
Billom (Puy-de-Dôme). 

2. Christophe d'Alèirre. son père, descendait au sixième degré du premier ba- 
ron d'Alègre. Morinot de Tourzel, favori du duc de Berry, qui lui fit don de la 
terre d'Alè^nv, sur les confins de l'Auvergne et du Wlay, en 1385. Christophe 
était l'auttnir de la branche des seigneurs de Viverols, appelés plus tard mar- 
quis de Beauvoir. La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, v* Alègre. 

3. n descendait directement de Louis de Bourbon, cincpiième fils de Char- 
les !•% duc «Je Bourbon et comte d'Auvergne, qui mourut à Moulins le 4 décem- 
bre 145G. Un fils de Louis, Pierre de Bourbon, avait épousé Marguerite d' Alègre, 
qui lui avait apporté en dot la terre de Busset. Le comté de Chalus en Limou- 
sin provint à Philippe de Bourbon, père de Claude, de son mariage avec Louise 
de Borgia, fille unique de Charlotte d'Albret et de César Borgia. La Chesnaye- 
Desbois, v« Bourbon-Busset, ihid. 

4. Cette abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, fondétî au neuvième siècle» 
dans les gorges de l'Allier, à trois lieues de Langeac, (diocèse de Saint-Flour, 
avant la Révolution) était célèbre dans toute l'Auvergne, à cause de la no- 
blesse et de la piété des moniales. Les familles nobles de Langeac et de la 
Fayette y eurent de nombreux représentants. Madeleine y trouva Françoise 
de la Fayette, sa tante, qui avait été re<;ue elle-même par GabrieUe de la 
FayHte, abbesse du monastère. A la même époque, la branche cadette des 
La Fayette y comptait deux autres religieuses, (rallia chriatiana^ t. II. 

5. Le P. Anselme, Hintoirc des grands (>f'finers de la nmrnnne, t. VIL Les 
notes généalogiques sur la famille de La Fayette sont tirées de cette source. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 129 

mourut à Tévêché de Limoges, le 3 mai 1676 ^. Nous aimons à croire 
qu'un dignitaire de l'église de Clermont, Tarchiprêtre de la Lima- 
gne, qui était de droit curé de la petite paroisse d'Espiuasse-Vo- 
zelle 2, dont dépendait le château des La Fayette, versât lui-même 
l'eau baptismale sur la tête de l'enfant, qui devait être un jour l'un 
des plus dignes prélats du royaume. Aucun mémoire du temps ne 
nous parle des premières années de François. Mais il n'est pas 
douteux, qu'à cette époque de foi, où toutes les mères étaient 
croyantes, et présidaient à la première formation morale de leurs 
enfants, Marie d'Alègre ne se soit chargée elle-même de l'éduca- 
tion religieuse de sa nombreuse famille. 

La meilleure raison de croire qu'elle assuma cette charge, c'est, 
nous le savons, l'exemple de sa propre belle-fille, Marguerite de 
Bourbon-Busset, qui « employa avec un grand dévouement les 
trésors d'intelligence, de raison et de sagesse chrétienne, dont elle 
était pourvue, pour éclairer et fortifier les âmes de ses enfants. 
Elle cultiva en eux le jugement et le bon sens, (ce don caractéris- 
tique des membres connus de la famille des La Fayette au dix- 
septième siècle), au moyen d'une vraie et solide piété. Elle leur 
montra la vie telle qu'elle est, non sous l'image décevante du plai- 
sir, mais sous l'aspect austère et doux du devoir 3. » 

Telle fut pareillement la forte éducation que Marie d'Alègre sut 
donner à ses cinq fils. Dans un temps où un gentilhomme devait 
porter les armes, ou se consacrer à Dieu, le sort des fils cadets était 
déterminé d'avance, à moins de vocation contraire. Tandis que 
l'aîné des garçons, et les deux plus jeunes, furent destinés à la car- 
rière des armes, Jacques et François de la Fayette, leurs cadets, 
dirigèrent leurs études vers l'état ecclésiastique. Dans les premières 
années du dix-septième siècle, pendant lesquelles l'éducation clas- 
sique de François s'accomplit, la noblesse de France restait sur 
ses terres, parce que Henri IV ne retenait à la cour, qu'une infime 
minorité de seigneurs. D'ailleurs, Claude de la Fayette, qui n'avait 
auprès du roi aucune charge, sembla préférer, au séjour de Paris, 
la résidence habituelle au château d'Espinasse *. 

Dans cette région de la Limagne, située entre Vichy et Gannat ^y 

i. Mss. n. 34, p. 1. 

2. La petite paroisse d'Espinasse comptait cent quarante-deux feux. Abbé 
Moret. Paroisses Bourbonnaises. Moulins, 1902, p. 662. 

3. Abbé Sorin, Louise de la Fayette, Nantes, 1892, p. 12. 

4. Cette conjecture est en outre fondée sur la prédilection connue de son 
petit- fils aîné, le comte François de la Fayette, qui séjournait habituellement 
sur la terre d'Espinasse, et abandonnait l'hôtel que sa famille possédait de- 
puis 1615 au n» 50, rue de Vaugirard. Voir la notice La Fayette dans la grande 
encyclopédie Lamirault. 

5. A peine retrouve-t-on quelques vestiges des ruines de l'ancien château 
d'Espinasse, situé dans l'Allier, à égale distance (soit 8 ou 10 kilomètres) de Gan- 
nat et de Vichy. A une lieue de ce vieux manoir des Montmorin, était le châ- 
teau de Lyonne, situé au bas du village de Cognât, qui s'élevait sur la croupe 
d'un coteau. Une grande partie des terres des La Fayette étaient au milieu de 
la plaine de la Limagne, si abondante en céréales, en pàtui-ages, en vignes et 
en bois, Expilly, Dictionnaire, et de iolimoni, L Allier pittores(jne, 

9 



130 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

la vie était agréable à cette époque, pour une famille noble et con- 
sidérée, comme celle des La Fayette, qui retrouvait dans les nom- 
breux châteaux du voisinage ses plus belles alliances ^. Il y avait 
là pour l'instruction des jeunes gentilshommes de grandes facili- 
tés. A quelques lieues d'Espinasse, en effet, se trouvait Riom, ville 
riche, la seconde de la province d'Auvergne. Au collège de Riom, 
on enseignait les humanités et la philosophie. Les études classi- 
ques de cette maison avaient alors dans ce pays une grande répu- 
tation. Près de cet établissement était une célèbre Académie, des 
plus anciennes, des mieux tenues et des plus fréquentées du royau- 
me, où Ton enseignait aux fils des nobles familles, qui la fréquen- 
taient en grand nombre, la pratique des armes et des exercices 
militaires ^. 

Tout nous permet donc de croire, que les cinq fils de Claude de 
la Fayette furent élevés dans ce collège de Riom, comme étudiants 
externes, sous la surveillance et la direction d'un gouverneur ou 
d'un précepteur ecclésiastique. 

Nous n'avons pas à rechercher ici, faute de tout document utile 
sur la jeunesse de notre futur prélat, dans laquelle des universités 
du royaume, il prit ses grades de maître ès-arts et de licencié en 
théologie ou en droit. François de la Fayette, qui compta dans sa 
famille deux de ses neveux, docteurs de Sorbonne, n'avait pas 
manqué sans doute de leur donner, entre tant d'autres, ce bon 
exemple du travail, et de mettre des diplômes, conformément à la 
tradition de tous les clercs nobles de son temps, à la base de sa 
fortune ecclésiastique. 

Le 19 décembre 1603, Jacques de la Fayette, son frère, fut reçu 
chanoine-comte de Lyon 3. C'est vers ce temps aussi que ses parents 
demandèrent à Tévêque de Clermont *, de donner à François la 
tonsure cléricale, qui le rendrait apte à recevoir des bénéfices s. 
De fait, elle lui servit d'abord à recueillir, en 1610, la succession 
de son frère Jacques, qui, avant de donner suite à son projet de 
vocation religieuse, et d'entrer chejL les Chartreux, résigna en 
faveur de François, avec le consentement des capitulants ses con- 
frères, sa prébende canoniale de Saint-Jean de Lyon ^. 

Cet acte ne dispensa pas néanmoins François de la Fayette des 
formalités obligatoires, pour tout nouvel aspirant au chapitre de 
Lyon. C'était, à l'époque dont nous parlons, un honneur des plus 

1. Citons ici notamment les magnifiques châteaux de Randan, à la marquise 
de Senecey, tante maternelle de François de La Fayette, et de Busset, à la fa- 
mille de Bourbon-Busset, qui subsistent encore avec leur ancien éclat. 

2. Expilly, DietioTinaire géographique. 

3. Le P. Anselme, ibid., t. VIL 

4. C'était depuis 15fô, François de la Rochefoucauld, qui fut transféré à Sen- 
lis en 1609. Il était parent par alliance des La Fayette. 

5. Acte consistorial, Mss. fonds latin, n. 12569. 

6. Mss. n. 34, p. 1. Notons ici, d'après le P. Anselme, qu'un Jean de la Fayette, 
fils cadet du célèbre maréchal, avait été reçu en août 1447, chanoine comte et 
custode de Saint-Jean de Lyon. Il mourut au château de Coindriers, en août 
1490. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 131 

recherchés, que celui de siéger au milieu de cette grande aristo- 
cratie sacerdotale, riche, puissante, et dotée des plus beaux privilè- 
ges ^.Tous les chanoines de Saint-Jean, au nombre de trente-deux, 
devaient appartenir à une noblesse irréprochable, et faire preuve 
de seize quartiers. A cet effet, quand la vacance d'une prébende 
s'était produite, par décès ou par résignation, le candidat devait 
soumettre au chapitre, avec sa requête, ses lettres de cléricature 
et ses parchemins de noblesse. Les chanoines de Saint-Jean nom- 
maient alors deux d'entre eux, pour les examiner. L'arbre généalo- 
gique, les armes, le blason, les originaux des titres et contrats, 
toutes ces pièces qui prouvaient la noblesse du candidat, devaient 
être minutieusement vérifiées par les commissaires. Après quoi, 
on procédait, en chapitre, à la nomination du nouveau confrère. 

Le cérémonial observé, le jour de la prise de possession, était des 
plus solennels. Avant l'installation du récipiendaire, on procédait 
en séance, à ce qu'on appelait a la preuve testimoniale » des quartiers 
de noblesse. On n'admettait, pour ces sortes de témoignages, que 
des chevaliers de Malte, ou des gentilshommes de nom et d'armes, au 
nombre de quatre, pris en dehors des parents ou alliés du récipien- 
daire. Ils devaient prêter serment dans l'assemblée générale ; et 
attester qu'il n'existait, entre eux et Télu du chapitre, aucune 
espèce de parenté. Ils entraient, les uns après les autres, en séance 
et l'on interrogeait chaque témoin, à son rang, sur les qualités du 
candidat, et l'état de noblesse de sa maison. Quand les réponses 
avaient paru satisfaisantes, les seigneurs capitulants déclaraient la 
preuve « bonne et valable », pour avoir été bien et duement faite 
suivant les statuts. Le récipiendaire était alors introduit dans la 
salle ; il suppliait humblement le vénérable chapitre de le vouloir 
recevoir en cette compagnie, offrant de faire le serment et de payer 
comptant toutes les charges dues par les nouveaux chanoines et 
comtes de Lyon à leur réception 2. 

Tout étant prêt, on faisait entrer les hauts fonctionnaires du roi, 
préalablement invités à la cérémonie. Le récipiendaire s'approchait, 
d'abord, du précenteur, ou premier dignitaire du chapitre, qui le 
revêtait du rochet et du camail, en lui disant : ad multos annos! et 
lui passait au cou le cordon rouge, brodé d'or, au bas duquel était 
attachée une croix de vermeil, avec l'effigie de la Sainte Vierge et 
de saint Jean. Ainsi paré, le récipiendaire s'avançait au milieu de 
l'assistance, et s'agenouillant entre deux enfants de chœur, qui éle- 
vaient leurs flambeaux de cire blanche, il prononçait, à haute voix, 
la formule ordinaire du serment. Le nouveau chanoine jurait, en 
substance, « fidélité et soumission aux anciens statuts ». Les offi- 
ciers du roi, s'étant alors retirés, un dignitaire et un chanoine- 
comte conduisaient leur confrère au chœur de la primatiale, pour 

1. Le roi de France était de droit premier chanoine-comte de Lyon. Cinq 
papes, quatorze cardinaux, quantité d'évêques et d'archevêques sortirent de ce 
chapitre. Moreri, Dictionnaire. 

2. Le total des frais de réception se montait à douze cents livres. Moreri, 
Dictionnaire, V* Lyon. 



132 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

lui faire baiser le mattre-autel, et Tinstaller à sa place du chœur, 
selon le rite accoutumé. Après lecture faile des provisions, on le 
ramenait dans la salle capitulatre, où ses collègues lui donnaient le 
baiser de paix. La fête s'achevait dans une effusion réciproque de 
compliments et d'actions de grâces. Ainsi fut solennisée, le 19 dé- 
cembre 1610, la réception de François de la Fayette. 

Le jeune chanoine, âgé de vingt-et-un ans, commença ensuite le 
t noviciat ». Cette période, qu'on nommait la rigoureuse, compre- 
nait tout le temps qui s'écoule, de la veille de Noël à la fête de 
saint Jean-fiaptîste. Pendant ce stage de six mois, François de la 
Fayette ne dut point participer à la jouissance des revenus de 
l'Eglise, ni être considéré comme capitulant ; il devait assister aux 
délibérations générales, mais sans avoir à la lettre « voix au cha- 
pitre ». C'était, en effet, la condition des novices, de ne pouvoir 
être compris dans la répartition des menses, s'ils n'avaient fait 
dans le cloître leur résidence semestrielle. 

Son noviciat terminé, le titulaire était encore astreint à un séjour 
de même durée, sous peine d'encourir les censures disciplinaires 
portées contre les délinquants ^. Nous savons du reste, par son 
panégyriste, que François de la Fayette, après avoir « exercé », 
à Lyon, c les fonctions de sa dignité » avec une parfaite exactitude, 
ne cessa point de « servir d'instruction vivante à tous ceux qui 
vivaient dans la même profession » ^. 

1. P. Em. RégnaLuli, Chvlgtophe de Beaumont, Paris, 18S2, t. I, p. 25 et suiv. 
Moreri, Dictionnaire Imtorique, V« Lyon. 

2. De Périére, Oraison funèbre. Limoges, 1676, p. 13. 



CHAPITRE II 

FRANÇOIS DE LA FAYETTE A LA COUR DE FRANCE 

I. Le premier aumônier de la reine Anne d'Autriche, 
avant sa promotion épiscopale. 

A l'époque où l'on célébrait, à Bordeaux, le mariage du jeune roi 
Louis XIII avec Tinfante d'Espagne, Anne d'Autriche, la famille 
de la Fayette prenait possession, à Paris, d'un hôtel digne de son 
rang, qu'elle venait de faire bâtir n® 50, rue de Vaugirard, presque 
en face du Petit-Luxembourg ^. Ce changement de résidence et 
d'habitudes, dans les relations sociales de la famille de notre 
prélat *^, nous est un indice du légitime souci qu'elle avait alors 
d'assurer à ses nombreux enfants une situation plus avantageuse. 
Et où pouvait-on mieux en effet bénéficier des faveurs royales, 
que dans l'entourage des princes? 

D'ailleurs, à ce moment Claude de la Fayette avait pour les siens, 
de précieux protecteurs dans la personne de parents assez rappro- 
chés, et qu'il fréquentait souvent à Espinasse. Nous voulons parler 
du marquis et de la marquise de Senecey 3, dont le crédit était 
puissant à la cour de France. Henri de Bauffremont, qui s'était 
signalé, comme orateur de la noblesse, aux Etats-Généraux, était, 
à la fin de l'année 1615, envoyé en qualité d'ambassadeur du roi, à 
Madrid ^. En même temps, la marquise de Sénecey, sa femme, 
était nommée première dame d'honneur de la jeune reine, Anne 
d'Autriche. Un des premiers bienfaits de Marie-Catherine de la 
Rochefoucauld, héritière des comtes de Randan, à l'égard du châte- 
lain d'Espinasse, fut de faire attacher son neveu, François de la 
Fayette, à la maison de la nouvelle reine, dès son arrivée à Paris 
(mai 1616) s. 

1. Indication extraite de la notice de Mme de la Fayette) La Grande Encyclo- 
pédie Lamirault) Paris, 1895, et complétée quanta la date de la construction de 
l'hôtel, et à sa place précise, par une communication de M. le curé de Saint- 
Sulpice. Des documents notariés établissent que le presbytère actuel de Saint- 
Sulpice, situé au coin de la rue Férou, en face le musée du Luxembourg, a été 
construit en 1614, comme hôtel des La Fayette, et a passé par mariage, de cette 
famille à celle de la Trémoille, au début du dix-huitième siècle. 

'2. A partir de cette date, la famille de la Fayette dut habiter plus longtemps la 
capitale ; mais elle n'abandonna pas le château d'Espinasse. 

3. Trois seigneurs de Beauffremont s'étaient alliés, à la fin du seizième siècle, 
à des filles de la maison d'Alègre. D'autre part, la seigneurie de Randan avait 
été portée, en 1518, par Anne de Polignac, nièce de Gilbert IV de la Fayette, à 
François II, comte de la Rochefoucauld. Le cardinal de ce nom était son petit- 
fils. Marie-Catherine était sœur du cardinal. Dictionnaire de la noblesse. 

4. Henri de Bauffremont, marquis de Senecey, fut tué au siège de Royan, en 
1622. Perrens, Les mariages espagnols, p. 558. 

5. Voir la préface des Mémoires de Mnie de la Fayette^ par Eugène Asse, 
archiviste. Paris, 1886, p. 2. 



134 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

François, n'eut d*abord, que le litre d'aumônier ordinaire, mais 
l'année suivante, plusieurs personnages de la cour d'Anne d'Au- 
triche, ayant été renvoyés en Espagne, et don Pedro de Castro, 
premier aumônier de la reine, s'étant trouvé de ce nombre, François 
de la Fayette fut appelé à lui succéder, dans cette chaîne impor- 
tante ^. Durant l'exercice de ces fonctions, notre futur prélat qui 
avait pour supérieur ecclésiastique le grand aumônier d'Anne 
d'Autriche, dépendit successivement de l'évêque de Luçon, Armand 
de Richelieu, de Tévéque de Langres, Sébastien Zamet, et à partir 
de 1624, de l'évêque de Beauvais, Augustin Potier 2. 

Les charges fort enviées de grand aumônier, et de premier au- 
mônier du roi et de la reine, entraînaient, avec le droit de commen- 
salité, l'obligation d'habiter à la cour de France, parce que ces offi- 
ciers ecclésiastiques étaient plus intimement attachés que les autres 
à la personne des souverains. Le grand aumônier accompagnait 
le roi aux offices de l'église, et lui présentait son livre d'heures. Il 
assistait aux prières du lever et du coucher, aux festins royaux, 
pour la bénédiction et les grâces. Il disposait des fonds destinés 
aux aumônes du roi ; il avait l'intendance du service divin à la cour. 
Il prenait acte du serment de fidélité, prêté au roi par les évoques, 
etc., marchait à la droite du souverain, dans les processions, lui 
donnait la communion et les autres sacrements, et lui accordait les 
dispenses d'abstinence. C'était Tévêque-né de la cour, en quelque 
lieu que fût le roi. Il avait toute juridiction sur les ecclésiastiques 
qui venaient à la cour pour affaires, et ceux qui y demeuraient or- 
dinairement. 

Les prérogatives du grand aumônier de la reine étaient analogues, 
quoique réduites sur certains points. Le premier aumônier mar- 
chait immédiatement, en crédit et en autorité, dans la chapelle du 
roi, après le grand aumônier de France ; il était son grand-vicaire- 
néy dans la chapelle du monarque seulement. Seul, il faisait toutes 
les principales fonctions du grand aumônier, en son absence. Cette 
qualité de premier aumônier était si éminente, en la cour de France 
depuis l'institution de celte double charge (1523), qu'encore que 
ce ne fût qu'un simple ecclésiastique qui en fût pourvu, néan- 
moins sur l'état des officiers du roi et de la reine, il était toujours 
le premier nommé, avant les évêques eux-mêmes, qui en avaient 
le titre purement honorifique. Le premier aumônier de la reine 
était, comme celui du roi, le premier officier ecclésiastique de la 

1. Notons ici que la plupart des charges ecclésiastiques de la cour étaient 
vénales au dix-septième siècle ; on les sollicitait, on les achetait, comme les 
charges ordinaires; on les retenait même en survivance. M. Sicard, L'Ancien 
rU*rfjé de France, t. I, p. 229. 

2. Outre son confe.sseur ordinaire, qui était un franciscain espagnol, la reine 
avait ena)re quatre « aumosniers ordinaires », un chapelain ordinaire, quatre 
chapelains de quartier, quatre clercs de chapelle, un confesseur du commun, 
et plusieurs prédicateurs. Le personnel ecclésiastique de la chapelle du roi était 
beaucoup plus nombreux. Le grand aumônier de France, après la mort du 
cardinal du Perron, fut le saint cardinal de la Rochefoucauld (1618). Archou, 
Chapelle des rois de France. Paris, 1711, t. II, p. 790 et suiv. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 



135 



chapelle de cette princesse après legrand aumônier, qu'il rempla- 
çait en son absence. Les aumôniers ordinaires servaient en Tab- 
sence du grand aumônier et du premier aumônier, exerçant, en la 
chapelle du roi ou de la reine, toutes les fonctions que ces derniers 
exerceraient, s'ils éts^ient présents. Les chapelains célébraient 
toutes les messes basses, qui se disaient devant le roi ou la reine ^. 

Comment notre futur prélat remplit-il, pendant une douzaine 
d'années que dura sa charge, ces fonctions si délicates de premier 
aumônier de la reine à la cour d'Anne d'Autriche? S'il n'éprouva 
point, comme le saint évêque de Genève, de répugnance pour une 
cour où François de Sales a sentait la moitié de sa liberté engagée », 
François de la Fayette, simple ecclésiastique, non encore constitué 
dans les ordres sacrés, apprit du moins, à l'exemple du saint, à 
être « plus simple et moins mondain » que les autres abbés de 
cour. Ses panégyristes nous attestent, que « l'air ambiant de la cour 
n'eut rien de contagieux pour ses mœurs. On le vit modeste et ré- 
servé dans le centre des grandeurs ; le tumulte et les dangers 
n'affaiblirent point sa piété ». Le premier aumônier de la reine 
manifesta, dès cette époque, les grandes qualités qui devaient fécon- 
der sa vie épiscopale ; une grande bonté s'alliait, en sa personne 
avec une rare fermeté, un grand air de distinction avec une grave 
retenue. Par une conduite aussi digne, il sut se tenir debout, au 
milieu des bassesses du flot des courtisans, éviter tous les pièges 
des intrigues, obtenir auprès de la reine un crédit croissant, et 
s'assurer l'estime du roi 2. 

Par cette conduite exemplaire, François de la Fayette se rendit 
digne de la protection de son vénérable parent, le cardinal de la 
Rochefoucauld, grand aumônier de France. Il fut heureux de cor- 
respondre, pour sa part, aux efforts de son zèle. Ce prélat réforma- 
teur s'était en effet attaché, dès son entrée en fonctions (1618), à 
remettre tout en ordre dans la chapelle royale, avec l'appui de 
Louis XIII, qui l'estimait et le vénérait. Le pieux cardinal donna des 
ordres, pour que l'office divin fût célébré à la cour de France, dé- 
sormais tous les jours, avec la décence et Texactitude convenables. 
II se fit une loi de ne recevoir que des personnes pieuses, savantes 
et irréprochables, soit pour y remplir les charges d'aumônier ou de 
chapelain, soit pour y administrer les sacrements, annoncer la 
parole de Dieu, et, avant de les admettre, il les examinait lui-mê- 
me, ne confiant à personne cette importante fonction. Il bannit 
de la cour les libertins et les impies, et engagea les grands sei- 
gneurs à ne plus en souffrir à leur suite, parce que, disait-il, 
« il fallait que tous vécussent chrétiennement dans le palais du roi 
très chrétien » 3. 



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1. Archon, ibid., p. 739 et suiv. ; Oroux, La chapplle royale, t. H, p. 341-398 ; 
du Peyrat, Les antiquités de la chapelle du roi, Paris, 1645. p. 433 et suiv. 

2. De Périère, Oraison funèbre, p. 13. Cf. de Voyon, Eloge historique. Limoges, 
1771, p. 5. 

3. Le saint cardinal donna au roi la démission de sa charge, en 1632, pour se 
retirer dans son abbaye de Sainte-Geneviève, où il mourut en février 1645, âgé 



136 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

D'autre part, François de la Fayette se trouva, à la cour de 
France, dans une situation exceptionnelle, qui lui permit de suivre 
de près le mouvement religieux de son temps. Il ne fut pas seule- 
ment le témoin favorisé des premiers efforts de zèle des grands réfor- 
mateurs du clergé, de Bérulle, de Bourdoise, et de Vincent de Paul ; 
mais il eut l'avantage d'entendre prêcher plusieurs fois devant la 
reine, Tapôtre du Chablais, pendant le dernier séjour de saint Fran- 
çois de Sales à Paris (1618-1619), et mieux encore, il eut le bonheur 
d'assister, à Avignon, où les deux cours de France et de Savoie 
s'étaient réunies, en décembre 1622, aux derniers entretiens du 
saint évèque de Genève, dont on recueillait les paroles comme des 
oracles. 

Quoi qu'il en soit des compromissions d'Anne d'Autriche, dans 
une suite de cabales et d'intrigues, qui troublèrent le règne de 
Louis XIII, nous savons que son premier aumônier participa à ses 
bonnes œuvres, en s'intéressant, dès cette époque, aux réformes par- 
ticulières et aux fondations des couvents du Carmel, de la Visita- 
tion et du Val-de-Grâce que la reine affectionnait et visitait sou- 
vent ^. 

II. François de la Fayette est nommé évêque de Limoges. 
Son sacre. 

La chapelle du roi et celle de la reine, qui n'étaient composées 
que d'une élite d'ecclésiastiques, issus de la meilleure noblesse du 
royaume, avaient toujours servi de pépinière, pour le recrutement 
des prélats de l'Église gallicane. Henri IV déclarait un jour, qu'il 
avait choisi pour grand aumônier le cardinal du Perron, afin qu'il 
remplît la chapelle royale de personnes de mérite, qu'il pourrait 
élever aux grandes charges ecclésiastiques, à l'exemple de ses 
prédécesseurs 2. Fidèle à la pensée de son père, Louis XIII c honora 
presque tous les aumôniers de sa chapelle de ses libéralités, et 
récompensa leur assiduité à son service par des abbayes, ou par des 
évêchés 3. j> 

Le roi, après avoir pesé le mérite précoce de François de la Fayet- 
te ^, voulut lui donner une première marque de sa bienveillance, 
en i( le destinant à Févèché deTréguiei-s », avant de transférer, de 
cette église à celle de Rennes, Pierre Ci)rnulier (17 mars 1619). 
Mais le premier aumônier de la reine déclina cette faveur, seju- 

de quatre-vingt-huit ans. Archon et Omux» La rhnpfUt* myiiU'y ihid. Tous les 
détails qui précèdent sont tirés de ces historiens. 

1. François de La Fayette ^^issista notamment, aux cotés th^ la reine, à la pose 
de la première pierre du Val-ile-Grùce, le 3 juillet itî24. (Picot, Esaai histot-i- 
qvtf*^ t. I, p. ±Î3). N'étant encore qu'évèque nommé de Limoges, il approuva, en 
1627, la vie de la pieuse abbes.se, fondatrice du Val-de-Gràce, Marguerite d'àr- 
bOQze, amie d'Anne d'Autriche. Mss. n. ^27, t. III, p. *2S. 

2. Du Peyrat, Hittinrc fnli^fdastifiuf^ df la chapctU' du roi, p. "i'iô. 

3. Archon, Hist. de la ChaïuHle du. roi, t. II, p. 769. 

4. La publication récente de la correspondance inédite du roi avec Richelieu 
a montré qu'un évéché, même minuscule, n'était pas à la nomination du miais- 
tre. Voir de Beauchamp, Loiù^ XllI, p. 57. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 137 

géant, sans doute, trop jeune (il avait alors trente ans), pour assu- 
mer une pareille responsabilité ^. 

Huit ans plus tard, ce dernier agissant moins qu'il ne laissa agir 
ses parents, qui faisaient de Tépiscopat de leur fils une affaire per- 
sonnelle, Louis XIII fut amené, pour leur être agréable, à nommer 
François de la Fayette, vers la fête de Pâques 1627, à l'évêché de 
Limoges, qui était vacant depuis le 11 janvier 2. L'élu, bien décidé à 
demeurer dans le diocèse, où il était envoyé comme évèque, pour 
servir Dieu selon l'acquit de sa conscience, autant qu'il serait en 
son pouvoir, acquiesça, cette fois, à la nomination royale. 

N'étant encore que simple clerc minoré, il se préoccupa de rece- 
voir les Ordres sacrés, et de faire présenter, en son nom, au Souve- 
rain Pontife, une supplique, à l'effet de pouvoir être préconisé, 
nonobstant le défaut de temps requis, pour l'exercice des Ordres 
majeurs 3. On lui répondit par un fiât ut petitur ; en d'autres ter- 
mes, la dispense fut accordée et mentionnée expressément dans 
l'acte de préconisation. 

Un consistoire secret, ayant eu lieu au palais apostolique du Qui- 
rinal, le lundi 29 novembre 1627, le cardinal Bentivoglio, chargé 
dans cette assemblée des affaires consistoriales de France, fit, au 
nom du roi Louis XIII, la présentation de François de la Fayette, 
du diocèse de Clermont, pour l'église vacante de Limoges. Le pape 
Urbain VIII, ayant recueilli les suffrages approbateurs des cardi- 
naux, prononça alors le : fiai in nomine Patris et Filii et Spiritiis 
saiicti *. 

Un peu moins de trois mois après la réception de ses bulles 5, la 
consécration épiscopale de notre prélat eut lieu d'une façon bril- 
lante, le dimanche, jour de la fête de saint Joseph, dans la chapelle 
des Pères minimes de la place Royale, à Paris 6. André Frémiot ''y 
archevêque démissionnaire de Bourges, prélat consécrateur de 

1. Le panégyriste de Périère, qui nous révèle ce fait, ajoute que« Tévêché de 
Tréguiers n'était pas capable de contenter son zélé, il luy falloit un diocèse 
aussi grand que celuy de Limoges ». Oraison fun.^ p. 34. 

2. Mss. n. 34, p. 1. 

3. D'après le concile de Trente, précisé sur ce point par une bulle du 15 mai 
1590, tout candidat à un siège épiscopal devait être entré dans les Ordres sacrés, 
an moins six mois avant sa promotion. Durand, Dictionnaire, v« Evéque. 

4. Mss. fonds latin, n. 12 569, p. ^2. 

5. Notons ici que l'acte consistorial, enregistré ensuite à la Chancellerie Pon- 
tifîcale, servit de minute pour la confection des sept bulles de provision épis- 
copale. Durand de Maillane. On sait que l'évèque de Limoges payait alors 1 600 
florins pour ses bulles, à la cour de Rome. Richard, Dictionnaire. Paris, 1760, 
t. Il, p. 696. 

6. L'église des Minimes était située place des Vosges. La magnificence de 
cet édifice, fondé en 1611 par Marie de Médicis, rivalisait avec celle des plus 
fastueuses églises de Paris. C'est dans cette église, qui était fort à la mode, 
auprès des élégants du quartier aristocratique du Marais, que Bossuet gour- 
manda l'indécence de leur tenue, quand il prêcha, en 1660, sa première station 
de Carême. Cette église a été démolie en 1798. Dulaure, Paris, p. 328. 

7. Né à Dijon en 1573. et sacré archevêque de Bourges en décembre 1608, il 
s'était démis, en 1621, après un pontificat des plus féconds en œuvres de zèle. 
Il mourut à Paris, en mai 1641, sept mois avant sa sœur aînée, sainte Chantai. 
Cf. Gallia christiana. 



138 UN arÈcLE de vie ecclésiastique en province 

François de la Fayette, était assisté d'Augustin Potier de Gesvres, 
évêque de Beauvais, grand aumônier de la reine, et de Etienne 
Puget, alors évêque de Dardanie, in partihusy ensuite de Marseille. 
Anne d'Autriche, Jean- Baptiste-Gaston, doc d'Orléans, d'autres 
princes, le nonce du pape, depuis cardinal Bagni (1629), plusieurs 
autres évêques et seigneurs de la cour, comptaient parmi les prin- 
cipaux assistants, avec la famille du prélat ^. 

Le serment de fidélité au pape ayant été de nouveau prêté par 
l'élu, et son examen sur la foi et les mœurs étant fini, le consécra- 
teur avait commencé la messe : après l'épître et le chant des lita- 
nies, il avait imposé les mains sur l'élu, et fait sur sa tête et sur ses 
mains, avec l'huile du saintchrême, les onctions qui font les pon- 
tifes; il venait de bénir le bâton pastoral, et le lui donnait pour 
marque de sa juridiction, quand à ce moment, un officier ecclé- 
siastique, de Tdntourage de la reine, apporta au prélat consécrateur 
une bague précieuse ornée d'un magnifique diamant, que la prin- 
cesse avait retirée de son doigt, et qu'elle envoyait à François de 
la Fayette, son premier aumônier, comme une marque de sa con- 
sidération pour le nouvel évêque, et comme un gage de l'union 
qu'il contractait avec l'église de Limoges 2. Le consécrateur bénit 
alors la bague et l'anneau, et les mit au doigt du jeune prélat, en 
signe de sa foi, l'exhortant de garder l'Eglise sans tache, comme 
l'épouse de Dieu. 

La messe se continua ensuite par la lecture de l'Evangile. Après 
la messe, et la bénédiction de la mitre et des gants, l'on chanta le 
Te Deurriy et pendant ce temps, les évêques assistants promenèrent 
le consacré par toute l'église, pour le montrer au peuple. Ensuite, 
François de la Fayette 'donna la bénédiction solennelle 3. 

Une quinzaine de jours après son sacre, le nouvel évêque de 
Limoges prêta serment de fidélité au roi, conformément au cérémo- 
nial accoutumé. Il se rendit, revêtu du rochet et du camail, en la 
chapelle haute du Louvre, où le roi devait entendre la messe, et il 
se plaça à gauche du prie-Dieu de Sa Majesté. Lorsque le célébrant 
commença TEvangile de la messe, l'évêque de Limoges se leva, 
salua le roi ,et se rendit au bas des degrés de l'autel. Là, il reçut 
d'un clerc de la chapelle le missel dont se servait le célébrant, etle 
tenant entre ses mains, il alla se placer devant le prie-Dieu en face 
du roi. Après l'avoir salué, il déposa sur le prie-Dieu le livre 
ouvert, comme s'il avait voulu lire dedans, et il se mit à genoux. 
Alors le grand aumônier de la reine, en l'absence du cardinal delà 
Rochefoucauld, plaça sur le missel la formule du serment de fidé- 
lité, que l'évêque de Limoges prononça à haute voix, en tenant la 

1. Gallia rfmsl., t. II, p. 541. Devoyon, Ehgt* histor.y p. G. 

2. Pour rappeler le souvnnir d'un fait si honorable à ce prélat, on le repré- 
sente dans ses portraits avec deux bagues. Fidèle depuis au serment, dont il 
avait reçu le symbole, François de la Fayette refusa très souvent {saspnis, dit 
l'auteur de la (iallia) plusieurs évcchés beaucoup plus considérables, que 
celui dont il était pourvu. Devoyon, Eloge histof\, p. 6. 

3. Durand de Maillane, it, mot. Consécration. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 139 

main droite appuyée sur TEvangile. Voici le texte de cette formule : 
« Sire, je jure le très saint et sacré nom de Dieu, et promets à 
Votre Majesté, que je lui serai, tant que je vivrai, fidèle sujet et 
serviteur ; que je procurerai son service et le bien de son état, de 
tout mon pouvoir, que je ne me trouverai jamais en aucun conseil, 
dessein ni entreprise au préjudice d'iceux ; et s'il en vient quelque 
chose à ma connaissance, le ferai savoir à Votre Majesté. Ainsi Dieu 
me soit en aide et ses saints Evangiles *. » 

François de la Fayette se fit délivrer, le même jour, acte de sa 
prestation de serment, et selon Tusage, il le remit entre les mains 
du secrétaire d'État, qui avait signé le brevet et les lettres de nomi- 
nation, cette formalité étant requise, pour obtenir du grand sceau 
les lettres patentes, dites de « serment de fidélité », et les lettres de 
don des fruits échus pendant la vacance du siège, fruits sur les- 
quels le roi de France prétendait avoir droit de régale. C'est ce 
qu'on appelait alors : « aller fermer la régale 2. » 

Après avoir satisfait à toutes les exigences, François de la Fayette 
ne songea plus qu'à faire ses préparatifs, pour se rendre dans son 
diocèse. 

Mais le rôle de notre prélat à la cour de France, qui n'était pas 
encore terminé, nous oblige à interrompre ici l'ordre des faits de 
sa vie. Non seulement l'évêque de Limoges gardait, pour de longues 
années 3, son titre de premier aumônier de la reine, mais il devait 
à deux reprises, en 1637 et en 1643, intervenir dans les événements 
politiques de ce temps, d'une manière plus bruyante qu'il n'aurait 
voulu. Nous allons voir, quelle conduite honorable et prudente il 
eut, dans les intrigues de cour, où il se trouva malgré lui engagé. 

III. L'évêque de Limoges, François de la Fayette, 
à la cour de France sous Louis XIII et sous la Régence d'Anne 

d'Autriche. 

i» L'Intrigue de i637 contre le cardinal de Richelieu. 

Marie-Louise de la Fayette, cinquième enfant de Jean de la 
Fayette (frère aîné de notre prélat), et de Marguerite de Bourbon- 
Busset *, née au château de Vésigneux (paroisse de Saint-Martin 

1. Voir aux Archives nationales le texte original des serments de fidélité de 
François de la Fayette et de Louis d'Urfé 

2. Durand de Maillane, it. mot. Serment et L. Bertrand, Vie de messire H. de 
Béthune, t. I. p. 92, 93. 

3. Sa charge échut plus tard à messire Henri de Maupas du Tour, successive- 
ment évêque du Puy et d'Evreux. Archon et Oroux, ibid, 

4. Ces époux laissèrent: I. François, comte de la Fayette, seigneur de Nades, 
qui s'allia en 1655 à Marie-Madeleine Pioche de la Vergne, Tamie de Mme de 
Sévigné. II. Chavles-François, baron de Hautefeuille, tué au combat d'Etampes, 
en 1652. III. Claude, seigneur de Hauteferre (terre située près Âuzances, en 
Combraille, Creuse), docteur de Sorbonne. IV. .Jacques, chevalier de Malte. 
V. Marie-Louise. VI. Claudine, épouse de César de Chauvigny, morte sans en- 
fants. VII. Madeleine, abbesse pendant vingt- cinq ans de Saint-Georges de 
Rennes, où elle mourut en juin 1689, dans une grande réputation de vertus et 
de méritas. (J)'apré^ le P. Âpsplnie). Le P. Baudran, jésuite, prononça à Bennes, 



140 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

du Puy-Nièvre), le 8 novembre 4618, avait à peine atteint sa trei- 
zième année, lorsqu'on parla de la faire venir à la cour. Secondée 
par les heureuses dispositions d'une belle nature, la comtesse de 
la Fayette, sa mère, n'avait pas eu de peine à réussir l'éducation 
de cette charmante enfant, qui semblait née pour la vertu. A une 
beauté remarquable, elle joignait la plus parfaite modestie, la plus 
grande douceur, une naïve et noble simplicité. Son intelligence 
était vive et pénétrante, son jugement droit et solide, son cœur ten- 
dre, dévoué et fidèle. Les belles qualités de son âme se reflétaient 
sur sa physionomie, en sorte que, dès l'âge où l'on sort à peine 
de l'enfance, elle inspirait l'affection, en commandant le respect. 

Son oncle, François de la Fayette, et sa parente, la marquise de 
Senecey, demandèrent pour Marie-Louise une place de fille d'hon- 
neur à la cour, et la présentèrent (au commencement de 1632) à 
Anne d'Autriche, « à qui elle eut le bonheur de plaire ». Si l'évo- 
que de Limoges n'eut pas de vives appréhensions pour le sort de 
sa nièce, qui passait à un âge si tendre, de la vie calme de l'antique 
manoir de famille, sur le théâtre le plus éclatant du monde, c'est 
qu'il la savait sauvegardée par les grandes leçons que sa mère 
avait gravées dans son cœur. De son côté, Marie-Louise, bien loin 
de se sentir appelée à y jouer un rôle, avait entendu, dès sa plus 
tendre enfance, l'appel divin. Pour elle, aller à Paris et entrer à la 
cour, était un moyen de pouvoir plus aisément réaliser son projet 
de vocation religieuse. Si extraordinaire que fût la voie qu'elle 
prit pour obéir à Dieu, elle devait pourtant parvenir à son but. 

Nous n'avons pas à raconter ici, comment la nouvelle fille d'hon- 
neur de la reine mérita bientôt, par les agréments d'un esprit vif, 
insinuant et plein de droiture, et par les charmes d'une belle voix, 
les louanges de toute la cour, et des amis de Richelieu, qui provo- 
quèrent, peu à peu, la disgrâce de Mlle de Hautefort ; comment, à 
dix-sept ans (1635), Marie-Louise s'attira l'admiration du roi. 
Louis XIII crut avoir trouvé, en Mlle de la Fayette, un cœur ver- 
tueux, désintéressé, discret, tel qu'il le désirait. C'était chez la 
reine, et en présence de toute la cour, que le religieux monarque se 
plaisait à entretenir sa confidente, et à la faire chanter. 

Le cardinal ministre, en préparant la faveur de Mlle de la Fayette, 
avait cru que cette dernière distrairait agréablement Louis XIII, 
sevré de toute affection de famille, et enclin à la tristesse, sans 
exercer sur lui aucune influence politique. Mais les longues con- 
versations du roi et de sa pure amie donnèrent de l'ombrage à 
Richelieu; il crut, mais à tort, qu'il en était quelquefois le sujet, 
que l'on n'y parlait pas toujours à son avantage, que l'aimable et 
vertueuse confidente se faisait, auprès du monarque, l'avocate des 
intérêts catholiques de l'Europe entière, sacrifiés par le ministre, 
et l'écho sympathique des a gémissements universels» des mécon- 
tents, et des chagrins secrets d'Anne d'Autriche. Aussi bien, il 

le 28 juillet suivant, son panégyrique. Voir à la Bibl. nat. : VOraison funèbre 
de Madeleine de la Fayette, .,, par le P. Baudran, à Rennes, chez Vatar, 1689, 
40, p. in-4. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 141 

redoutait que les impressions de Mlle de la Fayette ne vinssent à 
passer dans l'âme du monarque. Mais son plus cruel ennui, c'était 
de ne pouvoir arracher d'elle, un mot qui ressemblât à une révé- 
lation des épanchements du roi. 

Cependant Marie-Louise jouissait de la plus haute faveur: 
Louis XIII l'entretenait peu, ou point, des affaires politiques ^, mais 
il lui découvrait, pour le reste, ses plus secrètes pensées, et il parais- 
sait disposé à favoriser, en toute occasion, les personnes qu'elle lui 
recommandait; il voyait volontiers Mme de Senecey, sa parente, 
et l'évêque de Limoges, son oncle 2; ceux-ci avaient la liberté de 
lui parler, quand ils voulaient. 

Quand Ri,chelieu s'aperçut que le crédit de Marie-Louise aug- 
mentait tous les jours, et qu'elle obtenait des grâces en dehors de 
son influence, il en fut alarmé. Il désespérait de la mettre dans ses 
intérêts, quand il apprit avec joie, que dès ses plus tendres années, 
elle avait eu le dessein de se faire religieuse, et que, malgré la faveur 
du roi, elle était toujours dans la résolution de se retirer du mon- 
de. Voulant alors se débarrasser, le plus tôt possible, de la confidente 
de Louis XIII, il chargea le confesseur du roi, le P. Caussin, d'en- 
gager la fille d'honneur de la reine, à ne pas trop retarder l'effet de 
sa résolution si fortement prise. Plusieurs mois, plus d'un an même, 
s'écoulèrent, sans que son départ de la cour fût décidé par la jeune 
fille, dont la vocation était combattue par le roi. Le confesseur, qui 
était de l'avis du monarque, excusait auprès du ministre ces délais, 
par la nécessité d'obtenir le consentement des parents de Marie- 
Louise, qui résidaient alors en Auvergne, sur leurs terres. 

Ceux-ci, instruits depuis longtemps de la diversité des sentiments 
du roi et du cardinal, sur la vocation de leur fille, craignaient de 
déplaire à l'un, s'ils se pressaient trop d'accorder le consentement 
demandé, ou d'irriter l'autre, s'ils s'obstinaient à le refuser ; Dans 
cet embarras, ils crurent prudent de ne pas se prononcer, et de 
garder le silence. Comme laréponse de M. et de Mme de la Fayette 
n'arrivait pas, le cardinal, impatient, les effraya sur les dangers 
d'une liaison, dont les cabales politiques cherchaient à s'emparer ^. 
Il en vint même à accuser, auprès du roi, l'évêque de Limoges 
d'être engagé à fond dans l'intrigue de la cour de la reine contre 
son pouvoir, et pour en avoir la preuve, il fit surveiller la corres- 
pondance de François de la Fayette. Des lettres, qu'il écrivait à sa 
sœur ^, furent interceptées par la police du ministre, et mirent 
complètement hors de cause l'évêque et sa famille. 

1. Les mémoires du temps affirment sur ce point le contraire, mais ils sont for- 
meUement contredits par les lettres intimes que le roi adressait alors à Riche- 
lieu. Voir de Beauchamp, Louis XIII, p. 296. 

2. François de la Fayette remplissait en effet à Paris, à cette époque (16^»-1636), 
sdti mandat de député à l'Assemblée générale du clergé de France. 

3. D'après les mémoires du temps, le ministre accusait les deux oncles de 
Mlle de la Fayette, Tévêque et le chevalier, Mme de Senecey, les ducs de Saint- 
Simon et d'Halluin, Mlles d'Esches, de Vieux-Pont et de Polignac, fiUes d'hon- 
neur ou parentes, de faire partie de la cabale. Grande Encyclopédie Lannrault. 

4. Il s'agit ici de Louise de la Fayette, comtesse de Châlus, qui, par son mar 



142 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Louis XIII s'était chargé lui-même de prendre leur défense au- 
près de son ministre, qui ne cessa jamais de posséder toute sa con- 
fiance, et dont il calmait à propos les griefs injustifiés. Dans une 
première lettre, datée du 31 mars 1637, le roi l'invitait à faire peu 
de cas des anectodes qu'on lui rapportait, qu'il n'entretenait pas ou 
peu sa confidente des affaires politiques, et qu'il s'amusait lui-mê- 
me, c en débitant des sornettes 9, à induire en erreur les gens de 
sa cour. Une seconde lettre de Louis XIII, datée de Fontainebleau, 
du 5 juin 1637, c'est-à-dire d'une quinzaine de jours après le 
dénouement de l'affaire, tirait la moralité de l'incident, en l'hon- 
neur de la prudence épiscopale, à l'aide d'arguments spéciaux que 
lui fournissait l'enquête de la police ministérielle. <c Je suis bien 
aise, répond-il à Richelieu, que vous ayez vu par les lettres de 
M. de Limoges, qu'il écrit à sa sœur, comme la fille ^ ne se laissait 
gouvertier par eux (ses parents), et que, quand je vous ai dit 
cela souvent, je ne vous trompais pas... Louis 2. » 

Cette justification, néanmoins, resta ignorée des intéressés. Dans 
cette situation critique, les deux oncles de Mlle de la Fayette, son 
frère aîné François, revenu de la campagne de Hollande, et Mme de 
Senecey se concertèrent, et par crainte de Richelieu, finirent par 
pousser la vertueuse jeune fille à entrer en religion. 

Cédant alors, quelque pénible que fût pour elle une capitulation 
devant les menaces du ministre, aux sages avis de ses parents et 
aux instances de l'évêque de Limoges, son oncle vénéré, Marie- 
Louise prit le parti de ne plus tarder à tout sacrifier. Elle força le 
P. Caussin à obtenir du roi le congé dont elle avait besoin, pour 
quitter son service, et elle le demanda elle-même à la reine, qui 
lui témoigna beaucoup d'afi'ection. L'intrépide fille quitta la cour, 
le lendemain, a les yeux secs, parmi les pleurs de tous les assis- 
tants », et monta en carrosse. Mme de Senecey, avec quelques filles 
de la reine, la conduisit, du château royal de Saint-Germain-en- 
Laye, au monastère de la Visitation de la rue Saint- Antoine, où elle 
entra dès le jour même. C'était le 19 mai 1687. Elle avait dix-neuf 
ans 3. 

riage avec Claude de Bourboti-Busset, était devenue une proche parente de la 
mère du P. Joseph du Tremblay, ami de Richelieu. 

1. Ce mot, qui veut dire : Mlle de la Fayette, n*était pas pris en mauvaise part 
dans le langage de Tépoque. 

2. De Beauchamp, Louis XIII. Paris, 1902, p. 305, 296. 

3. Cette entrée en religion fit aloi*s en France beaucoup de bruit. Mais elle ne 
mit pas fin aux préoccupations de Richelieu. Tout ce qu'il y avait de grand à 
la cour courut au monastère de la Visitation. Le pieux Louis XIII voulut avoir, 
avec la jeune novice, qui demeurait toujours sa confidente, des entretiens à la 
grille du parloir qui duraient de longues heures^ et dont il sortait meilleur. Un 
jour, c'était en décembre 1637, sœur Louise Angélique fut si pressante, que le 
roi ne sortit d'auprès d'elle, que pour se rendre au Louvre chez la reine, dont il 
viveût depuis longtemps séparé. Le fruit de cette réconciliation fut, après vingt- 
deux ans de stérilité, un Hls qui porta depuis le nom de Louis XIV. A la fia de 
cette même année 1637, le roi rendit public le vœu qu'il avait formé le prin- 
temps précédent, sous l'influence de sa pure amie, de mettre sa personne et 
Bon royaume, sous la protection spéciale de la sainte Vierge. La reine et sa cour 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 443 

IV. L'évèque de Limoges et le cardinal Mazarin. 

L'évêque de Limoges, qui n'avait pas, depuis 1637, reparu à la 
cour de France, s'empressa d'y revenir, quelques mois après la 
mort de Richelieu. Il se trouvait à Paris au printemps de 16^ ; il y 
prolongea, dans l'hôtel de sa famille, rue de Vaugirard, où il avait 
établi, sans aucun doute, sa résidence, un séjour de plus de deux 
ans, qu'il employa, « dit l'historiographe de son diocèse, « à négo- 
cier plusieurs affaires importantes » *. 

François de la Fayette, qui eut alors, plus que jamais, la confiance 
de la reine, ne manqua pas d'observer les changements qui s'opé- 
rèrent dans son esprit, dès le début de la régence. Il lui fut aisé 
de constater, que la puissance de Mazarin reposait sur de solides 
fondements, et qu'il serait dangereux de s'y attaquer. La cour de 
France comptait alors un certain nombre d'hommes et de femmes, 
dévoués à la personne de la régente, mais ennemis de son premier 
ministre, dans lequel ils croyaient voir revivre Richelieu, leur per- 
sécuteur. Mazarin eut le talent de les traiter différemment, selon 
le genre de leur opposition. La marquise de Senecey, exilée dans 
ses terres par Richelieu, en 1638, avait retrouvé auprès de la reine 
son influence toute-puissante ; plus souple que son amie de Haute- 
fort, qui dut se retirer de la cour au bout d'un an, à cause de son 
entourage de mécontents, elle sut se plier à la fortune du cardinal. 
Aussi fut-elle, malgré ses liaisons avec plusieurs seigneurs du 
parti des Importants, comblée d'honneurs par Mazarin : elle con- 
serva sa place de première dame d'honneur de la reine, et elle fut 
pendant quatre ans, gouvernante du jeune roi *. 

La situation de l'évêque de Limoges à la cour bénéficia du cré- 
dit de sa tante. Aussi François de la Fayette ne fut-il point, com- 
promis par la cabale du parti des « Importants», dans lequel on 
résolut de l'entraîner. S'il ne reçut pas l'ordre, ainsi que les évêques 
de Beauvais et de Lisieux (septembre 1643), de se retirer dans son 
diocèse, c'est qu'il avait eu soin, de décliner, au moment opportun, 
la proposition du chef de l'opposition politique, du ducdeBeaufort, 
qui « avait pour but de le pousser auprès de la régente », et de le 

assistèrent à la prise de voile et à la profession de sœur Louise. Dirigée par la 
sage prudence de saint Vincent de Paul et de la mère L'Huillier, supérieure de 
la maison, sœur Louise fit de rapides progrès dans les vertus. En 1650, eUe fai- 
sait la connaissance d'Henriette de France, reine d'Angleterre, et fondait avec 
son aide, sous la direction de la mère L'Huillier, qu'elle remplaça comme supé- 
rieure, le monastère deChaillot, sur l'emplacement du palais du Trocadéro. Là, 
les rois, les reines, les princes et les princesses vinrent demander à la mère 
Angélique de la Fayette le secret de sanctifier leurs triomphes et leurs infor- 
tunes. EUe y mourut comblée de mérites, le il janvier 1665. La conduite de 
Mlle de la Fayette, a dit l'historien Ânquetil, a été un modèle de vertu peut-être 
unique dans l'histoire. Â. Sorin, Louise Angélique de la Fayette^ Nantes, 1892, 
in-8 de 380 p. Tous les détails qui précédent, à part les exceptions indiquées, 
sont tirés de cet ouvrage composé d'après les Mss. de la Visitation. 

1. Mss. n. 34, p. 15. 

2. Chéruel, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, Paris, 4879, 
1. 1, p. 35 et suiv. 



144 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

substituer, dans le gouvernement, à la place du cardinal ^. L'habile 
ministre, mis au courant des démarches des «r Importants », qui, 
devant ce refus, s'étaient rejetés sur Augustin Potier, dont l'inca- 
pacité politique était notoire, tint compte à Tévêque de Limoges dé 
son effacement dans cette circonstance, et lui, « qui prenait om- 
brage de tout le monde », ne le rendit pas, au jour du triomphe, 
responsable des manœuvres compromettantes de ses amis. Plus 
tard, il devait même lui donner des preuves d'une certaine con- 
fiance, quand il chargea la mère de la Fayette, de l'éducation de 
ses nièces. 

François de la Fayette eut néanmoins le grand honneur de n'a- 
voir pas ménagé, sur un autre point délicat, les susceptibilités du 
puissant ministre, et de lui avoir fait, de concert avec M. Vincent, 
une opposition religieuse bien déterminée. Tous les mémoires du 
temps nous rapportent, en effet, que le saint prêtre et le zélé pré- 
lat n'usèrent de leur influence à la cour, que pour essayer d'y in- 
troduire une réforme morale. Us ne craignirent pas de représenter 
à la reine, que les bruits répandus sur ses relations avec Mazarin, 
portaient atteinte à sa réputation. 

Leur intention n'était pas, de critiquer les réjouissances perpé- 
tuelles, qui étaient alors en tous lieux. L'époque était à la joie, aux 
divertissements, aux fêtes brillantes. Cet entraînement trouvait 
une excuse continuelle dans la succession rapide des victoires des 
armées. Ce que les hommes d'église avaient à reprocher, c'était 
l'oubli trop fréquent des convenances, et le mauvais exemple donné, 
du moins en apparence, par les maîtres eux-mêmes de la cour. La 
galanterie régnait alors, sous l'excuse du bon ton, de l'esprit et des 
beaux sentiments. La régente ne s'en défendait pas elle-même. De 
l'aveu de sa plus discrète confidente, Mme de Motteville, elle n'a- 
vait jamais compris que la belle conversation pût être blâmable, et 
elle entendait, par là, une galanterie honnête, sans engagement 
particulier, à la mode des dames espagnoles de ce temps. 

Comment, avec de telles dispositions, aurait-elle sérieusement 
lutté contre la séduction d'un ministre, qui était tout l'opposé de 
Richelieu, sans inflexibilité, ni rudesse, prêt à faire ses volontés 
et à servir ses intérêts. Mazarin était l'homme le plus agréable du 
monde, il n'était pas prêtre, et quoique cardinal, il n'a jamais été 
dans les ordres sacrés. 11 ne déplut donc pas à Anne d'Autriche. 
Ce qui est certain, c'est qu'on parla de son assiduité auprès de la 
reine, dès les premiers jours de la régence, et ces propos furent 
une des plus fréquentes inquiétudes de Mazarin. On les retrouve à 
chaque pas dans ses carnets: «Ils (mes adversaires) espèrent 
pouvoir me faire grand mal, avec l'invention trouvée de la 
galanterie... Ils vont trouver Monsieur Vincent, et sous prétexte 
d'affection pour la reine, ils disent qu'elle perd sa réputation par la 
galanterie. . . Ils disent que Limoges a dit à Sénécé (sic) de parler à Sa 
Majesté, pour qu'elle ne me vît pas si souvent, pour sa réputation. » 

1. Mss. n. 34, p. 15. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 145 

A quels résultats sérieux aboutit, en définitive, l'intervention si 
franche de M. Vincent et de M. de Limoges? La reine ne cessa 
pas, dans sa correspondance du moins, de trahir son faible pour la 
personne et pour la société de son ministre, et de lui témoigner un 
attachement plus fort que toutes les oppositions. Mais si des liens 
secrets ne tardèrent pas à unir Anne d'Autriche à Mazarin, par un 
de ces mariages de conscience autorisés par TEglise, et assez fré- 
quents à cette époque ^, on s'explique alors la cessation brusque 
de toute opposition religieuse de la part de notre prélat, et la con- 
duite des personnages les plus vertueux de ce temps, à l'égard de 
la reine 2. On ne s'étonne plus, dès lors, que ses panégyristes, 
passant sous silence ses graves défauts, l'amour exagéré du plaisir 
notamment, aient loué sans bassesse, dans la régente, ses réelles 
qualités : sa piété et sa charité particulièrement. 

On comprend encore que le crédit de Tévêque de Limoges soit 
allé toujours en croissant. En 1655-1657, notamment, l'Assemblée 
générale du clergé de France chargea, à deux reprises, François de 
la Fayette, l'un de ses présidents, d'une mission spéciale auprès de 
la reine-mère et du jeune roi, parce qu'il était, entre tous les évo- 
ques de France, « celui qui avait la principale confiance » d'Anne 
d'Autriche 3. 

1. On prétend même que saint Vincent de Paul aurait béni secrètement ce 
mariage morganatique, en présence du jeune roi, et de quelques amies intimes 
de la régente. 

2. Voir Gaillardin, Histoire du règne de Louis XIV, Paris, 1872, t. I, p. 184 
et suiv. et 239. 

3. Mss. 34, p. 15. 



10 



CHAPITRE III 

FRANÇOIS DE LA FAYETTE DÉPUTÉ AUX ASSEMBLÉES GÉNÉRALES 

DU CLERGÉ. 

I. Lés aBsemblées du clergé de France en général. 

Sous Tancien régime, le clergé de France, qui formait le premier 
ordre de l'Etat, avait dans des assemblées périodiques, son propre 
parlement. L'origine de ces assemblées était assez récente; elles 
avaient pris naissance sous Charles IX, avec la réglementation de 
la taxe des décimes et des dons gratuits, ou subsides, concernant 
les levées d'argent ordinaires ou extraordinaires, faites par le roi 
sur les bénéficiers, pour subvenir aux dépenses de son gouver- 
nement. 

On distinguait trois sortes d'assemblées du clergé : les Assemblées 
décennales ou générales, ou encore grandes assemblées du contrat, 
convoquées par le roi, tous les dix ans ; les petites assemblées de 
comptes, qui se tenaient tous les trois ou cinq ans, dans l'intervalle 
des autres^ ; et les assemblées extraordinaires. Parmi ces dernières, 
les uties étaient générales et convoquées dans la forme usitée ; les 
autres étaient particulières, et composées uniquement des évêques 
qui étaient à Paris ou à la cour. Après avoir pris l'avis du roi et 
reçu les ordres du plus ancien des archevêques, les agents géné- 
raux adressaient leurs lettres de convocation, dès le commence- 
ment de janvier, aux archevêques ou à leurs grands vicaires ; 
ceux-ci communiquaient l'invitation aux différents diocèses de 
chaque province, et ils fixaient ordinairement au 15 mars suivant, 
la réunion de l'Assemblée provinciale, chargée d'élire les députés 
de la province à l'Assemblée générale. 

Ainsi avisé, l'évêque diocésain convoquait les membres de la 
chambre ecclésiastique, ou bureau des décimes, pour la désignation 
de ceux qui auraient à représenter les bénéficiers de chaque dio- 
cèse à l'Assemblée provinciale. Celle-ci durait trois jours ; elle 
tenait ses réunions dans le palais de l'Archevêché, et nommait 
quatre députés, deux du premier ordre du clergé, pris dans le rang 
des évêques, et deux du second ordre, choisis parmi les ecclésias- 
tiques bénéficiers. 
Les députés élus recevaient de l'Assemblée métropolitaine une 

i. On ne députait à ces assemblées que deux personnes par province, l'une 
du premier, l'autre du second ordre du clergé. On appliqua, pour la première 
fois, cette règle à la province de Bourges, à rassemblée de 1628 qui tint ses 
séances à Poitiers et à Fontenai, du 8 février au 24 juin. Le jour de l'ouverture 
des délibérations, Févéque élu de Limoges, député à cette assemblée, ainsi que 
l'évêque de Mende, s'élant présenté pour y prendre part, s'en vit rigoureuse- 
ment exclu comme surnuméraire, contre le règlement édicté par le roi. Procès- 
verbaux des assemblées du clergé^ t. XV, p. 587. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 147 

procuration qui établissait leurs pouvoirs, et des cahiers et mé- 
moires, exprimant les demandes de chaque diocèse. Ainsi munis 
ils s'acheminaient, à petitesjournées, vers la capitale (dix-huit jours 
d'indemnitésétaientaccordésauxdéputés delà province de Bourges, 
pour Taller et le retour). Le roi avait pris l'habitude de réunir, à 
Paris, l'Assemblée générale du clergé, qui tenait ses séances au 
couvent des Grands-Augustins, à partir du 25 mai, et durait dix 
mois ordinairement. Les députés assistaient en corps à une messe 
solennelle du Saint-Esprit, et à la prédication, qui était faite par un 
évêque. Le jour de l'ouverture des délibérations, ils procédaient 
à l'élection du ou des présidents, du promoteur, des secrétaires, 
agents généraux et autres officiers ; puis, debout, tête nue, la main 
sur la poitrine, ils faisaient le serment d'usage, prononcé à haute 
voix par un agent. Deux fois, au cours de la session, l'Assemblée en 
corps était reçue solennellement par le roi. Deux fois aussi, le roi 
lui envoyait des commissaires. 

Les principales règles de procédure, en usage aujourd'hui dans 
le Parlement français, proviennent de celles que pratiquaient les 
Assemblées du clergé de France. Il y avait deux séances par jour. 
Pour accélérer l'expédition des affaires, l'Assemblée se partageait 
en différents bureaux ou commissions. Pratiquement, les décisions 
des assemblées du clergé avaient une autorité égale à celles des 
parlements et des autres compagnies de justice. Outre le rôle de 
l'impôt, dont il faisait lui-même la répartition dans chaque diocèse, 
selon le revenu des bénéfices, par l'intermédiaire des receveurs de 
décimes, tous les graves problèmes, qui intéressaient la grandeur 
et la prospérité du pays, préoccupaient ces assemblées. Elles trai- 
taient même des questions de discipline, de dogme et de morale. 
Arrivée à la fin de ses travaux, l'Assemblée désignait un de ses 
prélats, qui était chargé de présenter au roi, dans une remontrance, 
les vœux et les doléances du clergé. Ces vœux éta,ient ensuite 
résumés, sous forme d'articles, dans un cahier laissé entre les 
mains du roi, qui donnait à chaque article une réponse affirma- 
tive ou négative. 

Après l'Assemblée générale, les députés des deux ordres faisaient 
connaître à leurs confrères le résultat de leurs délibérations, et 
les nouveaux règlements, dont ils devaient assurer l'exécution. 
Quoique soumis au roi, l'ancien clergé de France témoignait par- 
fois dans ses assemblées, un esprit de fière indépendance et de 
résistance invincible, quand il se croyait lésé dans sa dignité et 
dans ses droits. Il était un intermédiaire écouté, respecté, entre 
le roi exposé au despotisme, et la nation, dont il défendait les 
libertés, et exposait les doléances, contre les abus de tout genre. 
Que si quelques courtisans engageaient le prince à sévir contre 
ces défenseurs importuns des petites gens, ou à les rappeler à plus 
de réserves, ils s'attiraient parfois cette réponse : « Les évêques ont 
fait leur devoir ; tâchons messieurs, de faire le nôtre ^. » 

1. Durand de Maillane, Dictionnaire ^ V* Assemblée, Député. Elle Méric, Le 
clei*gé 80118 Vancien régime. Paris, 1892, p. 173 et suiv. 



148 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

II. Assemblée générale de 1635. 

Notre but, ici, ne sera point de retracer les principaux actes de 
ces grandes assises du clergé de France, mais uniquement de met- 
tre en relief, le rôle qu'y joua Tévêque de Limoges, dans les affaires 
qui peuvent nous intéresser. 

La première dont notre prélat eut à s'occuper, au nom de l'As- 
semblée, en qualité de commissaire, mérite notre attention. Il prit 
hautement la défense, contre les réguliers, d'un livre célèbre à cette 
époque, qu'ils voulaient faire censurer en cour de Rome. Il était 
intitulé : Le Directeur sphntuel désintéressé et avait pour auteur 
un des membres les plus distingués de Tépiscopat français, qui 
assistait à l'Assemblée : Jean-Pierre Camus, ancien évêque de 
Belley, et ami bien connu de saint François de Sales ^. 

Dans cet ouvrage, écrit avec beaucoup de chaleur et de facilité, 
le prélat réformateur attaquait, sans aucun ménagement, les ridi- 
cules et les vices des religieux dégénérés. Il livrait au mépris et à la 
risée du public, les abus de la fausse dévotion, plus nombreux à cette 
époque que de nos jours. Le Directeur spirituel désintéressé était 
composé selon l'esprit du bienheureux François de Sales. « Je crois, 
ditl'auteur,ne m'étre point écarté des sentiments de ce saint prélat b! 

Après avoir fait le tableau des vertus et des qualités d'un boiî 
directeur, P. Camus fait ressortir les défauts des mauvais. Il stig- 
matise particulièrement « la pratique de ceux qui détournent les 
ouailles des bergeries des pasteurs, les éloignent de ceux-ci, et par 
un art de persuasion, font passer dans leur champ la moisson d'au- 
truî. Je veux, dit-il, que le directeur particulier ne lie point à soi 
les âmes qu'il conduit. Qui ne voit le détour de Tamour-propre, 
lorsqu'il les entretient dans une excessive estime de l'état cénobi- 
tique en général? Quand il viendra à son Ordre particulier, que ne 




avoir des lettres de filiation, de participer à tant de jeûnes de 
disciplines, de prières, de prédications et semblables œuvres que 
l'on y exerce. quel bonheur d'avoir liaison avec tout cela! Delà 
pour attirer à cette cordelle, tant de cordons grands et petits^ 
etc.. qui soustraient le gouvernement des âmes à ceux qui, par 
leurs offices, en sont chargés. > 

Un peu plus loin. Camus condamne les actes de juridiction spi- 
rituelle, qui sous le manteau de filiations, font leurs rondes des 
tiercelets et leurs visites en des familles laïques, et qui, par des 
observances ineptes apportent beaucoup de murmures et de désor- 
dres dans les ménages...» 

1. J.-P. Camus, né à Paris en 1582, sacré évêque de Belley en 1609, s'était 
démis de son siège en 1629, et retiré dans son abbaye d'Aunay, en Normandie 
II mourut à Paris en avril 1652, et fut enterré à l'hôpital des Incurables, n à 
composé un grand nombre d'ouvrages, qui annoncent du zèle et du talent. Le 
meilleur est V Esprit du Bienheureux François de Sales. U était fort spiri- 
tuel, et mordant parfois dans ses boutades» Picot, Essai histor., t. I, p, 396. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 149 

P. Camus attaquait aussi bien les abus du clergé séculier, dans 
la direction des âmes. En les signalant, il voulait en préparer la 
réforme et contraindre aux remèdes salutaires les malades, qui 
aimaient leurs maux et ne voulaient pas guérir. 

Les prélats de l'Assemblée de 1635 étaient des pasteurs animés 
du zélé de saint Charles ; ils furent heureux de soutenir les efforts 
de P. Camus et de Taider dans la réforme des abus. Il ne fallut pas 
moins que la haute protection de l'Assemblée générale, pour met- 
tre l'intrépide réformateur à l'abri des censures. Elle pria l'évêque 
du Mans, qui était à Rome, de représenter au cardinal Barberin, 
que la censure du Directeur désintéressé, déclarant ce livre 
hérétique offenserait extrêmement le clergé de France. Le cardinal 
rapporta sa plainte au pape, qui conseilla l'accommodement sui- 
vant : l'évêque démissionnaire de Belley, ni les religieux n'écrie- 
raient plus sur de semblables matières. 

Comme, depuis le départ de l'évêque du Mans, la Compagnie du 
clergé avait appris qu'on s'était remis, à Rome, à l'exameu du livre, 
et qu'on allait le censurer, l'évêque de Limoges fut chargé par elle 
de voir sur ce fait, le cardinal Bichi, nonce du pape, à Paris, pour 
lui représenter ce que Sa Sainteté avait ordonné au sujet du livre, 
et l'intérêt que le clergé de France prenait à la défense d'un évê- 
que français, et le préjudice qu'il recevrait de la condamnation de 
son ouvrage, enfin pour le supplier d'en écrire à Sa Sainteté qu'il 
lui plaise d'arrêter cette poursuite. 

Le 20 novembre 1635, François de la Fayette rapporta en séance, 
qu'il avait vu Mgr le Nonce sur l'avis de la poursuite contre le livre 
de P. Camus, que le cardinal l'avait reçu avec une très grande 
courtoisie et témoignage d'estime de la Compagnie, qu'il avait trouvé 
très justes les raisons d'arrêter cette procédure et promis d'en 
écrire au pape dès aujourd'hui. Nous ignorons la suite de l'affaire, 
qui fut sans doute conforme aux désirs de l'assemblée. 

Le 17 août 1635, François de la Fayette recevait encore de l'As- 
semblée, le mandat spécial de pourvoir à un mépris de la dignité 
épiscopale, que les évêquesde Béarn souffraient, quand ils étaient 
obligés de parler, au nom des Etats de cette province, au gouver- 
neur du pays, le comte de Grammont, étant contraints de porter 
la parole, debout et tête nue, pendant que le gouverneur était cou- 
vert. Grâce à l'entremise du sieur de la Ville-aux-Clercs, François- 
Michel de Verthamon, conseiller au Parlement de Paris, et grâce 
aux démarches personnelles de l'évêque de Limoges auprès du roi, 
cette affaire reçut une conclusion favorable. Le li novembre 1635, 
l'évêque de Saintes rapporta en séance, c( que son confrère de 
Limoges avait parlé avec tant de force et de netteté, que le roi 
avait pris grand plaisir à son discours, et était persuadé de changer 
cet usage du Béarn ^. » 

i. L'assemblée générale, qui avait commencé ses travaux le 25 mai 1635, les 
clôtura le 27 avril 1636. L'évêque de Saint-Flour, Charles de Noailles, prononça 
à Chantilly^ la harangue de congé. Collection des procès-verbaux des Assem- 
blées générales du clergé de France. Paris, 1768, t. II, p. 643 et suiv. 



150 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

III. Assemblée générale de 1655. 

Vingt ans après, François de la Fayette reçut une nouvelle pro- 
curation de la province ecclésiastique de Bourges pour la repré- 
senter, avec son métropolitain et ami, Anne de Lévy de Ventadour, 
à l'une des plus célèbres assemblées du clergé. Elle dura dix-neuf 
mois, depuis le 25 octobre 1655, jusqu'au 23 mai 1657. Elle se com- 
posait d'hommes éminents dans les deux ordres. Citons: Pierre de 
Marca, archevêque de Toulouse, Henry de Béthune, archevêque de 
Bordeaux, Antoine Godeau, évêque de Grasse ; l'abbé de Rancé, alors 
archidiacre de Tours, et abbé commendataire de la Trappe. L'As- 
semblée eut pour présidents trois archevêques et trois évêques, du 
nombre desquels fut notre prélat, François de la Fayette. 

Nous le voyons d'abord intervenir dans un différend de procura- 
tion de la province de Vienne, et faire écarter, le 4 novembre, l'oppo- 
sition de l'évêque de Grenoble, à l'admission de Daniel de Gosnac ^, 
sous prétexte qu'il n'avait pris possession de son évêché de Valence 
que par procureur, et n'avait été sacré que depuis l'ouverture de 
l'Assemblée. 

Le 29 novembre suivant, François de la Fayette rendait compte 
à l'assemblée de la mission, qu'elle lui avait confiée de voir la 
reine, et de lui adresser une généreuse remontrance sur le der- 
nier bref du pape, au sujet de l'administration du diocèse de 
Paris. Alexandre VII avait, dans un esprit de conciliation, nommé 
par bref, comme administrateur provisoire, le candidat du ministre, 
Dominique Séguier, évêque de Meaux. L'Assemblée avait considéré 
cet acte, comme une usurpation de juridiction, contraire aux 
droits, libertés et usages de l'Eglise gallicane. Délégué par les 
prélats auprès de la reine, l'évêque de Limoges lui avait repré- 
senté « que si le bref était conçu dans les termes que l'on disait, 
il ne se pouvait rien faire qui allât à une plus grande diminution 
de l'autorité épiscopale ; qu'aussi les évêques espéraient et atten- 
daient, de la piété du roi et de la reine, qu'ils écouteraient les 
remontrances du clergé de France sur ce sujet ». François de la 
Fayette fut remercié de la peine qu'il avait prise, de rapporter à la 
reine, « avec tant de fermeté et de zèle », la résolution de tous les 
prélats de la Compagnie, de ne point accepter le bref et de faire 
surseoir à son exécution. Devant un tel conflit, Mazarin n'hésita 
pas à sacrifier le pape, et à se dire plus gallican que les évêques les 
plus opposants. Menacé de nouvelles poursuites, de Pvetz se sauva de 
Rome, et le pape désigna, comme vicaire-général administrateur du 
diocèse de Paris, un candidat agréable au roi et à l'Assemblée \ 

i. Le rédacteur du procès- verbal rapporte en noie, qu'il fut dit de ce prélat, 
issu de Brive, que, sollicitant un jour, avec beaucoup d'importunilé, le cardinal 
Mazarin de lui donner un évêché, le ministre n'en ayant p*>int de vacant, fit 
appeler le capitaine de ses gardes, et lui demanda s'il n'avait point un pisto- 
tolet pour tuer un évêque, afin qu'il pût donner son évêché à l'abbé de Gosnac. 
Procès-verh., t. IV, p. 10. 

2. L'abondance des matières nous oblige à laisser de côté beaucouç d'autres 
commissions moins intéressantes, dont l'évêque de Limoges fut chargé par 
l'assemblée. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 151 

L'affaire capitale qui domina alors les préoccupations de TAssem- 
blée et de Topinion publique, fut la condamnation de Thérésie du 
jansénisme. L'évêque de Limoges eut l'honneur d'être choisi 
comme l'un des principaux commissaires, chargés de régler l'af- 
faire des prélats, qui n'avaient point encore donné leur adhésion 
à la décision du pape, ou en avaient dénaturé le sens dans leurs 
mandements. Il s'agissait ici de la résistance de Louis de Gondrin, 
archevêque de Sens, Gilbert de Choiseul, évêque de Comminges 
et Nicolas de Buzenval, évêque de Beauvais. Pierre de Marca et 
François de la Fayette traitèrent avec un grand esprit de modéra- 
tion les prélats opposants et eurent avec eux plusieurs entretiens 
à l'hôtel de Conty (septembre 1656). Ils réussirent à ramener à la 
soumission doctrinale l'archevêque de Sens et l'évêque de Com- 
minges, en leur persuadant, comme dit plus tard Bossuet, que les 
cinq propositions de Nicolas Cornet étaient bien « tout le livre, 
Tàme du livre » de Jansénius. 

La même commission de prélats tint plusieurs séances au Lou- 
vre, pour régler la question du formulaire, au milieu du bruit écla- 
tant des Provinciales (1656). Dans cet intervalle, Alexandre VII 
publia à Rome, le 7 novembre 1656, une nouvelle bulle, pour con- 
firmer celle de son prédécesseur Innocent X, sur l'examen des cinq 
propositions, et pour attester qu'elles étaient tirées du livre de 
Jansénius, et qu'elles avaient été condamnées dans le sens auquel 
cet auteur les avait expliquées. Le 12 mars 1657, le nonce remit au 
roi et au président de l'Assemblée la bulle du pape. 

Quelques jours plus tard, après un rapport de l'archevêque 
de Toulouse et de l'évêque de Limoges, la chose étant mise en 
délibération, il fut résQlu, par le consentement général des pro- 
vinces : que l'Assemblée acceptait et recevait avec respect et sou- 
mission la nouvelle constitution et ordonnait qu'elle serait publiée 
et exécutée dans tous les diocèses par ordre des évêques et qu'à 
cet effet une copie de la bulle d'Alexandre VII serait envoyée aux 
absents avec une lettre circulaire. Il fut de plus ordonné, que le 
formulaire composé par Pierre de Marca serait modifié, de ma- 
nière à renfermer les deux bulles. On arrêta encore que les prélats 
feraient souscrire, dans un mois, à partir de la publication qui en 
serait faite, le fonnulaire d'adhésion aux deux bulles, par toutes 
les personnes ecclésiastiques, qui étaient sous leur charge ^. 

Ainsi, à part trois ou quatre opposants, l'unanimité des évêques, 
qui dans les questions disciplinaires affectaient une si grande indé- 
pendance, se trouvèrent en accord parfait avec le pape, dès le début 
de cette triste affaire, qui devait, dans le siècle suivant, troubler si 
profondément l'Église de France. Le mérite de cette brillante 
défense de la foi religieuse revenait, incontestablement et sans dimi- 
nuer le prix de l'initiative de Vincent de Paul, qui tourna de suite 
vers Rome la majorité de l'épiscopat, à l'importance de ses réunions 
périodiques, si favorables à leur entente. 

1. Procès-verbaux des Assemblées générales, t. IV, p. 150 à 200. 



CHAPITRE IV 

RELATIONS SOCIALES DE L'ÉVÊQUE FRANÇOIS DE LA FAYETTE 
DANS SON DIOCÈSE 

I. Hommages du prélat rendus au roi Louis XIII 
et à la reine Anne d'Autriche. 

Dans son diocèse, l'évêque, sous l'ancien régime, avait une double 
mission à remplir. Tune extérieure et profane, qui relevait du sei- 
gneur temporel et du représentant du roi ; l'autre, simplement 
épiscopale, qui ne regardait que l'homme de Dieu, l'administrateur 
des sacrements, le chef de la religion. François de la Fayette ne 
borna pas son activité à sa mission évangélique, quoiqu'il ait re- 
fusé de jouer un rôle politique dans TÉtat. 

A cette époque, où tout convergeait vers le roi, les évoques de 
France, tous gentilshommes, étaient en tête des fidèles. Le roi était 
regardé par tous comme la vivante image de la patrie. Il savait que 
rien de ce qui intéressait sa famille et le pays, ne trouverait les 
évoques indifférents. Les événements publics et privés entrete- 
naient, entre la royauté et le clergé, une correspondance incessante. 
Le roi partait-il en guerre ? Il demandait aux évèques des prières 
pour le succès de ses armes. Avait-il remporté une victoire? Il faisait 
chanter des Te Deum d'actions de grâces. Avait-il eu la joie su- 
prême de voir assurer sa succession par la naissance d'un prince? 
Il en écrivait à tous les prélats de France. Les évêques étaient les 
intermédiaires indiqués, entre le roi et son peuple. Ils étaient char- 
gés de faire connaître, et au besoin de commenter les événements 
publics. A la nouvelle que le roi était en danger, les évêques or- 
donnaient des prières publiques. Lorsqu'il avait rendu le dernier 
soupir, c'était le bourdon de leur cathédrale, qui en apportait à la 
cité épiscopale la première nouvelle *. 

C'est la nature de ce patriotisme des plus ardents, dans l'âme de 
notre prélat, qui nous éclaire sur le grand nombre de cérémonies, 
dont le récit remplit les chroniques locales de son temps. 

Le premier fait public de ce genre, fut le passage du roi Louis XIII 
à Limoges. Le souverain arriva dans cette ville, le 9 novembre 
4632, vers quatre heures du soir. Autant avait été joyeuse l'entrée 
de Henri IV à Limoges en 1605, autant celle de Louis XIII prit un 
caractère douloureux et triste. Le roi venait de faire procéder à 
Toulouse au jugement de l'infortuné duc de Montmorency. Le 
souvenir si récent de sa mort (30 octobre), la pluie glacée qui tom- 
bait à torrents, les premières ombres de la nuit, tout sembla con- 
courir à rendre plus triste l'entrée du roi dans la ville. Le souve- 

1. M. Sicard, Umicien clergé de France^ 1. 1, p. 202. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 153 

rain déclina les témoignages de l'allégresse publique, mais il se 
montra fort satisfait d'entendre c les acclamations de son peuple 
d'une joye non pareilhe, tous criant à vive voix : vive le Roy », 
Louis XIII, sous un poêle splendide, que portaient les consuls, se 
dirigea de la porte Manigne vers l'église Saint-Martial. Là, sous le 
porche du clocher, l'attendaient Tévêque, François de la Fayette, 
et l'abbé de Saint-Martial, Pierre du Verdier. 

Entre cet abbé et le prélat, au moment où le roi approchait, 
s'éleva un conflit, sur la question de savoir qui, de l'un ou de l'autre, 
ferait à Sa Majesté les honneurs de l'église. Louis XIII, s'étant 
aperçu du débat, en fut désagréablement affecté, et refusant d'en- 
trer dans l'église abbatiale, se fit immédiatement conduire à son 
logis du BreuiM. 

Le lendemain, de grand matin, il se rendit à l'église Saint-Michel 
des-Lions, et y entendit fort dévotement la messe, qui fut dite par 
un de ses aumôniers. L'évêque assistait à la cérémonie, avec ses 
habits pontificaux, et douze prêtres de Saint-Pierre-du-Queyroix, 
qui se rendirent à l'église en procession 2. Après la messe, le roi 
s'en retourna, accompagné du prélat, à son logis du Breuil. Il y dé- 
jeuna fort peu, et montant ensuite à cheval, il prit la route de Paris, 
par Bellac. Il fut suivi de beaucoup de personnes du pays, qui 
étaient désappointées de son départ si prompt, croyant qu'il séjour- 
nerait à Limoges sept ou huit jours 3. 

Notre prélat, qui était sincèrement attaché à la maison de France, 
et particulièrement à la personne de la reine, eut beaucoup de 
part,.en 4638, dans une affaire qui intéressa la piété de cette prin- 
cesse. Anne d'Autriche était enceinte depuis trois mois et demi, 
quand un bourgeois de Saint-Léonard, le sieur Nicard, « archi- 
consul » ou maire de la ville, eut l'honneur d'être présenté à la 
reine, au château de Saint-Germain, par la princesse deGuéménée. 
Nicard, remplissant sur ce point un mandat de son évêque, parla 
à Sa Majesté de la dévotion que plusieurs reines de France avaient 
eue pour saint Léonard, neveu de Glovis, et de la protection que 
ce saint leur avait accordée en pareille circonstance. La reine fut 
touchée de ce récit, et Je 25 mars 4638, elle écrivit aux consuls de 
Noblac une lettre, dans laquelle elle le» priait de lui envoyer « des 
reliques du précieux corps » de saint Léonard, pour obtenir, par 
son intercession, une heureuse délivrance. L'évêque de Limoges et 
les consuls de Noblac s'empressèrent d'accéder au pieux désir 
d'Anne d'Autriche. 

1. Cf. Laforest^ Limoges^ p. 207. 

2. <K n est à noter* rapporte un témoin, que quelques religieux estant placés 
dans le chœur de la dicte églize Saint-Michel, furent repoussés fort rudement 
par les gardes de Sa Majesté, disant aux prebstres qu'ils ne se floyent pas à 
ces moynes, mais que pour les prebstres, c'étaient ceux qu'ils vouloyent voir, 
disant qu'ils avaient l'àme aussi nette et aussi blanche que leur surplis ; et n'y 
demeura personne que Sa Majesté, Monseigneur l'evesque de Limoges, ses 
prebstres et les gardes. » Cf. Annales^ Mss. de Limoges, dites Mss. de tfôl, des 
sieurs de Lavaud et de Razès. 

3. Mss. de Lavaud, ibid. 



154 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Dès le 20 avril suivant^ le prieur du chapitre de Saint-Léonard, 
et les députés de la ville, Jacques de Massiot et Jean Fai^geaud, 
chanoines, et Nicard, « archiconsul », s'étant rendus au château 
de Saint-Germain-en-Laye, présentèrent à la reine une relique de 
saint Léonard. C'était une partie des mâchoires du saint, placée 
dans une boite d'argent, scellée et cachetée du sceau de l'évêqae de 
Limoges, et de la ville de Saint-Léonard. La reine reçut avec un 
grand sentiment de joie et de piété cette précieuse relique, en 
présence de Louis XUI, qui voulut la vénérer à son tour; et, pour 
témoigner sa reconnaissance aux députés de la ville, elle leur fit 
délivrer un certificat, qu'elle signa de sa main *. 

Le 15 août suivant, l'évéque de Limoges, mêlant dans les prières 
de son peuple la pensée de l'événement si attendu, faisait avec 
grande pompe, dans sa ville épiscopale, après la cérémonie des 
vêpres, la procession du vœu de Louis XIII, œuvre de sa nièce, 
Louise de la Fayette. Des transports de joie accueillirent bientôt, 
en France, et tout particulièrement à Limoges et à Saint-Léonard, 
la naissance du dauphin, qui s'appela Louis XIV 2. 

Quatre ans plus tard, le 19 août 1642, un Père jésuite prononçait, 
à Saint^Etlenne de Limoges, en présence des membres de la cour 
présidiale, et des consuls de la ville, l'oraison funèbre de Marie de 
Médicis, mère du roi, morte à Cologne, dans un état voisin de la 
misère, six mois avant Richelieu, qui l'avait fait exiler. Le chapitre 
de la cathédrale fit tapisser de noir, en cette circonstance, l'intérieur 
de l'église. Le 25 du même mois, Pierre du Verdier, aumônier 
ordinaire de la reine-mère, fit célébrer en son honneur une pareille 
cérémonie, et prononcer aussi une oraison funèbre dans la collé- 
giale de Saint-Martial ^. 

Après la mort de Louis XIII, la reine régente fit « mander à la 
ville de Limoges, de prier Dieu pour le salut de l'âme de feu de 
bonne mémoire le généreux monarque ». Notre prélat envoya de 
Paris, au clergé de son diocèse, des instructions précises, pour que 
les honneurs funèbres fussent célébrés de la manière la plus 
solennelle, dans les églises paroissiales, et dans les chapelles de 
communautés. Le premier service eut lieu le 13 juin 1643, à la 
cathédrale Saint-Etienne. « Le chœur de l'église fut entouré de 
drap noir, avec une ceincture de veloux noir par le milieu (sic); 
il y eut chapelle ardente et l'oraison funèbre y fut faite par le père 
Adam, jésuite *, devant le corps en présence de messieurs de la 
justice, de messieurs les consuls, avec leurs robes longues et mar- 
ques consulaires, et de nombreux habitants de la ville. » 

1. L'auteur des Annales, Mss. de 1638 nous rapporte que la reine porta tou- 
jours sur elle cette relique de Saint-Léonard. 

2. Arbellot, Vie de saint Uonuvd, Paris, 1»)3, p. 133 et Mss. 34, fol. 11. 

3. Annales mss, de Lavaud-Razès. 

4. Le P. Jean Adam, né à Limoges en 1608, au faubourg Manigne, controver- 
sisle, prédicateur, lùslorien, poète, enseigna la philosophie au collège de Bor- 
deaux, et mourut supérieur de la maison professe de cette ville, en 1684. Il a 
laissé des sermons et de nombreux ouvrages, qui ne se lisent plus guère. La- 
forest, Liniogesy p. 175, 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 155 

Deux jours après, le chapitre de la collégiale Saint-Martial fit 
aussi un service pour l'âme du feu roi. Le 18 juin suivant, messire 
de Douhet, curé de Saint-Pierre-du-Queyroix, assisté de vingt 
prêtres de sa paroisse, dit une messe solennelle de service pour le 
monarque défunt, dans son église, au milieu d'une nombreuse 
assistance. Enfin, « le quatrième jour de juillet, nous rapporte le 
même annaliste, fut dressée une bierre (catafalque élevé avec 
tableau) au milieu de l'église des Pères Jésuites, où estoit repré- 
sentée l'image du feu roy sur son lit de mort, la couronne en teste, 
et le sceptre en main, gardé par trois nymphes. Au-dessus d'icelle 
bierre estoit un pavillon ; au chevet d'icelle était un veloux tout 
parsemé de fleurs de lys d'or, grandement riche, le reste noir et 
blanc veloux en forme de pâli (sic) ; par toute l'esglize y avait un 
tour de drap noir avec les armes de France, et estoyent autour 
de lui quatorze chandelles allumées. L'office des morts y fut chanté 
par les dicts Pères, et y eut oraison funèbre. A l'après disnée fut 
joué au collège un jeu représentant le déceds du roy » *. 

Pendant la maladie d'Anne d'Autriche et après son décès (mars 
et avril 1665), l'évêque de Limoges eut soin d'ordonner des prières 
publiques dans tout son diocèse. Les compagnies de pénitents de 
Limoges et de Brive firent célébrer des services solennels pour le 
repos de l'âme de cette princesse 2 ce fut, par ordre de l'évêque, 
que Gabriel Ruben prononça à Brive, le 28 avril, l'oraison funèbre 
de la reine-mère. Ce discours, dit Laforest, fit grand honneur à 
l'orateur 3. 

IL Relations de l'évêque avec les principaux représentants du roi. 
i® Avec le3 vicomtes de Pompadour. 

François de la Fayette parut très lié, au début de son épisco- 
pat *, avec Léonard Philibert, vicomte de Pompadour, lieutenant 
général du roi (depuis 1621) au gouvernement du Limousin. On 
les vit, tous deux, célébrer le succès de la prise de la Rochelle, par 
des prières et des réjouissances publiques. Les fêtes eurent lieu le 
^12 novembre 1628 ; elles se terminèrent par des feux de joie allu- 
més par l'évêque et le lieutenant général, et par des feux d'artifice, 
qui ^ excitèrent sur la place des Bancs beaucoup d'acclamations 
parmi la foule ^. 

Le 10 juin 1633, le vicomte de Pompadour, qui venait d'être fait 
chevalier des ordres du roi, arrivait de Paris en poste, et était logé 

1. Annales manuscrites de Lavaud. 

2. Mss. 34, p. 28. 

3. I^aforest, Limoges, p. 572. 

4. Le maréchal de Schomberg, vainqueur de la Rochelle et de Casteinaudary 
ne parut guère à Limoges à ceUe époque. La nouvelle de sa mort (fin novem- 
bre 1632) excita dans cette ville des regrets universels. Les consuls firent célébrer 
pour lui à Saint-Pierre un service solennel. Le P. Timothée, récollet, prononça 
l'oraison funèbre du maréchal. Laforest, ibid., p. 209, 

5. Laforest, Limoges^ p. 206. 



156 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

dans le palais de M. de Limoges. Les consuls de la ville vinrent 
le saluer, et le remercier de la peine qu'il avait prise, à Paris 
pour les affaires municipales ^. Le vicomte était un gentilhomme 
d'élite, qui s'était concilié le respect de la province et l'estime de 
la cour. 

Il mourut, en son château de Pompadour, avec de grands senti- 
ments de piété, le 21 octobre 1634, âgé de cinquante-et-un ans. 
Ses obsèques célébrées à Arnac-Pompadour avec beaucoup de 
solennité, réunirent toute la noblesse de la province. L'évêque de 
Limoges y officia pontificalement et le père Hilaire de la Nauche, 
récollet prononça l'oraison funèbre du vicomte 2. 

Jean, vicomte de Pompadour, fils aîné de Léonard, avait le titre 
de lieutenant général du roi, en Limousin, quand il épousa le 
3 octobre 1640, Marie de Rochechouart 3. Deux ans plus tard, le 
ISoctobre 1642, il fit son entrée solennelle à Limoges, escorté d'une 
troupe d'environ cent soixante cavaliers : il descendit au château 
d'Isle, chez « Monsieur de Limoges ». Le lendemain, notre prélat 
et le vicomte assistaient aux cérémonies publiques, qui eurent 
lieu à Limoges, en l'honneur de la prise de Perpignan. Après le 
chant du Te Deum à la cathédrale, le lieutenant général, accompa- 
gné de l'évêque, montait en carrosse, et, passant par la porte de 
Boucherie, il se rendit « au haut de la rue du consulat ». Là, sur 
la grande place des Bancs, il passa la revue des troupes de la mi- 
lice bourgeoise, «c laissant passer tous les cantons en ordre, cha- 
cun dans leur rang, armés de mousquets et de piques ». Rejoint 
ensuite par messieurs de la justice et les consuls, il mit le feu le 
premier au feu de joie, au milieu des acclamations populaires. 

Moins d'un an plus tard, le 16 juillet 1643, cette fois en l'absence 
de l'évêque, le marquis de Pompadour célébrait à Limoges, avec 
un égal enthousiasme, la victoire de Rocroi *. 

Dans une autre circonstance, cette fois douloureuse, nous 
retrouvons notre prélat auprès de son ami, le lieutenant général 
du Limousin. La femme du vicomte, Marie de Rochechouart, était 
morte à Pompadour, lel3 juillet 1665, à l'âge de quarante-sept ans, 
regrettée de toute la province, des pauvres surtout, dont elle avait 
été la providence. Le service de quarantaine se fit dans l'église 
d'Arnac-Pompadour, avec une pompe extraordinaire. Les évêques 
de Limoges, et de Tulle, s'y rencontrèrent, à la tète de cent vingt 
prêtres séculiers ou réguliers, entourés de la noblesse du Limou- 
sin, et de tous les consuls de la province. La ville de Saint-Yrieix 
avait envoyé sa musique, et la cathédrale de Limoges, ses enfants 

1. L. Guibert, Registres consulaires, t. III, p. 288. 

2. « J'ai perdu, dit Louis XIII en apprenant sa mort, le meiUeur gentilhomme 
de mon royaume. » Laforest, ihid., p. 136. 

3. Laforest, ibid., p. 138. 

4. Annales, mss. de 1651, p. 389, 408. Notons ici que, le 13 mai 1655. l'évêque 
de Limoges arrivait à Eymoutiers, revenant du château de Pompadour, où il 
avait tenu une fille du vicomte, son ami, sur les fonts baptismaux. Mss. 34. 
p. 23. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 157 

de chœur. Le P. Tixier, recteur du collège des Jésuites de Limo- 
ges, fit l'oraison funèbre avec applaudissement ^. 

2^ Relations de François de la Fayette avec les seigneurs 
de Ventadour. 

Non moins intimes furent les rapports, qu'entretint l'évêque de 
Limoges avec les gouverneurs du Limousin. Les quatre premiers 
appartenaient à l'illustre famille de Ventadour, l'une des plus an- 
ciennes et des plus considérables de cette province ^. Anne de 
Lévis, second duc de Ventadour, leur père, était, en 1591, gouver- 
neur et sénéchal du Limousin. Par leur mère, Marguerite de Mont- 
morency, les frères de Ventadour, étaient neveux de l'infortuné 
maréchal. 

Henri de Lévis, l'aîné des frères, prince de Maubuisson, succéda 
au maréchal de Schomberg (fin 1632), mais il ne conserva que 
quelques mois le titre de gouverneur du Limousin. Sa femme, 
Marie de Liesse, étant entrée, en septembre 1629, au Carmel d'Avi- 
gnon, il renonça de son côté au monde, et fonda à Notre-Dame de 
Paris, un canonicat dont il fut pourvu. Il eut, le premier, l'idée 
géniale d'organiser l'Œuvre des œuvres, la Compagnie du Saint- 
Sacrement. Il mourut saintement, en octobre 1680, à l'âge de qua- 
tre-vingt-quatre ans; il fut enterré à Notre-Dame 3. 

Charles de Lévis, comte de Montbrun, puis duc de Ventadour, 
par la cession de son frère aîné, fut nommé gouverneur du Limou- 
sin, vers le milieu de l'année 1633 *. Le 10 décembre de Tannée 
suivante, il fit, en cette qualité, son entrée solennelle à Limoges. Il 
fut reçu à Saint-Martial par l'évêque, avec toute la pompe possi- 
ble. Le prélat lui fit une belle harangue, et ensuite on chanta le Te 
Deum 5. Le gouverneur fut conduit, après cette cérémonie, au logis 
du Breuil ; il était escorté « de nombreuses troupes d'infanterie et 
autres ^ ». 

Quatre ans plus tard, nous voyons François delà Fayette, étroi- 
tement uni avec le frère du duc de Ventadour, Anne de Lévis, troi- 
sième ecclésiastique de cette famille, devenu abbé de Meymac. A 
l'occasion d'un séjour qu'il fit, en 1638, au palais épiscopal de 
Limoges, le prélat et l'abbé allèrent visiter une dame Londeix, 
sœur d'un conseiller au Présidial, bourgeoise de Limoges, qui, par 
ses vertus, avait acquis l'estime et le respect de tous ses concitoyens. 

1. Jean de Pompadour mourut le 21 juin 16fô. Son fils Jean-Francois ne 
laissa que des filles. La fortune de cette maison passa en 1728 aux Choiseul. 
Laforest, Limoges, p. 138. 

2. La maison de Ventadour est sortie des vicomtes de Combom et s'est fon- 
due, au seizième siècle» dans la maison des Lévis. Le château de Ventadour, à 
six lieues de Tulle, servit de berceau à cette noble famille. Nobiliaire du Limou' 
««, t. IV, p. 247. 

3. Labiche, Vies des Saints, t. II, p. 378. 

4. Nobiliaire de Limoges, ibid. 

5. Mss. 34, p. 9. 

6. Registres consulaires, t. III, p. 303. 



15g UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Depuis trente ans^ cette sainte femme était alitée d'une maladie 
étrange et incurable^ De violents tremblements et des agitations 
dans tout le corps, l'empêchaient de manger et de boire. La com- 
munion, qu'on lui donnait tous les jours, était devenue son unique 
nourriture et son seul remède. La sainte hostie n'était pas plutôt 
suc sa bouche, que les émotions et les tremblements cessaient. 
L'évêque de Limages et son ami admirèrent la vie et les actions 
surprenantes de cette c nouvelle thabite 3», ils la consolèréht dans 
ses peines, et lui procurèrent tous les secours spirituels qu'elle 
pouvait attendre d'eux. Elle obtint ainsi de notre prélat, d'avoir 
dans sa chambre, près de son lit, une petite chapelle et un autel, 
sur lequel un prêtre lui disait tous les jours la sainte messe, et con- 
sacrait l'hostie dont il la communiait ^. 

Charles de Lévis épousa en 1645, Marie de la Guiche, fille du 
maréchal de ce nom. Cette femme, des plus distinguées par sa 
naissance et ses vertus, fut uqe bénédiction pour sa nouvelle 
famille, et une vraie providence pour le Limousin. Douée d'uneâme 
d'apôtre, elle catéchisait divinement la noblesse et le peuple de ses 
terres 2. 

La mort prématurée de Charles de Lévis, décédé à Brives, à l'âge 
de quarante-neuf ans, le 18 mai 1649, fut un deuil universel dans 
la province de son gouvernement. L'évêque de Limoges, son ami, 
se fit un devoir de lui rendre des honneurs extraordinaires. Le 
ÎK) mai, le corps dit gouverneur fut porté dans l'église d'Egletons, 
paroisse de Ventadour, et ensuite à Ussel, où le duc faisait habituel- 
lement sa demeure. Le chapitre et la paroisse d'Eymoutiers firent, 
le même jour, un service solennel. Celui de la cathédrale de Limo- 
ges, que présida l'évoque, eut lieu le 11 juin 3. Le lendemain, il y 
eut, à Saint-Pierre-du-Queyroix, musique, chapelle ardente et orai- 
son funèbre du gouverneur, qui fut prononcée par le P. Etienne 
Petiot, Jésuite de Limoges. Notre prélat assista à la cérémonie 
funèbre, en la dite église ; et Messieurs du présidial vinrent pren- 
dre les consuls de Verthamon, de la Fosse, etc.. en la maison de 
ville, pour s'y rendre ensemble *. 

François Christophe de Lévis, duc d'Anville, frère puîné de 
Charles et gouverneur du Limousin, après lui, vint à Limoges, pour 
la première fois en 1650, et ne voulut pas, qu'on lui fît d'entrée 
solennelle, ni d'honneurs extraordinaires. Il logea à l'évêché, et 
accepta la dédicace de quelques thèses de théologie, qui furent 
soutenues aux Jacobins de cette ville et auxquelles il assista, accom- 
pagné de « M. de Limoges. » Après quelque séjour, il alla à Uzerche 

1. Mss. 34, p. il et Archives historiques, t. II, p. 133. 

2. La duchesse de Ventadour était Tune des dames de Charité les plus zélées 
pour les œuvres de saint Vincent de Paul. Elle donna de grandes marcjues d'es> 
time et d'amitié à Louise de Marillac, fondatrice des Filles de la Charité, qu'elle 
assista jusqu'à la mort, le 15 mars 1660. Elle mourut en juillet 1701, âgée de soi- 
xante-dix-huit ans. Son fils unique ne laissa que des filles. Avec lui s'éteignit le 
duché-pairie de Ventadour. Cf. infixt. 

3. Nadaud, Nobiliai»^, t. IV, p. 263. 

4. Registres cons\*lmreSy t. III, p, 86, 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 159 

et à Brive, et de là s'en retourna à Paris ^. Vers la fin de Tannée- 
suivante, il se démit de sa charge, qui fut dévolue, par le roi, à 
son autre frère, Anne de Lévis. 

C'était Tabbé de Meymac, dont nous avons signalé les relations 
d'amitié avec notre prélat. Il avait été nommé, en novembre 4649, 
à Tarchevêché de Bourges, puis sacré à Paris, le 30 avril 4651, dans 
l'église des Carmélites de la rue Saint-Jacques, par Georges d'Au- 
busson, archevêque d'Embrun, en présence de la reine-mère, et 
d'une partie de la cour 2, Quelques mois après, il était en visite à 
Limoges et faisait un assez long séjour, auprès de son ami, notre 
prélat. 

Il se rendait, vers la fin de 1651, par Saint-Léonard, à son abbaye 
de Meymac, quand il passa à Eymoutiers, où il reçut de grands 
honneurs. Les consuls partirent à sa rencontre avec cinquante 
chevaux. Autant de piétons armés lui firent escorte. Le chapitre et 
le clergé de Notre-Dame, le reçurent avec pompe, à la porte du 
Peyrat ^. 

Le prélat-gouverneur était de retour à Limoges, en février 1652. 
Il voulut y entendre les prédicateurs de Saint-Martial et de la 
cathédrale. François de la Fayette, chez qui il logeait, l'accompa- 
gnait partout. L'on remarqua alors qu'Anne de Lévis donnait, en 
sa présence, la bénédiction aux prédicateurs et au peuple, et qu'il 
faisait porter la croix devant lui, en tant qu'archevêque et primat. 
Quelques jours après, le même gouverneur revenait de Brive, où 
il était allé faire son entrée, pour se trouver le mardi de Pâques, à 
l'ouverture septennale de l'Ostension des reliques de Saint-Martial. 
M. de Limoges y célébra la grand'messe pontificalement en sa pré- 
sence. Il lui présenta ensuite le chef de l'apôtre d'Aquitaine à bai- 
ser, après l'avoir sorti de la châsse, où il était conservé; il le baisa 
lui-même avec dévotion. Il y eut une très grande affluence de peu- 
ple à cette cérémonie, plusieurs même couchèrent, la nuit précé- 
dente, dans la basilique. 

Quelques jours après, l'archevêque de Bourges se rendit, en 
l'église Saint-Julien, à l'assemblée des Pénitents blancs ; il leur dit 
la messe, et les communia de sa main, comme étant confrère des 
Pénitents blancs de Meymac. Il se trouva aussi en camail, à Saint- 
Martial, quand ces pénitents y furent, en procession, honorer le 
corps du saint. Dans toutes ces cérémonies, dit la chronique, on 
vit briller la piété de l'archevêque, et celle de l'évêque ne fut pas 
moindre *. 

Nos deux prélats se revirent, au cours de la longue session de 
l'assemblée générale du clergé de France, de 1655-1657 ; car, ils 
furent associés tous les deux comme commissaires dans plusieurs 
affaires importantes. Au début de la session de cette assemblée, le 
cardinal-ministre, ayant retiré brusquement à l'archevêque de 

1. Mss. 34. fol. 2t et Archiv. hisL, t. II, p. 134. 

2. Gallia christ, t. II. 

3. Bulletin de Limoges^ t. XLVII, p. 74. 

4. Mss. 34, fol. 2i. 



160 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Bourges son mandat de gouverneur, pour le confier au maréchal de 
Turenne, inféodé encore au protestantisme, le clergé de France prit 
fait et cause pour le prélat dépossédé et fit adresser au jeune roi et 
à la reine-mère une respectueuse, mais ferme remontrance ^. 

3» François de la Fayette et le maréchal de Turenne, 

Quoiqu'il en soit delà part qu'il dut prendre à cette protestation 
bien naturelle, François de la Fayette nous semble avoir été en 
relations plus que courtoises avec l'illustre maréchal. Des liens 
divers rattachaient à Tévêché de Limoges, la famille de Turenne. 
Bien qu'elle n'eût pas d'égale, par sa noblesse et son ancienneté, 
dans la province du Limousin, elle s'était reconnue longtemps 
vassale de l'évêque, relativement à la baronnie de Malemort. 

Naguère encore (1624), après la mort du duc de Bouillon, sa 
femme, Elisabeth de Nassau, avait rendu hommage-lige pour ce 
fief de Brive, en Bas-Limousin, et payé, au nom de ses enfants, des 
droits de mutation à l'évêque de Limoges, Raymond de la Martonie. 
Frédéric-Maurice de la Tour, second duc de Bouillon, frère aîné du 
maréchal, n'ayant pas voulu reconnaître cette dépendance, intenta 
à ce sujet au même prélat un procès, qui est resté célèbre dans les 
Annales des tribunaux, parce que, les évêquesde Limoges en ayant 
continué la poursuite, aucun jugement n'était encore intervenu à la 
veille de la Révolution. Quand il avait introduit ce procès intermi- 
nable, le duc de Bouillon était en Limousin l'une des colonnes 
du parti protestant. Converti au catholicisme en 1637, Frédéric- 
Maurice déploya sur ses terres, un grand zèle pour la conversion 
de ses anciens coreligionnaires ^. 

Son fils, l'abbé de Bouillon, jeune clerc du diocèse de Limoges, 
établit, en 1659, la réforme de Saint-Maur dans son abbaye de Beau- 
lieu. Notre prélat, qui lui délivra, en 1666, des lettres dimissoires 
pour la réception des ordres sacrés, avait pour sa vertu et ses 
talents une si grande considération, qu'il résignait en sa faveur, 
quelques années plus tard, son prieuré de Saint-Angel. 

D'autre part, le glorieux maréchal de Turenne, dont la loyauté de 
caractère était parfaite, avait donné, avant d'être nommé gouver- 
neur du Limousin, des preuves notoires de son amour pour la 
vérité religieuse. Il la cherchait de bonne foi, et lisait volontiers 
dès 1658, des ouvrages de controverse. Calme et réfléchi, il médita 
longtemps encore, avant d'abandonner la Réforme protestante, qu'il 
ne soutint d'ailleurs jamais dans son gouvernement du Limou- 
sin 3. La réputation de ses victoires avait rendu populaire, à Limo- 
ges, le nom du maréchal de Turenne. L'entrée solennelle de l'illustre 
gouverneur, dans la capitale de sa province, souleva l'enthousiasme 
de la population limousine. L'évêque de Limoges ne fut pas le 

1. ProcèS'Verbatu:, ibid,y t. IV, p. 460. 

2. Mss. 34, p. 4. Mss. il, 1. 1, p. 567. Picot, Essai hi8t0}nque, 1. 1, p. 242. 

3. Mss. 34, p. 28 et Pouillé histor. Picot, ibid,, t. II, p. 27. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 161 

moins heureux de cette visite du maréchal, qu'il accompagna dans 
toutes ses revues, et à qui il offrit, pendant cinq jours, une cordiale 
hospitalité. Citons ici in extenso le récit plein de saveur d'un con- 
temporain. 

Le 17 mars 1660, arrivât à Limoges, M. le mareschal de Thurenne. 
Messieurs les Consuls furent au-devant de lui, assistés de nombre 
d'habitants à cheval ; les autres corps avec leurs compagnies ; le sei- 
gneur Evesque avec « son corps * jusqu'au bourg de Gouseyx, où estant 
arrivé, le mareschal et lui parlèrent quelque- demy cart d'heure en par- 
ticulier : le dit seigneur gouverneur fut harangué par M. Faulte, consul 
et advocat. Les compagnies de la ville furent au devant, en armes, au 
nombre de quatorze cents hommes. Ledit seigneur Gouverneur fit le 
tour de deux bataillons quy luy plurent fort, estant à pied, le chapeau 
en main, assisté du seigneur Evesque, de MM. de Sillery et de Duras, 
fils, et de Messieurs les Consuls. Après s'être retiré, il se fit une belle 
descharge d'artillerie. 

Le dit seigneur Gouverneur fit son entrée par la porte Montmailler, 
où estoient les armes de France avec celles de la ville, et de la maison 
de Boullon, et son portrait au-dessus. Il fut reçeu au bniit de l'artillerie, 
fort copieuse. Monsieur le Lieutenant Criminel reçeust, à l'entrée de la 
dite porte, le dit seigneur auquel il fist harangue, en calité de consul : 
et après, fust présenté lepoyle au dit seigneur gouverneur, qu'il ne vou- 
lust recevoir, et lequel on fist porter devant. Il passa devant Saint-Mar- 
tial, Cruche-d'Or, sortit par la porte Manigne dans les faulx-bourgs, et 
de là fust loger à l'Evesché, toujours à pied et le chapeau à la main, 
et accompagné du Seigneur Evesque et du Lieutenant Criminel. C'estant 
retiré, et les grandes portes de la maison épiscopale fermées, le 
Major le fist advertir que les compagnies de la ville dévoient passer 
devant son logis ; ce qu'ayant apprins, il sortit en compagnie du dit 
Seigneur Evesque, où il se donnât la patience de voir tout deffiler ; 
tout alloit de quatre en quatre, et en bon ordre, et fort bien armés : ce 
quy hiy agréât fors, et, en passant, chacun tirait (un coup de mousquet). 

Le lendemain, tous les corps ecclésiastiques, tant religieux qu'autres, 
le furent complimenter, quoiqu'il fust de la prétendue. Le dit seigneur 
gouverneur séjourna jusqu'au 21 du mesme mois, jour des Rameaux, 
toujours logé à VEvesché : lequel jour, il partit de bon matin, et en fit 
retorner les compagnies des sieurs grand prévost et Visénéchal ; et 
comme il partit de bon matin, il surprint les habitants ; ce quy empes- 
cha qu'il ne fut pas bien convoyé. Cependant Messieurs les Consuls 
avecq nombre d'habitants le furent conduire. Il fust le mesme jour 
coucher à Uzerche, pour s'en aller à Thoulouse, voir Sa Majesté ^. 

Profondes furent les impressions de sympathie, que produisit à 
Limoges le passage du maréchal de Turenne. Dans cette ville, alors 
si catholique, la nouvelle de son abjuration, que reçut Bossuet 
(23 octobre 1668), fut accueillie avec des transports de joie. Quand, 
sept ans après, la province du Limousin apprit la mort glorieuse 
de son gouverneur, ce fut, partout, une vraie désolation. Notre pré- 
lat voulut témoigner, au grand homme, sa reconnaissance et sa 
douleur, par un service qu'il fit célébrer, le 10 septembre 1675, en 
l'église cathédrale. Il n'oublia rien de tout ce qui était nécessaire, 

1. Registres consulaires de Limoges^ t. III, p. 388. 

i\ 



162 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

pour le rendre très solennel. Il y officia pontificalement, et Torai- 
son funèbre du héros y fut prononcée, par Tabbé de Périère, en 
présence d'une très grande assemblée ^ 

4" Relations du prélat avec Vintendant de Nesmond et le 
trésorier général P. Benoist. 

Ce fut par les liens d'une étroite amitié, que François de la 
Fayette fut uni à l'intendant de la Généralité, Henri de Nesmond, 
magistrat de grande valeur, issu d'une famille de robe del'Angou- 
mois 2. Il était âgé de trente-huit ans seulement, quand il mourut, 
Ie3avrill672, peu de temps après son arrivée à Limoges. Le vénéré 
prélat, fort affligé de cette perte prématurée, « donna des larmes à 
la mémoire de son jeune ami ». Il pria et fit prier beaucoup pour 
le repos de son âme. Le corps de l'intendant fut embaumé le len- 
demain du décès, et mis dans une caisse de plomb; et sur le soir du 
4 avril, il fut enlevé par le curé de Saint-Maurice de la cité, accom- 
pagné des prêtres de sa communauté, et porté à l'église paroissiale 
de ce nom. Après qu'on y eut chanté l'office des morts, on mit le 
corps en dépôt, dans la chapelle Saint-Jacques, jusqu'à ce qu'on le 
conduisit à Paris. L'évêque de Limoges assista au convoi, ainsi que 
Messieurs de la Justice, en corps, et un grand concours de peuple. 

Le 22 mai suivant, jour de dimanche, et fête de saint Loup, un 
service des plus solennels fut célébré, pour le repos de l'âme de 
l'intendant, dans l'église de Saint-Maurice. Les cinq couvents de 
religieux mendiants de Limoges, s'y rendirent en procession. L'é- 
vêque voulut encore présider la cérémonie, à laquelle se trouvèrent 
Messieurs de la Justice, en corps, les consuls et de nombreux habi- 
tants. La conduite du corps fut ensuite confiée aux soins de maître 
Thomas de la Saile, prêtre, curé de Saint-Yrieix (diocèse d'An- 
goulême), qui l'accompagna jusqu'à Paris 3. 

Ce fut pareillement dans une triste occasion, que nous saisissons 
l'intimité des rapports, qui existèrent dès le début de son épisco- 
pat, entre François de la Fayette, et les trésoriers de France. Pierre 
Benoist, fils de Martial, seigneur de Gompreignac et du Mas de 
Làge, du bureau des trésoriers de France à Limoges, avait hérité, 
en octobre 1625, des vertus, des biens et de la charge de son père ; 
il était encore depuis 4643, lieutenant criminel en la sénéchaussée 
du Limousin ; il soutenait sa maison avec honneur, et s'était acquis 
l'estime et la sympathie générales, en même temps que l'amitié 
la plus intime de son nouvel évèque. Aussi vit-on « ce tendre 
pasteur », lui donner rExtréme-Onction, et tenir son ami entre ses 
bras, à ses derniers moments. Le lendemain, 24 octobre 4629, le 

i. Mss. 34, fol. 33. 

2. Le frère de l'intendant, François de Xesmond, docteur de Sorbonne, depuis 
célèbre évêque de Bayeux (1662-1715), avait été associé à notre prélat comme 
secrétaire dans plusieurs affaires ecclésiastiques, à rassemblée du clergé de 
1655. Procès-verbaux. 

3. Mss. 34, fol. 3L 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 163 

prélat assista, à Saint-Pierre-du-Queyroix, les yeux baignés de 
larmes à l'enterrement de Pierre Benoist, dont le corps fut inhumé 
dans le tombeau de famille, qui se trouvait dans une chapelle de 
cette église * . 

III. Relations de Tévêque avec les consuls de Limoges. 

A regard des magistrats municipaux de la maison de ville, 
appelés consuls, Tattitude de Tévéque de Limoges fut à la fois digne 
et fière, conciliante et serviable. François de la Fayette se montra 
vraiment le continuateur des vieilles traditions des évoques, défen- 
seurs-nés de leur cité, et protecteurs de leurpeuple. Il fut heureux 
d*intervenir, avec succès, dans une circonstance critique, en faveur 
du maintien de ce qui restait alors de libertés municipales, et de 
mettre à la disposition des consuls, le crédit puissant dont il jouis- 
sait à la cour de France. Henri IV avait porté un coup funeste à 
rinstitution consulaire de Limoges. La réduction du nombre des 
consuls, de douze à six, et la substitution, à la commune assemblée, 
d'un corps électoral restreint de prud'hommes, désignés par les 
consuls sortants, avaient achevé la ruine des traditions commu- 
nales. La vie municipale, néanmoins, eut encore à Limoges un peu 
d'activité pendant le règne de Louis XIII ; à la fin du siècle, elle 
finissait de s'éteindre. On vit alors le fisc étendre la main sur les 
charges municipales. Ces mandats gratuits, conférés de tout temps 
par le libre choix des citoyens, furent métamorphosés en offices 
qu'on mit aux enchères, et des édits intervinrent, pour contraindre 
les villes à s en rendre adjudicatrices 2. 

Ce fut cette dernière transformation, que notre prélat parvint à 
écarter par ses démarches, et par le concours du gouverneur de 
la province. Cet important service rendu à la ville, les registres 
consulaires le signalent en quelques mots de reconnaissance : 

En 1647, les consuls obtinrent un arrêt, relatif à leur élection, et ils 
appelèrent le duc de Ventadour, pour le faire exécuter. Comme 
Mgr de la Fayette s'était employé en leur faveur, ils allèrent lui rendre 
visite, revêtus de leurs marques consulaires ; ce qu'ils n'avaient 
jamais fait jusque là. Leurs successeurs continuèrent la tradition de 
cette visite officielle, et l'usage fut conservé par les nouveaux corps 
municipaux {système moderne) établis en 1768 3. 

Dès lors, à chaque cérémonie officielle, il y eut échange de politesse, 
entre les diverses autorités publiques, à Limoges. Ainsi, le jour de 
Pâques, 4e jour d'avril 1648, Monsieur de Limoges fit inviter les consuls 
au Te Deum, qui se devait chanter, le mardi suivant, dans Saint-Etienne, 
pour la grâce que Dieu avait faite à la France, comme le roy lui man- 
dait par sa lettre du 9e jour de mars, que le traité de la paix (de 
Westphalie), qui avait été fait en octobre dernier, avec l'empereur, avait 

1. Nadaud, Nobiliaire, 1. 1, p. 200. 

2. L. Guibert, Registres consul., t IV, note, p. 11. 

3. Ibid,, t. III, p. 343. 



164 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

été exécuté. Le lendemain, 5 avril, il y eut des réjouissances publiques, 
feu de joie, etc. 

Les manifestations poliLico-religieuses furent encore plus signi- 
ficatives, à Toccasion du traité des Pyrénées. 

Le 4 mars 1660, eut lieu dans la salle d'audience du Présidial, la 
publication solennelle de la paix, en présence des députés de tous les 
corps, y compris ceux des chapitres et des couvents. Ce fut le matin, où 
il y avait affïuence de monde ; et, à Theure de relevée (dans Taprès- 
midi), la publication se fit par la ville : le capitaine de la maison com- 
mune lisait à tous les carrefours l'annonce, et tout le monde criait : 
€ Vive le Roy! » Survint ensuite un incident caractéristique. 

L'évêque s'opposa à ce que les consuls entrassent dans la cité, avec 
leurs marques consulaires. Les magistrats (dociles) renoncèrent à passer 
outre. Les boutiques demeurèrent fermées trois jours, en signe de 
réjouissance. Le dimanche, 7 mars, se fist le feu de joye au creux des 
Aresnes. Le Te Deum fut chanté à Saint-Estienne, où assistèrent Mes- 
sieurs du Présidial et Messieurs les Consuls, et les compagnies de la 
ville, en fort bon ordre, et bien armés. Le nombre de ceux qui étaient 
sous les armes était de dix-huit cents hommes, chacun capitaine à la 
tète de sa compagnie. Le colonel était le sieur de la Grange et major, 
M. de Benoist. Le dimanche ensuivant, 14» du mesme mois, se fist au- 
tres feux de joye, sçavoir : un en la cité, devant l'église des religieuses 
de Sainte-Claire, tous les citadins estant en armes. Le feu fut mis par 
le Seigneur Evesque, accompagné de Messieurs les Consuls de la cité, 
auxquels il fist prendre, pour la première fois, les marques consulaires. 
L'autre feu de joye se fist le môme jour devant TEvesché, où l'on avait, 
pour la circonstance, dressé un théâtre ^. 

Cette bonne entente, qui régna entre les consuls de la ville et 
révèque de Limoges, n'empêcha point ce dernier de se montrer 
ferme, et intraitable au besoin, quand ils s'avisaient, comme nous 
venons de le voir, d'empiéter sur ses droits seigneuriaux dans la 
cité, ou que l'un d'entre eux encore, se prévalait de sa position, 
pour manquer d'égards à qui que ce soit de ses prêtres. L'incident 
suivant, que raconte la chronique de Mesnagier, caractérise bien 
l'état social de cette époque. BenoistdeBlémont, consul de Limoges 
en 1660-1661, fut le héros de cette histoire, assez singulière. 

Le 5 juin 1661, jour de la Pentecôte, au retour de la procession, faite 
par le nouveau curé de Saint-Pierre, François Juge, un des bourgeois 
qui accompagnaient le Saint-Sacrement, Bonoist de Blémont, voulut 
prendre, dans le chœur de Féglise, le siège d'un prêtre communaliste, 
nommé Chabodie, et, conmie ce dernier refusait de le lui céder, Benoist 
se saisit d'une des branches de chêne, placées dans le chœur pour 
l'orner, et menaça Chabodie de l'en frapper. Aussitôt, tous les prêtres 
de la communauté de Saint-Pierre se retirèrent, et le curé, demeuré 
seul, dut se contenter de dire une messe basse à l'autel de Saint-Roch. 
Benoist s'était installé sur le siège qu'avait laissé le prêtre, et y resta 
jusqu'à une heure. Excommunié par l'évèque, l'auteur de cet esclandre 
se décida enfin à s'humilier. Le dimanche suivant, 12 juin, l'évoque se 
transporta à Saint-Pierre. Blémont, étant entré dans l'église, prit le côté 

1, Registres consulaires, t. III, p. 395, etc. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 165 

de Tautel de Saint-Jean, et Monsieur TEvêque celui à droite du grand 
autel. Etant au devant du Saint-Sacrement, à genoux, le prélat demeura 
là respace d'un quart d'heure, en prière. Et étant levé de sa prière, se 
présenta à lui Benoist de Blémont, lequel fit harangue à Monsieur de 
Limoges, et lui demandant pardon de roffense qu'il avait commise. 
Puis il offrit aussi ses excuses au curé. Après fut appelé le prêtre 
Chabodie, qui était, ce jour-là, en la même chaire de ci-devant, et s'en 
alla au grand autel, où étaient l'Evêque et Curé, Officiai et Blémont, lequel 
Blémont salua ce prêtre et l'embrassa, et lui demanda pardon, et furent 
tous en bon accord ; et Monsieur l'Evêque fit une harangue au dit Be- 
noist, en le plaignant de ce qu'il avait fait un si méchant acte, et dès 
lors. Monsieur de Limoges salua le Saint-Sacrement, et se retira ^. 

Notre prélat avait cherché évidemment, par cette démonstration, 
à relever, dans l'esprit de la société limousine, le caractère sacer- 
dotal naguère si méprisé. On comprend qu'une telle réparation 
d'honneur fut de nature à lui concilier les sympathies de ses su- 
bordonnés. 

IV. François de la Fayette aux Assemblées provinciales. 

La défense des intérêts de son clergé, que l'évéque ne manquait 
pas de prendre en toute occasion, lui valut en retour, à plusieurs 
reprises, des témoignages flatteurs de sa confiance. On sait, en effet, 
quel rôle était réservé à l'évéque dans les petits états de chaque 
diocèse de la province. Ils se réunissaient pour le vote de l'assiette, 
soit de l'impôt demandé par le gouvernement central, soit de l'im- 
pôt diocésain. Les trois ordres y étaient représeutés. Après deux 
ou trois séances plénières, consacrées au vote de l'imposition, à la 
discussion des affaires générales,les Petits Etats 2, ou assemblées de 
diocèse, laissaient le règlement du détail au bureau des comptes. 
Enfin, durant le cours de l'année, un bureau ou conseil de direc- 
tion connaissait de toutes les affaires du diocèse. L'évéque en avait 
d'ordinaire la présidence, et sauvent il y exerçait une telle prépon- 
dérance qu'il pouvait être regardé comme le gouverneur civil du 
diocèse, en même temps qu'il en était le chef spirituel '^ Ce fut 
ainsi que notre prélat dut comprendre son rôle. 

Ayant en outre, par son caractère même, par ses relations avec 
la cour, une situation hors de pair en Limousin, François de La 
Fayette était naturellement désigné au choix des députés de la 
chambre ecclésiastique, quand l'occasion se présenta, en 1649, de 
désigner un représentant du clergé aux Etats-Généraux. Au début, 
en effet, de cette année, le conseil de la reine-régente ayant résolu, 

1. Begistres consul., l. III, p. 406. 

2. Nous savons que le Limousin et la Marche ont possédé, jusqu'au milieu du 
dix-septiéme siècle, des Etats particuliers et provinciaux en trois ordres. Nous 
ignorons si dans ce pays d'élection, ils étaient périodiques, ainsi que dans les 
pays d'Etats, comme le Languedoc, la Provence, la Bretagne, etc. Supprimés 
dans les pays d'élection après la Fronde, ils n'y furent rétablis qu'en 1787, sous 
le nom d'Assemblées provinciales. M. Leroux, Archives départ., cxxxn. 

3. M. Sicard, L'ancien clergé, t. I, p. 152. 



166 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

pour gagner un peu de répit, et mieux combattre les parlemen- 
taires opposants, de convoquer les Etats-Généraux du royaume, 
avait adressé, le 23 janvier, dans toutes les provinces, des lettres de 
convocation. Il avait mandé « aux baillis et sénéchaux, de faire 
assembler ceux du Clergé, de la Noblesse et du Tiers-Etat de leur 
ressort, pour y députer, et de les avertir en même temps de se 
rendre en la ville d'Orléans, le 15 du mois de mars suivant, munis 
de pouvoirs et d'instructions sur « tout ce qu'ils auraient à propo- 
ser pour le bien général du royaume ». 

• En conséquence, dès le 26 février suivant, l'assemblée des Trois- 
Etats du Haut-Limousin se tint, par ordre de la cour, dans le réfec- 
toire des Frères-Prêcheurs ou Jacobins de Limoges. François de 
La Fayette s'y trouva, à la tête d'un grand nombre d'ecclésiastiques 
distingués. Les registres consulaires nous indiquent le doyen de 
la cathédrale, les abbés de Saint-Martial, de Saint-Augustin, et de 
Saint-Martin ; les prieurs de Saint-Gérald et d'Aureil (un Père 
Jésuite I) et quelques curés de Limoges, et des autres villes de la 
province. Nicolas, sieur de Traslage, lieutenant général de la séné- 
chaussée et siège présidial de Limoges, présida l'assemblée par 
ordre du roi, en l'absence du sénéchal, duc de Ventadour. Après 
les doctes harangues du président et de Pierre Moreil, procu- 
reur du roi, chaque ordre dut procéder à la nomination d'un 
député. A part quelques voix, qui se portèrent sur Perrière, 
curé de Saint-Pierre, et chanoine de Saint-Martial, fils du pré- 
sident, les ecclésiastiques furent d'avis, qu'on ne saurait choisir 
une personne plus digne de l'emploi de député, que le seigneur 
évêque. Furent élus : le marquis de Meillards, pour la noblesse, 
et Nicolas de Traslage, pour le tiers-état. Quelques jours après, 
on apprit à Limoges que le conseil de la reine avait, le 21 février, 
reculé d'un mois, et ûxé au 15 avril la réunion des députés. Puis, 
à cause des mouvements de rébellion qui persistaient dans quel- 
ques provinces, soumises à l'influence des parlementaires de Pa- 
ris, elle fut différée jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné. 

Le 16 mars 1651, pendant la retraite du cardinal Mazarin à 
Cologne, la reine fit inviter l'assemblée de la Noblesse, réunie au 
couvent des Gordeliers, en même temps que le Clergé, aux Grands- 
Augustins depuis trois mois, à se séparer, en lui promettant que 
les Etats-Généraux seraient convoqués prochainement. Quelques 
jours après, l'ouverture des Etats-Généraux était indiquée, 
comme devant se faire, dans la ville de Tours, le 8 septembre, de 
manière à suivre presque immédiatement la déclaration solennelle 
de la majorité du roi. La nouvelle en fut portée par les princes, 
d'abord à l'assemblée du clergé, qui déclara en être contente, puis 
à celle de la noblesse, qui se sépara aussitôt. 

En vertu donc des lettres royales de convocation, l'assemblée 
des Etats particuliers du Haut-Limousin se tint dans l'Hôtel de 
Ville de Limoges, le 17 août suivant. Notre prélat fut encore dé- 
puté pour le clergé de son diocèse. Mais, en fait, et pour les mêmes 
raisons que ceux d'Orléans, les Etats Généraux de Tours furent 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 167 

encore différés, et ne s'assemblèrent jamais. Cette mesure, proposée 
sans doute avec peu de bonne foi par le gouvernement, qui cher- 
chait, dans l'emploi de ce moyen, un dérivatif quelconque à ses 
embarras du moment, ne réveilla alors aucun de ces désirs popu- 
laires, qui pouvaient faire prendre le change à la passion politique. 
Il s'en fallait encore de cent quarante ans que le temps ne fût venu 
de chercher là une espérance de réforme, ou un moyen de révolu- 
tion ^. 

François de la Fayette parut une dernière fois, sur la fin de sa 
vie, au milieu d'une élite de son peuple. La convocation de l'arrière- 
ban 2 de la province du Limousin, lui fournit cette occasion extra- 
ordinaire. Voici ce qu'en dit sommairement un mémoire contem- 
porain. « Le samedi, i^^ septembre 1674, l'arrière-ban de la no- 
blesse du Limousin se réunit, à la suite de sa convocation, à la 
place des Jacobins, où il y avait un théâtre, au devant de l'église, 
sur lequel s'étaient assis, M. de Limoges, M. de Pompadour, M. de 
la Grandvilie, intendant, avec M. le Président de Périère. M. le 
lieutenant-général (le marquis de Pompadour) fit une harangue 
à la noblesse. On fit ensuite la nomination des adjoints aux gen- 
tilshommes, et on leur donna avis de se tenir prêts, pour aller à 
l'armée... ^. » C'était, on le voit, comme une sorte de revue des mi- 
lices nobles de ce temps, à l'approche d'une campagne, et Ton 
comprend que leur convocation ne pouvait laisser indifférent 
révêque de Limoges. 

V. Relations familiales et privées de François de la Fayette. 

i^ Les deux abbés de la Fayette. 

Claude de la Fayette, troisième fils de Jean de la Fayette, frère 
aîné de notre prélat, se fit, selon l'usage des cadets de famille, 
homme d'église, sans avoir peut-être pour la vie ecclésiastique, 
une vocation bien prononcée. Il ne répondit pas, du moins, entiè- 
rement aux vœux de son oncle, Tévêque de Limoges, qui le com- 
bla de ses bienfaits. Il était docteur de Sorbonne, et âgé de qua- 
rante-sept ans *, quand, le 22 septembre 1663, il fut ordonné prêtre 
à Notre-Dame de Paris, par Henri de la Molhe-Houdancour, arche- 

1. Bazin, Histoire du vf'gnt* de Louia XI \\ t. VI, p. 23 et 184. Mss. 34, fol. 20. 
21. Registres consul.^ t. III. Appendice, p. 73. 

2. Anciennennent le roi convoquait le ban et l'arrière-ban de son armée. Le 
ban appelait sous ses drapeaux tous les propi'iêlaires de fiefs ; Tarrière-ban, les 
milices communales. Peu à peu, le service du ban et de l'arriére-ban tomba en 
désuétude, et il fut bientôt d'usage de le remplacer par une contribution pécu- 
niaire, destinée à la solde des troupes. Cependant on trouve des preuves d.e la 
convocation de l'arriére-ban, même au dix-septième siècle, en 1674 et en 1()89. A 
cette époque, le nom d'arrière- ban ne s'appliquait plus qu'aux arrière- vas- 
saux, possesseurs de liefs qui ne relevaient pas directement du roi. Les posses- 
seurs de fiefs étaient tenus de servir en persoime. A. Chéruel, Dictionnaire his- 
torique. Paris, 1874, v« Armée. 

3. Mss. 34, p. 32. 

4. Le P. Anselme, t. VII et abbé Sorin, Louise, p. 10. 



168 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

véque d*Auch et abbé de Saint-Martial. Un peu plus tard, le 22 
mai 4665, il était admis dans TOrdre de chevalerie si recherché du 
Saint-Esprit, et nommé chevalier des Ordres du roi. Cet honneur 
ne suffit pas encore à son ambition. A cette époque, Tévêque de 
Limoges autorisait M. de Laistre, son procureur à Paris, à remet- 
tre à Claude, son neveu, les sommes d'argent, dont il avait besoin 
pour son entrelien d'abbé de cour ^. 

Non content de ces largesses l'abbé de la Fayette aspira, dès 
4663, à remplir un mandat de député du second ordre à la prochaine 
assemblée générale du clergé de France. Dans le but de se rendre 
d'abord éligible à l'assemblée provinciale de Bourges, il se fit pour- 
voir, en cour de Rome, du prieuré de Ventadour, dont la jouissance 
l'aurait mis au rang des bénéficiers du diocèse de Limoges. Mais, 
dès le début, la possession de ce titre lui fut contestée par le pa- 
tron ou collateur du bénéfice, qui était l'abbé de Cluny. Il s'ensui- 
vit un procès devant les tribunaux de Paris, pour la poursuite du- 
quel le procureur de l'évêque « n'oublia ni n'épargna rien », tandis 
que l'abbé de la Fayette « ne lui témoignait aucun sujet de satis- 
faction de ses soins en cette affaire », et qu'au lieu de « se remuer », 
de consulter et d'encourager son avocat, il allait faire un voyage 
en Bretagne. Naturellement, la cause fut perdue, et « l'abbé se 
tmuva fort embarrassé ». 

Pourvu enfin d'un bénéfice par l'évêque de Clermont (août 1664), 
l'abbé de la Fayette, qui n'avait rien tant à cœur que sa dépulation, 
souhaitait, le mois suivant, que son oncle fît le voyage de Bourges, 
afin que la chose lui fût plus assurée. Le siège, en efTet, de cette 
métropole étant alors vacant, il appartenait à François de la 
Fayette, doyen d'âge des évêques suffragants, de présider l'As- 
semblée du clergé de la province, qui devait se réunir au prin- 
temps de 4665 2. 

Quelque temps après, on savait, à Paris, que l'évoque de Limoges 
s'était décidé à se rendre à Bourges, pour remplir ce devoir de sa 
charge.' La reine-mère, Anne d'Autriche, et le duc d'Orléans, son 
fils, reconnaissant, par leur démarche elle-mémo, IVfficacité de 
l'intervention de notre prélat, lui écrivirent, en janvier 1665, un 
mot de K'commandation en faveur d'un de leurs protégés. 
«M. l'évoque de Limoges, écrit le prince, l'afTectionque j'ay pour la 
personne du sieur abbé de Tressan, niaislre de ma cliapelle, me 
faisant prendre part, en tout ce qui le regarde, je vous prie de luy 

1. Tous ces détails qui précèdent et ceux qui vont suivre sur Claude de la 
Fayette sont extraits de la correspondance du si(îur de Laistre (qui demeurait 
à Paris, rue des Bernardins) avec le « sieur Vaynet, intendant dr» la maison et 
affaires de Mgr l'Evoque à Limoges ». Voir aux archives de la Haute-Vienne, 
G, n. 233, 228. Cette correspondance ne comprend malheureusement, que des 
lettres d'affaires en général (de 1663 à 1665). On y voit, notamment que le 
neveu de l'évêque était assez souvent dans le besoin. On lit dans une lettre 
du 22 décembre 1663 : « Quant à M. l'abbé de La Fayette, je lui avois tout fi-aî- 
chement advancé son quartier de pension ; il aura toujours besoing d'argent, 
tant qu'il vivra. » Dans celle du 8 novembre i66i, on lit encore: «Je n'ay 
point rhonneur de veoir M. l'abbé, que lorsqu'il est pressé d'argent. » 

2. Lettre du 20 septembre 1664. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 169 

estre favorable pour la députation, à la prochaiDe assemblée du 
clergé, et de croire qu'en luy accordant cette grâce, vous me don- 
nerez une marque de votre amitié... Philippe * .» 

Bien qu'il eût appréhendé, en mars, les dépenses du voyage, 
Tabbé de la Fayette se rendit à Bourges, à la fin d'avril de cette 
même année, après avoir soumis les mémoires qu'il y emporta, au 
jugement de son oncle. Il obtint, avec son aide et celui de l'évêque 
de Tulles, Louis de Guron, qui était pour lui a: le mieux inten- 
tionné », le mandat de ses rêves. L'abbé de Tressan ne fut pas 
moins favorisé. Ils se chargèrent, par contre, tous les deux de 
recommander aux agents généraux de l'assemblée le succès d'une 
affaire, que l'évêque de Limoges avait alors avec messieurs de la 
Chambre de l'Edit, relativement aux protestants de son diocèse. , 

Claude de la Fayette, qui était <( assez froid ordinairement envers 
tout le monde », parut tout transformé par la grandeur de sa mis- 
sion. 11 « ne put s'empeschér, de témoigner à plusieurs reprises, 
qu'il avait de grandes obligations », à ceux qui avaient contribué à 
lui faire donner son mandat. « Je n'oublierai rien, écrit-il au 
secrétaire de son oncle, de Pontoise,où l'assemblée s'était réunie 
à la fin de mai 1665, « pour rendre mes très humbles services à 
Monseigneur, outre mon inclination qui m'y porte passionément, 
(sic) les bontés qu'il a pour moy me sollicitent bien de luy rendre 
ce que je luy dois. » 

Dans une autre lettre, adressée en juin de Pontoise, où il s'était 
bien confortablement installé, l'abbé de la Fayette donne au.sieur 
Vaynet des nouvelles sur la maladie très grave de la reine-mère, et 
sur l'organisation des premières séances de l'assemblée. « Jus- 
qu'à présent, dit-il, l'Assemblée a été une véritable cohue. Je me 
range fort du parti de Mgr de Sens (Louis de Gondrin), et souhaite 
fort qu'il soit le premier président. Il me témoigne tant d'amitié 
à la considération de Monseigneur, que je m'estimerai fort heu- 
reux, si je lui peux donner des marques de mes très humbles ser- 
vices. On parle souvent de Mgr de Limoges, et je vous assure qu'il 
est très bien souhaitté (jsic). Il n'y a point d'évesque qui ne m'aye 
prié de l'asseurer de ses très-humbles services, entre autres Mgr 
de Tours, Bordeaux, Vienne, Chartres, Mende, Castres, Amiens, 
Soissons. Du second ordre, il y eh a une infinité, l'abbé de Baitz^ 
l'abbé de Saint-Nicolas, l'abbé de Tressan, et généralement toute 
l'assemblée. » 

Mais pour quelle fin particulière l'abbé de la Fayette avait-il 
tant recherché la députation V C'était, écrivait, dès le 7 mars 1665, 
le sieur de Laistre, « pour monter à quelque chose de plus haut ». 
Assurément, disait le même correspondant trois mois plus tard,« il 
Achèvera de se perfectionner. Il mérite que vous et moi nous nous 
employions pour lui rendre service, si nous pouvons, pour son 
establissement. C'est grand pitié de veoir une personne comme 
luy, à la veille d'être coadjuteur, si Monseigneur le quittait... » 

1. Archives départ., série G, n. 216. 



17Û UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Cette crainte était des plus fondées, car, il est établi que si Tévèque 
de Limoges avait favorisé la candidature de son neveu, pour la 
députation, il lui avait fait exprimer un souhait, qui n'avait rien 
de bien engageant, et lui laissait peu d'espoir pour la future suc- 
cession de son oncle. <( Monseigneur souhaite, écrit de Laistre au 
secrétaire, que Tabbé son neveu aille droit à Bourges, sans passer 
par Lymoges, ni en allant ni en venant. Il a reçu cet ordre [sic) 
avec beaucoup de résignation. » Autre phrase encore plus signifi- 
. cative d'une lettre précédente, du 3 avril 1664, écrite de Paris par 
le même correspondant : <( Je sais bien que Monseigneur n'ayme 
pas qu'on lui parle de M. l'abbé, ni de M. le chevalier, son frère *. » 

Comme il est regrettable, qu'au lieu de simples lettres d'affaires, 
tirées d'un greffe, qui ne fournissent quelques renseignements que 
sur un seul personnage, nous n'ayons pas eu à notre disposition, 
dans l'intérêt de l'histoire, une faible partie de la correspondance 
de Mme de la Fayette, sur la famille de son mari ? François, comte 
de la Fayette, filleul de l'évêque de Limoges, servait en Hollande, 
en 1637, quand les confidences, dont le roi honorait Mlle de la 
Fayette, sa sœur, fille d'honneur de la reine, devinrent compro- 
mettantes pour ie jeune officier, à l'égard du puissant ministre. 
Ne voulant pas briser sa carrière, il observa une prudente neutra- 
lité vis-à-vis de Richelieu, et en fut assez bien traité 2. 

Il y a lieu de supposer que l'évêque de Limoges, qui fit, à partir 
de cette époque, un séjour continu de plus de deux ans à Paris, 
bénit, le 15 février 1655, dans l'église de Saint-Sulpice, le mariage 
de François, son neveu, avec Marie-Madeleine Pioche de la Vergue. 
Après quelques séjours en Auvergne, à Espinasse et à Naddes, 
Mme de la Fayette revint se fixer à Paris, vivant dans son hôtel de 
la rue de Vaugirard, au milieu des gens de lettres, tenant un salon 
des plus estimés de la capitale, et fréquentant beaucoup la cour du 
Luxembourg et de Versailles 3. Nous sommes en droit de prétendre 
que l'évêque de Limoges eut des relations suivies de correspon- 
dance, avec sa nièce et son neveu. Malheureusement, nous n'avons 
trouvé, nulle part, la moindre trace des lettres du prélat, et de l'il- 
lustre amie de Mme de Sévigné. Nous ignorons même si l'auteur de 
la « princesse de Clèves », fit le voyage de Limoges, du moins en 

i. Le chevalier dont il est ici question est Jacques de la Fayette, comman- 
deur de Malte, en faveur duquel l'évêque de Limoges obtint du ministre Col- 
beii le commandement d'une galère, pour l'expédition de Candie, en 1665. Il 
semble avoir été, comme Claude son frère, assez besogneux. On comprend la 
réserve et la générosité de notre prélat à l'égard de ses deux neveux, sur les- 
quels la correspondance du sieur de I^islre ne dit plus rien d'intéressant. Ar- 
chives départ. y G, n. 223 et n. 228. 

2. Sorin, Louise de la Fayette, p. iiO. D'après le 1*. Anselme et Eug Asse, 
(éditeur des Mémoires de Mme de la Fayette), François aurait été enseigne dans 
la compagnie du maréchal d'Albret, puis lieutenant au régiment des gardes 
frauçaises. On ignore s'il quitta l'armée de bonne heure, ou s'il y eut d'aulrt"^ 
grades plus élevés. 

3. Elle perdit, le 26 juin 1683, son man le comte François de la Fayette, qui 
restait la plus grande partie de Taimée confiné en province, sur ses terres. Voir 
la Grande Encyclopédie Lamiraulty V» Mme de la {•'ayette. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 171 

décembre 1663, en compagnie de l'immortel fabuliste, qui était 
logé à Paris, dans son hôtel, et vivait, avec le poète Segrais, dans 
sa familiarité. Mme de la Fayette consacra les dernières années de 
sa vie, aux pratiques de la piété la plus austère ^. 

De ses deux fils, l'aîné, Louis, né en 1658, en Poitou, se fit 
d'église. A en juger par les brèves notes de son curriculum vitse, il 
fut probablement un abbé de cour, qui continua les traditions de 
Claude de la Fayette son oncle. Il prit d'ailleurs, comme lui, le bon- 
net de docteur en Sorbonne ; il obtint ce grade, le 2 avril 1685 2. 
Tout jeune clerc encore, il avait été nommé prieur commendataire 
de Goudet (diocèse du Puy). Peu de temps après, en 1670, le roi le 
gratifia, à cause des mérites de sa mère, de l'abbaye importante de 
Valmont, monastère de l'ordre de Saint-Benoît (diocèse de Rouen). 
Il hérita, après la mort de Tévêque de Limoges, son grand-oncle 
(1676), à l'âge de dix-huit ans, de son abbaye de Dalon (diocèse de 
Limoges), et trois ans plus tard, il reçut encore celle de Notre- 
Dame de la Grenetière (diocèse de Poitiers). 

Tout en cumulant ces bénéfices, contrairement aux règles cano- 
niques, il eut du moins le mérite, en 1712, d'introduire la réforme 
de Saint-Maur dans l'abbaye de Valmont. Il remplissait, en 1721 , les 
fonctions de conseiller-clerc au Parlement de Bordeaux. 

Au cours de sa vie, l'abbé de la Fayette ayant eu la facilité de 
prêter indifi'éremment,à toutes sortes de personnes, les manuscrits 
précieux de sa mère, et la négligence de ne pas les redemander, 
la plupart se trouvent aujourd'hui perdus. Il mourut à PariSj le 
2 mai 1729, et fut enterré en l'église Saint-Gervais 3. 

1. Elle se rangea, comme Mme de Sévigné, du parti des solitaires de Port- 
Royal. EUe mourut à la fin de mai 1692. Voir sa notice dans la préface de ses 
Mémoires^ édités par Eugène Asse, Paris, 1890. 

2. n eut le cent deuxième rang en Sorbonne, dans la promotion de licence en 
théologie, qui compta parmi les principaux lauréats François de Mailly, qui de- 
vint plus tard archevêque, Charles de Langeron, l'ami intime de Fénelon, et 
Joseph de la ïrémoille, dont le frère ou le neveu épousa la dernière descen- 
dante de la branche aînée des La Fayette. Bibl. Nat., Mss. Fonds latin, n. 5657. 
p. 96. 

3. Mss. n. H5, p. 321. Eug. Asse, Aiihtwires de Mme de la Fayette, Préface, et 
Gallm c/iristiann. Avec l'abbé Louis de la Fayette s'éteignit le dernier représen- 
tant de la branche aînée de cette famille. Avant lui était mort à Landau, en août 
1694, René Armand, le frère cadet de l'abbé, dit le marquis de la Fayette» bri- 
gadier d'infanterie. Il laissait une fille unique, Marie-Madeleine, mariée en avril 
1706, à Charles, duc de la Trémoille, et morte sans enfants, le 6 juillet 1717. Voir 
le P. Anselme. D'autre part, Marie-Madeleine, qui avait apporté en dot aux 
La Trémoille l'hôtel de la rue de Vaugirard avec d'autres biens, laissa la terre 
des La Fayette avec les noms et les titres de son père, au représentant de la 
branche cadette, seigneur de Champetières, qui descendait au douzième degré 
de Pons Motier, l'aïeul commun. Edmond de la Fayette, sénateur de la Haute- 
Loire en 1876, mort le 11 décembre 1890, a été le dernier descendant mâle de 
sa famille. 11 ét»it le petit-fils du célèbre marquis de la Fayette, ami de Was- 
hington. Du mariage d'une des sœurs d'Edmond avec Adolphe Périer, naquit 
une fille unique, qui épousa le baron de Sahune. Son fils, le baron Gaston de 
Sahune, conseiller général de Meurthe-et-Moselle, adopté par son grand-oncle, 
a été autorisé, par décret présidentiel, après la mort du sénateur, à relever les 
noms et les titres de la Fayette. Livre d'or du monument du général de la 
FayettSt élevé en 1900 au Carrousel, à Paris. 



172 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

2® Les commensaux de François de la Fayette. 

Un seul membre de la famille de notre prélat nous est connu, 
comme ayant passé à Tévêché de Limoges, de longues années. 
C'était le plus jeune de ses frères, Philippe-Emmanuel, comman- 
deur de Malte. L'auteur de la vie de la mère Isabelle nous le repré* 
sente, comme un pieux gentilhomme, qui prenait part aux bonnes 
œuvres de l'évêque, et fréquentait comme lui, vers 1640, le Car- 
mel de Limoges ^. 

A cette môme époque, de nombreux et dignes représentants de 
la famille de Beaupoil de Saint-Aulaire vivaient dans la familiarité 
de l'évêque de Limoges. C'était notamment Antoine, baron de 
Tarnac, qui était considéré comme le plus intelligent et le plus 
vertueux gentilhomme de sa province. Aimé des pauvres comme 
des grands, il obligeait toujours de bonne grâce, et s'employait à 
toutes sortes d'affaires charitables. François de la Fayette était son 
ami le plus intime. Etant venu à l'évêché de Limoges, passer les 
fêtes de Pâques avec son frère le chevalier, et Daniel son neveu, il 
y mourut le 9 avril 4646, à Tâge de soixante-trois ans. 

Daniel de Saint-Aulaire, frère utérin de Daniel de Cosnac, évêque 
de Valence, fut, après son oncle, un habitué fidèle de l'évêché. Il 
avait épousé en secondes noces (juillet 4643), Angélique de Chau- 
vigny, parente rapprochée de la famille de l'évêque 2. Cette femme 
remarquable par ses rares talents et par sa grande vertu 3, eut 
sept enfants, dont deux fils auxquels notre prélat s'intéressa 
particulièrement. L'aîné, François Joseph, né le 6 septembre 1648, 
et baptisé le 20 du même mois, eut pour parrain l'évêque de 
Limoges, qui se trouvait ce jour-là à Saint-Aulaire (près Uzerche), 
en tournée de confirmation. Ce filleul du prélat, devint plus tard 
marquis de Saint-Aulaire, lieutenant général du roi en Limousin, 
dès le 12 mai 1689, et membre de l'Académie Française des plus 
éminents (septembre 1706). 

Le second, André-Daniel, né le 15 juin 1651, élevé probablement 
à l'évêché de Limoges, tonsuré par l'évêque son parent le 8 no- 
vembre 1666, prieur de Thoy, puis archiprêtre de la Porcherie 
(diocèse de Limoges), fut nommé, en 1702, évêque de Tulle, où il se 
distingua par un grand déploiement de zèle, de piété et de bonté. 

A en juger encore par des lettres d'affaires des procureurs de 
Laistre et de Croisy, on voit que notre prélat se trouvait en rap- 
ports assez intimes avec les représentants les plus distingués de la 

1. On sait, par une courte lettre de la plus jeune sœur du prélat, Madeleine de 
la Fayette, en date du 10 mai 1665 (elle était alors prieure de Nouïc. après avoir 
été religieuse bénédictine aux Chazes), que tous les membres de la famille de 
la Fayette « attendaient les lettres du cher, bon et aimable Prélat, comme une 
générosité ». Archives départ.^ G, n. 233. 

2. Elle était fllle de Gilbert de Chauvigny, seijyneurde Saint-Agoulin en Bour- 
bonnais, et de Guicharde d'Arbouze. Son frère César avait épousé Claudine de 
la Fayette, sœur puînée de Louise, nièce de l'évêque de Limoges. Nobiliaire, 

3. On l'appelait Chrysolide, à cause de son enjouement, de sa bonne grâce et 
de sa beauté. Nobiliaire de Limoges. V» Beaupoil de Saint-Aulaire. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 473 

noblesse de son diocèse. On y voit, par une lettre de Paris^ du 17 
novembre 1663, que l'un d'eux, M. de Croisy, avocat au conseil du 
roi, était chargé par Tévêque de Limoges, « d'observer l'arrivée de 
M. le marquis de Bonneval ^, et de lui aller rendre ses debvoirs ». 
Le m,otif de cet empressement, c'était un projet de mariage, qui 
n'aboutit pas. c M. le marquis, dit le correspondant, a manqué une 
belle affaire, car, la fille que je vous ay proposée, ei; qui s'est trou- 
vée prise depuis quinze jours, était bien son affaire. Il est assez 
malaisé d'en rencontrer qui ayt toutes les qualités qu'avait celle-là. 
J'envoie à Monseigneur, ajoute-t-il, la réponse que lui fait M. de 
Ventadour, laquelle luy-mesme m'a apportée jusques dans mon 
cabinet... Il m'a fait mille et mille civilités et ambrassades que 
vous pouvez dire à mon dit seigneur, pour lequel il a grand res- 
pect et estime. « Il aura de moi tout ce qu'il voudra », m'a-t-il dit 
sans compliment ni cérémonie» ^, Ces grands seigneurs dont il est 
ici question ne pouvaient être que des familiers de notre prélat. 

Enfin un noble d'esprit, sinon de naissance, le bon La Fontaine 
fut tout surpris de recevoir à Limoges vers la fin de cette même an- 
née (décembre 1663), une aimable et courtoise hospitalité. Venu dans 
cette ville en compagnie de son ami Jeannart 3, et peut-être aussi 
de sa bienfaitrice, Mme de la Fayette, il fut logé à l'évéché et vit de 
près une société gracieuse et polie, une colonie d'artistes, une réu- 
nion d'hommes d'esprit et de savoir. Le grand poète ne s'attendait 
pas, sans doute, à rencontrer, à cent lieues de Paris, une société 
d'élite, qui se réunissait alors dans les salons de Tévêque François 
de la Fayette ; car, dans une lettre datée de Limoges le 19 décem- 
bre 1663, il exprimait à sa femme, à ce sujet, son genre d'étonne- 
ment. « Je vous donne, lui écrit-il, les gens de Limoges pour 
aussi fins et aussi polis que peuple de France ^. » 

4" Les prélais de France reçus à VÉvêché de Limoges 
par François de la Fayette, 

Parmi les nombreux évoques que François de la Fayette accueil- 
lit à Limoges, avec honneur et cordialité, quelques-uns seule- 
ment ont laissé des traces de leur passage. A peine savons-nous, 
que le saint archevêque d'Arles, Jean Jaubert de Barrault, eut 

1. Cette maison a toujours passé pour une des plus nobles du Limousin, où 
Ton disait autrefois : Richesse des Cars. Noblesse de Bonneval. Elle possède, de 
temps immémorial, la terre considérable et le grand château aujourd'hui exis- 
tant de Coussac-Bonneval, à sept lieues de Limoges (canton de Saint-Yrieix). 
Elle a toujours contracté des alliances avec les meilleures familles de France. 
Nobiliaire de Limoges^ v° Bonneval. 

2. Notons ici d'après les lettres suivantes que Tévêque de Limoges alla faire 
un voyage, une partie de l'automne, en Bas-Limousin. Archives de la Haute- 
Vienne, G. n. 228. 

3. Jeannart, substitut du procureur-général du parlement de Paris, fut impli- 
qué dans la disgrâce de Fouquet et exilé à Limoges. Il travailla, en 1665, à récon- 
cilier l'évêque avec son chapitre. 

4. Laforest, Limoges^ p. 6. 



474 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE BN PKOVINCE 

avec notre prélat de fréquentes entrevues, à Toccasion d'un assez 
long séjour, qu'il faisait presque chaque année dans son abbaye 
de Solignac ^. 

C'est là encore, qu'on vit se rendre, plus d'une fois, le réforma- 
teur de Chancelade, le saint évêque de Cahors, Alain de Solmin- 
hac. Ce dernier n'était qu'abbé, quand il fit, en 1629, le discours 
de circonstance, le jour où Tévéque de Limoges consacra et bénit 
la nouvelle chapelle du collège, qui fut dédiée à la sainte Vierge, en 
exécution d'un vœu de Louis XIII, pendant le siège de la Rochel- 
le 2. Alain se trouva encore, avec le même titre, aux côtés de notre 
prélat, quand celui-ci donna, le 7 juillet 1632, la bénédiction abba- 
tiale dans l'église collégiale d'Eymoutiers, à l'abbé général de 
Grandmont 3. Cette même année l'abbé de Chancelade, qui avait 
été commis par le cardinal de la Rochefoucauld, pour faire la 
visite du prieuré de Saint-Gérald à Limoges, y introduisit les cha- 
noines réguliers de sa réforme. Alain de Solminhac revint à Limo- 
ges comme évêque, pour consulter une sainte femme de cette ville, 
Marcelle Germain, et obtenir de son zèle la fondation â Cahors 
d'un orphelinat de jeunes filles, qui serait tenu par les Dames de 
la Providence *. 

Dès la première année de son épiscopat, François de la Fayette 
se lia d'une étroite amitié avec François de Loménie, évêque de 
Marseille, qu'il voyait de temps à autre à Limoges s. Ce dernier 
prélat était né dans cette ville. Il sortait de l'illustre famille, des 
comtes de Brienne, qui furent successivement secrétaires d'Etat 
sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Ancien élève du couvent 
des Jacobins de Limoges, François de Loménie y avait été, vers la 
fin de ses études, touché extraordinairement des sermons du 
P. Laugier, dominicain à Bordeaux, et il lui avait demandé l'habit 
de son ordre. Conduit par ce religieux à Toulouse, François y 
avait été formé et admis à la profession religieuse, par le célèbre 
réformateur, le P. Sébastien Michaëlis s. 

Nicolas CoelTeteau, célèbre prédicateur du roi, ayant résigné en 
sa faveur, avant de mourir, le siège épiscopal de Marseille, Fran- 
çois de Loménie fut sacré à Paris, dans l'église des Dominicains 
de la rue Saint-Jacques, au commencement de septembre 1624. 
Député deux fois, en 1625 et en 1635, à l'assemblée générale du 
clergé de France, il y parut avec éclat. Ce prélat était pieux et 
savant : on dit même qu'il avait peu de rivaux en doctrine, que 
personne ne le surpassait en piété et qu'il honorait plus la mître 
qu'il n'en était honoré. Bienfaisant envers les pauvres, il leur 
donna, avant sa mort, des preuves fréquentes de ses libéralités. 

1. Voir la chronique de Solignac, d'après dom Laurent Dumas. 
1 Laforest, ihid,, p. 159. 

3. Mss. 34, p. 7. 

4. Lafoi^st, ihid., p. 392 et Chronique, ibid. 

5. n était à Làmoges le â6 juillet 1628. Mss. n. 27, t. I, p. 580. 

6. n fut ensuite licencié en théologie et abbé de Sainte-Marie de Josaphat 
près de la ville de Chartres. Mss. ibid. ' 



FRANÇOIS DÉ LA FAYETTE 175 

Se trouvant à Limoges, où il était venu voir ses parents, Fran- 
çois de Loménie y fut atteint de sa dernière maladie. Dans les 
douleurs les plus vives, il se bornait à répéter souvent ces paro- 
les : c Mon Dieu, je ne suis pas de bronze i>, qui marquaient que la 
nature seule souffrait en lui, mais que son cœur était tout à Dieu. 
Il mourut le 27 février 1639, assisté des Pères Dominicains, ses 
anciens confrères, à l'âge de cinquante-cinq ans. Son corps, vêtu 
de rhabit religieux, fut porté, comme le prélat l'avait demandé, 
dans l'église des Frères -Prêcheurs, où il demeura une nuit. Après 
qu'on y eut fait honorablement ses obsèques, le chapitre de la 
cathédrale vint le chercher, pour l'enterrer dans son église. Le 
clergé et les religieux de tous les ordres de Limoges, assistèrent à 
la cérémonie, qui fut présidée par l'évêque François de la Fayette, 
ami du prélat défunt. Le P. Basile Vivin, du couvent des Jacobins 
de Limoges, qui paraissait alors avec éclat dans les chaires de cette 
ville, prononça l'oraison funèbre. François de Loménie fut inhumé, 
suivant sa volonté, dans le tombeau de ses ancêtres, devant la porte 
de la sacristie, où l'on voyait autrefois son épitaphe, sur le mur 
de clôture du chœur ^. 

Un prélat de grande naissance, Louis-Charles de Lorraine, qui 
occupa, durant vingt ans (1649-1668), entre Antoine de Cous, (origi- 
naire de Treignac) et Bossuet, le siège épiscopal de Condom, fut 
aussi en rapports d'amitié avec François de la Fayette *. Dom Lau- 
rent Dumas relate en effet dans sa chronique, que l'évêque de Con- 
dom s'en retournait dans son diocèse, en 1654, « après avoir demeuré 
sept à huit mois chez Monseigneur de Limoges, quand il honora de 
sa visite, en passant, l'abbaye de Solignac^. » 

A cette même époque, l'évêque de Limoges employa, dans son 
diocèse, aux fonctions épiscopales, un prélat, originaire de Bellac, 
nommé Jean de Mallevaux, évêque in partibus d'Aulone (ville 
d'Epire), qui habitait ordinairement le collège des Bons-Enfants, à 
Paris. Il favorisa les communautés et les œuvres de Bellac et con- 
sacra deux églises de Récollets (ses anciens confrères), l'une au 
Dorât, le 24 août 1651, et l'autre à Aubusson, le 5 septembre sui- 
vant. Il se montra, plus tard, sympathique aux jansénistes, et tou- 
jours prêt à approuver les livres du parti *. 

Notre prélat, dont l'esprit de modération et de bienveillance pour 
les personnes, avait ramené, en 1656, dans la bonne voie doctrinale 
l'archevêque de Sens, Louis de Gondrin, qui lui resta toujours 
attaché depuis, recevait à l'évêché de Limoges, vers la fin de juin 

i. Ce prélat donna quinze cents livres à la cathédrale de Limoges. Âussi^ le 
3 mars 1639, le chapitre de cette même église décida de faire sonner les cloches 
dés midi, jusqu'à ce que le corps du prélat serait enseveli. M^s. 27, t. I, p. 580 
et Mss. 34, p. 11 et Bulletin de Limoges^ t. XL, p. 334. 

2. La famille de la Fayette avait contracté anciennement des alliances avec 
les Joyeuse et les Mercœur, branches issues de la maison de Lorraine. 

3. Bulletin de Limoges, t. XLV, p. 243. 

4. Il mourut, âgé de soixante-treize ans, à Aix-en-Provence, chez le saint 
cardinal Grimaldi, à qui il prétait l'assistance de son ministère. Bulletin de 
Limoges^ t. XLIIl, p. 357. 



176 UN »tPjCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

1668^ un antre évêqoe de France, plus célèbre encore, dans la 
suite, par son opposition janséniste. C'était François de Caulet, 
évéque de Pamiers, qni, en revenant de la capitale, avait passé par 
Eymoutiers et était accompagné de son grand vicaire, Riflfan, cha- 
noine de Saint^Victor, d'un antre chanoine de son église, du mar- 
quis de Magnac,du jeune comte de Fontaines, et de Geoffre, diacre 
d'Egletons, précepteur du fils d'Antoine Fénelon ^. 

i. Archivée départ,, série E. Supplément, 103. Notons enfin, d'après Tabbé 
Grange, la présence à Tévéché de Limoges, en 1S72, de Séguier, évéque de tom- 
bez et de Mascaron, évéque de Tulle. Son prédécesseur sur ce siège, Louis de 
Guron (d'une famille noble du Poitou), et Bernard de Marmiesse, évéque de 
Couserans, qui assistèrent, le 4 novembre 1666, à l'inauguration du séminaire 
des Ordinands, étaient aussi très liés avec Tévéque de Limoges. 



CHAPITRE V 

ADMINISTRATION ÉPISCOPALE DE FRANÇOIS DE LA FAYETTE 

I. Prise de possession de Tévèché de Limoges. 

Trois mois après sa promotion épiscopale, François de la Fayette 
avait envoyé de Paris, des lettres de vicaire général à Pierre Talois, 
officiai de Limoges. Ce dernier, ayant reçu avant le sacre du prélat, 
de nouveaux pouvoirs, prit possession par procureur, du siège 
épiscopal de Limoges, le 45 mars 1628. Quelques jours plus tard, 
par ordre de Tévêque, Pierre Talois pria le chapitre de la cathé- 
drale, d'assister, par députés, ainsi que c'était l'usage, au synode 
d'après Pâques. 'Les chanoines répondirent: «qu'ils ne pouvaient 
reconnaître messire François de la Fayette pour évêque, que, 
préalablement, il n'eût prêté le serment accoutumé, à la prise de 
possession de l'évêché, ou par lui, en personne, ou par procureur, 
et payé les droits de cette prestation ». Pierre Talois leur représenta 
qu'il avait déjà proposé de prêter ce serment, d'acquitter ces droits, 
et de fournir une caution pour le paiement de la chapelle de soie, 
que l'évêque de Limoges a coutume d'offrir à la cathédrale, comme 
don de joyeux avènement, avec une avance de cent sols pour la 
fondation de son anniversaire. 

Le lendemain (28 avril 1628), le procureur de l'évêque remplit 
à la cathédrale tous ses engagements ^. Tant de condescendance 
de sa part aux désirs des chanoines ne désarma point cependant 
les préventions du chapitre, qui manifesta des sentiments peu fa- 
vorables à l'égard du nouvel évêque, le jour même de son arrivée 
dans sa ville épiscopale. 

François de la Fayette fit son entrée solennelle à Limoges, au 
milieu de l'accueil enthousiaste de la population, le20ou le 25 juin 
1628». 

Selon l'usage traditionnel, huit compagnies de bourgeois de la 
ville allèrent au-devant du prélat jusqu'au delà du Petit-Limoges, 
Qù les députés du chapitre et les consuls le haranguèrent. Moins 
courtois que ces derniers, les chanoines de la cathédrale ne traitè- 
rent l'évêque que de « Monsieur ». Ce manque de révérence lui 
déplut fort. 

A l'entrée en ville, où le cortège arriva en ordre militaire, 
l'évêque fut salué par une décharge de fauconneaux, et par une 
salve de toute la mousqueterie. Il passa par les rues, qui étaient 
toutes jonchées de fleurs et décorées d'étoffes, et descendit au palais 
épiscopal, où toutes les compagnies défilèrent de nouveau devant 
lui, pour le saluer. 

1. Voir aux Archives de la Haute-Vienne, 6, n. 231, la prestation de serment 
par procureur de notre prélat. 

2. Mss. n. 34, p. 1. 

12 



178 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Le lendemain matin, les corps ecclésiastiques et civils de Limo- 
ges, à Texception du chapitre calhédral, vinrent à Tévêché haran- 
guer le prélat, qui les reçut dans la grande salle. Après avoir 
répondu à tous obligeamment, et les avoir remerciés, Tévêque les 
reconduisit jusqu'où la civilité et le cérémonial le requérait. Les 
curés de la ville, à la tête de leur clergé, et les religieux de tous 
ordres, les confesseurs et députés de toutes les communautés de 
filles vinrent en dernier lieu faire leurs harangues ou présenter 
leurs compliments. Ils s'en allèrent tous très contents de Taccueil 
que le prélat leur avait fait ^. 

L'abstention du chapitre de la cathédrale, qui n'envoya même 
pas des députés saluer le nouvel évêque dans son palais, fut d'au- 
tant plus remarquée, qu'elle fit remettre à plus tard la cérémonie 
solenïielle de l'intronisation épiscopale, qui avait lieu habituelle- 
ment, le quatrième jour après l'arrivée du prélat 2. 

C'était, en apparence, une simple querelle de mots, qui avait mis 
aux prises l'évêque de Limoges et le chapitre de la cathédrale. 
L'emploi du titre de « Monsieur », de la part des chanoines, dans 
leur harangue de la veille, avait provoqué une plainte du prélat, et 
créé sur ce point un fâcheux malentendu. L'usage d'appeler les 
évêques ce Monseigneur », qui, sous Louis XIII, vint en France, de 
la Cour romaine, n'était pas encore accrédité partout. A cette 
époque (1638), la qualification n'était en vogue qu'auprès des peti- 
tes gens et du clergé subalterne. Les gros personnages se mon- 
traient plus avares de cette politesse à l'égard des prélats. Dans 
bon nombre de diocè.ses, les chanoines firent souvent quelques 
difficultés, pour donner le titre de « Monseigneur» à leur évêque 3. 
Le chapitre de la cathédrale de Limoges persista ainsi, durant 
deux mois, à refuser à François de la Fayette cet hommage. Devant 
son obstination, l'évêque finit par se relâcher de ses exigences, et 
accepta l'entremise de Rigaud de Lavaur, abbé de Grandmont et 
de plusieurs personnes de condition de la ville. Il accepta que les 
députés du chapitre, en lui rendant leurs devoirs pour leur com- 
pagnie, lui donnassent seulement la qualité de « Monsieur » *. 

Ce compromis ayant rétabli la paix, la cérémonie de l'installa- 
tion du prélat fut fixée au 25 avril suivant. On y invita, selon la 
coutume, les cinq compagnies de Pénitents, les quatre Ordres 
mendiants, les abbayes et les paroisses de Limoges. 

Au jour fixé, tous ces corps ecclésiastiques, étant assemblés à 
midi dans la cathédrale, allèrent en procession au palais épiscopal. 
Là, assis sur un fauteuil, à la porte du vestibule, et revêtu d'un 
camail et d'un rochet, l'évêque vit défiler par ordre toutes les 
compagnies, donnant à chacune sa bénédiction. Quand le chapitre 
fut près d'aborder, les aumôniers du prélat le revêtirent de ses 

1. Mss. 34, p. 1, et Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 323. Mémoire de Gilles-le- 
Duc. 

2. Mss. 34, p. 1. 

3. Abbé Sicard, Lancie7i clergé^ t. I, p. 50. 

4. Mss., ibid. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 179 

habits pontificaux. Le doyen et le chantre de la cathédrale, accom- 
pagnés de deux chapiers, s'arrêtèrent devant la porte du palais. 
Le doyen ayant présenté la croix à baiser au prélat, il lui fit, en 
latin, quelques petits compliments. Puis, lui ayant mis la mitre en 
tête, quatre consuls, dont le lieutenant général, portèrent, jusques 
hors la cour du palais, le dais ou pavillon sous lequel s'avança le 
prélat. Quatre sergents ou officiers de ville, prenant ensuite les 
bâtons, les consuls tinrent à la main, par cérémonie, les quatre 
cordons du dais, jusqu'à l'entrée de la cathédrale ^. 

Les portes de l'église étant closes, les députés du chapitre firent 
observer au prélat, que, suivant l'usage, tous les nouveaux évê- 
ques de Limoges, prêtaient le serment au doyen de Saint-Etienne; 
qu'ils étaient prêts à le recevoir à cette condition. 

François de la Fayette jura alors, sur les saints Evangiles, «qu'il 
garderait inviolablement les exemptions, statuts, immunités et 
privilèges donnés à l'Eglise de Limoges, à son cloître, au doyen, 
au chapitre, à chaque chanoine, par les papes, et publiés par les 
délégués du Saint-Siège. Il jura de ne point terminer les grandes 
causes et affaires difficiles, que du conseil du chapitre, et de .la 
plus grande et saine partie de ce corps, regardant ses frères, 
comme ses coadjuteurs dans l'exécution de sa charge, ni de faire 
des ordonnances, ou autres nouveautés, sans son consentement, 
ni de tenir ailleurs ses synodes, que dans l'église de Limoges, ni 
d'ordonner ailleurs des processions solennelles que dans sa cathé- 
drale ; etc.. » 

Les chanoines de la cathédrale, ayant reçu ce serment, le doyen, 
en signe de reconnaissance de son légitime pouvoir, mit au prélat 
la mître en tête et la crosse en main. A ce moment la porte de 
l'église fut ouverte, et toutes les cloches sonnèrent. Au chant du ' 
répons Smt lumhi,,., l'évêque fut conduit sous le dais, que por- 
tèrent de nouveau les consuls, jusqu'à l'entrée du chœur. Puis le 
doyen et quatre autres chanoines intronisèrent le prélat dans la 
chaire pontificale 2. 

Dans le but de reconnaître le nouvel évêque et de lui offrir leurs 
hommages, les dignitaires, chanoines, vicaires, et autres ecclésias- 
tiques et officiers de l'église cathédrale, allèrent ensuite lui baiser 
la main, pendant que l'on chantait en musique le Te Deum. 

Après avoir donné au peuple la bénédiction, le prélat, accom- 
pagné par deux chanoines, se présenta au chapitre, et requit d'être 
installé en la possession de sa prébende canoniale. Le doyen le 
reçut alors pour frère et chanoine en lui donnant un surplis et une 
aumusse. Puis, il fit entendre qu'il assisterait aux grand'messes 

1. Nous interrompons ici le récit de Gilles-le-Duc. L*official décrit ensuite le 
défilé de la procession, à travers les rues de la ville, « totalement tapissées », 
ornées de plusieurs arcs de triomphe et remplies d'une telle multitude de 
peuple, « que les pavés étaient changés en hommes et les murailles en femmes 
(sic), tant il y en avait aux fenestres, qui estoient dans leurs plus beaux habits ». 
Nous ignorons, si cette procession était déjà en usage en 1628. Bulletin de Li- 
moges, t. XLVI, p. 323. 

2. Mss. 33, p. 588. 



180 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

du chapitre, habillé en chanoine, dans le chœur de l'église. A 
cet effet, il requit les chanoines, de lui donner la première stalle, 
du côté droit du chœur. Le chapitre répondit que cette place 
appartenait au doyen ; que, néanmoins, on lui concéderait la chaire 
décanale, quand il n'officierait pas, dans l'espérance de l'honneur 
que l'Eglise pourrait en recevoir. 

A son retour au chœur, le prélat baisa l'autel et toucha V Aigle, 
pour prendre possession de son canonicat. Après la cérémonie, le 
doyen et les chanoines ramenèrent l'évêque au chapitre, et le reçu- 
rent au baiser de paix. Un notaire apostolique, qui avait dressé le 
procès-verbal des actes de la journée, le lut au prélat, qui le signa. 
Chacun se retira ensuite, et François de la Fayette fut reconduit 
dans son palais épiscopal, dont il prit pareillement possession *. 

IL Fidélité du prélat à la résidence. Ses principaux 
collaborateurs. 

La première condition pour bien gouverner un diocèse'est d'y 
être ; or, beaucoup de prélats manquaient encore, au dix-septième 
siècle, au devoir de la résidence. L'attrait de la cour et de Paris 
était si grand, qu'on se laissait aller à y prolonger son séjour. 
Pour quelques prélats d'ailleurs, le diocèse était un lieu d'exil et 
d'ennui 2. 

Il n'en fut pas ainsi de notre prélat. Au cours de son épiscopat 
d'un demi-siècle, François de la Fayette donna l'exemple d'une 
résidence à peu près continue. Il fit un premier voyage à Paris, en 
février 1631, pour y représenter la province de Bourges, à la petite 
Assemblée de comptes du clergé de France. Il y retourna, pour le 
même motif, en 1632 et en 1634. On sait déjà, qu'il prit une grande 
part, les deux années suivantes, aux délibérations de l'Assemblée 
générale : « Aussitôt que cette assemblée fut clôturée, on vit l'é- 
vêque de Limoges- rentrer dans sa ville épiscopale. Limoges était 
son séjour le plus délicieux, parce qu'il y était toujours à sa place... 
La résidence dans son diocèse était l'un des devoirs de sa charge 
qu'il aimait à remplir avec exactitude. Il ne s'en absentait, que 
lorsque les besoins généraux de l'Eglise gallicane réclamaient son 
secours. Alors il y volait, il s'y distinguait par ses talents, par sa 
science et ses vertus, et puis il se rendait à ses ouailles, comme un 
père à ses enfants. i> 

Au retour d'une nouvelle absence qui se prolongea à Paris, de 
Pâques 1643 à Pâques 1645, le prélat expliqua à son clergé, dans le 
synode du 27 avril de cette dernière année : « Qu'il avait été con- 
traint, par des affaires importantes et une longue maladie 3, d'in- 
terrompre, pendant deux ans, la résidence dans son diocèse. Il 
témoigna, en même temps, sa consolation et sa joie de se retrouver, 

1. Bulletin de Limoges, t. XLVI, ibUl. et Mss. 33, ibid. 

2. Abbé Sicard, L'ancien clergé, t. I, p. 259. 

3. Le chapitre de Limoges ordonna et fit des prières pour la santé de' l'évê- 
que, qui se trouvait, en 1644, dans un état inquiétant. Mss. 34, p. 15. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 181 

dans l'exercice d^une des principales fonctions de son ministère i. » 
Dés le début de son épiscopat, François de la Fayette eut comme 
principe d'administration, de ne s'en rapporter à autrui pour les 
affaires de son diocèse, que lorsque son absence ou ses infirmités 
l'empêchaient de les traiter lui-même directement. 

Le prélat jugea à propos de continuer le mode d'administration 
inauguré par son prédécesseur, qui était alors d'un usage commun 
en Italie. Il conféra à son principal collaborateur les pouvoirs de 
juridiction volontaire et contentieuse sur tout son diocèse, et honora 
ainsi la même personne, des titres d'official général et de grand- 
vicaire de Limoges, en sorte que l'official était vicaire général, et 
réciproqueftient 2. 

i» Les vicaires généraux de François de la Fayette. 

Le premier grand vicaire de notre prélat fut l'administrateur 
intelligent et dévoué, que lui avait légué son prédécesseur. Pierre 
Talois initia le nouvel évêque à la connaissance de l'état de son 
diocèse; il l'accompagna dans ses premières visjtes pastorales et 
contribua à la rédaction des règlements paroissiaux et à la révision 
des statuts synodaux, en 1629. Doué d'un grand zèle et d'un pro- 
fond savoir théologique, il aimait à se livrer au ministère de la pré- 
dication. 

Parmi les couvents, dont il avait favorisé l'établissement, le Car- 
mel de Limoges avait ses préférences. Aussi demanda-t-il à être 
enterré dans l'église des Carmélites. Pierre Talois mourut à Li- 
moges, le 1^^ septembre 1632. a C'était, dit le P. Bonaventure, un 
homme de grande érudition et de vie fort exemplaire. » « La 
perte de cet ami, qui avait gagné toute sa confiance, causa à notre 
prélat un profond chagrin 3. » 

Le choix qu'il fit de Jean Bandel, pour le remplacer dans sa 
double charge, fut des plus heureux. Ce dernier naquit d'une 
famille de paysans, à Saint-Sylvestre, près de la célèbre abbaye de 
Grandmont. Dès sa plus tendre jeunesse, il éprouva beaucoup de 
goût et montra les plus heureuses dispositions pour les sciences. 
Après avoir embrassé l'état ecclésiastique, Bandel alla étudier dans 
l'Université de Paris. Il passa le 11 février 1620 *, dans la maison 
de Sorbonne sa licence en théologie, avec la plus grande distinc- 
tion, Il reçut, quelque temps après, le bonnet de docteur, aux 
applaudissements de tous les savants théologiens de l'Université. 

Au printemps de 1623, il revint à Limoges, précédé d'une gran- 
de réputation de science et de vertu. Ses talents le firent admirer; 
l'aménité de son caractère, la douceur de ses mœurs et la bonté 
de son âme le firent chérir de tout le monde. Son oncle, Léonard 

1. Mss. 34, p. 6 à 16. I^ dernière absence notable du prélat corresponijlit à la 
session de deux ans de l'Assemblée du clergé de I(v>5-1657. 

2. Mss. 34, p. 2. 

3. Ibid., p. 7. Statuts paroissiaux, et Bonaventure Saint-Amable, Histoire de 
Haint-Mai'tial, t. III, p. 840. 

4. B. N. Mss. fonds latin, 5657, etc., p. 67. 



482 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Bandel, chanoine de l'église cathédrale, et curé de Saint-Jean en 
Saint-Etienne (1609-1621), lui avait résigné sa prébende, en 1621. 
Elevé par notre prélat, à la dignité d'official général et de grand 
vicaire, Jean Bandel s'appliqua, soit à faire revivre la pureté des 
mœurs par la solidité de ses prédications, soit à éteindre les dis- 
cordes et à ramener la paix dans les familles, par la sagesse de 
ses conseils *. 

Le 23 février 1635, Tévêque de Limoges le chargea de dresser un 
procès-verbal juridique de plusieurs guérisons miraculeuses, dont 
le bruit s'était répandu dans la ville, et que l'on attribuait à l'in- 
tercession du vénérable Bardon de Brun. L'official investi de cette 
mission avait été l'un des témoins de la vie « exemplaire et admi- 
rable » du saint prêtre de Limoges. Le peuple, se rappelant avec 
complaisance le souvenir toujours vivant de ses grandes vertus, 
avait dans son pouvoir auprès de Dieu une profonde confiance. Le 
diocèse de Limoges, prêtres et fidèles, furent heureux de voir notre 
prélat prendre l'initiative de l'instruction d'un procès canonique, 
qui devait servir à constater la sainteté du serviteur de Dieu. 

A l'occasion des ostensions septennales de 1638, Jean Bandel, qui 
avait acquis, sur le passé religieux et profane de sa province, une 
érudition remarquable et unique de son temps, publia à Limoges, 
chez Barbou, un petit livre de propagande fort estimé jusqu'à nos 
jours. Il est intitulé : De la dévotion des anciens chrétiens à saint 
Martialy apôtre de Guienne, premier évêque de Limoges 2. Ce 
savant et vertueux ecclésiastique mourut à Limoges, universelle- 
ment regretté, en 1639. Son corps fut, selon ses dernières volontés, 
transporté dans le cimetière de Saint-Sylvestre, sa paroisse, pour y 
reposer auprès de ses ancêtres. 

Pour remplacer Jean Bandel, il fallait un homme d'un mérite 
égal, et qui ne cédât en rien à celui qui venait de mourir. François 
de la Fayette crut l'avoir trouvé dans la personne d'Antoine Saige, 
ou Sage, originaire de Tulle. Ce nouveau grand-vicaire, était un 
ecclésiastique fort distingué, qui remplissait, en 1639, les fonctions 
de conseiller-clerc au Présidial de Brive 3. » A ce titre il s^était fait 
connaître de l'évêque et de rofficialité de Limoges, qui avaient eu 
avec lui des rapports plus ou moins fréquents, par l'envoi de ce 
qu'on appelait alors des « lettres de vicariat ». Par ces lettres, l'or- 
dinaire du diocèse commettait, ou employait le conseiller-clerc du 
Présidial, pour tenir lieu d'official, lorsqu'un de ses clercs se trou- 
vait accusé dans un procès criminel, devant les tribunaux civils *. 
En qualité de conseiller-clerc, Antoine Sage ne pouvait tenir des 
bénéfices à charge d'âmes, aussi était-il régulièrement abbé com- 

1. Du Boys-Arbellot, Biographies limousines. Limoges, 1854, p. 44. 

2. Si la mort n'eut prévenu Jean Bandel, il voulait, nous apprend Tabbé 
Vitrac, composer l'histoire sainte et profane de notre province. Il laissa des 
Mémoires manuscrits sur l'histoire du Limousin, dont s'est servi avantageuse- 
ment le P. Bonaventure. » Cf. du Boys-Arbellot, Biographies Unions.^ ibid. 

3 Mss. 34, fol. 9. il. 

4. Durand de Maillane, Dictinmiaire, v» vicariat. 



FRANÇOIS DÉ LA FAYETTE 183 

mendataire deBeuil, et prieur de Sainte-Catherine de Bonnefont, 
puis de Nespouls, trois bénéfices simples, situés dans le diocèse 
de Limoges. 

Notre prélat se déchargea sur Antoine Saige, pendant |)lus de 
vingt ans (1639-1659), d'une partie du fardeau de Tépiscopat. Dès 
1640, Tofficiai général continuait, avec zèle et fermeté, la lutte de 
son prédécesseur, pour obliger les bénéficiers qui avaient charge 
d'âmes, à garder la résidence ; au nom de Tévèque, il enjoignait aux 
curés et vicaires, de garder exactement les règlements, concernant 
la publication des bans de mariage et les dispenses de consan- 
guinité ou d'affinité. Par ordre de l'évoque encore, il interdit aux 
officiaux de Brive, de Guéret et de Chénerailles toute ingérence 
dans la fulmination des brefs, et tout octroi de dispense des bans ; 
autant de droits qui furent exclusivement réservés à l'avenir à 
l'official général de Limoges. 

Dans la lutte très vive, qui fut soutenue, les années suivantes, 
particulièrement dans les synodes diocésains, pour le rétablisse- 
ment de la discipline ecclésiastique, l'évêque communiqua si bien 
à Antoine Saige, son zèle et son amour pour le bon ordre et la 
subordination, qu'on voyait celui-ci le seconder parfaitement dans 
tous ses desseins, entrer dans toutes ses vues, et procurer, comme 
le prélat, l'honneur et la gloire de Dieu, autant qu'il était en son 
pouvoir. 

L'ordonnance qu'Antoine Saige rendit, le 29 mai 1643, pour per- 
mettre aux compagnies des Pénitents de la ville de Limoges d'assis- 
ter à la procession générale de l'octave de la Fête-Dieu, en est une 
preuve. L'évêque était alors à Paris ; l'official, touché des repré- 
sentations qui lui furent faites par Pierre du Boys, prieur des 
Pénitents noirs, homme zélé, pieux et exemplaire, autorisa les 
confrères à paraître à la procession, tous vêtus de leurs sacs, nu- 
pieds, portant des torches, chaque compagnie sous sa croix et 
bannière. Cette innovation occasionna un conflit, entre la magis- 
trature et l'autorité ecclésiastique. Le Présidial de Limoges, en 
ayant eu connaissance, fit, le 6 juin 164.'î, opposition à l'ordon- 
nance du grand-vicaire, et sur la réquisition du procureur du roi, 
il fit défense aux pénitents de rien innoverau préjudice des usages 
anciens. Le 10 du même mois, la cour, statuant sur les protes- 
tations des prieurs des Pénitents, leva la défense, mais à la charge 
par eux de se pourvoir devant le conseil dn roi. 

Antoine Saige informa révêque, de ce qui se passait à Limoges, 
à l'occasion de ces jugements, et le prélat, toujours actif, dès qu'il 
s'agissait du maintien de son autorité, porta plainte devant le 
Conseil privé, et obtint, sous la date du 7 août 164.% un jugement 
favorable à sa requête. La sentence annulait les décisions du Prési- 
dial, comme abusives et attentatoires à l'autorité ecclésiastique : 
« Ordonne, dit l'arrêt, que les permissions de l'official du 29 mai 
1(343, seront exécutées : les pénitents continueront d'assister aux* 
processions de l'octave de la fête du Saint-Sacrement, et très 
expresses défenses sont faites au Présidial et à tous autres, de 



184 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

troubler le sieur évéque de Limoges, ses officiaux, grands vicaires 
et autres officiers, au pouvoir qu'il a de droit de régler et d'ordon- 
ner les processions et autres bonnes œuvres qui se font dans son 
diocèse, et d'en prendre connaissance à l'avenir, à peine de nul- 
lité... » Ainsi finit le conflit, et depuis, l'exercice du pouvoir de 
l'official dans ce domaine, ne fut plus troublé ^. 

Antoine Saige n'eut pas moins de zèle à soutenir son évêque, 
dans l'application des mesures les plus importantes peut-être de 
son épiscopat, qui remplirent la période féconde de son retour de 
Paris (1645). N'ayant jamais appartenu à aucune Icommunauté 
séculière ou régulière, l'ardent officiai fut plus libre de combattre, 
à cette même époque, les prétentions excessives des chanoines et 
celles de certains religieux du diocèse, et de résister énergiquement 
à leurs entreprises incessantes contre les droits de l'évêque. On le 
vit, en même temps, quand notre prélat favorisait de préférence 
les institutions, qui poursuivaient un but d'enseignement ou de 
charité, présider lui-même, en son nom, aux fondations de plu- 
sieurs couvents des Filles de Notre-Dame, de la Visitation et de la 
Providence. Antoine Saige eut encore le mérite d'encourager, avant 
sa mort, le grand bienfaiteur de Limoges, Martial de Malden, dans 
les débuts pénibles de ses œuvres charitables 2. 

Pierre Maillard, qui remplit ensuite (de 4659 à 1676), les fonc- 
tions de grand-vicaire et d'official général de Limoges, était con- 
seiller et aumônier du roi, docteur en théologie, et vicaire géné- 
ral de Tulle, quand François de la Fayette l'attacha d'abord à sa 
personne, en qualité d'aumônier. Le prélat en fît bientôt un si 
grand cas, qu'il le pourvut, en 1659, de la double charge d'Antoine 
Saige, et plus tard, de l'archidiaconé de Malemort, quand cette 
dignité de sa cathédrale devint vacante, le 20 septembre 1661, par 
le décès de Gabriel de Noailles, dernier titulaire de ce bénéfice ^. 

Pierre Maillard était un ecclésiastique capable et riche, mais 
intéressé, qui sut se rendre maître, pendant quelques années, de 
l'esprit et de la confiance de l'évêque. En lui prêtant de l'argent 
pour faire face à ses grandes dépenses, ce grand vicaire parvint 
à décider de toutes les afi'aires, et à disposer de presque tous les 
bénéfices du diocèse de Limoges *. Abusant de cette situation, il 
se fit adjuger des pensions sur les prébendes et les cures qui 
étaient à la collation de l'évêque, sans que personne osât l'en blâ- 
mer. Cependant l'heureuse intervention du premier supérieur du 
séminaire, fit cesser ce désordre ^, 

I.Mss. 34, fol. 13, 15. 

•2. Voir plus loin les références, dans le détail de chacun de ces actes. 

3. Archives historiques, t. II, p. 82. Labiche, Vie des ISainls, t. II, p. 434. Liste 
des compagnons du Saint-Sacrement de Limoges (1650). Legros, Mélanges im- 
primés, Ducourtieux, l. II. 

i. J. Grandet, Les saints prêtres, 2» série, p. 413. 

5. Notes manuscrites de M. Gaignet (d'après les mémoires de Pierre Mercier), 
;Bur les origines du séminaire de Limoges. Ce désordre ne fut peut-être qu'atté- 
nué, car l'annaliste limousin nous rapporte que Louis d'Urfé, dès son ariivée à 
Limoges, en 1677, destitua l'official de son prédécesseur, et en nomma un 
nouveau, Pierre Mercier. Mss. n 11, t. I, p. 618. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 185 

Le rôle de Pierre Maillard nous semble avoir été des jrfus mo- 
destes. Il présida, le 1*^ novembre 1659, àSaint-Gérald, ïa cérémo- 
nie des vœux de religion des premières Sœurs Hospitalières de 
Saint-Alexis. Deux ans plus tard, en septembre 1661, il s'occupait 
de l'installation des Clairettes, dans leur couvent du faubourg des 
Arènes, et allait, de la part de Tévêque, prier l'humble fondatrice, 
qui voulait rester sœur converse, de consentir, pour le bien de la 
nouvelle communauté, à recevoir le voile noir et à prendre rang 
parmi les professes. Le 7 avril 1673, l'official de Limoges assistait 
à la sainte mort de la mère du Calvaire *. A cette même époque 
(de 1668 à 1675), Pierre Maillard accompagna l'évêque, à plusieurs 
reprises, au couvent des Ursulines de Limoges : il fit même, dit la 
chronique, de très beaux sermons dans ces occasions diverses, soit 
pour la bénédiction d'une châsse de Saint Elisée, et à la pose de 
la première pierre du nouveau couvent, soit encore pour la fête 
de Sainte Ursule, et pour la bénédiction de la nouvelle chapelle 2. 

Sous la pâle administration de Pierre Maillard, furent néanmoins 
accomplies, les œuvres les plus belles et les plus durables de l'épis- 
copat de François de la Fayette, grâce à l'activité de deux saints 
prêtres, ses amis, Pierre Mercier et Martial de Maledent. Il est juste 
de les présenter ici, à la suite des vicaires généraux, parce qu'ils 
furent des collaborateurs hors ligne de notre prélat. 

2° Les hommes d' œuvres de B^rançois de la Fayette, 

Pierre Mercier, né en 1617, d'une des plus anciennes familles de 
Limoges ^, avait fait, avec succès, ses études classiques au collège 
des Jésuites. Après avoir reçu la prêtrise, et pris ses grades de 
licencié et de docteur en théologie, il fut nommé curé de Saint- 
Priest-sous-Aixe (à trois lieues et demie de Limoges). Bien que ce 
bénéfice fût fort commode et d'un bon revenu, il quitta de bonne 
heure cette cure,pour se dévouer, à Limoges, au service des pauvres. 

I) entra à l'hôpital Saint-Gérald, en qualité d'aumônier perpétuel, 
vers 1642, n'étant âgé que de vingt-cinq ans. Là, il passa quinze 
années, servant gratuitement les malades, et vivant dans un très 
pauvre logement, mal meublé, et dans une très grande austérité de 
vie *. Là, Tune de ses sœurs, Hélène Mercier, était venue s'installer, 
quatre ans avant lui (1638), et se consacrer au même service. Là 
aussi, il vit transporter, un peu plus tard (1648), une fille paraly- 
tique de qualité et d'une éminente vertu, Marie de Petiot, qui puisa, 
dans la grandeur de sa foi l'assurance de pouvoir veiller bientôt, 

1. Laforest, Limoges, p. 426, 542, 557. 

2. Ms8. n. 13. t. III, 297. 

3. Les Mercier, bourgeois et marchands de Limoges, figurent sur les listes 
consulaires de 1514, 15-16, 1556. C'était Tune des familles des plus honorables 
de cette ville. Laforest, Limoges, p 416. 

4. Les bâtiments de l'hospice Saint-Gérald étaient alors fort serrés, et très 
incommodes. Pierre Mercier logea plusieurs années, dans une chambre étroite 
et placée dans un escalier qui partageait les salles des hommes d'avec celles 
des femmes. Il respirait là le mauvais air des malades. Grandet, Les saints 
prêtres^ t. I, p. 213. 



186 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

à la tête des gouvernantes de la maison, aux besoins temporels des 
pauvres. Là encore, il eut le bonheur de persuader Martial de Male- 
dent, le futur « Vincent de Paul » de Limoges, de se donner à leur 
exemple au service des pauvres. 

Martial naquit à Limoges, en 1616, de Mathieu de Maledent, sei- 
gneur de Meilhac et de Savignac, trésorier général, et de Péronne 
Benoist *. Après avoir fait, avec Pierre de Meilhac, son frère aîné 
ses humanités au collège des Jésuites de la Flèche, et son droit 
dans rUniversité de Bourges, il revint à Limoges vers 1642. 

Il mena, dès lors, dans cette ville une vie régulière, mais agréa- 
ble ; il fréquenta le monde, et fit de fréquents séjours à Bordeaux, 
où Pierre'de Meilhac, conseiller au Parlement et, allié par sa femme 
à la famille de Montaigne, occupait une position considérable 2. 
« M. de Savignac, dit son ami Pierre Mercier, était (en 1645) un 
homme de trente ans, fort bien fait, très bien vu de toutes les 
meilleures compagnies. Il était toujours bien mis, son laquais était 
fort propre ; il était d'une humeur toujours enjouée et complai- 
sante. Il entendait toute sorte de jeux, et était si beau joueur, qu'il 
ne se fâchait jamais, quand il perdait. Il dansait du mieux, mais 
il était incertain du parti qu'il prendrait, ne voulant pas être du 
monde même ecclésiastique, à moins d'avoir quelque abbaye ou 
une autre dignité de l'Église 3. » 

La perte imprévue et soudaine d'une sœur tendrement aimée, 
amena tout à coup un grand changement dans la conduite du gen- 
tilhomme. Ce fut presque entre les bras de Martial que mourut, le 
6 décembre 1647, sa sœur, Thérèse de Maledent, qui avait épousé le 
sieur deMorel, baron de Fromental, président au Présidial de Li- 
moges. L'émotion profonde qu'en ressentit le jeune homme, le 
poussa à chercher aussitôt un peu de recueillement, dahs la maison 
de campagne des Pères Jésuites. Il sortit tout transformé de cette 
retraite, qu'il fit sous la direction du P. Nicolas du Sault, recteur 
du collège de Limoges. 

Ayant alors résolu le problème de sa destinée, Martial de Male- 
dent déposa les habits séculiers, pour prendre ceux de l'ecclésias- 
tique le plus réformé. Docile aux conseils de son directeur, qui 
voulait entretenir et accroître ses heureuses dispositions, il s'adon- 
na sans retard aux bonnes œuvres, et notamment à la visite des 
pauvres dans les hôpitaux. Le P. du Sault l'ayant engagé à voir, 
par la même occasion, la pieuse jeune fille de condition qui venait 
de donner, à la ville de Limoges, le grand exemple de son héroïque 
dévouement, Martial se transporta aussitôt à l'hôpital Saint-Gérald, 

1. Les Maledent, qui tirent leur origine de la Grande-Bretagne, étaient venus 
en Limousin, à l'époque de la domination anglaise. Mêlés, depuis le quatorzième 
siècle, à la bourgeoisie de Limoges, ils servirent leur pays d'adoption, dans le 
barreau, la magistrature et les finances de cette ville. Martial Benoist, chef de 
la Ligue à Limoges, était le grand-père et le parrain de Martial de Maledent. 
Laforest, Limoges, p. 412. 

2. Pierre de Meilhac était encore neveu, par alliance, de M. de Beniet, premier 
président au Parlement de Bordeaux. Labiche, Vies des saints, t. Il, p. 420. 

3. Mémoires manuscnts sur la Mère du Calvaire, p. 10. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 187 

pour rendre visite à Marie de Petiot, qu'il ne connaissait pas en- 
core, quoiqu'elle fût sa parente. 

L'aumônier de Thospice, Pierre Mercier, qui l'avait reçu dans 
cette maison, crut devoir aller, quelques jours après, remercier 
« M. de Savignac » de la visite qu'il avait faite à ses pauvres ma- 
lades, et à leur sainte gouvernante. Mercier raconte lui-même, dans 
ses Mémoires, qu'il le trouva dans les meilleurs sentiments, et dans 
une ferveur admirable, qui ne se démentit plus dans la suite. Il 
ne parlait que de Dieu, et du désir qu'il avait de le servir dans les 
pauvres, ses enfants chéris, et de se donner à eux sans réserve. 
Cette visite fut bientôt suivie de plusieurs autres, que ces deux 
ecclésiastiques se rendirent réciproquement ; et ainsi s'établit entre 
eux une pieuse et inaltérable union. 

Pendant les mois qui suivirent sa première visite à Marie de 
Petiot, sa cousine, Martial de Maledent se prépara, sous la direc- 
tion du P. du Sault, à la réception des saints ordres. L'ordinand 
s'étant présenté aux examinateurs de l'évêché, et ayant justifié 
devant eux des connaissances théologiques nécessaires, franchit 
d'un pas rapide les degrés ecclésiastiques. Il fut promu au sacer- 
doce en 1649, à l'âge de trente-trois ans. 

Etant devenu prêtre ^, Martial, dont l'attrait particulier pour les 
pauvres avait augmenté, forma le projet, pour les assister plus ai- 
sément, de mener désormais au milieu d'eux, une vie cachée, et, 
dans ce but, de se retirer auprès de son ami, Pierre Mercier. Mais, 
se défiant de ses lumières, nous dit Labiche, Martial fit part de son 
dessein à son directeur, le P. du Sault, et aussi à son évêque, Fran- 
çois de la Fayette, sans l'agrément duquel, il n'entreprenait jamais 
rien de considérable. Le Père et le prélat, non seulement lui donnè- 
rent leur approbation, mais encore le louèrent beaucoup, et ache- 
vèrent de l'y confirmer. De plus, le père de Martial, consulté, man- 
dait à son fils, de Bordeaux où il se trouvait, qu'il agréait sa retraite 
à l'hô pital, etM. de Bernet, premier président du Parlement de 
cette ville, écrivit au nouveau prêtre une lettre de félicitation. 

Mais comme la chambre de Pierre Mercier était trop étroite pour 
y loger deux personnes ensemble, Martial de Maledent pria le cha- 
noine Dubois de lui prêter la maison de son prieuré de Saint-Gé- 
rald, qui était proche de l'hôpital. Il s'y retira, et vécut en commu- 
nauté avec plusieurs ecclésiastiques, qui vinrent demeurer avec lui 
pour aller ensemble, tous les jours, visiter et instruire les pauvres. 
Quelques années après, pour n'être à chargea personne, Martial fit 
bâtir une petite maison, auprès de l'hôpital, où il mena les ecclé- 
siastiques qui vivaient avec lui. 

Sur ces entrefaites, après la mort de son frère, le conseiller 
(13 marsl651), et de son beau-frère, le président (mai 1652), Martial 

1. Six ans plus tard, Martial de Maledent alla compléter sa formation sacer- 
dotale au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Il y fut admis le 20 février 1655. 
Sa sortie du séminaire n'est point mentionnée sur les registres. Il y vit entrer , 
la même année, Julien de Tanoarn, futur supérieur du séminaire de Limoges, 
et Tannée suivante, Louis Tronson et Raymond Gaye. Registres des entrées. 



188 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

accepta momentanément le titre de chanoine de la cathédrale de 
Limoges *. Son vieux père étant mort saintement, en février 1657, et 
sa belle-sœur, Mme de Meilhac, ayant convolé à de secondes noces, 
le vertueux prêtre se vit obligé de prendre soin de l'éducation de 
ses trois nièces, qu'il mit en pension au couvent des Filles de Sainte- 
Claire, auprès d'une de leurs tantes, sa propre sœur. Il allait les 
voir souvent, pour s'informer de leur conduite, et surtout de leurs 
progrès dans la piété. Il prodiguait particulièrement ses soins à 
l'aînée de ses nièces, Anne-Marie de Meilhac, à cause des dons 
surnaturels qui commençaient à se manifester dans cette âme ten- 
dre. Le 12 août 1659, Anne-Marie donnait un exemple, que devaient 
suivre ses deux sœurs. Elle prit l'habit de Sainte-Claire, et fut dès 
lors la confidente habituelle de son oncle, qui n'entreprit aucune 
bonne œuvre, sans l'avoir consultée. Par suite de la vocation pro- 
videntielle de ses nièces, Martial de Maledent devint l'unique héri- 
tier des biens considérables de toute sa famille. Il fut mis ainsi, en 
état de pouvoir être, tout à la fois, un fondateur incomparable d'ins- 
titutions religieuses de tout genre, et le plus grand bienfaiteur des 
pauvres de Limoges. 

Dans le même temps, Pierre Mercier fut le coadjuteur et le pro- 
moteur de toutes les bonnes œuvres de Martial, qui s'était mis sous 
sa direction, et suivait en tout ses conseils. Ils s'entr'aidaient mu- 
tuellement, l'un de ses avis, et l'autre, de ses grands biens, de 
sorte qu'on peut dire, que Martial de Maledent n'aurait rien fait 
sans Pierre Mercier, et que Pierre Mercier n'aurait rien entrepris 
ni exécuté sans Martial. Car ce fut Mercier, leur directeur spirituel, 
qui porta les nièces de son ami à entrer en religion, qui engagea leur 
oncle à travailler au rétablissement de l'hôpital, et à la construction 
du séminaire de la Mission et des Ordinands, sans qu'il aiteu pour- 
tant l'initiative du dernier dessein, qu'il ne fit qu'approuver et en- 
courager. Mercier eut aussi beaucoup de part à rétablissement du 
petit couvent de Sainte-Claire et des Filles de Saint-Alexis. Il fut jus- 
qu'à so mort leur confesseur et celui des religieuses de la Visitation. 

François de la Fayette le prit aussi pour son directeur. Ce saint 
prêtre inspira à notre prélat, quantité de bonnes œuvres. L'évêque 
de Limoges, qu'il assista àses derniers moments, l'avait désigné, en 
1670, comme l'un de ses exécuteurs testamentaires 2. H nous suffira 
maintenant, pour compléter la liste des principaux collaborateurs 
du grand évêque de Limoges, d'indiquer ici, en attendant que nous 
ayons à montrer leur œuvre spéciale, le rôle non moins dominant, 
quoique plus spécial, de deux autres saints prêtres, nouveaux venus 
dans le diocèse : le premier supérieur du séminaire des Ordinands, 
Jean Bourdon, et le missionnaire de l'Oratoire, Jean Le Jeune. 

1. M. de Savignac résigna bientôt sa prébende. Le saint prêtre ne paraît pas 
s'être livré, du moins assiduement, au ministère de la chaire et du confession- 
nal, soit à cause de sa santé, qui fut toujours faible, soit à cause de sa modestie 
et de sa timidité naturelles. Labiche, Vie des Saints, t. II, p. 419. 

2. Grandet, Les saints prêtres français. Paris, 1897, t. I, p. 212, 224. Labiche 
de Reignefort, Vie des Saints du Limousin^ t. Il, p. *00 et suiv. Laforest, Ltmo- 
ges, p. 404, 447« 



CHAPITRE VI 

RAPPORTS DE FRANÇOIS DE LA FAYETTE AVEC SON PEUPLE 

Quoique suffisamment secondé dans Tadministration de son 
diocèse, notre prélat, qui voulait remplir toute sa mission, ne se 
reposa pas complètement sur ses collaborateurs. Un vaste champ 
restait ouvert à son activité personnelle. Le concile de Trente 
rappelle à l'évêque, après saint Paul, qu'il a été établi pour gou- 
verner l'Eglise de Dieu. Il doit veiller sur le culte, sur l'adminis- 
tration des sacrements, sur le recrutement, l'éducation et la con- 
duite de son clergé, sur les religieux et les religieuses ; il doit 
assurer l'instruction de son peuple, défendre la foi, soutenir les 
écoles et les collèges, protéger les mœurs publiques, et soulager 
les pauvres par la pratique de la charité ^. Examinons en détail, 
comment notre prélat a rempli chacun de ces devoirs. 

I. Les visites pastorales et les visiteurs diocésains. 

Les visites des paroisses de son diocèse furent la première, et la 
principale occupation de l'évoque de Limoges, au début de son 
épiscopat. Peu de temps après la tenue de son premier synode 
de l'automne (1628), François de la Fayette se transporta dans 
les deux églises les plus importantes de Limoges, Saint-Pierre-du- 
Queyroix et Saint-Michel-des-Lions. L'enquête canonique à laquelle 
il se livra fut des plus approfondies. Il lui apparut que « le divin 
service et les mœurs des personnes ecclésiastiques de ces paroisses 
avaient un besoin extrême de réforme ». 

Après sa visite, le prélat convoqua et assembla plusieurs fois, 
dans son palais, d'une part les curés, vicaires, et prêtres commu- 
nalistes *, de l'autre côté l'élite de la population de ces paroisses, 
représentée par les fabriciens et les marguilliers ; ij écouta et 
reçut leurs plaintes et leurs avis de tout genre, discuta avec eux, 
pendant plusieurs séances, leurs dépositions et dressa ensuite, en 
l'appuyant « sur les mêmes ordonnances que, leurs pères leur 
avaient laissées par tradition etparescrit », un ensemble précis de 
statuts paroissiaux qui avaient pour but, de remédier aux grands 
maux, à l'état môme a de désolation » qu'il venait de constater. 

L'évêque de Limoges publia ces règlements le 7 février 1629, et, 
en vue de réduire toutes les paroisses de son diocèse à l'unifor- 
mité, il enjoignit, par cet acte, « à toutes personnes, tant du clergé 
que du peuple, de les observer et garder de poinct en poinct, 

i. Abbé Sicard. L'Ancien Clergé, i, 305. 

2. Citons ici les noms de Balthazar de Douhet, chantre de Saint-Martial, curé 
de Saint-Pierre, Pierre de Razés, vicaire, Simon Foumier, prêtre communaUste 
de Saint-Pierre, Antoine Barèges, vicaire perpétuel de Saint-Michel (en Tab- 
sence du curé de cette paroisse, Henri Martin). Cf. Infra. 



190 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

selon leur forme et teneur, aux peines portées par iceux » ^. 

François de la Fayette continua dans les campagnes, Tannée 

suivante, après la Fête-Dieu, la visite générale de son diocèse (1629). 

Les registres de Pierrebuffière nous apprennent, que, le 3 juillet 

1629, il envoya, dans cette petite ville, son aumônier, avec une 

9 lettré signée du secrétaire, par laquelle il mandait au curé « de lui 

bailler un logis honorable pour le loger, parce qu'il voulait y 

* venir dîner et faire la visite ». Par ce « logis honorable, le prélat, 

^ naturellement ennemi du faste et du luxe, entendait, sans doute, 

, un logement dans une maison d^honnêtes gens, et différente d'une 

auberge ou d'un cabaret ». 

L'évêque arriva à Pierrebuffière, le lendemain matin, à onze 
heures, accompagné de Pierre Talois, son officiai, de Joseph de 
Verthamôn, curé de Boisseuil, son promoteur, et de plusieurs 
autres de ses conseillers et habitants de Limoges, au nombre de 
vingt hommes à cheval. Le prélat entra aussitôt dans l'église avec 
, toute sa suite. Il y fit la visite du Saint-Sacrement, des saintes reli- 

w ques, des fonts baptismaux, et ne remarqua pas d'autre défaut, 

I que certains calices détériorés, qu'il fit rompre. Cela fait, il s'en 

i alla dîner en son logis, et commanda aux prêtres de l'aller trouver, 

après son repas; ce qu'ils firent. Le curé fut appelé dans une 
chambre, et interrogé, ainsi que son vicaire, et les prêtres de la 
communauté de la paroisse, l'un après l'autre. L'évêqueen interdit 
deux pour un mois, et fit payer au curé cent sols pour ses droits 
de visite, et deux écus d'un défaut de synode, nonobstant une attes- 
tation de médecin. Il s'en alla ensuite coucher à Saint-Germain 
I de Masseré, où il eut à interdire encore deux prêtres. 

^ Les procès-verbaux de la même visite attestent que le prélat 

ordonna l'établissement de tabernacles dans toutes les églises, où 
\ le Saint-Sacrement était suspendu sur l'autel. On y voit le cas sin- 

/ gulier d'un prêtre, faux témoin ordinaire, concubinaire, ivrogne, 

, portant l'habit de laboureur et de vigneron, accusé de célébrer 

chez lui des mariages clandestins, de deux ou trois lieues à la 
ronde, sans tenir compte des empêchements canoniques, et rece- 
vant les promesses des conjoints, sans aucune publication de bans, 
hors de l'église, sous un arbre, et non revêtu des ornements sacer- 
dotaux, ni même d'aucun habit ecclésiastique 2. 

Le 17 septembre de la même année 1629, notre prélat, poursui- 
vant le cours de sa visite pastorale, vint de Treignac à Eymoutiers, 
où il séjourna sept jours. La réception de l'évêque mérite d'être 
ici enregistrée, d'après la note historique du registre paroissial : 

Messieurs du chapitre, Messieurs les consuls, et les habitants plus 
notables furent au-devant du dit seigneur, au nombre de trente chevaux 
jusques à une lieue et demie de la ville. Monseigneur, ayant aperçu 
cette compagnie, sortit hors de son carrosse ; alors M. le prévôt, 
Josias de la Pomélie, le harangua, et puis M. le procureur lui dit deux 

1. Statuts et règlement» des églises paroissiales de Saint-Pierre... et de Saint- 
Michel... Limoges, 1629, Préface. 
% Mss. 34, p, 3, 4. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 191 

OU trois mots pour la ville. Mon dit seigneur pria M. le prévôt d'entrer dans 
son carrosse, ce qu'il fit, et puis, étant remontés à cheval, nous condui- 
stmes Monseigneur en ville, et jusques à son logis, qui était le logis de 
M. de la Vareilhe. Quelque temps après son arrivée, moi et les prêtres 
de notre communauté ^, nous allâmes faire à mon dit seigneuries offres 
de notre service, et fûmes les très bien venus et accueillis. 

Le jour de saint Mathieu, qui était un vendredi, Monseigneur, fit le 
matin les tonsures (sic !) et les ordinations des quatre ordres moindres 
dans la grande église, et planta ensuite la croix dans le nouveau cou- 
vent des Ursulines, et Taprès-dîner, par son commandement, je fis une 
prédication dans leur chapelle. Le dimanche suivant, il célébra la messe 
pontificalement au Moustier, et y bailla de sa main la communion à plus 
de deux mille personnes. Les paroisses circonvoisines étaient venues 
ici en procession. D'Eymoutiers, mon dit seigneur s'en alla à Saint- 
Léonard 2. 

Au cours de cette même tournée pastorale, Févêque de Limoges 
fit de nouveaux règlements dans les lieux où il passa, et toujours 
pour le bon ordre ou la correction des mœurs de son clergé. Entre 
autres choses, il ordonna au théologal du chapitre du Dorât d'en- 
seigner la théologie, deux jours chaque semaine, et aux chanoines, 
prêtres habitués, d'assister à ses leçons 3. Le prélat se fit reconnaî- 
tre à Bénévent, dans la Marche, pour supérieur de l'abbaye, avec 
droit de visite, par les onze religieux et les trois novices, qui com- 
posaient alors cette communauté. Il arriva le l«f août, à Nontron ; 
le lendemain vendredi, il dit la messe, et confirma « force peuple» 
de cette ville et des environs ; le dimanche suivant, il y chanta la 
grand'messe. Quelques jours après, il donnait la confirmation à 
Lesterps. Le 20 août, François de la Fayette fit son entrée à Saint- 
Junien, et comme évêque, et comme seigneur temporel de la ville. 
Deux chanoines du chapitre de ce lieu le complimentaient à Limo- 
ges, le 27 septembre, sur l'heureux retour de sa tournée pastorale *. 

Interrompue par la peste et par deux absences forcées, la visite 
générale du diocèse de Limoges fut reprise, du côté nord-est, avec 
le même zèle, et terminée par notre prélat, à la fin de l'été 1633 ^ 

Dans sa tournée pastorale de 1636, l'évêque s'efforça de suppri- 
mer un certain nombre d'abus, qui régnaient encore dans plusieurs 
paroisses, et de remédier autant qu'il lui fut possible à tout désor- 
dre. Des prêtres de son diocèse, condamnés par contumace, aux 
Grands Jours de Poitiers de 1634, avaient été pendus en effigie. On 
inhumait, pêle-mêle, dans l'église paroissiale d'Aubusson, les hu- 

1. Le curé de Notre-Dame d'Eymoutiers, en 1629, était François Masmoret, qui 
mourut en 1658, âgé de soixante- seize ans. La communauté de cette paroisse 
était composée de prêtres du pays. On y était admis dès Tâge de vingt-cinq ans. 
Note de M, Leroux. 

2. Archives de la Haute-Vienne, E. Supplément, t. I, p. fô. 

3. Ce chapitre, fondé au neuvième siècle, comprenait un abbé commenda- 
taire comme chef, dix-sept chanoines et plusieurs vicaires. Pouillé de Nadaud. 

4. Mss. 34, p. 6. 

5. On voit, par ces débuts, que François de la Fayette mit trois ou quatre 
ans à parcourir, la première fois, son. diocèse. Or, nous savons que les prélats 
les plus zélés de l'ancien régime mettaient cinq ans et plus à s'acquitter de la 
même charge dans leur diocèse. Sicard, ihid,^ 1. 1, p. 327. 



I 



192 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

guenots avec les catholiques. On remarqua qu'il y avait encore 
quantité d'églises délabrées, de vicaires non approuvés, d'ecclésias- 
tiques qui possédaient des bénéfices incompatibles. 

Notre prélat fit, en 4639, une nouvelle visite canonique des égli- 
ses paroissiales de Limoges. Il rétablit à Saint-Pierre-du-Queyroix, 
un ancien usage que la peste de 1634 avait fait cesser. C'était celui 
de tenir, les jours de fêtes solennelles, à côté de l'autel, des coupes 
ou verres remplis de vin, destinés adonner l'ablution aux commu- 
niants. 

Dans le but de procurer l'observation des règlements synodaux, 
sur le catéchisme et le devoir de la résidence, Tévêque infatigable 
entreprit, en 1641, une tournée pastorale dans son diocèse. Ce fut 
au cours de cette visite, qu'il trouva un curé si ignorant, qu'il ne 
pouvait dire par cœur la formule de l'absolution, ni même lire les 
paroles de la consécration. Après cela, dit Legros, pourrait-on blâ- 
mer ce prélat, qui engageait souvent ses prêtres, à s'adonner à 
l'étude des sciences ecclésiastiques, de montrer quelquefois de la 
sévérité, contre des sujets ineptes et incorrigibles, et d'exiger, avec 
fermeté, de tous ceux qui lui étaient soumis, l'assiduité aux confé- 
rences ecclésiastiques ? 

Quelques années plus tard, le zèle du prélat allant toujours crois- 
sant, il entreprenait, en 1648, pour se délasser des embarras que 
lui causaient d'ordinaire les synodes importants de cette époque, 
une visite générale de son diocèse *. Léonard Bardoulat, bachelier 
en théologie, prieur de Bujaleuf, chanoine du chapitre d'Eymou- 
tiers, a rendu compte du commencement de cette tournée pastorale 
d'une manière fort intéressante, sous forme de chronique, dans le 
registre paroissial de son prieuré-cure. 

«Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime messire Fran- 
« çois de la Fayette, évêque de Limoges, partit de son palais épis- 
ce copal, pour faire sa visite, le 22 juin 1648, jour de lundy, et arri- 
« va, le même jour, en la ville de Saint-Léonard, accompagné de 
« M. Saige, abbé de Beuil, son officiai et grand-vicaire, ses deux 
« aumôniers, MM. Vaussel et Forgel, le sieur Landry, son écuyer, le 
« sieur de Saint-Simon, son secrétaire, le sieur de Beaulieu, son 
« maître d'hôtel, et le reste de son train, digne de Sa Grandeur. » 

« Mgr séjourna jusqu'au samedi suivant 27 juin, en la dite ville 
« de Saint-Léonard, où il confirma environ quatre mille personnes 
€ durant son séjour. Et il partit le samedi 27, pour venir passer en 
a ce lieu de Bujaleuf, où il s'arresta assez longtemps, puisqu'il y con- 
« firma cinq cents personnes au moins, tant de l'un que de l'autre 
« sexe, visita notre église, et fit certaines ordonnances pour la dé- 
« coration d'icelle, que nous mettrons en leur lieu. Dieu aidant. 
« Après, sur les quatre heures du soir, il partit d'ici, et arriva en 
ce sa ville d'Eymoutiers, accompagné de MM. les prévôts ^ et cha- 

1. Mss. 34, p. 8, 10, 12, 13, 19. 

2. Le prévôt du chapitre d'Eymoutiers était Melchior de la Pomélie, bachelier 
en théologie, fils de Jean-Charles, qui a formé la branche de la Judée. U avait 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 193 

« Doines de Téglise collégiale du dit lieu, et de bon nombre des ha- 
« bltants de la dite ville, qui tous l'étaient venus prendre et saluer 
€ en ce lieu de Bujaleuf. 

€ Il arriva entre six et sept heures, à Eymoutiers, et y séjourna 
«jusqu'au vendredi suivant. Il ne perdit pas un jour sans donner 
€ le saint sacrement de confirmation (dans l'église du chapitre 
« ou du moustier)et, croit-on, qu'il en fut confirmé, tant de la ville 
fi d'Eymoutiers, que des paroisses ci rcon voisines, environ neuf 
« mille personnes ^. J'en suis témoin, pour y avoir toujours quasi 
« assisté... Je me rendis ici, pour avertir mon peuple de se rendre 
« au dit lieu d'Eymoutiers, les jours suivants, pour se faire confir- 
me mer, et voici qu'il s'en confirma, ici ou à Eymoutiers, de notre 
« paroisse, plus de seize cents. Dieu veuille que la réception d'un 
« si saint sacrement les fasse tous selon son cœur, et à moi, la grâce 
« de les saintement instruire et servir de bon exemple 2. y^ 

D'autre part, nous savons par le registre paroissial d'Eymoutiers, 
que l'évêque de Limoges fut logé en cette ville, pendant ce séjour, 
chez M. de la Grange, baron de Tarnac ^, juge royal d'Eymoutiers, 
et qu' « il bailla la tonsure )i>, dans l'église paroissiale, le 2 juillet, à 
une vingtaine déjeunes enfants, tant de cette ville que des lieux 
clrconvoisins. Le lendemain, le prélat et sa suite se rendirent à 
Treignac ♦. 

Cette tournée pastorale se prolongea jusqu'à la veille même du 
synode, qui se tint, selon l'usage, le jeudi après la fête de Saint Luc, 
Dans la célèbre ordonnance qu'il y publia, ce jour-là, et qui est in- 
titulée : a: Pour la réformation des abus qu'il a remarqués en la 
visite générale de son diocèse, qu'il a faite en l'année 4648 », l'évê- 
que de Limoges déclare, d'abord, que « son désir de satisfaire au 
« devoir de sa charge, l'a obligé à se transporter, pendant les qua- 
« tre derniers mois, en plusieurs villes et paroisses de son diocèse, 
« pour y visiter les lieux et personnes soumis à sa conduite... Plu- 
« sieurs abus, ajoute-t-il, et désordres et contraventions aux saints 
« décrets et à nos statuts synodaux, nous ont touché d'une sensible 
a douleur, et sollicité à faire tout ce qui dépend de nous, pour réta- 
« blir, dans notre diocèse, la discipline ecclésiastique, et donner à 
« nos fidèles, des moyens pour s'avancer en la perfection chré- 
« tienne... ^ » 

François de la Fayette recommença, en 1649, une visite générale 
de son diocèse, qu'il termina seulement trois ans plus tard, dans 
des conditions satisfaisantes. D'après Devoyon, de nombreux abus 

succédé, en 1641, à son oncle Roland de 1« Pomélie, doyen et chanoine de Saint- 
Germain. U mourut en 1(573. Archives histor. du Limousin^ t. II, p. 208. 

1. Ce qui est plus surprenant, c'est que notre prélat ait pu confirmer, en un 
seul jour, dans une autre ville, jusqu'à huit mille personnes. Voir Devoyon, Eloge 
histor., p. 18. 

2. bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 209. 

3. Daniel de Beaupoil. baron de Sainte-Âulaire, lui avait vendu la terre de 
Tarnac en 1646. Nadaud, Nobiliaire, t. I, p. 182. 

4. A. Leroux, Archives de la Haute- Vienne, E. supplément, t. I, p. 99. 

5. Mss. de Legros, n. 14. Mélanges imprimés. 

13 



194 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

avaient été alors définitivement supprimés, de grands scandales 
avaient disparu, et une décence convenable était rendue au culte 
de Dieu. Les pasteurs gouvernaient leurs paroisses avec plus d'at- 
tention et d'assiduité, les instructions étaient plus fréquentes, et les 
mœurs devenaient plus chrétiennes, dans le diocèse de Limoges. 

Cette merveilleuse transformation était due, en grande partie, à 
deux causes principales. D'abord, à l'étendue en quelque sorte sans 
limites, de l'investigation personnelle de notre prélat dans ses 
tournées pastorales, puis à la surveillance continuelle des paroisses 
du diocèse, par l'institution des visiteurs. Comme dans le diocèse 
de Limoges, il n'y avait ni archidiacres, ni doyens à qui appartînt le 
droit de visite ordinaire, l'évêque déléguait tous les ans, pour rem- 
plir cette fonction, un petit nombre de prêtres instruits, et versés 
dans les choses ecclésiastiques *. Concurremment avec lui, cette 
élite des principaux membres de son clergé, connus sous le nom 
de a prêtres- visiteurs », maintint toujours présente sur les paroisses 
de son vaste diocèse, la surveillance épiscopale. L'institution exis- 
tait depuis longtemps et avait rendu de grainds services, à l'époque 
surtout de la rareté des visites épiscopales 2. 

Mais elle était loin d'avoir l'importance qu'elle reçut de notre 
prélat à la suite d'une réorganisation, qui augmenta le nombre et 
agrandit la charge de ces missi dominici. Cette réforme fut intro- 
duite sous forme de onze Instructions données dans le palais épis- 
copal de Limoges, le 48 juillet 1650 : « Pour la réformation des 
abus... aux ecclésiastiques qui seront commis pour la visite parti- 
culière des paroisses du diocèse. ]» Auparavant, les visiteurs 
diocésains n'étaient délégués, qu'une fois par an, pour s'assurer de 
Texécution des ordonnances épiscopales ; ils étaient, de plus, en 
petit nombre, et venant ordinairement des villes, ils ne pouvaient 
faire un séjour suffisant dans les paroisses rurales, pour y appren- 
dre les désordres et abus qui s'y commettaient. 

A cette même date, notre prélat avait fait choix d'un nombre 
convenable ^ d'ecclésiastiques dans chacun des dix-huit archiprieu- 
rés (ou archiprestrés), qui pouvaient commodément voir et visiter 
les paroisses (une dizaine environ par district), sur lesquelles il 
leur avait ordonné de veiller, pour rendre compte ensuite à chaque 
synode, de l'état des églises et des personnes. 

1. Devoyon, Eloge historique, p. 10. Les chroniques locales ne font mention 
d'aucune autre visite pastorâle de François de la Fayette, après 1653. Cette ab- 
sence de documents ne prouve rien contre notre prélat, dont le zèle, au lieu 
de se ralentir, ne fit que progresser avec l'âge. 

2. Rituel de Limoges, édition de 1698, p. 214. Nous avons parlé plus haut, des 
mandats de visiteurs diocésains, que les prédécesseurs de notre prélat confiè- 
rent même à des religieux jésuites. Les registres paroissiaux de Bujaleuf nous 
apprennent, que en 1629, de Verthamon passa dans cette paroisse, comme prê- 
tre visiteur ; en 16i4, Guitard de la Borie, curé de Roziers, prêtre-visiteur, etc.. 
Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 216. 

3. Le Pouillé de Nadaud (de 1773) compte quatre-vingt-douze visiteurs diocé- 
sains. Donc à cette époque, un visiteur était chargé d'un district d'environ dix 
paroisses. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 195 

Pour rendre plus utile leur inspection, Tévêque jugea nécessaire 
de leur donner les instructions suivantes : Chaque visiteur devait 
se transporter au moins une fois par trimestre, dans les paroisses 
qui lui étaient confiées. Il était chargé de visiter l'église, et même 
les chapelles domestiques, dans chaque paroisse. Il devait lire les 
ordonnances particulières, faites par Tévêque en ces lieux au cours 
de sa dernière visite, et les faire au besoin exécuter, suivant leur 
forme et teneur. 

Il devait se faire présenter les calices, ornements sacerdotaux et 
linges d'église ; vérifier exactement les divers registres de baptê- 
mes, de sépultures, de mariages, s'enquérir de la fidélité des 
curés à la résidence ; se faire exhiber les signatures et lettres de 
provisions des bénéfices, ainsi que les lettres d'ordinations des 
ecclésiastiques récemment promus aux ordres, voir aussi les let- 
tres d'approbation épiscopale de tous les prêtres confesseurs ; faire 
une enquête tant dans chaque paroisse que dans les lieux voisins 
sur la vie et les mœurs des ecclésiastiques et des jeunes clercs ; 
donner ordre à ce que les conférences entre les curés et vicaires 
perpétuels et prêtres habitués sur la doctrine chrétienne, cas de 
conscience et fonctions curiales, soient faites régulièrement; en un 
mot veiller avec soin à l'observation ponctuelle des règlements 
diocésains. 

Les sanctions contre les délinquants étaient des plus sérieuses. 
Quand le visiteur avait appris une violation grave des ordonnances 
de l'évêque, commise quelque part dans son district, il deviat faire 
constater cette contravention par un notaire, et envoyer l'informa- 
tion précise au secrétariat de l'évêché. 11 appartenait k l'évêque de 
juger si le délinquant devait être corrigé ou traduit devant Toffi- 
cialité dont il relevait. Chaque commissaire était obligé de porter, 
ou d'envoyer à l'évêché, un mois avant le jour des synodes, les 
procès-verbaux qu'il avait dressés, et les informations qu'il avait 
prises pour la réforme des abus ^. 

Il ressort du programme de ces visiteurs diocésains qu'ils exer- 
çaient un contrôle universel sur les mœurs des ecclésiastiques, et 
sur l'observation des lois de l'église. On comprend que cette orga- 
nisation de surveillants toujours présents dans toutes les parties de 
son diocèse, aurait permis à la rigueur à notre prélat si bien infor- 
mé, d'être moins souvent en course, pendant les dernières années 
de son épiscopat. 

II. Les Hissions diocésaines. Le P. Le Jeune et Gabriel Ruben. 

A l'obligation de connaître son peuple, s'ajoutait, pour François 
de la Fayette, celle de l'instruire et de le préserver de Terreur. A 
une époque, où le peuple lisait peu, où la presse n'existait pas en- 
core, où le trône allié à l'autel se prêtaient un mutuel appui, les 
évêques de France pouvaient, plus aisément que de nos jours, 

1. Mss. de Legros, n. 14. Texte imprimé. 



196 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

maintenir intactes les croyances des fidèles. L'influence des pre- 
miers pasteurs sur la défense de la foi s'exerçait, moins par une 
prédication personnelle, que par les règlements disciplinaires con- 
cernant les catéchismes et les écoles, et parla voix de leurs mis- 
sionnaires. 11 est avéré qu'une partie de Tépiscopat, gardant encore 
le mutisme si regrettable du seizième siècle, négligeait la prédica- 
tion, sous le règne de Louis Xlll ^. 

Tout nous permet de croire, faute de documents précis sur ce 
point, que notre prélat ne suivit pas cette funeste tradition. Nous 
avons vu, en effet, qu'il avait reçu une forte éducation théologique, 
et qu'il s'était fait « par ses beaux rapports et ses chaleureuses re- 
montrances », une réputation d'orateur dans les assemblées du 
clergé. S'il n'eut pas l'ardeur d'un « prélat-missionnaire », il n'est 
pas douteux, qu'après avoir vu de près les exemples de saint Fran- 
çois de Sales, l'évêque de Limoges ne se soit au moins conformé 
aux prescriptions du concile de Trente, et n'ait fidèlement prêché 
la parole de Dieu dans les synodes, dans sa cathédrale, et dans ses 
tournées pastorales. 

Là où le zèle de notre prélat se déploya largement, ce fut dans 
l'emploi des moyens de propagande et de rénovation religieuse, 
c'est-à-dire dans l'usage de la controverse et des missions, qu'il 
encouragea de tout son pouvoir 2. La voix des missionnaires ré- 
veille les âmes endormies dans le péché ou dans la tiédeur. Fran- 
çois de la Fayette eut soin de procurer, aux fidèles de son diocèse, 
ce précieux moyen de ressusciter à la grâce ou à la ferveur. Les 
prédicateurs extraordinaires ne manquaient pas, en Limousin, 
comme auxiliaires des prêtres de paroisses. Jésuites, Dominicains, 
Récollets, dont nous avons rapporté les manifestations de zèle au 
début du siècle, n'eurent, sous l'épiscopat de la Fayette, qu'un rôle 
bien effacé, comme missionnaires. Les uns et les autres, si l'on 
excepte quelques tournées de prédication, dans certaines villes de 
son diocèse, se renfermèrent dans les fonctions de professeurs ou 
de directeurs de conscience, qui ne leur étaient pourtant pas 
exclusives 3. 

L'honneur d'avoir utilisé avec le plus de zèle, à cette époque, ce 
grand moyen de réforme, revient incontestablement à la commu- 
nauté des Pères de l'Oratoire, et à l'association des prêtres séculiers 
du séminaire de la Mission. Les plus connus de ces missionnaires, 
devant lesquels les travaux des autres n'ont laissé presque aucune 
trace dans les souvenirs de la postérité, sont : le P. Le Jeune, et 
ses deux disciples, les frères Ruben d'Eymoutiers. 

1. Sicard, L'ancien clergé, t. I, p. 339 et suiv. 

2. Voir, plus loin, le chapitre du Prosélytisme en Limousin. 

3. Ces jugements nous sont fournis par des conclusions de M. Leroux sur les 
jésuites [Archives de la Hautp- Vienne, D. XX), et par les notices de Labiche 
sur les religieux des autres ordres qui se distinguèrent par leurs talents et leurs 
vertus, à cette époque, dans le diocèse de Limoges. Il suffit, pour cela, de citer 
les noms des Pères Drapeiron, Crouchaud et Poillevé, dominicains. Les Pères 
Rccollets Urbain-Ville et de Linyac, célèbres prédicateurs à cette époque, 
originaires du Limousin, n'ont guère prêché de leur temps qn'à Saint-Janien. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE lOT 

Jean Le Jeune naquit en 1592, à Poligny, dans le comté de Bour- 
gogne, d'une ancienne famille noble et consulaire. Son père était 
conseiller au parlement de Dôle. Sa mère était aussi une personne 
de condition, mais plus respectable encore par ses vertus et ses 
qualités. L'aîné de ses enfants se fit jésuite, et fut provincial dans 
le Nouveau-Monde. Deux de ses sœurs fondèrent le monastère des 
Annonciades, à Pontarlier. Jean Le Jeune fut nommé, dans sa jeu- 
nesse, chanoine de la collégiale de Notre-Dame d'Arbois. 11 était à 
Dôle, étudiant en l'Université, quand le P. de Bérulle y vint, pour 
la visite des Carmélites. 11 se sentit inspiré de s'attacher à lui, alla 
se jeter à ses pieds, et renonça courageusement à tout, à son béné- 
fice, à sa famille, à son pays, pour suivre sa vocation. 

11 fut reçu sous la discipline de l'Oratoire, dans la maison du 
Petit-Bourbon, le 21 novembre 1613 ou 1614, et y passa trois ans de 
suite. Le P. de Bérulle faisait, d'un sujet d'une si grande espérance, 
une estime si singulière, qu'il voulut prendre soin de lui et lui 
servir d'infirmier, durant une maladie contagieuse, dont son dis- 
ciple fut atteint. Le zèle, dont il le voyait pénétré pour la conver- 
sion des âmes, le porta à le faire ordonner prêtre, dès qu'il en eut 
l'âge, et à le consacrer à la vie apostolique, prévoyant que Dieu se 
servirait de lui, pour opérer de grands biens dans son église. 

Après avoir introduit la réforme dans l'abbaye du Tart, commu- 
nauté de filles du diocèse de Langres (1622), et passé quelque temps 
au séminaire de cette ville, le P. Le Jeune fut destiné à l'apostolat 
des missions, vers lequel le portaient son attrait et son talent le 
plus marqué. Il n'eut jamais de désir plus vif, que celui d'annoncer 
l'Evangile aux pauvres de la campagne. Il préférait toujours les 
hameaux aux grandes villes, et n'allait prêcher dans celles-ci que 
par obéissance, et pour ne pas résister aux instances réitérées, de 
tous ceux auxquels la réputation qu'il avait du plus excellent mis- 
sionnaire qui fût en France, inspirait le grand désir de le voir et 
de l'entendre. Aussi ses missions embrassèrent presque tout le 
royaume, et durèrent soixante ans. 

Nulle part la parole de Dieu ne resta sans fruit de sa bouche. 
Cinq ou six heures d'oraison étaient pour lui trop courtes avant 
ses prédications, pour attirer l'esprit de componction sur ses 
auditeurs. De là venait, qu'on vit tant de conversions admirables, 
opérées par son ministère, en tous temps, en tous lieux, en toutes 
manières. On vit des villes entières pénitentes, des ennemis mor- 
tels réconciliés, des compagnies de piété établies, des monastères 
de Tun et l'autre sexe peuplés, une infinité de pécheurs de toutes 
sortes d'états et de conditions convertis, et, ce qui est plus rare 
dans les missions, des conversions de durée, des changements 
stables, des fruits permanents. 

En 1635, il prêcha l'Avent et le Carême d'après, à Notre-Dame de 
Bouen. C'est vers ce temps-là, qu'il perdit la vue, sans espérance 
de la recouvrer. 11 supporta ce triste accident, avec une admirable 
tranquillité, et sans discontinuer aucun de ses travaux. Il ne fut 
sensible qu'à la privation du bonheur de dire la sainte messe^ que 



498 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE ES PROVINCE 

son état lui interdisait pour toujours. On vit, dès lors, un de ses 
confrères, le P. Michel Le Fèvre, qui avait enseigné la rhétorique 
dans les collèges de l'Oratoire, se dévouer par humanité au service 
du P. Le Jeune, surnommé désormais le Père Aveugle. Ce guide 
charitable lui servit de lecteur et de secrétaire. Il lui disait tous les 
jours la messe, il le servait à table, et le soignait dans le cours de ses 
maladies-, avec une attention, un zèle et une assiduité parfaites. Il 
lui fut principalement utile, pour tempérer Tardeur de son zèle, et 
l'empêcher d'exercer sur lui des austérités contraires à sa santé. 

Le P. Le Jeune prêcha les Avents et les Carêmes, dans les prin- 
cipales chaires des églises de Toulouse, notamment à la Dalbade 
et à la cathédrale, en 1640, 1641, 1642, 1646, 1659, et 1662, laissant 
toujours son auditoire, très satisfait de ses excellentes prédica- 
tions ^. Il prit, en 1644, une grande part aux missions de contro- 
verse, que la régente Anne d'Autriche fit donner, à Metz, en faveur 
des calvinistes, sous la direction des prêtres de Saint-Lazare. 

Ses supérieurs rappelèrent d'Orange le P. Le Jeune, vers 1650, 
pour l'envoyer prêcher à Limoges, où l'appelait l'évêque François 
de la Fayette, qui l'avait entendu déjà, en 1625, à la cour de Fran- 
ce. Il parut, pour la première fois, dans cette ville en 1651 ^, pour 
remplir la station du Carême et de l'Avent dans l'église de Saint- 
Martial, aux frais du « corps de ville ». On l'écouta avec tant 
d'ardeur, on lui témoigna tant d'empressement de le retenir 3, et 
il se sentit lui-même tant d'attrait pour le diocèse de Limoges, 
qu'il promit de s'y fixer pour toujours, moyennant l'agrément de 
ses supérieurs. L'évêque de Limoges le demanda alors, au nom de 
la ville, au P. Bourgoing, supérieur général de l'Oratoire, avec 
offre de payer pour lui 400 livres de pension à la maison de 
Limoges (rue Manigne), et il crut avoir acquis, par l'accord qui 
lui en fut fait, un vrai trésor pour son diocèse. 

L'ordre qui l'y établissait était conçu en ces termes : « Le P. Le 
Jeune ayant été désiré par Mgr de Limoges, pour y demeurer et 
travailler, tant en la dite ville que dans le diocèse, par missions, 
prédications et autres travaux qu'il fait à la gloire de l'Eglise, et à 
la grande édification des âmes, et même M. l'évêque de Limoges, 
ayant daigné me témoigner, par ses lettres, son désir et son agré- 
ment. Nous, de l'avis de nos Pères Assistants, et sous le bon plaisir 
de mon dit seigneur, consentons que le dit Père s'arrête et demeure 
à Limoges, pour y travailler sous son autorité, et lui en donnons 
ordre et obéissance, même pour toute sa vie, et aussi longtemps 

i. Notons ici, d'après les Mémoires domestiques de V Oratoire, que le P. Adam, 
jésuite, prêcha le Carême de 1659 avec succès, à Toulouse, mais en s'y laissant 
aller à de furieux emportements contre les jansénistes. Ses confrères et lui 
chicanèrent le P. Le Jeune auprès de l'archevêque, sur certaines propositions, 
qu'ils jugeaient à tort peu orthodoxes. Ces contradictions ne ralentirent pas le 
zèle du Père Aveugle, ni le goût de ses auditeurs. 

2. Nous pensons que l'abbé Grange et Laforest se sont trompés, en prétendant 
que le P. Le Jeune aurait prêché plus tôt (en 1647 et en 1648), à Limoges. 

3. La célèbre Compagnie du Saint-Sacrement joua, sur ce point, et peut-être 
même sur l'appel du missionnaire, le rôle d'inspiratrice. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 199 

que la subsistance promise pour lui et son compagnon, lui sera 
continuée ^. » 

Le P. Le Jeune travailla plus de vingt ans, sans discontinuer, dans 
le diocèse de Limoges. Il n'y eut, dit-on, pas une seule paroisse 
que le saint missionnaire ne visitât, en personne ou par ses compa- 
gnons, oratoriens et prêtres séculiers, qui s'attachèrent à lui. La 
première mission régulière eut lieu à Saint-Pierre-du-Queyroix, 
en 1653. L'affluence fut énorme ; notre prélat suivit tous les jours, 
soir et matin, les exercices, auxquels les consuls et tous les 
« corps » constitués, se montrèrent fort assidus. 

De Limoges, le P. Le Jeune se rendit à Saint-Junien, où il était 
appelé par un chanoine de cette ville, un saint prêtre rempli de 
piété et de zèle, nommé Julien de Giâne. Les exercices durèrent 
depuis le 1«^ janvier, jusqu'au dimanche de la Quinquagésime 1654. 
Douze prêtres, dont M. Plasse, chanoine de Brive, travaillèrent à 
cette mission, dont Julien de Glane fit tous les frais. Le Père Aveu- 
gle retourna à Saint-Junien en 1655 et en 1666. 

D'après un arrangement, conclu en 1655, avec les confrères du 
Saint-Sacrement, le P. Le Jeune devait séjourner, au moins deux 
mois, dans la ville de Limoges, et employer le reste de l'année dans 
le diocèse, saris pouvoir aller ailleurs 2. La Compagnie s'entendait 
avec le Père, et lui indiquait les paroisses, où il devait aller donner 
des missions. 

L'Oratorien était surtout populaire dans les campagnes ; chaque 
paroisse voulait avoir sa mission prêchée par le Père Aveugle. Il 
fallait que ce désir fût bien vif, car, pour le satisfaire, les paysans 
limousins allaient jusqu'à donner de l'argent. Les courses du saint 
missionnaire, dans les campagnes à demi sauvages du Limousin, 
qu'il a parcourues en tous sens, ont exigé de sa part un véritable 
héroïsme. Elles avaient lieu l'hiver, car, l'été, les populations étaient 
occupées sans relâche aux travaux des champs. Le pays étant âpre, 
roontueux, couvert de bois, sans routes et presque dépourvu de 
sentiers, le missionnaire était obligé d'aller à cheval, et souvent à 
pied. Les paysans ne parlaient qu'un patois grossier, habitaient 
des chaumières enfumées, et ne vivaient que de châtaignes et de 
pain noir. Le Père Aveugle partagea leur régime. 

La mission ouverte, il y travaillait avec une ardeur surhumaine. 

1. Mémoires domeitiqnes de VOratoire, par L. Batterel, publiés par Ingold, 
5« époque. Paris, 1904, p. 58 et suiv. 

2. Les exceptions à cette règle devaient être autorisées : « Nous lisons, par 
exemple dans les registres de la Compagnie, le procès-verbal suivant, daté du 
27 avril 1662 : « Monsieur de Savignac est prié de faire savoir au R. P. Le Jeune 
que la Compagnie lui permet, à cause de ses écrits, d'aller à Toulouse, prêcher 
FAdvent et le Carême ». De fait, le premier volume des sermons du P. Le Jeune 
fut édité à Toulouse, en 1662. » Grange, Le P. Lejeiiwe, p. 29. Cette même année 
(1662), le P. Le Jeune prêcha une station à Sarlat. L'évêque de cette ville, Fran- 
çois de Salignac-Fénelon, Tavait envoyé chercher en litière à Limoges. Le 
.18 décembre 1670, l'évêque de Pamiers pria M. de Limoges de lui prêter le 

P. Le Jeune, pour aller faire une mission dans sa ville épiscopale, s'offrant 
de lui envoyer un. équipage. Mémoires domestiques, ibid,, p. 71 et p. suiv. 



20Ô UN SIÈCLE t>E Vie ecclésiastique en province 

Les pauvres, les ignorants, les grands pécheurs étaient sa part. 
C'était lui qui faisait le catéchisme aux enfants et allait visiter, dans 
les villages éloignés, les infirmes et les vieillards qui ne pouvaient 
se rendre à la paroisse. 11 était le premier en chaire, et le dernier au 
confessionnal ; sa vie se passait dans Téglise. Aux fatigues de 
Tapostolat, il joignait des macérations effrayantes. La maladie ne 
pouvait l'arrêter : il la dominait par son énergie. On le vil, comme 
à Nedde, se faire porter en chaire, s*y faire soutenir, et parler pen- 
dant deux heures, des miséricordes de Dieu, devant un immense 
auditoire, auquel il arrachait des larmes. C'est alors qu'il faisait les 
conversions les plus éclatantes. 

Là fin d'une mission était un vrai triomphe pour le P. Le Jeune. 
Les populations enthousiasmées s'opposaient à son départ, et il 
était obligé de leur promettre de revenir. Des cavalcades s'organi- 
saient, qui accompagnaient le plus loin possible le saint mission- 
naire. La. vénération des peuples pour le Père Aveugle était telle, 
que ses supérieurs lui envoyaient une voiture, pour le ramener à 
Limoges, dès qu'ils le savaient malade dans quelque mission de la 
campagne. Ils avaient sujet de redouter que, s'il était venu à mou- 
rir, les populations de la campagne ne fussent décidées à ensevelir 
le corps du saint homme, dans le chœur de leur église. 

Averti, en mai 1664, que le P. Le Jeune était tombé gravement 
malade à Nedde, et qu'on y prenait des moyens pour renouveler, à 
son égard, un fait de ce genre, qui s'était passé, quelque temps 
avant, pour le corps du P. Michel ^, son guide, notre prélat écri- 
vit la lettre suivante, au curé de la paroisse : a: J'ai appris avec 
grande douleur la maladie de notre bon et très cher Père Le Jeune : 
j'envoie mon équipage pour le transporter ici, en quelque état qu'il 
soit, de vie ou de mort. Je désire et vous ordonne, que cela soit 
exécuté sans aucun empêchement, m'assurant que vous ferez votre 
devoir ». 

Le Père Aveugle prêcha sa dernière mission à Nontron, au com- 
mencement de 167Î. Il y tomba malade d'épuisement, et on le 
ramena mourant à Limoges. S'étant un peu remis, il obtint de ses 
supérieurs, de prêcher dans sa chère église de Saint-Pierre. Ce fut 
sa dernière prédication, « le chant du cygne », comme dit son 
panégyriste. Il supporta avec une patience admirable ses infirmités 
qui prolongèrent son martyre plus d'une année. 

Dans cet intervalle, Mascaron, nommé évêque de Tulle, passa en 
1672 à Limoges, pour faire visite à notre prélat. 11 vint un jour, 
avec l'évêque de Lombez, voir son confrère le missionnaire de TO- 
ratoire : « Ah I Messeigneurs, s'écria le malade, en essayant de les 
saluer, priez Dieu pour un pauvre homme qui vit là en épicurien, 
et sans gagner le pain qu'il mange. On a de moi une trop bonne 

i. Il mourut le 31 octobre 1655, pendant la mission de Saint-Circq, en grande 
odeur de piété parmi le peuple de ce pays-là, dont le seigneur était M. de Hau- 
tefort. L'un des deux prêtres séculiers qui le remplacèrent comme guides au- 
près du Père Aveugle, s'appelait Ribiére. 11 hérita du missionnaire, entre autres 
biens, son esprit de pénitence. Mémoires domestiq., ibid,, p. 90. 



FRANÇOIS DB LA FAYETTE 201 

opinion ; je ressusciterai un jour, ne serait-ce que pour la démen- 
tir. » 

La veille de sa mort, Tévêque de Limoges, qui l'avait visité plu- 
sieurs fois, dans sa dernière maladie, envoya son grand vicaire, 
Pierre Maillard, son secrétaire et son aumônier auprès du malade, 
pour lui demander sa bénédiction, en attendant qu'il pût se déli- 
vrer d'une occupation nécessaire, pour venir la recevoir en per- 
sonne. Le malade refusa humblement de bénir son évèque ; puis, 
comme les visiteurs s'apitoyaient sur ses souffrances, il détourna 
la conversation, et les entretint des besoins religieux du diocèse, et 
des moyens d'y pourvoir. Le P. Le Jeune mourut le 19 août 1672, 
à l'âge de quatre-vingts ans. 

A peine cette mort fut-elle connue, que la ville entière se préci- 
pita vers la maison de l'Oratoire. La foule l'invoquait à haute voix 
comme un saint. L'évêque vint à la suite du peuple; il s'age- 
nouilla, baisa les pieds et les mains du mort, et s'écria, au «lilieu 
des sanglots : « Pauvre ville de Limoges, tu viens de perdre ton 
père ! d Les funérailles furent célébrées dans la chapelle de l'Ora- 
toire, où le P. Le Jeune fut enterré. 

Quelques jours après, François de la Fayette ordonna un service 
solennel, qui eut lieu, le 21 octobre suivant, dans l'église de Saint- 
Pierre-du-Queyroix. L'évêque célébra la messe, et Gabriel Ruben 
prononça alors, par son ordre et en sa présence, l'oraîson funèbre. 
L'orateur appela le P. Le Jeune : « le moderne apôtre du Limou- 
sin », titre glorieux que l'auditoire sanctionna de ses sanglots et de 
ses larmes. 

Personne ne pouvait mieux louer le célèbre missionnaire de 
l'Oratoire, que Gabriel Ruben, qui avait déjà vécu longtemps avec 
lui, et qui l'avait accompagné, dans la plupart de ses missions du 
Limousin ^. Gabriel et Jacques Ruben (ce dernier, disciple et com- 
pagnon du P. Le Jeune, comme son frère aîné), naquirent à 
Eymoutiers, le premier en 1620, le second en 1625, d'une ancienne 
famille de cette ville, qui a produit plusieurs personnes d'un mé- 
rite distingué par leur science et leur piété, tant dans l'état ecclé- 
siastique, que dans l'état séculier 2. 

Doué des plus heureux talents, pour la science théologique et 
pour la chaire, le jeune Gabriel Ruben, alla une première fois, 
étudier à l'Université de Paris, et prendre le bonnet de docteur en 
Sorbonne. De retour dans son pays, vers 1646, et devenu prêtre, 
puis pourvu, comme ses frères Jean Germain et Jacques, d'une 

1. Abbé Grange, Le P. Le Jeune, Limoges, 1867, p. 1 à 42. Laforest, Limoges, 
563, etc. Labiche. Vie des saints du Limousin^ t. I, p. 284, etc.. 

2. On trouve, pour les seizième et dix-septième siècles, des membres nombreux 
de cette famiUe mentionnés dans le Nobiliaire liînousin^ l. IV. Un Léonard Ru- 
ben était chanoine d'Eymoutiers en 1513. Jean Ruben, théologal du chapitre 
d'Eymoutiers et docteur en théologie en 1630, était l'oncle de Gabriel. La bran- 
che Ruben de Couder (qui tire son nom du château de Couder, près de Trei- 
gnac (Corréze), depuis un mariage de Pierre Ruben, en 1603, avec rhéritière de 
ce fief), représente encore de nos jours, avec distinction, la famille Ruben. Cf- 
Arbellot, Gabr. Ruben. Limoges, 1^1, p. 3. 



202 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

prébende canoniale, dans la collégiale d'Eymoutiers, il parut avec 
éclat dans les chaires de Limoges et d'autres villes de sa province, 
et s'y fit, par son éloquence, une brillante réputation. Ses talents et 
son mérite lui valurent alors plusieurs bénéfices ecclésiastiques. 

Il fut d'abord nommé curé de Saint-Pierre-Ghàteau, l'une des 
deux paroisses d'Eymoutiers ^. Il obtint ensuite, en commende, 
sur la présentation du prieur de Saint-Léonard, le prieuré-cure de 
Bujaleuf, Il prit possession de ce bénéfice, le 29 septembre 1650. 
Six ans plus tard, il devait le résigner en faveur de son frère 
Jacques 2. Dans l'intervalle, mourut le 26 novembre 1651, Jean 
Ruben, théologal, qui légua à son neveu Gabriel tous ses livres, 
sermons et manuscrits. De son côté, le chapitre d'Eymoutiers con- 
féra, au jeune docteur, la prébende vacante du théologal, qu'il 
garda jusqu'en 1664 3. Gabriel Ruben portait encore, dès 1658, le 
titre de prieur de Villeneuve, dont il revêtit dès lors sa signature *. 

Cependant, dès le début de sa carrière dans la prédication, Gabriel 
Ruben paraiss^ait se complaire aux applaudissements. Dans une de 
ses conversations familières, qu'ils avaient ensemble sur des sujets 
de religion et de piété, une femme aussi grande par le cœur que 
par le sens chrétien, Marcelle Germain ^^ lui parla à peu près en 
ces termes : « Vous avez reçu du ciel des talents propres à former 
un apôtre. Mais au lieu de faire servir vos talents à la gloire de 
Dieu, vous montez dans la chaire de la vérité, et vous ne prêchez 
que vous-même. Vous prononcez des discours fleuris et recher- 
chés, qui flattent l'oreille sans toucher le cœur : vous abusez de 

1. Outre la collégiale» seule aujourd'hui subsistante, il y avait, avant la Révo- 
lution, à Eymoutiers, deux églises paroissiales, situées dans Tarchiprêtré de 
Cbirouze : Notre-Dame et Saint-Pierre. Les cures étaient à la collation du cha- 
pitre. Chacune de ces paroisses était composée d'environ six cent cinquante 
communiants, et avait une communauté de prêtres qui chantaient les heures 
canoniales. Saint Pierre comprenait une partie de la ville et les faubourgs et 
villages environnants. L'église était située hors la ville, au sommet d'une col- 
line, où Ton ne voit actuellement que des ruines. Bulletin de Limoges^ t. XLVII, 
p. 273. 

2. Le prieuré-cure régulier de Bujaleuf, situé sur un plateau qui domine la 
Vienne et la Maude à douze kilomètres nord-ouest d'Eymoutiers comptait au 
dix-septième siècle, d'après Legros, de douze à treize cents communiants. 11 se 
trouvait dans rarchiprétré de Saint-Paul, et était placé sous le vocable de saint 
Martin de Tours. Le prieur jouissait des fruits de la cure, à l'exception des 
oblations. La paroisse était desservie par un vicaire à portion congrue, qui fut, 
sous le priorat des Ruben» Martin Dubois, prêtre de Ja paroisse de Roziers. Ce 
dernier fut nommé lui-même prieur de fiulajeuf en 1666, et choisi plus tard 
pour être le directeur des religieuses de la Visitation de Limoges. Bulletin 
de Limoges, t. XLVII, p. 210. 

3. Le chapitre de la collégiale, qui était jadis très important, ne comptait plus, 
en 1603, que quatorze chanoines avec le prévôt et le théologal. Chaque chanoine 
avait à peu près neuf cent cinquante livres de revenu. Bulletin de Limoges, 
t. XLVII, p. 270. 

. 4. Le prieuré de Villeneuve et son annexe, Saint-Pierre de Tholoniargues, 
étaient situés dans le diocèse de Rodez. Ârbellot, G. Ruben, p. 7. 

5. Un avocat de Treignac, Chaussade, mit en rapport dés.4646, G. Ruben, avec 
cette illustre et pieuse veuve, qui prit le jeune prédicateur pour directeur de sa 
conscience. Ârbellot^ G. Rnben, p. 5. 



• FRANÇOIS DE LA FAYETTE 203 

VOS talents ^ ! » Quelque temps après, le P. Le Jeune s'étant fixé 
à Limoges, Gabriel ïluben s'empressa de venir entendre ce maître 
renommé. Accoutumé à recevoir des éloges, il ambitionna d'obte- 
nir l'approbation d'un si habile connaisseur. Mais, au lieu de lui 
faire compliment sur son éloquence, comme tant d'autres, le mis- 
sionnaire de l'Oratoire lui dit : « qu'il avait un grand talent pour 
se damner. » 

Le mot du P. Le Jeune fut un trait de lumière pour le jeune 
orateur, qui profita de cet avis pour renoncer, dès lors, aux discours 
d'apparat, pour débiter ses sermons d'une manière plus simple et 
les composer d'une manière plus instructive, et par conséquent 
plus utile. D'ailleurs, les leçons vivantes du nouveau maître, au- 
quel il s'attacha, ne le confirmèrent pas peu dans l'art de parler 
avec fruit 2. 

Se conformant, de plus, aux conseils du saint prêtreet avec l'agré- 
ment de notre prélat, Gabriel Ruben et plusieurs de ses amis, 
prêtres du même diocèse, parmi lesquels nous remarquons les noms 
connus d'Henri de Roffignac, de Pierre de Cous et d'Antoine 
Darche, se rendirent à Paris au séminaire de Saint-Sulpice. Ils y 
furent admis le l^r janvier 1654, et y passèrent quelques mois, sous 
la direction de vertueux et de savants ecclésiastiques, à prendre 
une connaissance approfondie de leurs devoirs de missionnaires 
ou de curés, et à se faire un plan de conduite, conforme à la sain- 
teté de leur état et à la grandeur de leur ministère ^. 

De retour en Limousin, Gabriel Ruben y parut désormais, comme 
un missionnaire apostolique, embrasé de l'amour des âmes. Son 
zèle ne se borna pas à évangéliser les églises de sa province : il fut 
appelé à prêcher dans plusieurs cathédrales du royaume, et par- 
tout sa parole produisit des fruits merveilleux. Néanmoins il par- 
courut plus que jamais, comme chef de mission, les paroisses du 
diocèse de Limoges. « En 1659, dit le chanoine Collin de Saint- 
Jun4en *, l'abbé « Ruben, d'Eymoutiers, célèbre par son éloquence 
apostolique, prêchait à Limoges, et ramenait un grand nombre 
d'hommes à de meilleurs sentiments 1». 

Vers la fin de cette même année 1659, il alla prêcher TAvent 
dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse; et il fut, dans cette 
même église, le prédicateur du Carême d'après : pour récompenser 

1. Laforest, Limogeê, p. 384. 

2. Mémoires domestiques de V Oratoire, p. 93. 

3. Gabriel Ruben inscrit, sous le titre de prêtre théologal de Saini-Etienne 
d'Eymoutiers, Jean de Verhiac» prétre-curé de Saint-Pierre de Beaumont (près 
et hors les murs de Felletin), Jean ÂUouviau, prêtre-curé de Jourgnhac (près 
Aixe-sur-Vienne) et Henri de Roffignac, entrèrent en même temps au séminaire 
de Saint-Sulpice, le 1««^ janvier 165i, et en sortirent le 10 mars suivant. Michel 
Noiret, Pierre de Cous et Antoine Darche, également prêtres du même diocèse, 
furent admis quelques temps après (en 1654j à Saint-Sulpice, et en sortirent au 
bout de quelques mois. Pierre de Sérillac, simple laïc de Limoges, entré le 
12 août 1654, y fit toutes ses études de théologie. 11 mourut au séminaire, le 
14 juillet 1658. Registre dts entrées de Saint-Sulpice, 

4. Dans son livre du Lemovici illustret, publié en 1660. 



204 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE * 

ses travaux, le chapitre métropolitain lui accorda le titre de cha- 
noine honoraire. Les années suivantes, Gabriel Ruben donna, 
dans le diocèse de Limoges, de nombreuses missions, tantôt 
comme chef, tantôt sous la direction du P. Le Jeune. En 1672, trois 
semaines avant la mort du saint missionnaire, qu'il aimait comme 
un père, il alla prendre congé de lui avant de partir pour la mis- 
sion de BuxeroUes'* : « Ah I mon ami, lui dit-il, le pauvre peuple 
des campagnes ne connaît pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, faites-le 
bien connaître, aimer et servir. Si on ne connaît pas Jésus-Christ, 
on est perdu. » 

L'oraison funèbre que Gabriel Ruben prononça, le 21 octobre 
suivant, à Saint-Pierre-du-Queyroix, au milieu du service religieux 
de quarantaine, eut un grand retentissement dans tous les lieux 
de France, où son héros était connu. Notre prélat, qui l'avait invité 
à la prononcer en sa présence, le pria aussi de la faire imprimer ^. 
Cet ouvrage, qui eut bientôt trois éditions, est remarquable, « par 
le naturel du style, par la pureté dans la diction, par le fonds et 
par l'ordre dans la composition. L'auteur avoue qu'il l'a fait plus 
ample pour l'impression, qu'il ne l'était lorsqu'il prononça le dis- 
cours, quoique alors il parlât deux heures de suite. Il se donne 
souvent pour témoin oculaire des faits qu'il avance 3. » 

Son talent et son zèle avaient fait à Gabriel Ruben une telle répu- 
tation, dans le diocèse de Limoges, que les corps ecclésiastiques 
les plus fermés ordinairement, cherchèrent à se l'attacher, en 
honorant sa personne. Il fut ainsi nommé, en 1674, parle chanoine 
chantre de la cathédrale de Limoges, comme titulaire de la vicai- 
rie de Notre-Dame du Puy en la Cité *. Dans le même temps, le 
chapitre d'Eymoutiers lui conféra, à l'unanimité, la première 
dignité de la collégiale Saint-Etienne ^ Mais le célèbre mission- 
naire ne devait pas tarder à renoncer bientôt, à tous ces honneurs 
ecclésiastiques, pour entrer à l'Oratoire. 



III. Les Œuvres charitables à Limoges. 

i« Rôle du clergé de Limoges pendant la peste de i6SL 

Après la défense de la foi, une des plus importantes attributions 
de la charge épiscopale avant la Révolution était la direction de 
l'Assistance publique. Le budget de la charité incombait presque 
exclusivement à l'Eglise. Sous ce rapport, le clergé de France n'a 

1. Gure de mille sept cents communiants, près Bussière-Badil (Dordogne), 
autrefois du diocèse de Limoges. 

2. Elle fut publiée sous ce Utre : Discours funèbres sur la vie et la mort du 
P, Le Jeune... prononcé par ordre et en présence de Mgr Tévêque de Limoges, 
par M. G. Ruben. Limoges, Martial Barbou, 1674, in -8. 

3. Mémoires domestiques, ihid., p. 93. 

4. Il la résigna en 1688 seulement. 

5. Elle était devenue vacante le 20 juin 1673, parla mort de Melchior de la Po- 
mélie, dernier prévôt. Voir Fabbé Ârbellot, Notice sur G. Ruben. Limoges, 1881. 



FBANQOIS DE LA FATETTE SKfi 

jamais manqué à sa mission. En éleTant des hôpitaux, des refuges, 
des asiles de tout genre, il a, par ses seules forées, créé le capital et 
assuré, pendant quatorze siècles, dans notre pays, le service gra- 
tuit de la charité ^. 

On avait donc droit d'attendre, de notre prélat, une générosité en 
rapport avec sa fortune et les devoirs de sa charge pastorale. On 
n'aurait pas compris, qu'il ne fit point une large part aux pauvres, 
dans Tusage des richesses, données surtout à TEglise pour lespau-» 
vres. Il ne pouvait pas se dispenser de donner, et de donner large^ 
ment. Quand, de plus, un mouvement général de réforme hospita* 
lière se produisait en France, il devait suivre les progrès de son 
siècle et améliorer le service de l'assistance. Nous verrons qu'à ce 
point de vue encore, François de la Fayette ne déçut pas les espé- 
rances de ses diocésains. 

On sait aussi, comment, dans les cas de nécessité extrême, les 
prélats les plus dévoués entendaient la pratique de la charité chré- 
tienne. Si la peste venait à éclater dans leur ville épiscopale, on 
les voyait, à l'exemple de saint Charles Borromée, s'y montrer 
véritablement le père et le consolateur de leur peuple. Non con- 
tents de donner leur fortune, ces prélats gentilshommes n'hési- 
taient pas à exposer leur vie au danger de la contagion, et à porter 
eux-mêmes aux pestiférés les consolations de la religion. Pour ne 
citer qu'un exemple de cette époque, on vit, en i6t29, l'évêque de 
Montpellier, Pierre Fenouillet, ami de saint François de Sales, 
redoubler de zèle dans une épidémie, qui affligeait alors sa ville 
épiscopale ; il porta lui-même des secours aux malades, et ne négli- 
gea rien de leurs besoins temporels et spirituels ^. 

L'année suivante, une occasion semblable d'exercer la charité se 
présenta à notre prélat. Il rentrait à Limoges, le 27 septembre IGHO, 
après avoir terminé sa tournée pastorale, quand la maladie épi- 
démique, qui ravageait alors l'Europe entière, fit son apparition 
dans un faubourg de la ville. Ce mal, désigné partout à cette épo- 
que, sous le mot générique de pestSy attaqua en Limousin, sous 
forme de <e pustullessur les bras, sur les jambes et sous les aisselles:». 
En même temps une famine terrible, provenant des cinq dernières 
années, désastreuses comme récoltes, réduisit les paysans à se 
nourrir d'herbes, de pain fait avec du chiendent et de la fougère \ 
Depuis le mois de septembre 1627, Taffluence des pauvres, par 
suite de la disette, fut si grande, que l'on fut obligé, de répartir 
par maison, à Limoges, l'assistance de chaque groupe de gens 
misérables *. 

Après le faubourg, l'épidémie s^engagea peu à peu, durant l'hi- 
ver, dans la ville et la cité. Néanmoins, le mal n'avait pas encore 
de caractère alarmant, quand, au début de février 1631, Tévêque 
François de la Fayette se rendit à Paris, pour assister, en qualité 

1. Abbé Sicard, L'ancien clet^gé, 1. 1, p. 457. 
2 Picot, Essai histoHque, t I, p. 234. 

3. Récits de V histoire du Limousin, Limoges, 1886, p. 323. 

4. Annales Mss., p. 398. 



206 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

de député de la province de Bourges, à rassemblée de comptes du 
clergé de France, dont Touverture eut lieu le 10 du même mois ^. 

Mais, au printemps suivant et surtout après les fêtes de Pâques, 
la peste s'était répandue dans tous les quartiers. Les personnes 
accoutumées au bien-être étaient particulièrement accessibles à la 
contagion. « Mal des riches », dit le chroniqueur Robert du Dorât. 
En présence du danger, la population de Limoges s'affola de peur. 
11 y eut foule aux portes de ceux qui voulurent fuir à la campa- 
gne, bourgeois, marchands, prêtres, tous « gens ayant de quoy ». 
Peu de temps avant, on avait vu la même désertion à Bourges, que 
six mille personnes abandonnèrent à la peste, pour gagner les 
champs. 

Dans cette conjoncture, on vit de notables ecclésiastiques, que la 
présence de l'évêque à Limoges aurait sans doute maintenus dans 
le devoir, déserter leur poste et suivre la masse des émigrants. Le 
curé de Saint-Pierre, Balthazar de Douhet ^, et celui de Saint-Michel, 
Henri Martin l^^ 3, conseiller et aumônier du roi, partis des premiers, 
s'excusèrent de leur mieux, pour ne pas revenir à la tête de leur 
troupeau *. « Il y a sujet de croire, déclarent à ce propos les consuls 
en charge, que la mauvaise volonté et opiniâtreté des dits sieurs 
curés en sera responsable devant Dieu. » . 

Cette expatriation effarée des gens « ayant de quoy » eut sa con- 
tre-partie honorable. Les institutions charitables étaient, à Limoges 
nombreuses et vigilantes ; et, comme tant de fois déjà, elles furent 
à la hauteur de leur tâche généreuse. Elles allèrent porter secours 
à la foule qui criait pitié et miséricorde aux portes des églises, et 
dans les rues des villes ^. Jésuites, Récollets ®, Carmes, filles de 
Sainte-Ursule, n'attendirent pas d'être appelés, pour accourir où 
était le devoir social etchrétien. Tous, au péril de leur vie, luttè- 
rent d'abnégation. On se plaît à citer le dévouement exceptionnel 
de deux prêtres communalistes de Saint-Pierre, Simon Fournier 
et Léonard Fallot, qui prodiguèrent les consolations et les soins, à 
plus d'une lieue hors des murs de Limoges. Les populations recon- 
naissantes des villages échelonnés sur la route de Saint-Junien 
voulurent, après la peste, appartenir à la paroisse de Saint-Pierre. 

Durant le temps de l'épidémie, les portes des églises Saint- 
Michel et Saint- Pierre restèrent ouvertes jour et nuit. Le chef de 

1. Mss. n. 34, p. 6. Cette absence de Tévêque de Limoges se prolongea jus- 
qu'au mois de juiUet, ibid. 

2. « 11 était à Paris pour quelque mission », rapporte M. Ardant : Saint-Pierre 
dU'Queyt'vix, p. 52. 

3. Il était de la famiUe de noblesse de robe de Limoges, qui avait donné Jean 
Martin, évoque de Périgueux (de 1600 à 1612). Gallia. 

4. Le curé de Saint-Maurice de la cité s'empressa aussi de quitter alors Limo- 
ges. M. Leroux, Géographie et histoire^ p. 132. 

5. Redis..,, ibid, 

6. Notons ici que «.la Chambre de santé », sorte de commission de quatorze 
membres recrutés dans les divers corps de ville, y compris le chapitre de Saint- 
Martial, institua officiellement deux religieux récollets, les P. François et 
Albert, aux fins d'administrer les sacrements dans la ville et hors la ville. 
Laforest, Limoges^ p. 184. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE SX)? 

Saint Martial et les aatres reliques étaient exposées ; car la fête 
septennale des Ostensions tombait cette année (1631), et pourtant 
le peuple de Limoges si dévot à ses saints, qu'il accourait de bon 
cœur les honorer, s*abstint cette fois, en partie retenu par la peur 
de la contagion. La clôture des Ostensions se fit presque dans une 
complète solitude, le mardi de la Pentecôte. 

Enfin, à la suite de la procession, faite le jour de saint Roch, à 
laquelle assistèrent les consuls parés de leurs insignes, la peste 
sembla décroître. Elle avait emporté, de mars à la fin de septembre 
1631, plusieurs milliers de personnes, à Limoges et dans sa 
banlieue ^. 

L'évêque François de la Fayette, revenu de Paris à sa maison de 
campagne d'Eymoutiers 2, où il passa les derniers mois de l'année, 
n'avait cessé, durant le temps de l'épidémie, c de répandre à 
pleines mains des bienfaits dans les asiles de l'indigence ». De 
retour bientôt dans sa ville épiscopale, notre prélat ordonna, pour 
le 22 février 1632, une procession générale, avec convocation des 
ordres religieux. Le lendemain de cette cérémonie, il fit célébrer à 
Saint-Etienne, un service général pour les victimes de la peste s, 

2» Réformes hospitalières. 

L'une des conséquences imprévues du terrible fléau, fut de tirer 
de l'inertie les magistrats de la ville et les quatre bailes nommés 
depuis 1545 par les consuls, et chargés de gérer les biensdes pau- 
vres, pendant quatre années, à tour de rôle. Ces administrateurs 
laïques, négligeant leurs devoirs à l'égard des pauvres de Limoges, 
François de la Fayette voulut prendre leur place, dès 1629. Comme 
il songeait, en effet, à exercer un contrôle sur la question de tous 
les petits hôpitaux de son diocèse *, le prélat ne crut pas que ceux 
de Limoges pussent être soustraits à son action. 

1. Six reUgieux des Petits- Cannes, des KécoUets, et plusieurs Ursulines pri- 
rent la mort au chevet des pestiférés. Le chiffre de vingt miUe victimes, indi- 
qué par les chroniqueurs, est fort exagéré. Laforest, Limoges, p. 188. 

2. La présence du sieur de Sainte-Marie, médecin de Tévéque à Eymoutiers, 
est signalée parles documents de cette époque. M. Leroux, Archives de la Haute- 
Vienne, E. Suppl., t. I, Introd. — Le chàteau-fort de Tévêque de Limoges à 
Eymoutiers s'élevait à 1 200 mètres du clocher de la collégiale de cette ville, 
sur un mamelon qui dominait les alentours, à côté de l'église paroissiale de 
Ssdnt-Pierre. François de la Fayette semble avoir eu une certaine préférence 
pour ce château et cette viUe, sur le ch&teau d'Isle des environs de Limoges, 
qu'il délaissa probablement, au moins quand il fut transformé provisoirement 
en séminaire. Du château d'Eymoutiers, et de l'église Saint-Pierre, il ne 
reste plus aujourd'hui que des ruines. Bulletin de Limoges, t. XL VII, p. 262. 

3. Laforest, ibid,, p. 190. 

4. Les hôpitaux avant la Révolution, dit l'archiviste Âutorde, étaient placés 
sous la haute direction du clergé ; les évêques en avaient, en quelque sorte, la 
tutelle administrative, et dans leurs tournées pastorales, les inspectaient au 
même titre que les cures, couvents ou abbayes, dans le cas même où ils étaient 
d'institution communale et où aucune congrégation religieuse n'y était atta- 
chée pour le service des malades. Leur contrôle ne se bornait pas, d'ailleurs, 



9ÛB UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

En 1619, son prédécesseur, Raymond de la Martonie, s'était déjà 
préoccupé de la situation des établissements hospitaliers. Les 
résultats de son enquête, consignés dans la préface des statuts 
synodaux de 1619, se retrouvent dans la seconde édition de ces 
règlements publiés, en 1629, par François de la Fayette. Ils méri- 
tent d'être rappelés ici : « Nous voyons, dit-il, à notre grand regret, 
comme beaucoup de biens, qui leur ont été pieusement légués par 
la charité de nos prédécesseurs, ont été si mal administrés par ceux 
qui en ont la charge, que plusieurs titres sont perdus, les édifices 
ruinés, les biens et héritages aliénés ou détenus par les usurpa- 
teurs, les fruits et revenus, divertis ou appliqués au profit des 
particuliers, les maisons démeublées, les pauvres et malades 
chassés ou si mal traités qu'ils sont contraints de vaguer et mendier 
ailleurs des lieux pour se retirer, et des aliments pour vivre, à la 
foule du peuple. Et, quant aux hôpitaux, où les pauvres sont reçus, 
l'ordre et la police y est si mal gardée, par la négligence de ceux, 
à qui l'administration en est commise, qu'ils servent de retraite à 
plusieurs hommes et femmes de mauvaise vie et aux fainéants, au 
lieu d'être le logement et l'habitation de ceux qui sont vraiment 
pauvres. De sorte que tous les règlements, qui ont été faits ci-de- 
vant pour ce regard, tant par le dernier concile provincial de Bour- 
ges, que par les évêques nos prédécesseurs, sont abolis ou tombés 
en décadence. 

A quoi, désirant apporter quelque remède, selon notre pouvoir et 
l'obligation que nous y avons, nous enjoignons à tous aumôniers, 
hospitaliers et autres, ayant charge des hôpitaux, hôtels-Dieu, 
maladeries dans le district de notre diocèse, de nous apporter, dans 
un mois, après la publication du présent statut, les titres et fonda- 
tions, ensemble les inventaires de tous les biens, meubles et im- 
meubles, et l'état des rentes et revenus des dites maisons ; à ce 
qu'ayant pris connaissance de ce qui appartient aux pauvres, nous 
donnions ordre et procurions, que le tout soit appliqué à son droit 
usage, conformément aux intentions pieuses des fondateurs. Et en 
cas de négligence, protestons d'y contraindre par les voies de 
droit. Et à ces fins, le présent statut sera lu et publié, en toutes les 
églises et paroisses du diocèse, par trois dimanches consécutifs, à 
ce que personne n'en prétende cause d'ignorance. -» 

L'évêque renouvelait ensuite les prescriptions des anciens statuts 
de 1519, et en formulait quelques autres, qui visent plus particu- 
lièrement l'ordre moral, dans tous les « lieux pitoyables » de son 
diocèse, comme l'interdiction des blasphèmes, la séparation des 
sexes, le renvoi des pauvres fainéants ^. Il recommandait aux curés 
• 

aux seuls points se référant à l'exercice du culte ; il s'étendait encore à toutes 
les questions variées, qui pouvaient intéresser l'organisation matérielle et la 
prospérité de ces établissements. A cet effet, ils adressaient, à la suite de leur 
visite, des instructions aux administrateurs, appelant leur attention sur les 
réformes et les améliorations, qu'ils avaient jugé utile d'introduire dans cha- 
que hôpital. Archives départ., Creuse, H. Supplément, Introduction. 
1. M. Leroux, Archives de la Haule-Vienne^ H. Supplément, Introduction. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 209 

des paroisses, où se trouvaient des hôpitaux *, de veiller à ce que 
les pauvres malades y soient particulièrement assistés et secourus 
en leurs nécessités corporelles et spirituelles, et de lui donner 
avis des désordres et des manquements qu'ils y remarqueraient. 
Dans le but de remédier aux abus qui se commettaient au préju- 
dice des pauvres, il défendait expressémentde faire aucunes quêtes 
extraordinaires, sans sa permission, dans les églises ou dans les 
maisons particulières ^. 

Piqués, de leur côté, d'une noble émulation, les consuls de Limo- 
ges tentèrent d'apporter quelques soulagements réels à 1^ misère 
publique. Leur œuvre, durant la peste de 1631, ne fut pas vaine, 
grâce au concours de la partie saine de la population. Le 8 décem- 
bre 1632, la question des pauvres fut soumise aux délibérations du 
corps de ville. Les consuls décidèrent, que tous les pauvres, tant 
de la ville qu'étrangers, recevraient, chaque semaine, une quantité 
de pain suffisante à leur nourriture, que les malades seraient mis 
dans les hôpitaux, et que les mendiants étrangers recevraient 
un subside, pour retourner chez eux. Les consuls désignèrent 
ensuite des personnes chargées de recueillir, de gérer et de repar- 
tir les aumônes dans les cantons de la ville 3. 

A cette époque, les établissements hospitaliers de Limoges, au 
nombre de huit, tous de vieilles fondations du moyen-âge, avaient 
besoin d'être relevés de leur ruine causée par les guerres civiles 
du seizième siècle. Leurs revenus avaient décru notablement; les 
édifices étaient délabrés et mal tenus, et les malades des deux 
sexes, foule grossière et indisciplinée, n'y trouvaient aucune des 
conditions d'assistance et de salubrité nécessaires. Dans le même 
temps, la voie publique, àLimoges, était encombréed'une multitude 
de vagabonds, de gens sans aveu, qui exploitaient la charité des 
habitants. L'évêque de Limoges, puis les consuls, avaient signalé 
ces maux, et indiqué les remèdes, mais aucune âme énergique 
n'avait encore tenté de les appliquer *. 

S« Principaux réformateurs de Vassistance publique à Limoges : 
Marie de Pétioty Martial de Maledent. 

Le même zèle, qui renouvelait alors les institutions catholiques, 
dans le diocèse de Limoges, s'étendit aux œuvres de charité : il 
anima du même esprit, une grande femme de cœur et un saint 
prêtre Marie de Petiot et Martial de Maledent. Ils eurent, tous deux 
le grand honneur de restaurer l'esprit de charité à Limoges, dans 
les classes riches et dans les rangs du clergé. 

Marie de Petiot, née en 1612, d'une ancienne famille de la bour- 

1. D*après M. Leroux, quarante-deux hôpitaux existaient en 1790 sur le terri-' 
toire actuel de la Haute-Vienne (qui correspond à un bon tiers seulement de 
l'ancien diocèse). 

2. Orilonnancei synod,, édit. 1703, p. 156. 

3. Registres consulaires , t. III, p. 285. 

4. Laforest, Limoges, p. 452 et suiv. 

14 



2K) UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

geoisie de Limoges, fut élevée au couvent des Ursulines, où elle 
voulut prendre rhabit, quand son éducation fut terminée. Obligée 
d'y renoncer par suite d'une paralysie, la jeune fille songea, à la 
mort de ses parents, dès 1634, à se consacrer au service des pauvres 
dans les hôpitaux. Deux ans plus lard, elle fit, avec l'autorisation 
de son confesseur, le P. Nicolas du Sault, aux hospices Saint-Gérald 
et Saint-Martial, quelques courts séjours, que la faiblesse de sa 
santé ne lui permit pas de prolonger. 

Quand elle rentra à Saint-Gérald, en 1648^, elle y trouva une 
autre courageuse femme, Hélène Mercier et Pierre Mercier, son 
frère, qui, avec leurs seules facultés et leurs seuls biens, avaient 
tenté depuis dix ans la tâche malaisée de secourir les trente pauvres 
de l'hôpital, et de retarder ainsi, à force de zèle, la ruine imminente 
de l'établissement. Cette même année, Martial de Maledent, qui 
avait à sa cousine, Marie de Petiot, de grandes obligations, et attri- 
buait à ses prières, sa vocation sacerdotale, prit en main ouverte- 
ment la défense de sa cause, blâmée par sa famille et attaquée par 
un vicaire général. Il ménagea ainsi, pour l'avenir, à ces amis des 
pauvres, la faveur et l'appui de notre prélat 2. 

Bientôt après, Martial venait lui-même les rejoindre, et les aider 
de son expérience, en prenant comme administrateur, la direction 
de l'hôpital. En ce temps-là, dit M. Leroux, la charité revêtait par- 
tout la forme ecclésiastique, parce qu'elle procédait partout de l'es- 
prit de l'Église, dans cequ'il ade pluspur. L'un des premiers soins 
de Marie de Petiot fut de faire dédier, en 1648, par notre prélat, la 
chapelle de l'hôpital à saint Alexis, le patron des pauvres; c'était 
désigner, par avance, le patron de l'hôpital général. 

Puis, au bout de dix années, le 26 octobre 1657, elle prit l'habit 
religieux avec Hélène Mercier, sa confidente habituelle. Une pro- 
che parente de Marie de Petiot, une jeune et riche veuve, de la 
Planche, née Anne Descordes de Gry, imita bientôt leur exemple, 
et la communauté des Sœurs hospitalières de Saint-Alexis se trou- 
va constituée (1657-1659) 3. 

i. Dans l'intervalle, Marie de Petiot avait résidé, en qualité de bienfaitrice, 
un an ou deux au couvent do la Visitation de Limoges. Laforest, ibicL^ p. 416. 

2. Sous l'empire des préventions de la famille Petiot, Antoine Saige, vicaire 
îrénéral, avait représenté à l'évèque de Limoges, qu'une fille impotente et in- 
firme, loin de faciliter le service des pauvres, ne serait au 'contraire qu'un em- 
barras, et il avait obtenu une ordonnance épiscopale, aux termes de laquelle 
Marie de Petiot était personnellement exclue de l'hôpital. Instruit de ce qui se 
passait, Martial de Maledent, de concert avec le baron doFromental, vit le com- 
mandeur de la Fayette, frère de l'évèque, l'intéressa à Marie de Petiot, et tous 
les trois parlèrent au prélat. Les intentions de l'évèque étaient droites ; sa 
religion avait été surprise : l'ordonnance fut rapportée. Informé des grandes 
qualités et des vertus de la senante des pauvres, le pontife, passante son égai-d 
de la prévention à la bienveillance, lui accorda les plus précieux encourage- 
ments. En sa considération, le prélat permit que le Saint-Sacrement fût con- 
servé dans le tabernacle de la chapelle de l'hôpital. Laforest, ibid., p. 418. 

3. Les misères de la Fronde, qui furent considérables en Limousin^ avaient 
excité auparavant le zèle de ces femmes de cœur. M. Leroux. Archives hospi- 
laL, t. vu. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTB iMt 

Marie de Péliot, poursuivant résolument son but, avait fait poser, 
en 1656, la première pierre de la maison conventuelle de Saint- 
Alexis. Sa construction fut due principalement aux générosités de 
la fondatrice, de l'évêque de Limoges et de Martial de Maledent. 
Ce saint prêtre, qui avait coutume de célébrer la messe à l'hôpital, 
fit construire en même temps, à ses frais, l'église Saint-Alexis, au- 
jourd'hui encore subsistante, en acquittement d'un vœu qu'il 
avait formé dans la chapelle, le 2 février 1658. Le bâtiment conven- 
tuel des Sœurs hospitalières se trouva achevé au commencement 
de l'année 1659. Quelques mois plus tard, les nouvelles religieuses, 
qui &n avaient pris possession, obtinrent, dans une assemblée de 
ville, convoquée le 15 mai, la reconnaissance officielle de leur 
communauté ^. 

4« Fondation de rhôpital général de Limoges. 

Sous l'action de l'ordonnance royale de 1656, qui prescrivait, 
pour chaque grande ville, la réunion de tous les petits hôpitaux 
existants, en un seul établissement etattribuait à l'État un droit de 
co-direction dans chaque « hôpital-général » 2, M. de Maledent, 
« le Vincent de Paul » de Limoges, avait eu assez de crédit, grâce 
au concours de ses confrères du Saint-Sacrement, pour faire déci- 
der, le 4 novembre ^1657, dans une assemblée générale de ville, 
l'application immédiate de cette mesure à la transformation de 
l'hospice Saint-Gérald, le plus important déjà des anciens établis- 
sements d'assistance publique à Limoges. 

A la suite d'une double quête, alimentée surtout par les dons 
considérables de l'évêque de Limoges, et par les propres généro- 
sités du promoteur de l'œuvre, Martial de Maledent fit bâtir, à Saint- 
Gérald, deux vastes corps de logis, l'un pour les malades, l'autre 
pour les pauvres de la ville. 11 construisit aussi une chapelle 
intermédiaire, l'église Saint-Alexis, qui permettait aux malades 
des deux sexes, répartis dans des salles séparées, d'assister à la 
messe. Les constructions nouvelles, commodes et spacieuses, de 
manière à pouvoir loger cinq cents pauvres, étaient presque ache- 
vées, au printemps de 1659; à cette même époque aussi deux nou- 
velles communautés, celle des Sœurs hospitalières, et celle des 
prêtres de. la Mission, qui devaient se charger du service spirituel 
des pauvres, se trouvaient organisées. 

Sur la demande de « M. de Savignac », une assemblée générale 
de ville fut convoquée, le 19 mai 1659, pour recevoir communica- 
tion des projets, qu'il venait de réaliser. Le corps entier des 
citoyens résolut, d'une commune voix, de poursuivre la consécra- 
tion officielle de ce grand ouvrage, dont « M. de Savignac était le 
premier mobile », en demandant au roi les lettres patentes néces- 
saires, pour l'érection de Saint-Gérald en « Hôpital général », avec 
tous les privilèges afférents à cette institution. 

1. Laforest, Limoges ^ p. 425 et suiv. 

2. Cette ordonnance, rédigée par Colbert, avait été inspirée directement pcr 
Vincent de Paul. 



212 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

L'évêque de Limoges et Tabbé de Saint-Martial donnèrent à la 
délibération des trois ordres de la ville, leur approbation, le mois 
de juillet suivant. François de la Fayette présenta lui-même au 
gouvernement royal, la l'equête des habitants de Limoges. La ré- 
ponse ne se fit pas trop attendre, puisque les lettres patentes, qui 
autorisaient la fondation, sont datées de décembre 1660. Le roi, se 
conformant aux vœux des consuls de Limoges, leur permettait de 
grouper, en un faisceau, tous les anciens établissements, et, dans 
ce but, il transmettait à l'hôpital général Saint-Alexis, tous les 
biens et revenus des hôpitaux Saint-Gérald, Saint-Martial, la Mai- 
son-Dieu, Saint-Jacques, et d'une dizaine de confréries de charité et 
aumôneries diverses. 

L'année 1661 fut employée à exécuter, à Saint-Gérald, les prin- 
cipales stipulations des lettres patentes. La plus difficile consistait, 
à renfermer de vive force dans 1 e nouvel hôpital, les bandes de 
mendiants, oisifs et débauchés, qui couraient la contrée, et fon- 
daient sur Limoges, quand ils étaient repoussés de partout. On prit 
alors prétexte des désordres qu'ils causaient, pour fermer, un beau 
jour (le 5 décembre 1661), les portes de la ville, et faire main basse 
sur tous ceux qu'on put découvrir. Nul ne songea à se scandaliser 
de ce procédé sommaire, que Paris avait d'abord employé. «Cha- 
cun s'estima heureux, dit Mesnagier, dans sa chronique, de ne plus 
voir, dès lors, des mendiants par les rues de la ville. » 

Grâce au zèle de Martial de Maledent, les institutions hospitalières 
se rajeunirent à Limoges, à l'égal des autres institutions de la piété 
catholique. A vrai dire même, ce rajeunissement fut plutôt une 
sorte de révolution dans le régime hospitalier. Le nouvel établisse- 
ment, en concentrant à son profit les forces éparses, que les anciens 
hospices représentaient, avait une puissance d'action, qui devait 
dépasser la somme des puissances individuelles, afTérentes à cha- 
cune des anciennes maisons d'assistance. Tous les dévouements, 
toutes les générosités, toutes les préoccupations allaient désormais 
se tourner vers l'Hôpital général, qui, d'ailleurs, par la division des 
services, pouvait prétendre à reproduire les destinations spéciales 
de chacun des hôpitaux supprimés. 

Les lettres patentes réglaient, d'autorité, le mode d'administra- 
tion de l'Hôpital général. Le nouveau bureau se composait, non pas 
de quatre bailes, mais de dix notables habitants, choisis par les 
corps constitués de la ville : il comprenait de droit, deux ecclésias- 
tiques, outre le président. L'évêque, ou son grand-vicaire, devait 
présiderles délibérations du bureau ^. Le nouveau régime,on le voit, 
ne diminuait point l'influence légitime du clergé sur la direction 
de l'assistance publique ; le changement notable, en vertu duquel 
l'élément laïque avait la prédominance dans le Bureau, était d'ail- 
leurs conforme aux traditions de l'Église, qui avait depuis long- 

1. Le droit de préséance de l'évêque de Limoges, dans les assemblées du 
bureau, donna lieu pourtant à des contestations, après la mort de notre pré- 
lat ; car, le 24 mars 4681, le roi confirmait ce droit, d'une manière définitive, à 
Louis d*Urfé, son successeur. Mss. n. 11, t. I, p. 621« 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 213 

temps confié la gestion de ses biens paroissiaux à des laïques, 
plus compétents sur ce point que des ecclésiastiques. 

Les lettres patentes de 1660 avaient assuré à l'Hôpital général la 
jouissance de divers privilèges, à l'exclusion de toute autre corpo- 
ration, notamment le droit de fournir les tentures, et autres acces- 
soires des inhumations, à beaux deniers comptants, l'assistance 
tarifée des pauvres, en nombre plus ou moins considérable, dans 
les riches convois, et le monopole du débit de la viande, pendant 
le Carême. Néanmoins, les revenus de l'Hôpital général s'accrurent, 
principalement des donations subséquentes des généreux bienfai- 
teurs, au nombre desquels cet établissement comptait en première 
ligne, avant la Révolution, François de la Fayette et ses succes- 
seurs. 

Sous la direction immédiate du bureau, venaient les religieuses 
hospitalières de Saint-Alexis, et les prêtres du futur séminaire de 
la Mission, aumôniers des pauvres. Cette communauté, qui eut 
pour fondateurs, en 1659, Martial de Maledent et Pierre Mercier, 
s'abrita dans une maison du prieuré de Saint-Gérald, en attendant 
la construction nouvelle. 

Dans l'intérieur de l'hôpital, les hommes étaient séparés des 
femmes. Les pauvres coupables et les fous dangereux étaient enfer- 
més dans des salles ou cellules spéciales. On divisait les enfants en 
trois classes : les plus petits apprenaient à aimer Dieu et à lire ; les 
moyens s'occupaient à filer le coton ; les grands garçons à partir 
de quinze ans travaillaient comme les hommes valides dans des 
manufactures, à préparer des laines ou à de gros ouvrages. Le ser- 
vice des enfants trouvés fut organisé à l'origine par Martial de 
Maledent. Des nourrices s'occupaient dans les campagnes des 
pupilles de l'hôpital. 

Les pauvres de cet établissement étaient tenus d'assister en corps, 
aux offices du dimanche et aux processions publiques. Leurs lon- 
gues théories, au matin des solennités, défilaient humblement 
par les rues de Limoges. Les membres du bureau de l'hôpital assis- 
taient en corps dévotement, à la clôture des ostensions et aux 
principales fêtes de l'année. 

Dès l'origine, on distingua soigneusement, entre les diverses 
misères qui venaient s'abriter à l'hôpital, et y faire un séjour plus 
ou moins prolongé. A côté des malades incurables, il y avait les 
indigents, souvent même des pauvres étrangers, qui ne faisaient 
que passer. On leur distribuait la soupe et des vivres deux fois par 
jour. Une fois congédiés, après deux ou trois nuits, ces indigents 
reprenaient leur bâton et leur besace, pour aller quêter ailleurs 
même secours et même abri. Et il en était de môme par toute la 
France ^. 

1. Tous les détails qui précèdent sont tirés de Texcellente Introduction de 
M, Leroux, archiviste. Archives de la Haute-Vienne^ H. Supplément : Laforest, 
Limoges et Labiche, Vies des Saints. Notices concernant M. de Savignac et 
Marie de Petiot. 



214 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

5^ L'assistance des pauvres malades à domicile et Marcelle Germain. 

Le petit hospice des Récollets de Saint-François, fondé en 1614, 
sous l'inspiration de Bardon de Brun, était une association de reli- 
gieux, qui secouraient à domicile les pauvres malades. A part cette 
œuvre, exclusive au hommes, il n'y eut pas, à Limoges, d'autre ins- 
titution de ce genre avant 1656. De môme que l'Hôpital général de 
cette ville s'était constitué l'un des premiers en province, sur le 
modèle de celui de Paris, de même, à cette époque, sous l'influence 
des exemples de la charité parisienne, s'organisa à Limoges, et 
dans la plupart des villes du diocèse, l'assistance des pauvres 
malades de toute condition. 

Les règlements des nouvelles associations furent calqués en 
effet, du moins en partie, sur ceux que Vincent de Paul avait donnés 
aux Dames de Charité. Le P. Le Jeune fut l'initiateur principal, en 
Limousin, de cette œuvre. Grâce à l'appui de notre prélat, et au 
concours toujours efficace de la Compagnie du Saint-Sacrement, le 
saint missionnaire établit des confréries de charité, partout où il 
donnait des missions. Les premières dames de la société, à Limoges, 
se groupèrent autour de la veuve d'un pauvre libraire, Marcelle 
Germain, fondatrice du couvent de la Providence. Ses filles eurent 
dans cette ville, le même rôle que les Filles de la Charité de Louise 
de Marillac, à Paris. Mesdames de Rigolène et de Petiot s'hono- 
rèrent de déférer à Marcelle Germain la présidence de l'œuvre, et 
de lui être adjointes, en qualité, l'une d'assistante, et l'autre de 
trésorière. 

La confrérie des Dames de] Charité de Limoges, après avoir tenu 
sa première assemblée dans l'église de l'Oratoire, rue Manigne, 
(juillet 1656), se réunit dans la petite chapelle de la maison de 
Mme Germain, en face et rue du Collège. Forts de l'appui et des 
encouragements de l'évêque et du P. Le Jeune, Gabriel Ruben 
et son frère Jacques, directeurs spirituels de la Providence, aidè- 
rent de tout leur pouvoir la fondatrice, à triompher des nombreux 
obstacles, que rencontra l'établissement de cette première asso- 
ciation. 

Les résultats que produisit cette œuvre d'assistance des pauvres 
malades en Limousin furent merveilleux. Ecoutons ce que le pané- 
gyriste du célèbre Oratorien, l'un des témoins les mieux placés 
pour la juger, nous en révèle : « Ces sociétés si saintes des Dames 
de la Charité qu'il a érigées par votre autorité, Monseigneur, dans 
tous les lieux de votre diocèse, seront de perpétuels monuments 
de l'amour qu'il avait pour les pauvres. Il leur a inspiré une con- 
duite si douce et des règles si saintes, que, lorsque ces personnes, 
qui composent ces compagnies, s'en acquittent dignement, elles 
délivrent une infinité de misérables de l'une et de l'autre mort, 
guérissant les uns, qui périraient infailliblement sans leur secours, 
et procurant les sacrements à plusieurs autres... J'ai vu, même dans 
de petites villes, des fruits merveilleux de ces sociétés. La ferveur 
4es personnes c|ui les composaient m'a donné de Tétonnement ; 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE ÎJ15 

riniquité, avec tous ses déguisements, avait bien de la peine à se 
dérober au zèle dont elles étaient remplies ; elles Taltaquaient par- 
tout, et, n'étant pas moins touchées des misères de Tàme que de 
celles du corps, elles travaillaient, avec une vigueur égale, à la con- 
version des pécheurs et au soulagement des misérables. L'illustre 
compagnie des Dames de la Charité de cette ville, est la fille aînée 
de son zèle pour les pauvres, et la mère de toutes les autres qui 
sont dans le diocèse... ^. » 

1. Abbé Arbellot, G, Ruben, p. 6 et 12. Laforest, Limoges, p. 391. 



CHAPITRE VII 

RAPPORTS DE FRANÇOIS DE LA FAYETTE AVEC SON CLERGÉ. 

Traits saillants du caractère de François de la Fayette, 

Fermeté et douceur, telle nous semble avoir été la règle de con- 
duite, et en quelque sorte la devise de notre prélat, à l'égard de 
tous ses collaborateurs. « La charité fut une de ses vertus favorites ; 
il n'en négligea aucune branche. Il était petit avec les petits, r and 
avec les grands ; il se fit, comme saint Paul, tout à tous, p r les 
gagner tous à Jésus-Christ ^ .» Certes, son éducation prer ire et 
sa longue résidence à la cour de France, avaient déveloj . en sa 
personne, des qualités brillantes d'une suprême distinction, qui 
reluisent encore dans ses portraits 2. 

Nous savons qu'il était simple avec dignité, grand sans faste ; on 
l'abordait sans crainte, mais avec respect. II n'avait rien de ce qui 
intimide, mais rien aussi de ce qui provoque la familiarité 3. « On j 

voyait toujours sur son front un air riant, et une certaine joie, qui 1 

semblait être peinte sur ses joues *. Une tendresse amicale faisait ! 

partie de son caractère, bon et charitable envers les gens soumis, 
autant que ferme et inébranlable envers certains esprits chica- 
neurs, qui ne se repaissaient que de tracasseries... Il punissait 
pour corriger, et non pour mortifier ou pour humilier. Bon avec les 
bons, charitable envers les faibles, il avait besoin d'être /e)*m« avec 
les revêches et les négligents, pour remédier efficacement au grand 
nombre d'abus et de désordres invétérés, que l'ignorance et les 
ténèbres des siècles précédents (sic) avait introduits dans son cler- 
gé... Il savait, d'ailleurs, se plier au temps et aux circonstances ; 
autant il montrait de fermeté dans le maintien de ses droits épisco- 
paux, autant il faisait paraître de douceur et de bonté, dès qu'il 
s'agissait d'obliger des sujets soumis... ^ » 

Les traits saillants de notre prélat étant ainsi mis en relief, on 
comprendra mieux, comment il sut utiliser, dans son diocèse, les 
principaux moyens de réforme ecclésiastique. Comme les liens de 
soumission à l'autorité légitime de l'évêque s'étaient relâchés 

I.Mss. n. 34, p. 4. 

2. Ces deux tableaux de l'époque, peints à l'huile, sont conservés, Tun le 
plus grand, dans la salle des exercices du grand séminaire, l'autre, dans une 
galerie de l'ôvêché de Limoges. Le prélat y est représenté par l'artiste avec 
une physionomie douce et souriante, et des mains d'une grande finesse. l\ 
porte la moustache à la mode du temps, et avec une grâce spirituelle comme 
Richelieu. On remarque l'aisance du prélat gentilhomme, et l'habitude de la 
représentation dans la noblesse de sa tenue, de même que la supériorité de 
son esprit, dans l'air vif et perçant de ses yeux. 

3. Mss. n. 34, p. 3 et 23. 

4. De Périère, Oraison funèbre, 

5. Mss. n. 34, p. 5, 13, 24. 




François de la pAYKTTh. H\èque de Limoges (i^îy-i-;' 

D'jprh une p>€inture de l'épomn. cnniervée au ^and SéminiJtre de l.tmoi^^i 



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François de la Fayette, Évêque de Limoges (1627-1676) 

D'après une peinture de l'époque, conservée au grand Séminaire de Limoges 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 217 

depuis longtemps, comme les droits de la dignité et môme de la 
juridiction épiscopale étaient contestés de certains < corps » indé- 
pendants, la première préoccupation de François de la Fayette fut 
de les maintenir à Tabri de tout empiétement. De là des débats et 
des querelles incessantes, soutenues par notre prélat avec énergie, 
et souvent avec succès, contre les chapitres, les prévôts, les abbés 
et les abbesses de son diocèse. 

L'examen des procès-verbaux de ses synodes complèlera pour 
nous l'enquête de ses visites pastorales, et nous révélera, avec les 
abus qu'il travailla à extirper, les restes de la profonde décadence 
dont il releva son clergé. Nous rapporterons enfin l'étude des deux 
grandes institutions, qui transformèrent entièrement le clergé 
limousin au dix-septième siècle : les conférences ecclésiastiques et 
les séminaires. 

I. Rapports de l'évêque avec son chapitre cathédraL 

Rien n'était plus commun, à cette époque, que des querelles 
interminables entre évêque et chanoines, sur des questions qui nous 
paraissent aujourd'hui bien mesquines, mais qui, alors, avaient 
le don de passionner les esprits, sans altérer pour cela la bonne 
harmonie des cœurs. On plaidait des années entières, pour un droit 
de préséance, pour un privilège quelconque. Et l'on ferait une 
bibliothèque avec la foule des pièces de procédure, auxquelles ces 
procès donnèrent naissance. Aucun évêque de ce temps-là (peut- 
être) n'ayant été exempt de semblables misères, il est tout naturel 
que le nôtre n'y ait pas échappé, et, s'il finit par triompher ordi- 
nairement, ce ne fut pas sans peines et sans ennuis ^. 

« Ce qui inquiétait, en effet, le plus l'évêque de Limoges, c'était 
de se voir sans cesse chicané (sic !) par un corps qui aurait dû 
donner à tous les autres ecclésiastiques l'exemple de la soumission, 
du respect et de l'union qui doit régner entre un chef et ses mem- 
bres 2. 1» Dés le début de l'épiscopat de François de la Fayette, la 
discorde qui avait attristé son arrivée à Limoges, et qui avait été 
apaisée par l'entremise de Tabbé deGrandmont, serallumabientôt, 
entre le prélat et le chapitre de sa cathédrale, au synode du 19 oc- 
tobre 1628. Il s'agissait encore cette fois d'une simple question de 
protocole. L'évêque s'était placé dans la chaire du doyen, en habits 
pontificaux, avec la crosse et la mître. Le chapitre l'envoya som- 
mer par son procureur, de ne plus occuper cette place que lors- 
qu'il porterait le surplis et l'aumusse en été, et la chape noire en 
hiver. Notre prélat maintint son droit par le seul prestige de sa 
fermeté, qui ne trouva dès lors, de ce côté, aucune autre résis- 
tance 3. 

La paix, néanmoins, fut de nouveau troublée, à l'occasion de la 
procession du Jubilé de 1630, que le pape avait accordé pour la 

1. Abbé Charpentier, Louis de Grignan. Paris, 1899, p. 127. 

2. Mss. 34, f. 26. 

3. Ibid., p. 1. 



218 CN »IÉCLR nR VîE rcclé.mïasttqî:e rn province 

préservation de la peste, qui sévissait en Europe. L'evèque de 
Limoges avait indiqué la procession pour le deuxième dimanche 
du Carême (24 février), et il avait ordonné qu'on irait de la cathé- 
drale à la colIéj:fiale de Saint-Martial. Lechapitre exigea de lui qu'il 
s'y trouverait sans rochet ni camail, et il Tinforma, qu'autrement 
aucun chanoine ne le suivrait. Le prélat leur fit entendre, qu'il 
ne lui serait pas convenable, dans une pareille solennité, de porter 
la chape noire (qu'on appelait alors domino )f au lieu des mar^ 
ques^distinctives de sa dignité. Les chanoines n'y voulurent point 
consentir. 

L'évéqne convoqua donc, le lendemain, à Téglise Saint-Martial, 
rassemblée des corps ecclésiastiques et du peuple. Le même jour, 
î2îî février, le chapitre flt des propositions aux abbés et aux reli- 
gieux des monastères de Saint-Augustin et de Saint-Martin de 
Limoges, pour les détourner de se rendre à Saint-Martial, au jour 
assigné, alléguant, « que de temps immémorial, ces abbayes avaient 
une alliance spirituelle avec la cathédrale, que ses religieux assis- 
taient particulièrement aux principales solennités de cette église, 
qu'ils avaient rang et droit de chanter au chœur de Saint-Etienne, 
et que de tout temps, ils ne s'étaient trouvés aux processions du 
clergé, que quand les mem^bres du chapitre y prenai«it part. Dans 
le ca« présent, comme Monsieur l'Evêque, après avoir indiqué, par 
affiches publiques, la cathédrale comme lieu de réunion, pour la 
procession du Jubilé, avait désigné ensuite Téglise de Saint-Mar- 
tial, contre tout droit et toute coutume^ les abbés et religieux 
étaient avertis que les doyen et chanoines de la cathédrale n'as- 
sisteraient point à cette procession. » 

Cette ouverture faite de la part du chapitre aux abbayes de Limo- 
ges était, on le voit, un acte de subornation et de révolte contre 
l'évéque. Par bonheur pour notre prélat, les religieux ne voulu- 
rent pas s'unir aux chanoines insoumis, dont l'inquiétude leur 
parut au moins inconvenante de cette circonstance. Malgré le refus 
des abbayes, de faire avec lui cause commune, le chapitre persista 
dans ses idées de résistance, et fît, de sa propre autorité, dans Ten- 
ceinte de la cité, une procession publique, le même jour et à la 
même heure, ou Tévêque présidait dans la ville-chàleau la pro- 
ce9?*ion générale du Jubilé. 

Cette grave contestation donna lieu, on le comprend, à an pro- 
cès, entre le prélat et ses chanoines devant le Parlement de Bor- 
deaux. Par amour de la paix, Téveque de Limoges accepta rentre- 
mise du premier président de cette cour, M. de Bernet *, et signa, 
le 10 octobre 16:30, la transaction, qui lui fut proposée sur ce litige 
et sur plusieurs autres. Cet accord, sur les termes duquel notre 
prélat devait revenir plus tard (1664), rétablit, pour quelques an- 
nées, la bonne inlelligence entre les parties adverses. Leurs droits 
respectifs étaient, du moins, réglés par cet acte, et tout prétexte de 
discussion était ainsi prévenu sur de semblables sujets. 

1. Ce magistrat était originaire de Saintes, et allié à la tamïïLe de Alaledent. 



TRANÇOIS DE LA FAYETTE 21ft 

L'évêque, qui avait fait de très larges concessions, vécut désor- 
mais tranquille, et le chapitre se félicita d'avoir donné son con- 
sentement à un compromis honorable, et surtout avantageux à ses 
prétentions ^. Néanmoins, les dispositions agressives des chanoines 
se manifestèrent particulièrement dans les synodes, qui furent 
tenus entre 1640 et 1650. Ils ne laissèrent alors échapper aucune 
occasion d*importuner Tévêque d'incessantes querelles, au sujet de 
ses ordonnances les plus importantes qui méconnaissaient selon 
eux, leur privilège d'exemption 2. Mais, de tous les différends qui 
s'élevèrent alors entre eux, le plus pénible pour notre prélat se 
rapportaaux prédications d'un saint religieux, son ami, le P. Martial 
de Brive, capucin 3. 

L'occasion de la rupture fut un manque de déférence, plus ou 
moins volontaire, de la part de l'évêque, à l'égard d'un corps, 
qui n'en avait guère poiir lui. Le prélat n'ayant pas envoyé un 
ecclésiastique à la cathédrale, pour donner connaissance au chapi- 
tre, du nom et de la qualité du prédicateur qu'il avait nommé 
pour l'A vent et le Carême de 1647-1648, ainsi qu'il l'avait fait par 
exception, l'année précédente, les chanoines de Saint-Etienne 
témoignèrent leur mécontentement, en n'assistant pas, de con- 
cert aux sermons de ces deux stations. Non contents encore de 
cette abstention significative, ils rendirent à la cathédrale la prédi- 
cation impossible. Ils y faisaient chanter la grand'messe, à l'heure 
où le Père devait prêcher, le matin. 

Devant une pareille obstruction; après avoir essayé vainement, 
le l«r décembre 1647, de menacer les chanoines de recourir au bras 
séculier, pour l'exécution de ses ordres *, le prélat fit prêcher les 
stations, dans l'église paroissiale de Saint-Maurice de la Cité. Il 
maintint même cette pratique, les années suivantes, malgré les 
protestations indignées du chapitre. Celui-ci eut beau obtenir un 
arrêt du Parlement de Bordeaux, du 17 décembre 1648, qui enjoi- 
gnait de remettre les prédications à la cathédrale, l'évêque de 

1. Mss. n. 34, p. 5. 

2. Ibid., p. 13-14. 

3. Martial Dumas, de son nom de famiUe, naquit à Brive, vers la An du 
seizième siècle! Les Dumas appartenaient à la haute bourgeoisie de ceUe ville. 
François Dumas, père de Martial, lieutenant général au Présidial de Drive, 
était un des magistrats les plus estimés de. son temps. Il fut député de Drive 
pour le Tiers-Etat, en 1614. Après avoir fait ses études classiques à Paris, Mar- 
tial Dumas alla à Toulouse, suivre les cours de droit. Mais, à peine arrivé dans 
cette ville, le jeune étudiant entra dans l'Ordre des Capucins. Plein de zèle, 
il se consacra au ministère de la prédication, et y obtint des fruits merveilleux 
dans les principales chaires du Midi, oiril porta la parole. Pendant son séjour 
à Limoges, le P. Martial reçut l'hospitalité chez Tun des six consuls de la ville, 
Pierre du Boys, sieur de Chamboursat. Il mourut en Guyenne, en 1653. Il eut 
un talent poétique très remarquable, qui Ta fait considérer, d'après ses œuvres,' 
comme le meilleur des poètes capucins. Voir Texcellent article de M. Clément 
Simon, Bulletin de Brive, t. X, p. 451 et la noUce de Tabbé Arbellot, Martial de 
Bnve, Tulle, 1893. 

4. Voir rordonDance de révéque de T^imoges, pour le prédicMeur de 8fi catbé- 
4rale. Mss. p. 18, t. m, p, 527. 



220 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE . 

Limoges en fut quitte, pour un appel au conseil privé du roi, où 
il avait droit d'évocation de ses causes, par suite d'un privilège de 
commitimusy particulier aux officiers ecclésiastiques qui avaient 
servi à la cour de France ^. 

On comprend, qu'au milieu de cette lutte ouverte, les chanoines 
ne fussent portés à commettre, sur l'autorité épiscopale, quelque 
nouvelle entreprise. C'est ce qui arriva en 1649: le chapitre s'arro- 
gea le droit de nommer des députés à la Chambre ecclésiastique, 
appelée aussi bureau diocésain 2. Notre prélat déféra cet acte d'u- 
surpation de ses droits, au jugement de la Chambre provinciale et 
souveraine de Bourges, qui débouta, en cette même année 1649, le 
chapitre de Limoges de ses présentations. 

Une fois lancé dans cette voie de la résistance, l'ardent prélat, 
d'un tempérament autoritaire, fut porté peut-être à dépasser les 
limites de ses droits, et à ne pas tenir compte toujours de certains 
usages, qui servaient de règle, dans la solution de certaines affaires 
mixtes, sous prétexte que son chapitre était « opposé souvent à 
ses bons desseins ». Les faits suivants semblent l'indiquer : le 
chapitre de Limoges avait obtenu, en 1650, un arrêt du Parlement 
de Bordeaux, qui ordonnait, que les droits et les défauts synodaux 
(absences non justifiées des synodes, alors taxées d'une amende) 
seraient employés selon l'usage ancien à la réparation de la cathé- 
drale, et en conséquence levés et mis entre les mains du receveur 
du chapitre. Le prélat vit dans cet arrêt, qui n'avait rien d'excessif, 
une nouvelle entreprise de ce corps sur les droits épiscopaux : il 
fit encore appel, et évoqua l'affaire au conseil privé. 

Précédemment, en plusieurs occasions, l'évêque n'avait pas tenu 
compte des prétentions du chapitre, dans des questions qui l'in- 
téressaient. Quand le pape accorda, en 1641, pour la paix, un jubilé 
qui devait durer trois mois, le prélat fit en conséquence un man- 
dement, pour en ordonner la publication, sans prendre conseil 
de ses frères les chanoines. Le chapitre fit ses protestations contre 
ce manque d'égards, et l'affaire en demeura là. 

Au synode suivant du l*»* mai 1642, le prélat informa son clergé 
qu'il avait résolu de faire imprimer un nouveau rituel. Les dépu- 
tés de la cathédrale lui répondirent, qu'ils consentaient à ce pro- 
jet, pourvu qu'il fit mettre à la première page, et au fitre du livre, 
qu'il était édité « de l'avis et consentement de nos vénérables 
frères les doyen et chanoines de notre église », que ceux qui 
seraient délégués par le chapitre, assisteraient au contrat, qui 
serait fait avec l'imprimeur. Quelques mois après, le dessein de 
l'évêque n'était pas encore réalisé. Dans le synode, tenu le 23 octo- 
bre, la question du rituel fut reprise; les députés de la cathé- 
drale déclarèrent de nouveau, que, s'il n'était pas conforme à 

4. Mss. n. 34, p. 17. 

2. Les six conseillers-députés, qui fonnaient le bureau, avec le grand-vicaire» 
comme président, et le syndic du clergé, étaient tous nommés par Tévêque de 
Limoges, quand il lui plaisait, et proposés au premier synode, qui se tenait 
après leur élection. Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 305. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 22j( 

l'ancien livre dans les mentions de son titre, le chapitre ne le 
recevrait pas. L'évêque de Limoges répliqua « qu'en cette occur- 
rence, comme en toutes les autres, il garderait ce à quoi les saints 
canons et l'usage des églises bien policées l'obligerait ^ ^. 

Notre prélat se montra par contre plus conciliant dans ses règle- 
ments de l'office divin. Ce qu'il fit particulièrement, au sujet des 
éditions du bréviaire diocésain, nous prouve, qu'il ne jugeait pas 
toujours inutile, dans ces questions de livres d'église, le consente- 
ment de ses chanoines. D'ailleurs des traditions locales bien éta- 
blies le lui rendaient indispensable. La cathédrale de Limoges se 
servit, de 1587 jusqu'en 1736, du premier bréviaire bien condi- 
tionné, qui avait été rédigé, sous Jean de Laubespine, par les plus 
doctes chanoines de Saint-Etienne, conformément au bréviaire 
romain 2. 

Dès 1605, le chapitre de Limoges comptait au nombre de ses 
prérogatives, celle de la nécessité de son consentement pour l'usage 
de tout bréviaire dans les églises du diocèse ^. L'édition de 1587, 
étant devenue rare en 1621, et le besoin de corriger ce qu'on y lisait 
« de peu lié, d'incertain, de discordant », étant aussi reconnu, 
Pierre Talois fut chargé, par ses confrères, de la correction du bré- 
viaire et du missel. Trois ans plus tard, un autre chanoine du 
même chapitre, le célèbre bibliophile Jean Descordes * proposait 
d'adopter, pour plus de commodité, le bréviaire romain, qui était 
alors reçu en plusieurs églisesde France, et de faire seulement im- 
primer à part le Propre des Saints du diocèse. Dans son mandement 
du 20 février 1625, l'évêque de Limoges, Raymond de la Martonie, 
convenait, que l'adoption de ce projet serait de nature à remédier 
aux inconvénients, qui résultaient de l'usage de plusieurs bré- 
viaires dans le même diocèse. Mais, ajoutait-il, c le conseil épisco- 
pal n'a pas jugé à propos, malgré mes représentations, d'abolir ce 
que les anciens avaient établi ». Dans cet esprit, les éditions de 
1625 et de 1636, ne se conformèrent au bréviaire romain que pour 
l'ordre du psautier et l'office du temps ; elles conservèrent à chaque 
saint les légendes fautives de l'ancien bréviaire du diocèse. 

L'évêque François de la Fayette, favorable dès le début de son 
épiscopat à la réforme de Descordes, permit à son clergé l'usage 
du bréviaire romain, concurremment avec le bréviaire officiel du 

1. Mss. 34, p. 13, 14. 

2. Il parut en deux volumes in- 12, en 1587, chez Hugues Barbou, avec l'au- 
torité de l'évêque, et du consentement de l'église et du chapitre cathédral. 
C'était le premier bréviaire du diocèse qui ne fut pas imprimé en caractères 
gothiques. Nadaud nous apprend qu'il était la reproduction du bréviaire de 
Paris et de l'édition limousine de 1556, œuvre particulière des chanoines de 
Saint-Etienne. Leymarie, Le Limousin historique^ années 1837-1838, p. 84. 

3. Archives historiq., t. III, p. 55. 

4. Jean Descordes, né en 1570, à Limoges, d'une ancienne famille de la bour- 
geoisie, prieur de Chemx en 1624, résigna, en 1632, sa prébende canoniale à 
Manent, son neveu, et alla résider à Paris, où il mourut en 1642. Sa belle 
collection de livres rares, la première cataloguée en France, fut achetée par 
Masarin. Laforest, Limoges^ p» 405» 



823 UN SitCLB DE VIE ECCLÉSUSTIQUB EN PROVINCE 

dioceHO de 1(>30. Notre prélat s*apercevant,en 1669, que les exem* 
piaires «le ce dernier bréviaire étaient devenus fort rares, qu'il en 
aurait trop coûté de le réimprimer, et que presque tout son clergé 
s'était [Kiurvu de bréviaires romains, crut dans ces circonstances 
ne pouvoir mieux faire, que de donner seulement le Propre des 
Saints de Té^Mise et du diocèse de Limoges ^ Bien qu'il fût à cette 
époque réconcilié avec le chapitre de sa cathédrale, il se borna à 
demander son avis et son consentement, et à faire mentionner dans 
le titre du livre le de consensu capituH, qui tenait tant au cœur 
des chanoines. 

Au jugement de Tabbé Xadaud, notre prélat se défia injustement, 
dans cette occasion, des lumières du chapitre. Il n'eut pas à s'ap- 
plaudir des services d'un étranger, le P. Milsonneau, Jésuite, 
recteur du collège de Limoges (en 164*3), pour la rédaction d'un 
ouvrage, qui demandait nécessairement un auteur originaire du 
dio'îèse, et versé dans l'histoire de la province du Limousin 2, 
Dans son mandement du 30 juin 1(369, Tévéque de Limoges disait 
que : a craignant que le culte des saints limousins ne s'effaçât de 
a la mémoire des hommes, et voulant épargner la dépense à son 
« clergé, il se contentait d'ajouter, au rit romain, le Propre des 
«1 Saints du diocèse. Il exhortait tous les clercs, séculiers et régn- 
ai Uers, d'observer scrupuleusement l'uniformité, en chantant les 
a louanges tle Dieu. — Pour les y engager avec plus d'attrait, il 
a (tonnait, de son autorité épiscopale, quarante jours d'indulgence, 
*i à tous ceux qui réciteraient rot'tice divin, de la manière dont il 
« l'avait fuit ranger ^. » 

Dans le dernier tiers de son ét)iscopat, « l'affection de tout son 
diocèse lui étant acquise », les rap|)orts de François de la Fayette 
avec son rha[)itre turent empreints de part et d'autre d'une con- 
des(*ea<huice courtoise, qui n'excluait [)as sans doute une certaine 
réserve. Tue fois encore, le démcm île la discorde tenta de se jeter 
entre eux, au sujet de la contribution tinancière que les chanoines 
devaient apiH)i*ter à rétablissement du séminaire. Mais tout se 
passa rorrectei!ieiit, sous forme tle procédure. 

A deux reprises encore» Tévéque de Limoges, en vue de rendre 
durables les effets de son zèle» voulut travailler pour l'avenir, et 
appuyiT de fautorité que lui donnait son caractère, les sages 
règlements qu'il avait faits en diverses occasions particulières. 
Pour y réussir, il sap[)liqua, eu Wmô et en 1673. à revoir, à corriger, 
à aujiujenter et à contiruier, comme il Tavait déjà fait en 1629, les 
divers statuts synodaux, faits par ses prédécesseurs, et particuliè- 

l. U parut à Tulh*, chez ks Chirac, vn 1670, io-S, et chez les mêmes, ea 

'i. NudamI reman|iH'que les h^pMiiles lii* ^saints y étaient uioins mal nMi^é^» 
qaailK'ur:* ; car. cln'6>e uouvelU'. eUeî> étaient laites d'niï préei:> de toute la vie 
de chaqui' i>aiiil. Neaimiuius. U y avait ilanj> cf livre, à :svu avis, du fatras, des 
iiiutilàes, dut* erreur:* lufeluriijues et de la bizajTerie dans les rubriques. M«»s. 
•S^y t. ;k>. 

J. Mbs. 13, t. I, p. ôi)i<et Leymarie. Ltinon^iu hi;iloritittd. 



TRANÇOIS DK LA rAVeTTS SSd 

rement par Raymond de la Martonie. Il en fit dos règles gi^nèi^ales, 
autant qull fut possible, |)Our étendre le bien dans toutes les |>ar- 
ties de son vaste diocèse. Or, fait important à noter, aucun de ces 
règlements ne parut alors attentatoire aux droits du chapitrt\ 
Après avoir fait en détail d'énergiques remontrances au prélat 
dans les synodes, et avoir obtenu de lui qu'il adoucît certains arti- 
cles, dans lesquels il se prétendait spécialement lésé, le chapiti^e 
parut à la fin avoir accepté lensemble de ses ordonnances, et en 
avoir même facilité Texécution ^ Aussi voyons-nous le grand évè- 
que de Limoges vivre sur la fin de sa carrière dans la plus grande 
union avec son chapitre, qu'il avait aimé toujours, malgré les 
divers motifs d'inquiétude, que ce corps ecclésiastique lui avait si 
souvent donnés. Les magnifiques souvenirs qu'il lui légua, prou- 
vèrent que révêque avait tout oublié 2. 

IL Rapports de Tévèque avec Tabbé et le chapitre de Saint-Martial 3. 

Dans les contestations qu'il eut à soutenir longtemps contre les 
chefs de deux autres chapitres, Tabbé de Saint -Martial et lo prévôt 
de Saint- Junien, ecclésiastiques des plus turbulents, notre prélat 
fit preuve d'une fermeté inébranlable, qui fut, à la fin, couronnée 
de succès. Pierre du Verdier, abbé de Saint-Martial, n'avait pas 
réformé son caractère, nonobstant les condamnations sévères qui 
avaient terminé les premiers débats contre les deux évé(|ues de la 
Martonie. L'étude de la procédure lui avait donné un tel goût de 
la chicane, qu'il passa sa vie à plaider à tort et ii travers, demeu- 
rant une partie du temps, chaque année, à Bordeaux, pour pour- 
suivre ses nombreux procès *. 

1. Mss. 34, f. 23. 

2. Mss. n. 27, t. HT, p. 49. 

3. L'église abbatiale, construite au neuvième siècle, conaacrét» en 1005 par 
Urbain II, était, avant la Révolution, qui l'a pillée et dt'nnolie, l'un des pluH 
curieux monuments du royaume. Le clocher, de style roman, avait cin(| étagoM 
et neuf cloches. Trois portes à plein cintre, situées à sa base, Tormaicnt l'ontréo 
principale. L'église très vaste formait la croix : elle avait trois nefs ot oïizo tra- 
vées, dans le style roman et gothique. Au centre s'élevait une coupoh» d'une 
grande hardiesse. La salle capitulaire était voûtée et appuyée sur d<<H colonnes 
légères. Elle était d'un style gothique très beau. Etant très grande, elle servait 
d'auditoire, où s'assemblait la ville pour entendre les prédications de l'Avcnt 
et du Carême, aux frais des consuls. Un misérable théâtre a remplacé, depuis 
iS40,ces magnifiques monuments.— Le chapitre de Saint-Martial,autrefoiH appelé 
de Saint- Sauveur, était composé : 1) d'une abbaye séculière, première dignité 
à la nomination du roi. L'abbé était clianoine, et jouissait de deux prébendes et 
de la prévôté des Combes. La bulle de sécularisation de ir>35 lui accordait le 
droit de porter la mitre, le bâton pastoral, et tous les habits pontificaux. Il pré* 
sidaitaux assemblées capitulaires et nommait alternativement, av(>c l'aquilaire, 
à tous les canonicatsd'un des côtés du chœur. Il nommait aussi, de plein droit 
à vingt-sept cures dans le diocèse. Les revenus de l'abbé dépas.naient vingt-deux 
mille livres net, 2) D'une prévôté et d'une clianterie, deux dignités à la norni- 
naUon de l'abbé, et qui valaient deux milles livres de rente. 3) I)e dix-huit ca- 
nonicats, dont une théologale, de douze vicariats et de plusieurs autres béné- 
fices simples. Laforest, Limoges, 239 et suiv., et Pouillé hiëloriijtie. 

4. Mss. n. 35, p. 75. 



224 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

11 revendiqua des prérogatives plus ou moins surannées, et 
souleva, comme à plaisir, des querellés, à propos de droits de pré- 
séance, qui ne purent être résolus qu'à grands renforts de procu- 
reurs et d'avocats. Le 8 janvier 1630, la conduite de Pierre du 
Verdier fut plus extravagante encore que d'ordinaire. Ce jour-là, 
l'irascible abbé se livra à de nouveaux actes de violence contre ses 
propres chanoines. A la suite d'événements qu'on ignore, il fit pos- 
ter secrètement, une bande d'individus en armes et sans aveu, 
entre la sacristie et le cloître ; puis, à l'issue de la grand'messe, il alla 
donner un soufflet et plusieurs coups au prévôt du chapitre, Jean 
de la Brousse. Les chanoines s'étant précipités sur l'abbé, ses 
gens en armes accoururent à son secours. D'où une rixe des plus 
violentes, dans laquelle il y eut plusieurs blessés. Le saug même 
coula dans l'église. 

L'évêque de Limoges, promptement avisé, s'empressa d'interve- 
nir, il retira le Saint-Sacrement dp l'église polluée, et le transféra 
lui-même, assisté du chapitre de Saint-Martial et de quatre magis- 
trats du Présidial, qui portaient le dais, à Saint-Pierre-du-Quey- 
roix, et il ordonna aux chanoines de la collégiale, d'aller faire 
l'office dans cette dernière église. Puis il ferma la basilique, qu'il 
ne rendit au culte, qu'après l'avoir purifiée, et y avoir célébré la 
messe, le 13 janvier suivant. En même temps, le prélat fit arrêter 
l'abbé avec ses deux frères, dont l'un était chanoine de la collé- 
giale *. 

Les procès contre l'abbé et ses complices, qui suivirent ces 
graves incidents, avaient tellement surexcité les esprits, que 
Louis XIII, à son passage dans la ville de Limoges, le 12 novembre 

1632, craignant de provoquer par sa présence de nouveaux con- 
flits imminents, refusa d'aller vénérer les reliques de Saint-Mar- 
tial 2. François de la Fayette poursuivit ensuite, si activement 
l'aff^aire de Pierre du Verdier, qu'elle finit par aboutir à une con- 
clusion satisfaisante et durable. Par sentence arbitrale, rendue en 

1633, par deux présidents et trois conseillers du Parlement de Bor- 
deaux, l'abbé et le chapitre de Saint-Martial furent déclarés sujets 
à la visite et juridiction de l'évêque, sous la réserve que celui-ci 
connaîtrait en personne des cas concernant l'abbé, la simple cor- 
rection demeurant à ce dernier et à son chapitre, sur ceux de leur 
corps. Le Parlement régla aussi divers autres points de discipline 
et de cérémonial, presque tous à l'avantage de l'évêque 3. 

i. Le P. Bonaventure rapporte, à ce sujet, que les chanoines de Saint-Martial, 
voulant alors se délivrer de la sujétion de l'abbé, se soumirent spontanément 
à la juridiction de l'évêque de Limoges, qu'ils n'avaient pas reconnue jusque-là. 

2. Lasteyrie, Vahhayede Saint-Martial, p. i84. 

3. Mss. 3i, p. 6 et 8. En vertu de cette sentence, l'évêque pouvait faire en 
personne, à Saint-Martial, Tostension des reliques et les autres offices divins 
recevoir les rois, gouverneurs et lieutenants généraux de la province, sans que 
ses vicaires généraux ni ses autres délégués, puissent s'y entremettre. L'abbé 
pouvait porter la mître blanche non enrichie, la crosse, les sandales et les au- 
tres ornements pontificaux, môme la mitre en présence de l'évoque, et la crosse 
dans l'église de Saint-Martial, et en Tabsence de l'évêque seulement. Mss. 35 
f. 73. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 825 

Cette intervention des magistrats n'empêcha pas des querelles 
de se reproduire, quelques années plus tard. Lors de la clôture de 
rOstension de 1638, Tévêque vint lui-même dans la collégiale, 
selon l'usage, pour présider la cérémonie. Les reliques furent 
portées en procession autour de la ville, et, comme le cortège dé- 
bouchait sur la place dite de « Dessous les Arbres », les officiers 
de révêque se prirent de dispute contre le dit abbé, auquel on « fit 
tomber sa mitre et qui fut chassé ». Ces incidentsse passèrent à côté 
de révêque, qui portait le reliquaire, où était renfermé le chef de 
saint Martial, et qui se garda bien d'intervenir. L'abbé porta plainte 
contre cette lâche agression : «il y eut grand scandale, et ensuite 
information et grand procès ». Finalement la Cour de Toulouse i 

condamna les officiers de l'évêque et le chanoine Dubois, à venir 
trouver l'abbé dans sa maison, et à lui faire des excuses. 

Pour prévenir le retour de ces pénibles incidents, François de la . 

Fayette décida, par un règlement du 3 avril 1640 « qu'il n'irait à 

jamais à Saint-Martial *, sans prévenir l'abbé au préalable ; que dans 9 

cette occasion, l'abbé viendrait le recevoir avec six chanoines, à la j 

porte de l'église, qu'il l'accompagnerait et le conduirait dans la sa- . | 

cristie, pour s'y revêtir de ses habits pontificaux ; qu'il ne prendrait • 

point place dans le chœur, avant que l'évêque y soit ; qu'il ne pour- t 

rait, s'il officiait pontifîcalement dans la basilique, se placer devant ; 

lui, ni porter en sa présence une mître en drap d'or ; qu'il ne pour- ; 

rait aussi, dans la même occasion, se faire assister en sa présence, ; 

de prêtres revêtus de pluviaux et de chapes ; mais seulement d'un î 

ou deux ecclésiastiques, avec leurs seuls surplis ; qu'il ne pourrait, 
enfin, monter dans la grande chaire de pierre de la place de Des- ' 

sous les Arbres, réservée exclusivement dans ces solennités à 3 

l'évêque, à ceux qui l'assistent alors, et au prédicateur 2... » Ce ! 

règlement fut appliqué, lors de l'Ostension de 1645, et paraît avoir ! 

eu la bonne fortune de mettre les parties d'accord ^. \ 

Au mois de juillet 1646, l'évêque de Limoges fit la visite de Saint- j 

Martial. Il ordonna que son officiai et son promoteur, qui l'assis- - 

talent dans cette cérémonie, pourraient entrer dans le chapitre 
avec leurs surplis, et y avoir séance devant les èhanoines ; que ces j 

derniers se présenteraient dans la maison épiscopale et répon- 
draient devant l'évêque, chacun en particulier; que la saisie et la 
vente des fruits ou revenus de quelques-uns d'entre eux seraient 
appliquées aux réparations de l'église. Appel comme d'abus fut in- 
terjeté par le syndic des chanoines au Parlement de Toulouse, 
commis pour juger ces causes. Par arrêt du 10 mai 1647, la Cour 
décida qu'il n'y avait point d'abus, et l'appelant fut condamné aux 
dépens et à l'amende *. 

1. Ch. de Lasleyrie, ibid. L'évêque de Limoges avait coutume, d'après les ter- 
mes de ce règlement, de se rendre toutes les années à Saint-Martial, le lende- 
main de Pâques et le mardi suivant, pour y pontifier, faire Tofflce, célébrer 1% 
messe, assister à la procession et à la prédication, qui se faisait de tout temps 
ce jour-là. Mss. 35, f. 74. 

2. Mss. 35, fol. 75. 

3. Ch. de Lasteyrie, ibid, 

4. Mss. 35, ibid. 

15 



226 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Pierre du Verdier qui, depuis plusieurs années, vivait en bonne 
intelligence avec Tévêque de Limoges, trouva moyen d'avoir encore 
une querelle, en 1649, avec le doyen du chapitre de Saint-Etienne, 
pour une de ces questions de préséance, qui lui tenaient tant au 
cœur. Trois ans plus tard, le 7 octobre 1652, il mourut au château 
de Beauvais ^, non sans laisser derrière lui quelques procédures en- 
tamées. Il fut enterré dans l'église des Récollets de Saint-Léonard, 
que son père avait fondée 2. 

Charles-François de la Vieuville, qui lui succéda, était fils du 
surintendant des finances de ce nom. Entré de bonne heure dans 
les Ordres 3, il gouvernait le monastère deSavigny, en Normandie, 
quand il fut nommé abbé de Saint- Martial. Lassé des contestations 
incessantes qu'il avait avec l'évêque, au sujet de ses droits honori- 
fiques *, il ne resta que quelques années à Limoges. En 1660, il 
obtint la faveur d'échanger son bénéfice avec l'évêque de Rennes, 
Henri de la Motte-Houdancourt. 

Le nouvel abbé, d'une grande maison de Picardie, possesseur de 
divers bénéfices, notamment de l'abbaye de Souillac, eut, lui aussi, 
de très vifs démêlés avec l'évêque de Limoges. Un jour, en effet, 
au mépris de la défense de François de la Fayette, il sortit, revêtu 
du camail et portant la croix pastorale. L'évêque le suspendit. 
L'abbé refusa de se soumettre, et en appela au Grand Conseil du 
roi, qui lui donna raison. Le prélat porta alors l'affaire devant le 
Parlement de Paris ; mais il fut de nouveau condamné, et l'abbé 
obtint la reconnaissance expresse de tous ses privilèges. Cet arrêt 
ne put résoudre définitivement une aussi grave question, et les 
deux plaideurs soulevèrent encore, sur ce sujet, maints procès. 
Henri de la Motte-Houdancourt fut nommé, en 1661, grand aumô- 
nier d'Anne d'Autriche. l\ fut transféré, l'année suivante, à l'ar- 
chevêché d'Auch. Comme il se rendait dans cette ville, il passa à 
Limoges, en septembre 1664, et fut reçu cordialement à l'évêché par 
notre prélat, oublieux des querelles de préséance et réconcilié ^. H 
mourut à Mézières, en 1684, à l'âge de quatre-vingt deux ans, 
laissant dans son testament, un legs de quatre mille livres aux 
chanoines de Saint-Martial ^, 

1. Le château de Beauvais, à une lieue environ de Limoges, sur la route de 
Saint-Junien, appartenait aux abbés de Saint-Martial. Il avait été construit, à la 
fin du quinzième siècle, par l'abbé Jacques Jouviond. 

2. Ch. de Lasteyrie, ibid., p. 188. Notons encore ici que Pierre du Verdier 
avait fait une nouvelle transaction avec François de la Fayette, sur tous leurs 
droits respectifs, le 18 mai 1652. Mss. 34, f. 22. 

3. François de la Fayette ordonna diacre à Limoges, dans la chapeUe des 
Carmélites, le 2 mars 1653, le jeune abbé de Saint-Martial, sous-diacre du dio- 
cèse de Paris. Il l'ordonna prêtre le 9 du même mois, en vertu d'une extra fe?«- 
pora. Mss. 34, f. 22. 

4. Celui-ci, comme son prédécesseur, prétendait avoir droit déporter les orne- 
ments pontificaux, entre autres le camail, même en présence de l'évêque. Le 
diflërend fut soumis à un arbitrage ; les arbitres ne furent pas favorables aux 
prétentions de l'abbé, qui se soumit respectueusement. Mss. 34, f. 23. 

5. Voir, pour ce dernier fait, une lettre en date du 20 septembre 1664, du cor- 
respondant ordinaire de notre prélat, nommé de Laistre. Archives de la Haute* 
Vienne, G, n. 233. 

6. Jacques de Courtavel de Pézé, qui lui succéda, suivit fidèlement les tradi- 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 227 

III. Rapports de Tévèque avec le prévôt et les chanoines de 
Saint-Junien. 

i» Etat de décadence ecclésiastique dans la collégiale Saint- Junien, 

Les rapports fréquents de notre prélat avec le chapitre de Saint- 
Junien, furent empreints de cet esprit de douceur et de fermeté, 
qui était le caractère distinctif de son administration. Le premier 
prévôt de la collégiale de Saint-Junien ^, fut saint Israël, grand 
chantre du Dorât, qui vécut vers la fin du dixième siècle. Le pape 
Sylvestre II l'avait envoyé dans cette ville, et Tévêque de Limoges, 
Hilduin, l'avait nommé à cette dignité, à la prière des clercs 2. 

Pierre Villebois, trente-neuvième successeur de saint Israël, 
garda pendant plus de trente ans (de 1613 à 1644), la charge de 
prévôt. Il avait, outre ses titres de docteur en théologie, de proto- 
notaire du Saint-Siège, de conseiller et de prédicateur ordinaire 
du roi, des talents incontestables. Il tenta d'abord de relever de sa 
décadence le corps ecclésiastique, dont il était le chef. Grâce à sou 
activité, il fit paraître, en 1620, de nouveaux statuts capitulaires, 
qu'un arrêt du conseil d'Etat du 31 mars de la même année homo- 
logua, et qui reçurent l'approbation de l'archevêque de Bourges, 
André Frémiot de Chantai. Ces règlements, qui entraient dans les 
plus petits détails sur les devoirs et les droits du prévôt, du théo- 
logal et des autres chanoines de la collégiale, étaient si complets et 
si sages, qu'ils restèrent en vigueur, une fois mis en pratique, 
jusqu^à la Révolution. Mais au début de la publication de ces sta- 
tuts, qui visait bien à propos la réforme de la vie privée des cha- 
noines, ces derniers s'empressèrent de lui opposer avec raison le 
vieil adage : Medice, cura teipsum ! 

Bien loin, en effet, de prêcher d'exemple â ses frères, Pierre Vil- 
lebois se montrait à eux, comme un esprit brouillon, querelleur, 
ami des procès, excessivement jaloux de ses droits et de ses préro- 
tions de ses prédécesseurs, et ne se fit pas faute de saisir les prétextes les 
plus futiles, pour échanger quelques procédures avec Tévéque de Limoges. Il 
mourut en i701. Ch. de Lasteyrie, ibid., p. 190. 

i. Saint^unien doit son origine au saint ermite de ce nom, qui vivait au dé* 
but du sixième siècle, et à son maître saint Amand. Leurs ceUules furent 
établies sur les bords de la Vienne, à une dizaine de lieues ouest de Limoges. 
Depuis Rorice II (553), l'évéque de Limoges fut baron, seigneur et justicier (en 
partage avec le chapitre) de la ville, qui s'éleva autour du monastère. Quand il 
venait prendre possession de sa baronnie^ on lui faisait une entrée magnifique. 
BulUiin de Limoges, t. XLV, p. 312. 

% Saint Israël alla mourir au Dorât en 1014. Le chapitre de Saint-Junien 
était composé : 1* d'une prévôté, dont le titulaire prenait la qualité de pas- 
teur ; il jouissait de quatre prébendes, quand il résidait, et de deux seulement, 
quand il était absent sans permission de l'évéque. Cette dignité était à la nomi- 
nation du chapitre, et à la confirmation de févéque. Quand il s'ati^^entait^ il 
de%*ait nommer, parmi les chanoines un grand vicaire fK>ur le représenter. 2* lie 
seize canonicals et de huit vicaires, à la nomination du chanoine aquilaire, 
à l'exception de la théologale, qui ne pouvait être cjccupée, que par un gradué 
des Universités de Paris ou de Bordeaux^ soumis à l'élection du chapitre* 
Pouiiié hittarique de Nadaud. 



228 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

gatives. Ce singulier prévôt prenait le litre de prélat, comme suc- 
cédant à des abbés réguliers (le dernier Tétait en 993!) ; il voulait 
bénir l'encens du diacre, à l'instar de Tévêque, avant le chant de 
l'Evangile, et à l'exclusion du chanoine officiant ; il ne demandait 
pas lui-même la bénédiction à l'officiant, quand il disait la leçon 
de l'office au lutrin ; il constituait un véritable vicaire général, 
pour présider le chapitre en son absence ; en un mot, ses préten- 
tions étaient innombrables. Aussi Pierre Villebois avait-il des 
procès continuels. 

Insigne était sa mauvaise foi dans les procès, comme on peut en 
juger par les deux faits suivants. Par arrêt du Grand Conseil, du 
31 janvier 1620, le prévôt de Saint-Junien fut condamné, pour 
avoir inventé une allégation reconnue fausse, et pour avoir sou- 
tenu une odieuse calomnie. En 1625, il écrivait à l'officialité de 
Bourges, que Touchebœuf, son procureur, a ne lui était pas propre, 
qu'il avait besoin d'un officier ministériel, qui futsans honte et sans 
conscience (sic !), qui pût se parjurer aussi aisément que jurer, qui 
fît autant de cas du mensonge que de la Vérité... » Ces termes 
inconcevables méritèrent à Pierre Villebois une juste condamnation 
à l'amende ordinaire et aux dépens, par sentence du tribunal métro- 
politain du 27 janvier 1628. Des informations prises encore à son 
sujet, par la même officialité, il résulta que les témoins de ce prévôt 
étaient achetés par lui à prix d'argent ; ce qui lui valut une autre 
condamnation, le 4 novembre 1628. On comprend qu'un pareil chef 
n'était guère qualifié, pour inspirer à ses subordonnés le respect 
et la confiance. Au lieu de se les rendre sympathiques, il avait pris 
tous les moyens de s'attirer leur hostilité. Il y avait déjà quatorze 
ans, en 1628, que le prévôt soutenait des procès contre les chanoi- 
nes, pour la défense de ses prérogatives. 

A cette époque, d'ailleurs, une partie du chapitre n'avait pas 
moins besoin de correction et de réforme que son « pasteur ». 
Malgré tous ses torts, Pierre Villebois obtenait du Parlement de 
Bordeaux, le 10 juillet 1629, un arrêt, qui nous en dit long sur l'état 
moral de quelques chanoines de Saint-Junien. Trois d'entre eux, 
Jean Dupont, Antoine Simon et Pierre Dupont, étaient à cette date 
convaincus de concubinage public, et condamnés aux dépens du 
procès, et à une forte amende, applicable aux réparations de la 
collégiale de Saint-Junien. 

Jusque-là, et pour quelques années encore, les relations qui 
subsistèrent entre ces prêtres indisciplinés et leur prévôt, furent 
inimaginables et d'une grossièreté indescriptible. Les chanoines de 
cette catégorie injurièrent leur supérieur plus que de raison. « Ils 
allèrent, rapporte la Chronique du scribe capitulaire, fouiller les 
secrets de sa vie privée et ceux de sa famille, pour avoir de quoi se 
revancher. D'après eux, son aïeul était de la religion prétendue ré- 
formée. Son oncle et ses frères avaient reçu, à l'occasion du passage 
du maréchal de Schomberg, gouverneur du Limousin, à Saint- 
Junien (où il était le 17 mai 1628), l'ordre de ne plus entrer dans 
la maison de ville ; les consuls de ce lieu avaient eu l'ordre aussi 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 229 

de ne pas les y recevoir, et le corps de ville, celui de ne pas les ap- 
peler, ni les députer à leurs assemblées, attendu les malversations, 
violences, séditions et rebellions, dont ces Villebois étaient con- 
vaincus, et ce, sous peine, aux uns et aux autres, de désobéissance 
et de punition exemplaire. Le père du prévôt, nommé Luc Ville- 
bois, était un marchand de Saint-Junien, qui tenait une boutique 
à demi ouverte de pois cliiches, de miel, de moutarde, de glu, 
d'ail et d'oignons (sic). Ses autres enfants mendiaient leur pain par 
les rues tandis que le futur prévôt était chez les Pères Jésuites ». 

Ces reproches odieux, qu'on rejetait, bien à tort, sur Pierre Ville- 
bois, n'éta-ient rien encore auprès des injures, dont on le chargeait 
à Saint-Junien et dans les villes où il intentait ses procès. Les 
chanoines osaient le traiter en public, de « pendard (sic), docteur de 
moutarde, méchant homme, apostat, renégat, défroqué (sic), semeur 
d'hérésies», et de mille autres aménités du même genre. Ils en vin- 
rent même, à Saint-Junien, jusqu'à le menacer de mort s'il passait 
le port de Piles, pour aller plaider contre eux à Paris. L'un d'entre 
eux le traita si grossièrement, qu'il l'aurait étranglé, si les autres 
n'étaient accourus au secours du prévôt, qu'ils frappèrent cepen- 
dant de plusieurs coups de bâton, pour assouvir leur vengeance. 

Nonobstant tous les torts de Pierre Villebois, on comprend que 
le Parlement de Bordeaux ait condamné, le 10 juillet 1629, à la peine 
du bannissement, le meneur principal des chanoines révoltés et 
tous ses complices à une forte amende. Le prévôt était maintenu dans 
la jouissance de tous ses droits, notamment de celui de conférer 
en ses « rangs d'aigle » les prébendes et autres bénéfices vacants, 
mais il lui était enjoint de résider. Pour la correction des membres 
coupables du chapitre, il devait appeler, en la maison prévôlale, 
quatre chanoines non suspects. Si le prévôt ou les chanoines vou- 
laient s'absenter plus d'un jour, ils étaient tenus de le déclarer en 
chapitre. 11 était enjoint aux prébendiers et autres ecclésiastiques 
de la collégiale, de vivre désormais avec la décence requise selon 
leur qualité, d'honorer et de respecter le prévôt, suivant ce qui 
appartenait à sa dignité ; et il était enjoint de même au prévôt de 
traiter ses confrères avec la considération qui leur était due *. 

Telle était la triste décadence du chapitre de Saint-Junien, quand 
notre prélat voulut y remédier, dès le début de son épiscopat. A 
quatre reprises différentes, le 25 août 1628, lors de son arrivée, le 
27 août 1630, à l'occasion de son entrée pastorale, et le l^^ sep- 
tembre 1632, sur son retour de Paris, le chapitre de cette ville 
« nomma deux députés pour aller faire de sa part la révérence à 
ifonsieur l'Evêque, et le complimenter. » Le même corps ayant été 
convoqué au synode, dès le l^^»" octobre 1628, et les années suivantes 
pour les assemblées de Pâques et de la Saint-Luc, par une lettre 
particulière de l'évéque, déléguait deux autres de ses membres, 
pour y prendre part, ce qu'il n'avait pas voulu faire régulièrement 
les années précédentes, a Le chapitre de Saint-Junien faisait ainsi 

i,}iw. n. 40, f. 357 et 8uiy, 



230 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

sa cour au prélat », nous dit Legros, « pour se le rendre favorable 
contre son chef, avec lequel il était toujours en procès. » 

De son côté, Pierre Villebois ne faisait pas à l'évêque de moindres 
avances : il alla même jusqu'à accepter son arbitrage, que le Parle- 
ment de Bordeaux vint à lui proposer, ainsi qu'à l'autre partie 
plaidante, pour régler leurs différends. Les chanoines de Saint- 
Junien tardant même à lui envoyer leur consentement, l'évêque 
de Limoges se plaignit au chapitre, le 24 juillet 1633, de ce qu'il 
n'avait tenu aucun compte de la proposition d'arbitrage. Mis en 
demeure de prouver leur bonne volonté et leur amour pour la paix, 
les chanoines s'empressèrent d'envoyer au prélat arbitre leur pro- 
curation ^. Le 26 novembre 1633, l'évêque de Limoges édicta un 
règlement qui par sa sagesse calma les esprits et rétablit le bon 
ordre dans l'église de Saint-Junien, du moins pour quelque 
temps. 

Ce règlement stipule, entre autres détails, qu'il sera mis tous les 
vendredis, dans le bec de l'aigle du chœur, « un parchemin, por- 
tant les nom et surnom du chanoine qui sera en aigle: ne pour- 
ront, tant le prévôt que les chanoines, intenter aucune action 
importante, pour et au nom du corps, sans une délibération capi- 
tulaire, et après avoir pris conseil sur l'affaire. Le prévôt et les 
chanoines feront leurs hebdomades ^ par tour, sans en recevoir 
aucun bled (fruit en nature) ou argent ; et, en cas d'absence ou 
empêchement légitime, ils les feront faire par d'autres chanoines, 
sous peine de trois livres d'amende, applicables au chanoine, qui 
se chargera de faire la dite hebdomade ». Un pareil règlement fut 
édicté à proportion, pour les semi-prébendiers ou vicaire du cha- 
pitre, et pour les hebdomades des premières messes. 

Quelques mois après, la discipline ecclésiastique était de nou- 
veau compromise à Saint-Junien. Dans la délibération capitulaire 
du 17 février 1634, à laquelle n'assista qu'un seul chanoine, pour 
faire ses oppositions, le prévôt, ce qui parlait aux murailles », 
exposa ses griefs, et se plaignit des résistances des chanoines à 
s'exécuter, après lessentences qu'on venait de rendre, ainsi que de 
leur refus de le reconnaître pour ce pasteur » et supérieur. Il pré- 
tendit aussi que ses ennemis avaient entrepris cinq fois de l'assas- 
siner, et qu'ils avaient suborné de faux témoins pour de nouveaux 
procès. Ce qui était vrai, c'est que les chanoines ne voulaient plus 
laisser Pierre Villebois officier solennellemetît. Si le prévôt voulait 
prêcher dans l'église, ils faisaient enlever le tapis, l'oreiller et le 

1. Mss. 34, f.6et7. 

2. Pour assurer le service courant, le chapitre de Saint-Junien, à l'instar de 
ceux de Limoges, avait institué un roulement particulier qui fonctionnait régu- 
lièrement. Tous les huit jours, trois chanoines prenaient l'hebdomade, c'est à 
dire qu'ils étaient chargés de pourvoir, pendant la semaine, au service divin. 
Le chapitre déléguait ses droits d'élection à celui de ses membres, qui, sui- 
vant le tableau d'ancienneté, était « en rang d'aigle ». Le rang d'aigle se pre- 
nait pour huit jours, c'est à dire que pendant huit jours, le chanoine aquilaire 
occupait la première stalle du chœur, celle à côté de laquelle l'aigle se trou- 
vait placé. Ch. deLasteyrie, Abbaye de Sain t-Mar liai, p. 234. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 234 

carreau de la chaire, ils n'assistaient point au sermon, et détour- 
naient le peuple d'y assister ^. 

L'évêque de Limoges, à qui le chapitre de Saint-Junien députa 
deux chanoines, le 10 mai suivant, pour le féliciter de son bon 
retour de Paris dans son diocèse, fut informé de ces désordres, et 
parvint de nouveau à rétablir la paix. II Tespérait du moins, dit 
Legros, car le prélat ne paraissait pas encore bien connaître le 
caractère du prévôt. Néanmoins, le H juillet de la même année, à 
la suite de la sentence, qu'il venait de rendre, le chapitre dit la 
messe du Saint-Esprit et lit la procession. Tous les chanoines assis- 
tèrent à l'exhortation qui fut faite par le théologal. 

Trois ans plus tard, le prévôt fatiguait toujours son chapitre par 
ses chicanes. L'évêque, qui avait pris à cœur d'en venir à bout, 
l'avait engagé plusieurs fois à terminer ses différends à l'amiable, 
sans avoir pu y réussir. On crut pourtant qu'il l'avait gagné en 
1637, car, le 4 octobre de cette année, cet ecclésiastique aussi 
dissimulé que turbulent, fit placarder à la porte de l'église, un 
« brevet » signé de sa main, c'est à dire une déclaration solennelle, 
qui attestait son intention arrêtée de sortir de tous les procès et 
différends, qu'il pouvait avoir « avec toute sorte de personnes », et 
ce, <K par l'avis de Monsieur TEvêque de Limoges ». 

Le chapitre, qui connaissait bien la mauvaise foi du prévôt, 
saisit avec empressement l'occasion de le mettre en défaut. 11 
députa aussitôt un chanoine à Limoges, et lui donna une ample 
procuration pour terminer tous leurs différends par devant le 
seigneur évêque. Le chapitre ne se trompa point dans le jugement 
qu'il avait formé du prévôt, et le prélat fut dupe dans cette occur- 
rence de la mauvaise foi de cet esprit inquiet, qui recommença 
bientôt ses tracasseries, plus vivement que jamais 2. Modifiant alors 
ses procédés, l'évêque, « qui se connaissait parfaitement en carac- 
tères », ne se contenta pas de traiter ce prévôt incorrigible de chef 
« brouillon et vaniteux » ; il para toutes ses entreprises et lui fit 
sentir et reconnaître l'autorité épiscopale. j 

Dès ld43, toute dispute avait cessé dans le chapitre, parce que ; 

Pierre Villebois n'était plus prévôt. Poussé sans doute dans ses ^ 

derniers retranchements, il avait donné sa démission et résigné j 

son bénéfice en faveur de son neveu, Pierre Villebois IL II était 
temps de mettre fin à la prévôté de ce funeste personnage, dont 
tout le monde avait souffert. Pierre Villebois avait en effet suscité 
plus de soixante procès civils ou criminels, sur toute sorte de 
sujets, même les plus futiles, contre les évêques de Limoges, 
prédécesseurs de notre prélat, contre le chapitre qu'il réduisit, par 
ce moyen, à une extrême pauvreté, contre les habitants de Saint- 
Junien et la noblesse du pays. Ses poursuites incessantes l'avaient 
empêché de résider, et même quand il gardait la résidence, il 
assistait rarement au chœur 3. 

1. Mss. n. 40, p. 322. 

2. Mss. 34, f. 8 et 10. 

3. Pierre Villebois mourut à l'âge de soixante-douze ans, le 21 juillet 1656. 
Mss. 40, f. 364 et suiv. 



232 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 



2» La Renaissance religieuse à Saint-Junien, 

Pierre Villebois II, quarantième prévôt deSaint-Junien (1643-1670) 
prit possession de son bénéfice, le 22 avril 1644. Le plus ancien 
chanoine lui mit en main le bâton pastoral et lui présenta quatre 
pièces d'argent, en signe de jouissance. Le nouveau dignitaire, 
docteur en théologie, était à la hauteur de sa charge. Bien qu'il 
eût hérité, avec les biens de son oncle, d'une partie de son animo- 
site contre ses adversaires, il ne troubla pas néanmoins gravement 
la paix, qui régna toujours, sous son administration, entre le chef 
du chapitre et ses membres. 

Bien mieux, ce prévôt fut animé d'un véritable zèle pour la 
réforme ecclésiastique. Le 28 septembre 1648, le chapitre de Saint- 
Junien statuait que « les prévôt, chanoines et semi-prébendiers 
feraient, après leur réception, une année de rigoureuse résidence, 
pendant laquelle ils devraient assister à toutes les heures canoniales, 
sans ne pouvoir s'en absenter, que pour cause de maladie, ou pour 
une autre raison équivalente, sous peine de recommencer la rési- 
dence rigoureuse ; qu'ils ne pourraient jouir d'aucuns revenus 
sans avoir commencé ce noviciat, et qu'ils seraient tenus d'indiquer 
au chapitre, le jour auquel ils voudraient le commencer ; que tous 
seraient, en outre, obligés d'aller à la psallette, pendant les inter- 
valles des offices, pour apprendre le plain-chant^D. On décida en 
môme temps, que « le présent statut serait présenté au seigneur 
évêque de Limoges, pour être par lui confirmé et homologué ». 

Le mouvement de réforme était si prononcé à cette époque dans 
le chapitre de Saint-Junien, qu'il ne tarda pas, nous dit Legros, à 
devenir l'un des corps les mieux réglés et des plus appréciés du 
diocèse de Limoges. Ce fait ressort avec évidence de quelques 
autres délibérations capitulaires. Le chapitre était sévère sur l'ap- 
plication des règlements qui concernaient l'office divin. On com- 
mençait le chant de matines à six heures, tous les jours, du mois 
d'avril à septembre, et à sept, d'octobre à mars. Gomme plusieurs 
ecclésiastiques sortaient du chœur pendant le service, ce qui 
scandalisait les fidèles, le pointeur reçut l'ordre, sous peine d'une 
amende, de marquer les absents après le premier psaume, et de 
n'inscrire les présents qu'à la fin de la dernière oraison. On rap- 
pela encore que les statuts sur le pointage des heures canoniales 
devaient être observés, quand on représenta, le 23 mars 1660, 
que des prébendiers, gagiers et officiers du chapitre ne se trou- 
vaient pas au chœur, au commencement de l'office, que quelques- 
uns d'entre eux sortaient avant la dernière bénédiction, ou bien se 
promenaient dans l'église, au cloître ou sur la place durant le 
service divin. 

Désordre plus grave : durant l'été, ceux qui devaient assister à 
l'office, s'absentaient sous prétexte de procès ou d'autres affaires. 
Il c^rriva que le service n'avait pas été, c^ue^uefois, célébré avec la 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 233 

décence requise, le chapitre ne s'étant trouvé composé par hasard 
que de trois chanoines, au lieu de six au minimum. Pour obvier à 
ce désordre, le chapitre ordonna que dorénavant la part des 
absents, dans les distributions quotidiennes, reviendrait aux pré- 
sents, les seuls qui desservaient effectivement leur bénéfice et qu'on 
n'excepterait de cette règle, que ceux qui seraient malades < au- 
dedans des Croix » (3 mai-44 septembre). La modestie requise dans 
le chœur était souvent recommandée, de même qu'on ne suppor- 
tait pas le bavardage de certains demi-prébendiers, les prises de 
tabac (sic) dans le chœur, et une trop grande précipitation dans la 
récitation de l'office : « tous chanteront l'office aux pauses modé- 
rées, et ne caquetèrent pas dans le chœur, et se tiendront chacun à 
leur rang. » 

Le chapitre tenait surtout la main à l'observation des règlements 
relatifs à la tenue et à la conduite des ecclésiastiques de son corps. 
Comme on lui représenta, le 34 mai 4658, que plusieurs jeunes 
chanoines et semi-prébendiers, ne portaient ordinairement pas la 
soutane par la ville, « mais étaient vêtus d'habits indécents, portant 
des habits gris avec le manteau court, et avaient les cheveux longs 
et peignés parfois à la courtisane {sic)^ au mépris des remontrances 
verbales et des ordonnances, qui leur avaient été notifiées à diver- 
ses fois », il fût « ordonné, que ceux qui ne porteraient pas la 
soutane ordinairement, les cheveux courts ^ et la couronne cléri- 
cale en tête, seraient privés de tous les fruits qu'ils pourraient 
gagner 3>. 

Le 45 janvier 4666, le prévôt représenta à un chanoine, que, 
depuis trente ans qu'il portait Taumusse, il en avait employé douze 
aux études 2^ sans avoir jamais voulu se faire promouvoir aux 
ordres sacrés, nonobstant les admonitions qui lui avaient été faites 
plusieurs fois par le chapitre, conformément à l'article 60 des sta- 
tuts (de 4620) ; qu'au contraire, il avait toujours porté les habits 
courts et les cheveux longs, sans soutane. C'est pourquoi, il fut 
admonesté de se faire promouvoir aux ordres sacrés dans trois 
mois, et qu'à faute de ce, il y serait pourvu suivant le dit article. 
La remontrance produisit cette fois son effet, car, au mois de mars 
suivant, le dit chanoine se retira au séminaire de Limoges. 

Conformément aux statuts, tous les chanoines et semi-prében- 
diers étaient tenus de se confesser et de communier, sous peine 
d'amende, tous les premiers dimanches du mois. Cette sanction dut 

1. Le chapitre de Saint-Junien ne tolérait pas le port de la pen'uque, qu*il î 
trouvait indécent chez un ecclésiastique II cita à sa barre, en 1644, un semi- j 
prébendier qui donnait le scandale de porter une fausse perruque. Le coupa- > 
ble ayant refusé do comparaître, le chapitre ordonna que, s'il ne quittait point ( 
la perruque, il serait muleté d'un écu, et que s'il n'obéissait pas à l'avenir, il \ 
serait privé de tous les fruits. Mss. 40, f. 364. j 

2. On arrêta, le i4 octobre 1637, que les chanoines qui étaient alors aux études, ' 
ou qui étudieraient à l'avenir, après six ans passés, n'obtiendraient aucun > 
congé ; qu'ainsi ils devraient se retirer et faire le service après ce délai. En 

1642, un jeune chanoine obtint son congé, pour aller étudier chez les Pèr^i 
4e VOrfttoire de Limoges (ibid., p. 363). 



234 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

être appliquée, plus d'une fois, à ceux qui négligèrent cet article. Le 
chapitre eut à sévir encore particulièrement contre deux semi- 
prébendiers, qui avaient « dansé par la ville,Ia veille de la Saint-Jean» 
(1643), et une autre fois, contre un jeune chanoine, qui avait été 
au bal (octobre 1653), et contre deux autres, qui fréquentaient les 
cabarets. Comme il avait la responsabilité du service paroissial de 
Notre-Dame de Moutier, qui était confié à un vicaire amovible, le 
chapitre avait soin d'interdire à ses membres, la faculté de célé- 
brer des mariages, sans avoir obtenu la permission de ce vicaire, 
et moyennant le paiement à celui-ci des droits curiaux. 

Les chanoines se faisaient un devoir, en 1649, de « faire le caté- 
chisme dans la grande église, les dimanches et les jeudis après 
vêpres, pendant le Carême. Ce qui n'était pas moins édifiant, c'était 
l'usage ancien, que rappelait une délibération du 29 novembre 
1637, de faire visiter par un chanoine et un semi-prébendier l'hô- 
pital, le jeudi de chaque semaine, afin que ces visiteurs pussent 
rapporter en chapitre, le lendemain. Tordre qui s'y tenait et l'état 
bon ou mauvais de son administration. Durant la peste de 1631 ^,et 
en temps de disette et de famine (hiver de 1670), le chapitre se 
chargea généreusement du tiers de la nourriture des pauvres de la 
ville. Dès le mois de décembre 1649 « les Dames de la Charité ayant 
remontré qu'à cause de la disette et cherté des vivres, la plupart 
des habitants étaient en grande nécessité, n'ayant pas de quoi se 
nourrir, à cause du grand nombre d'enfants dont ils étaient char- 
gés, et qu'ils n'osaient découvrir leur misère, le chapitre décida 
qu'on donnerait douze livres et six boisseaux de seigle, par semaine, 
à ces Dames » pour être distribués, de l'advis du vicaire de la pa- 
roisse. » Ces mesures charitables furent renouvelées à plusieurs 
reprises, à cette époque 2. 

Le chapitre de Saint-Junien comptait, parmi ses membres, des 
chanoines honoraires. C'étaient généralement d'anciens chanoines, 
qui avaient résigné leur prébende, sur la fin de leurs vieux jours. 
« Le 16 février 1636, l'un d'entre eux, qui avait servi pendant qua- 
rante ans, ayant résigné, pria le chapitre de lui permettre de 
continuer le service, porter les draps, assister au chœur, aux 
processions et dans les assemblées, en qualité de chanoine hono- 
raire, comme cela était pratiqué, disait-il, en toutes les églises de 
France. Le chapitre lui donna cette autorisation ainsi qu'à d'au- 
tres un peu plus tard (1639) » K 

La collégiale de Saint-Junien comprenait dans son sein, au milieu 
du dix-septième siècle, deux chanoines des plus distingués, à des 

i. Le 23 novembre 1630, le chapitre « permit à un chacun de ses membres de 
se retirer, le 1" décembre suivant, si la contagion augmentait et non autrement. » 
Il arrêta en même temps que ceux qui demeureraient et feraient le service de 
l'Église, auraient trois livres par jour. En janvier 1631, trois chanoines seule- 
ment composaient le chapitre. Eu égard à la contagion, le scribe du chapitre se 
retira aux champs pendant un an. Mss. 40, p. 361. 

2, Tous les détails qui précèdent sur l'état du chapitre de Saint-Junien sont 
tirés du mss. 40, p. 357 à 370. 

3. Mss. 40, p. 362. 



FRANÇOIS DE LA FAYKTTE 835 

titres divers ^ Le premier, Julien de Glane, était un saint prêtre 
rempli de zèle, de piété et d'humilité ; il fut toule sa vie, durant 
trente ans, le modèle et Thonneur du clergé de Saint-Junien. Il 
avait un don particulier pour apaiser les querelles^ et éteindre les 
divisions. On s*explique, parle prestige de sa vertu, le merveilleux 
changement qui s*opéra, en peu de temps, dans le corps ecclésias- 
tique auquel il appartenait, et qu'il laissa dans une paix défini- 
tive. Il chérissait et respectait les pauvres : il les secourait avec 
une charité inépuisable. Son zèle ardent pour le salut des âmes 
le poussa à prendre à sa charge, les frais considérables d'une 
célèbre mission du P. Le Jeune, qui eut lieu avec de grands fruits, 
en 1654, à Saint-Junien. Le saint prêtre mourut dans cette ville, le 
3i juillet de cette même année, à l'âge de quarante-huit ans seu- 
lement 2. 

Le second chanoine, beaucoup plus connu, à cause de ses écrits, 
était Jean Coilin, docteur en théologie, conseiller et aumônier du 
roi, théologal de Saint-Junien depuis 1642. Il naquit dans cette 
ville, au commencement du dix-septième siècle. Jeune encore, 
il entra dans la Compagnie de Jésus. Mais il en sortit bientôt et 
s'attacha à l'archevêque de Lyon, Alphonse de Richelieu, dont 
il fut le commensal, pendant tout le temps que le frère du mi- 
nistre resta à Rome, comme ambassadeur. 11 y prêcha plusieurs 
fois dans les églises de Saint-Louis, de Saint-Yves et au palais 
Earnèse. De retour à Paris, il y demeura plusieurs années, et se 
fit entendre de temps en temps au Val-de-Grâce. Sa réputation 
de prédicateur le fit appeler pour des stations de CarOme, dans 
un grand nombre de villes, dont Limoges et Bellac 3. Le chapitre 
de Saint-Junien lui accorda plusieurs fois des congés, à partir de 
1648, pour lui permettre de prêcher, « l'oraison synodale au cler- 
gé du diocèse » *. / 



:i 



Jean Coilin était aussi un écrivain laborieux et un infatigable '^ 

érudit. Parmi les nombreux ouvrages quMl fit imprimer, de ItviO à l 

1673, ceux qui ont trait à l'histoire de sa province, notamment son :: 

histoire sacrée des Saints principaux du Limousin ^, et son opus- 
cule des Hommes Illustres de cette province, seront toujours pré- J 
cieux. Dans sa réponse à demi anonyme à la lettre du sieur Mal- 
damnat % Jean Coilin, revendique avec ardeur et sincérité, les titres 

1. Notons ici la présence, dans le chapitre de Saint Jiinien, en 103i, d*un cha- 
noine de la famille de Nesmond. Il demanda, le 17 novembre de cotte année, un 
congé, pour accompagner en Turquie et en Terre Sainte, M. de la Saladif*, 
ambassadeur du roi. Ihid. 

2. Labiche, Vies des Saints, t. I, p. 137. 

3. Du Bovs et Arbellot, Bioqmphies limousines. Limoges, 185i, t. I, p. 137. 

4. Mss. 34, f. 19. 

5. Editée à Limoges chez Martial Barbou, 1672, in-18. Autant le Htyle de re 
principal ouvrage de J. Coilin est brillant et poétique, autant la critiqua en est 
défectueuse. Néanmoins Tauteur a eu le grand mérite de défricher, Tun des 
premiers après Jean Bandel, le champ si vaste et si fécond de Tarchéologie 
limousine. D'après l'abbé Vitrac. 

C. L'ouvrage est intitulé *. Response à ta lettre que le sieur MaUtamnaî a écrite 



236 UN^'slfeCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

de réglîse de Limoges à Tapostolicité de son origine, contre ce nou- 
veau contradicteur, partisan enflammé des opinions aujourd'hui 
dominantes du savant chanoine Descordes. 

Si l'éloquent chanoine avait pu deviner le véritable nom de sou 
adversaire, le terrible « remarqueur », qui n'était autre que Pierre 
Benoist ^, héritier de son oncle et parrain homonyme 2, seigneur 
de Compreignac et du Mas de l'Age, ex-conseiller au Parlement de 
Bordeaux, il aurait certes poussé un cri de triomphe, en révélante 
ses contemporains, qu'il n'appartenait qu'à un mécréant condamné 
à mort par contumace (1667), pour concussions et violences sur 
les habitants et le clergé de sa paroisse, et seigneurie de Comprei- 
gnac (Basse-Marche), d'oser combattre ses chères idées sous les 
auspices du P. Labbe. La réponse de Collin au sieur Maldamnat 
était dédiée à notre prélat, partisan de Topinion traditionnelle \ 

On comprend que l'évêque de Limoges, qui trouvait des prêtres 
d'élite dans le chapitre de Saint-Junien, ait fait appel plus d'une 
fois à leur concours pour des discours de synode, ou pour une 
station de Carême à la cathédrale *, ou encore pour la visite des 
paroisses de son diocèse s. Les chanoines de cette collégiale se 

à un sien ami de Limoges ^ avec une apologie pour la mission du glorieux saint 
Martial, apôtre des Gaules, disciple de Jésus-Christ, par le sieur Jean-François 
de Bonne-Foy, à Paris, par Martial Lapierre, rue Gallande, 1668. A la p. 54, on 
lit le distique suivant : 

Quod Maledamnatus Collinum damnât inepte, 

Nunc Maledamnantem damnât et ipse Detis, 
Voir cet opuscule de 54 p. in-4. dans le recueil de Legros. Mélanges imprimés, 
t. II, de M. Ducourtieux. 

i. Sous le pseudonyme de Maldamnat, Pierre Benoist a publié les deux 
ouvrages suivants : I. Remarques et mémoires pour V histoire du Limousin, Lyon, 
1664, in-4, et II. Remarques sur la table chronohgique et historique du Limousin, 
Lyon, 1668, in-4. La table critique a pour auteur Jean Collin. Quérard, J^s super- 
chei'ies littéraires dévoilées» Paris, 1870, t. II, p. 1035. 

2. L'autre Pierre Benoist, oncle de l'auteur des Remarques, était, on Ta vu 
plus haut, le fils de Martial, Tun des chers de la Ligue, et Vami intime de notre 
prélat, entre les bras duquel il mourut en 1629. Par arrêt du grand conseil, du 
26 septembre 1667, Tex-conseiller fut déclaré convaincu d assassinat, d'exac- 
tions et violences diverses. Pour réparation, il fut condamné, par contumace, 
à avoir la tête tranchée ; le château de Compreignac fut démoli et rasé II mourut 
en 1677 en prison, à Paris. Nobiliaire de Limoges. 

3. La Response et les Remarques mériteraient une étude comparée, qui 
serait pleine d'intérêt. Dans la dédicace de son écrit de polémique, J. Collin 
insère cette malice du Remarqueur, en s'adressant aux chanoines de la cathé- 
drale : « Il veut faire passer les derniers évêques de ce diocèse, et principale- 
ment celuy que nous chérissons avec tant de tendresse, et que la sagesse éter- 
nelle nous conserve heureusement dans une si vigoureuse vieillesse, pour « des 
gens qui ont donné lieu, à faire cesser la continuation du bastiment de leur 
église (la cathédrale), au lieu de régler leur luxe et leur dépense, afin d'avoir 
de quoy pouvoir employer leurs grands revenus, à la perfection d'un si grand 
ouvrage»... Collin disait directement à notre prélat: « Monseigneur..., le mépris 
injurieux qu'on prétend faire à votre illustre et sacrée personne, en voulant 
vous faire passer, avec vos devanciers, « pour un sectateur d'opinions erronées, 
et pour un homme infatué de vieilles erreurs », mériteraient d'avoir trouvé une 
meilleure plume que la mienne. » etc.. 

4. « Le 10 février 1635,on donna un congé au théologal, pendant le Ci^réme 
qu'il devait prêchera la cathédrale de Limoges. Mss. 40^ f. 862t 

5. Not^unment }e 4 octobre 1658, ibid., p. 367. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 337 

montraient toujours disposés à faire tout ce qui dépendait d'eux, 
pour l'obliger. Aussi savons-nous que le prélat leur témoignait, de 
son côté, une affection toute spéciale. 

Parmi les nombreuses marques qu'il leur en donna, dans diver- 
ses rencontres, la plus sensible au chapitre de Saint«Junien fut 
celle, qui lui permit de céder à l'église du Dôrat des reliques de 
saint Amand et de saint Rorice, pour en recevoir en échange de 
saint Israël et de saint Théobald, fondateur de la collégiale Saint- 
André. Les chapitres de ces deux villes fufent heureux de raffermir 
entre eux, à l'occasion des solennité», qui accompagnèrent la 
translation des reliques de ces saints, l^s liens d*association frater- 
nelle, qu'ils avaient établis eux-mém^, au début du onzième siècle. 
Pour comble de faveur, l'évêque de Limoges autorisa les chapitres 
de ces églises, à faire, le 20 mars 1659, l'ouverture des tombeaux 
vénérés qui se trouvaient alors dfans les cryptes, pour en placer 
les reliques dans de nouvelles châsses, auprès du grand autel. Il 
leur permit encore d'en faite désormais Toslension, au temps 
accoutumé, et selon la pratique ancienne des églises de Limoges 
et de Saint-Léonard. Connaissant la grande dévotion qu'avaient 
pour les reliques de leurs saints patrons les populations de Saint- 
Junien et du Dorât, notre prélat voulut la favoriser de tout son 
pouvoir, et accorda quarante jours d'indulgences, à tous les fidèles 
qui assisteraient à ces cérémonies *. 

Si François de la Fayette se prêtait de bon cœur à ces pieuses 
démonstrations, c'est qu'il était heureux de développer à Saint- 
Junien, sa ville de prédilection, le mouvement religieux, qui devint 
des plus prononcés, avec l'accomplissement de la réforme du cha- 



1. Mss. 34, f. 25. Notre prélat eut toujours soin, do faire observer dans son 
diocèse, les sages prescriptions de son prédécesseur sur le culte des saintes 
reliques. Il était alors défendu « sous de griéves peines, d'exposer à la véné- 
ration publique des reliqxies fausses ou douteuses ». Les curés de chaque 
paroisse devaient « exhiber à Tévéque » en cours de vislle pastorale, ^ Tinven- 
taire c es reliques 9 de leur église, « avec toutes les attestations qui peuvent 
servir à leur vérificalion ». On ne devait « les exposer que rarenaent, sçavoir 
aux fêtes solennelles ». On devait « faire Tostension des reliques au peuple, 
sans les tirer hors de leurs châsses ». Il était défendu « à toutes sortes de per- 
sonnes, de vendre ou d'acheter aucunes reliques, ny de rendre aucune vénéra- 
tion, à celles qui ne seront pas duennent approuvées ». Ordonnances synodales 
dei6i9,p.io\. 

En conséquence d'une visite que l'évêque de Limoges fit à l'abbaye de la 
Règle, le % juillet 1653, les reliques connues sous les noms de la bours**^ 
ceinture et lait {sic) de la Sainte Vierge et du peigne de Saint Martial furent reti- 
rées et mises en. quelque lieu décent, pour n'être plus exposées à la vénéra- 
lion des religieuses et du peuple. Autant François de la Fayette, ajoute ici l'abbé 
Legros, avait de respect et de dévotion pour les véritables reliques, autant il 
avait soin, de ne pas permettre qu'il en fût exposé de douteuses ou de suppo- 
sées. Mss. 34, f. 22. Voir aux Archives de la Haute- Vienne, G1, n. 325, quelques 
autorisations du même prélat sur l'exposition de plusieurs reUques dans cer- 
taines églises de Limoges en 16G3, et une très belle ordonnance, du 14 avril 
1641, sur le culte même des reliques, adressée à Antoine Chausseyr, bache- 
lier en théologie et curé de Meymac, au sujet d'un transport dans son église 
des restes de saint Sagittaire, vulgairement appelé saint Feytiat. 



138 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

pitre. Cette rénovation catholique s'y manifesta par une foule 
d'institutions et de fondations pieuses. Il y avait alors deux parois- 
ses dans la ville, qui comptait plus de quatre mille communiants : 
celle de Notre-Dame du Moutier, la plus grande^ qui comprenait la 
collégiale Saint-André et celle de Saint-Pierre, qui s'étendait en 
dehors dans la campagne, et où s'était établie, en 1629, une com- 
pagnie de Pénitents Gris, De leur côté, les Pénitents Bleus s'installè- 
rent, dans la chapelle du cimetière. Trois couvents de religieux 
mendiants, Dominicains, Cordeliers et Récollets, occupaient encore 
des chapelles et étaient très prospères à Saint-Junien ^. 

Le chapitre jouissait toujours de la magnifique chapelle de 
Notre- Dame-du-Pont, où les pèlerinages avaient eu au moyen-àge 
une grande vogue en Limousin. Les chanoines de la collégiale éta- 
blirent eux-mêmes, conformément à la volonté de l'évêque, le 
20 septembre 1652, la confrérie de Notre-Dame des Agonisants, 
pour favoriser particulièrement l'assistance des pauvres malades 2. 
Depuis quelques années déjà, une autre confrérie du même genre, 
plus populaire, celle des Dames de Charité, secourait les pauvres de 
la ville, les visitait à domicile, et prenait soin des petits en- 
fants. Le P. Le Jeune leur donna, en lôo^i, des statuts, qui déve- 
loppèrent beaucoup cette institution charitable. Grâce à son zèle 
encore, les filles de Notre-Dame de Limoges vinrent, en 1660, pren- 
dre possession, à Saint-Junien, d'un nouveau couvent dont il avait 
fait décider la fondation, le 10 octobre 1654. Le missionnaire de 
l'Oratoire revint prêcher dans cette ville, avec un nouveau succès, 
pendant TAvent de 1665 et le Carême de Tannée suivante 3. 

On voit, par tous ces détails, que nous ne pouvons reproduire 
pour chaque ville importante du diocèse, de quelle manière étroite 
et profonde la restauration du catholicisme se rattachait alors à 
l'opération préalable de la réforme ecclésiastique. L'évêque de 
Limoges, François de la Fayette, avait beau se plaindre, comme il le 
fit amèrement dans un mémoire qu'il adressait, en 1650, au conseil 
privé du roi, déclarant : <- que rien, dans ses travaux, n'avait tant 
retardé le fruit de ses bons desseins », que les querelles inquié- 
tantes et continues de ses chapitres. Au fond, ces « discussions si 
pénibles donnèrent lieu à notre prélat, de développer dans toute 
son étendue le caractère de fermeté épiscopale qu'il avait reçu du 
Ciel, et qu'il employa si efflcacement, à maintenir les droits de sa 
dignité, alors presque inconnus à ses diocésains » *. Autre avantage 
notable : l'opposition des chapitres servit à propos de contre-poids 
salutaire, au pouvoir des prélats férus d'absolutisme, et en modéra 
opportunément l'exercice. 

L Voir plus loin l'œuvre particulière de ces religieux. 

2. Mss. 40, f. 366. 

3. Arl>eIlot, Chronique de Maleu» Limoges, 1847, p. 218 et suiv. 

4. Mss. 'M, f. I et 20. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 239 

IV. Le3 8]mode8 de François de la Fayette. 

« Le nouvel évêque de Limoges, dit l'historien Legros (que nous 
suivons pas à pas autant que possible), n'avait pas encore mis les 
pieds dans son diocèse, et déjà sa réputation et l'odeur de ses ver- 
tus, l'y avaient précédé. Dès les premiers jours de son épiscopat à 
Limoges, la sollicitude pastorale du prélat lui avait mérité les res- 
pects et l'amour de la plus grande ou au moins de la plus saine 
partie de son clergé. » Celui-ci admira particulièrement, l'empres- 
sement que mit François de la Fayette, à faire célébrer les sy- 
nodes diocésains, deux fois par an, les jeudis après le dimanche 
de Quasimodo, et après la fête de Saint-Luc ^. Le prélat s'accquitta 
toujours de ce devoir avec régularité selon l'ancienne coutume. 

Laissant de côté pour le moment l'étude des règlepients qui y 
furent élaborés, et nous réservant d'indiquer plus loin l'importance 
et le mode de ces assemblées, nous nous bornerons à relever ici les 
extraits de procès-verbaux, non moins instructifs que ceux des 
visites pastorales, soit sur l'état du clergé limousin, soit en même 
temps sur le zèle ardent de notre prélat à extirper ses maux invé- 
térés, en leur appliquant des remèdes énergiques et efficaces. 

Quand François de la Fayette tint à Limoges son premier syno- 
de, le 19 octobre 4628, les prêtres de cette ville portaient des robes 
à grandes manches, à la façon de celles des procureurs. A la suite 
des prescriptions de l'évêque sur le costume ecclésiastique, ils 
prirent bientôt des soutanes et des manteaux longs. En vertu d'au- 
tres règlements, ils commencèrent à être examinés avec plus d'exac- 
titude et de sévérité, pour l'admission aux ordres et aux bénéfices. 
Dès lors, le clergé paroissial s'adonna plus sérieusement à l'étude, 
l'ignorance « crasse y> fut bannie de son sein, il parut plus instruit 
et on l'entendit prêcher plus honorablement. 

Mais le zèle de notre prélat ne se borna point à la ville épisco- 
pale, ni à ses environs ; il étendit ce noble feu sur tout son diocèse, 
qu'il trouva, à cette même époque, dans le dernier désordre. Plu- 
sieurs prêtres s'étaient fait ordonner avant l'âge requis ; quelques- 
uns étaient entachés d'hérésie ; ceux-ci avaient assisté à des maria- 
ges clandestins, ceux-là étaient des piliers de cabaret ; les uns 
étaient simoniaques, confidentiaires, les autres ne résidaient pas 
ou possédaient des bénéfices incompatibles. Les patrons laïques 
donnaient les cures à des tonsurés, qui négligeaient de se faire pro- 
mouvoir aux ordres sacrés, et ce qui est pire, de mettre à leur 
place, pendant ce temps, des prêtres congruistes pour l'adminis- 
tration des sacrements. On voyait nommer à ces bénéfices des 
moines apostats. Dans des visa de 1640 et de 1642, pour les cures 
de Saint-Priest-la-Plaine, de Saint-Silvain-Ballerot et de Boussac- 
les-Eglises (Creuse), il est dit qu'on donne ces paroisses « à un 
sujet suffisant et apte, parce que, eu égard au lieu et au peu de 
revenus de ces bénéfices, il serait difficile d'en trouver un plus 

1. Mss. 34, f. 3. 



340 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

propre et plus capable, qui voulût résider dans ces églises, pour 
les gouverner convenablement. » 

L'un des principaux soins de notre prélat, dans ses premiers 
synodes, fut de retirer, autant qu'il put, les bénéfices de la confi- 
dence ; de faire rétablir la plupart des églises qui étaient réduites 
à la dernière pauvreté, ou qui menaçaient ruine ; de retrancher 
certains abus, « dont Tindécence blessait les yeux les moins reli- 
gieux, comme de garder la sainte Eucharistie dans du papier, 
d'enterrer les corps des huguenots dans les églises, etc. y> 
. Les synodes, du 49 avril et du 25 octobre 1640, sont rapportés 
comme célèbres par les dispositions qui y furent prises, notamment 
contre les bénéficiers non résidents ^ Dans l'assemblée d'automne, 
l'évèque menaça des peines canoniques plusieurs curés, qui ne s'é- 
taient pas présentés au synode depuis plus de dix ans. Il recom- 
manda à tous de garder exactement les règlements, relatifs à la 
publication des bans de mariages et aux dispenses de consanguinité 
ou d'affinité. Dans le synode du 41 avril 1641, notre prélat enjoi- 
gnit aux curés de résider sur leurs paroisses, et de faire le 
catéchisme, négligé par quelques-uns, depuis le second dimanche 
d'après Pâques jusqu'au dernier dimanche de septembre, enten- 
dant par là qu'il n'y eût pas de vacances pour l'accomplissement de 
ce devoir essentiel de l'instruction chrétienne des enfants *. 

Dans le synode suivant (mai 1642), l'évèque eut à se plaindre de 
la trop grande facilité de ses curés, soit à permettre qu'on fît des 
serments judiciaires dans leurs églises, les dimanches et jours de 
fêtes d'obligation, soit à employer pour l'administration des sacre- 
ments des prêtres non approuvés, soit encore à souffrir dans leurs 
paroisses des maîtres d'école non munis d'attestations. On vit le 
prélat ordonner que les prêtres approuvés en cours de visite, et 
qui ne l'avaient pas été depuis, se présenteraient, dans le délai de 
deux mois, « par devant » lui ou son vicaire général, pour être 
examinés de nouveau ; on le vit enjoindre aux curés de dénoncer 
ceux qui passeraient outre, qui vivraient scandaleusement, et qui 
assisteraient aux mariages clandestins, sous peine d'être punis, 
comme complices et fauteurs de ces désordres. 

Dans l'assemblée d'automne (1642), l'évèque menaça de punition 
exemplaire les ecclésiastiques du diocèse, qui se rendaient à Li- 
moges pour le synode et n'assistaient pas le matin à la sainte messe, 
à la prédication, à la procession et aux prières, en surplis, avec le 
bonnet carré et l'étole. Il défendit : « à tous les supérieurs d'égli- 
ses, séculiers et réguliers, de chanter publiquement des offices, 
prières et litanies, non approuvés du Saint-Siège ou de l'évèque. -» 
Cette dernière défense était d'autant plus nécessaire que l'abus 
dans cette matière était alors extrême -. 

Les abus dévoilés dans le synode que notre prélat tint, le 27 avril 
1645, peu de jours après son retour de Paris, étaient encore énor- 

i. On reverra plus loin ces divers règlemenls. Mss. îii, f . 1 à 13. 
2. Mss. 34, f. 14. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 241 

mes. On voyait alors des ecclésiastiques qui confessaient sans 
avoir des lettres d'approbation, des curés qui ne résidaient pas ; 
des prêtres qui ignoraient la doctrine chrétienne et la manière 
d'administrer les sacrements, des curés qui ne faisaient point de 
catéchismes, ni d'instructions ; qui fréquentaient les cabarets ; qui 
se confessaient très rarement ; des prêtres jureurs, qui ne disaient 
point d'office ; qui laissaient mourir les malades sans sacrements, 
qui exerçaient la chirurgie ; des chanoines-curés qui ne résidaient 
dans aucun bénéfice. 

Les visiteurs diocésains rapportaient, dans leurs mémoires, lus 
au synode, qu'on trouvait de l'eau baptismale conservée dans une 
fiole de verre, que des custodes de fer-blanc servaient pour la 
sainte réserve, que des églises n'avaient point de registres parois- 
siaux ; que des femmes suspectes étaient dans les malsons des 
prêtres ; que les mariages clandestins n'étaient pas rares. Que 
d'abus à déraciner! Que de matières à réformer ! Aussi notre pré- 
lat enjoignit-il à ses curés d'assister aux conférences ecclésias- 
tiques, sous peine de cinquante livres d'amende, applicables en 
œuvres pies ^. 

Des ordres et des menaces ne suffisant pas pour remédier effica- 
cement à tant de maux, l'évêque fit des exemples. Il cita, au synode 
du mois d'avril 4646, le curé de Saint-Léger, et déclara en sa pré- 
sence, et en pleine réunion, sa cure vacante, parce qu'il ne résidait 
pas. Les actes de cette dernière assemblée parient aussi d'un grand 
nombre de prêtres, qui portaient des habits de bure. Les curés 
souffraient qu'ainsi accoutrés, ces ecclésiastiques entrassent dans 
l'église avec des sabots, et assistassent aux offices. Une autre me- 
sure des plus importantes en dit long sur le défaut de préparation 
des jeunes clercs au sacerdoce. L'évêque de Limoges décréta, dans 
ce même synode, qu'il n'ordonnerait plus ceux qui voudraient 
désormais se faire promouvoir aux ordres sacrés, s'ils ne lui re- 
mettaient un certificat du supérieur de quelque maison religieuse, 
attestant qu'ils s'étaient confessés. 

Dans les synodes suivants, sur lesquels les procès-verbaux ne 
nous rapportent que peu de détails, nous savons que le zèle de 
notre prélat pour la discipline ecclésiastique alla toujours crois- 
sant. Le 23 avril 1648, l'évêque ordonna, qu'on mettrait désormais, 
sur les registres paroissiaux, le jour de la naissance des enfants 
dans l'inscription de l'acte de baptême. On avait sans doute, remar- 
que Legros, omis de le faire jusque là, et le prélat sentait trop 
bien les conséquences de cette formalité, pour la négliger 2. Le 
23 octobre 1659, il fit défense à ses curés de donner la bénédiction 
nuptiale dans Taprès-dîner, et s'il ne leur interdit pas de manger 
dans les cabarets « pour les mortuaires, mariages et baptêmes » (le 

1. Il défendit alors de porter à cheval le saint Viatique anx malades. Cette 
dernière défense fut levée depuis. Mss. 34, f. IG. 

2. Mss. 34, f. 16, p. 19. Les registres paroissiaux ne furent admis comme 
preuves en justice qu'en 1667. 

16 



242 UN SIÈCLE DÉ VIE ECCLESIASTIQUE EN PROVINCE 

cas lui futalors soumis), il leur recommanda du moins, de s'y com- 
porter avec décence, retenue et modestie. Il toléra ainsi^un abus, 
qu'il ne pouvait encore entièrement déraciner, plutôt qu'il ne donna 
une véritable permission de s'y conformer. 

Au synode de Pâques 1674, le prélat a dont la vigilance s'éten- 
dait à tout », promulgua un arrêt du conseil du roi du 10 février 
précédent, qui avait été rendu sur sa demande, dans le but de 
remédier à de nouveaux abus, concernant la célébration des ma- 
riages, et les provisions de bénéfices. L'arrêt frappait quatre des 
principaux contrevenants, qui appartenaiant au diocèse, d'une 
amende de 1000 livres chacun. Les actes de l'assemblée du 14 octo- 
bre 1675 nous apprennent, que l'évêque de Limoges enjoignit aux 
curés, de faire régulièrement dans leurs églises les catéchismes, 
tous les dimanches et jours de fêtes. Il leur fit même un devoir 
d'aller dans les villages, instruire les fidèles les plus ignorants, tant 
il était persuadé « que de la bonne instruction dépendaient la con- 
duite et la vie du chrétien ». Il leur défendit encore de n'autoriser 
aucune quête dans leur paroisse, à moins que le quêteur ne 
présentât une permission authentique, revêtue du sceau de l'évê- 
ché. a Ce synode fut le dernier qu'il ail tenu. Aussi notre prélat, 
parut-il y ramasser toutes ses forces, pour exhorter son clergé 
au maintien et à l'observation de cette exacte discipline, qu'il avait 
travaillé sans relâche à lui rappeler ^. » 

De cet aperçu général des synodes de Limoges, il résulte que les 
règlements de François de la Fayette furent, au jugement de Legros, 
« recommandables par une prudence consommée de leur auteur ». 
Comme notre prélat fut fidèle à la résolution qu'il avait prise, en 
1628, de tenir régulièrement deux fois par an ces assemblées, il est 
aisé de se rendre compte de l'influence profonde, que la pratique 
séculaire de ce moyen de réforme ecclésiastique exerça sur la réno- 
vation religieuse du diocèse de Limoges 2. 

V. Les conférences ecclésiastiques. 

Dès le début de son épiscopat, François de la Fayette engagea 
vivement les prêtres de son diocèse, à s'adonner à l'étude des 
sciences sacrées. Pour combattre la profonde ignorance, dans la- 
quelle se trouvait particulièrement le clergé rural, le prélat n'eut 
pas de moyen plus pratique, que l'institution des conférences ecclé- 
siastiques. Aussi prit-il à cœur, de favoriser de tout son pouvoir 
l'association des prêtres de Saint-Martial, qui les avait mises en 
honneur à Limoges, depuis 1616. Grâce aux encouragements de 
l'évêque, cette association était des plus prospères en 1641 3. A 

1. Mss. 34, f. 2G, 31, 33. 

2. Ce qui confirme cette conclusion de Legros, c'est que, selon la remarque 
de rhistoriographe, la plupart des règlements synodaux de François de la 
Fayette restèrent en vigueur et contenus dans le recueil imprimé des statuts 
diocésains, qui fut entre les mains de tout le clergé, jusqu'à Tépoque de la 
Révolution. Mss. 34, f. 2. 

3. Laforest, Limoges^ p. 328. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 243 

cette même époque, des conférences semblables et périodiques 
existaient dans chaque paroisse importante du diocèse ; mais elles 
étaientpeu suivies d'un certain nombre de curés, puisqu'au synode 
d'automne de 1645, on était obligé de recourir à des sanctions 
sévères, contre ceux qui ne les fréquentaient pas régulièrement *. 

A la suite de la visite générale qu'il venait de faire en 1648, notre 
prélat publia une série de règlements disciplinaires, dont un des 
principaux visait l'organisation précise des conférences ecclésias- 
tiques : « Tous les curés, dit l'évêque, qui ont plusieurs prêtres 
dans leurs paroisses, les convoqueront et assembleront au moins 
deux fois la semaine ; ils s'entretiendront et conféreront sur les 
rubriques du bréviaire et du missel, sur les cérémonies de la messe 
et les divins offices, sur les maximes et points de la doctrine chré- 
tienne, cas de conscience et administration des saints sacrements 
de l'Église ; et, en cas que quelque prêtre s'absente sans cause légi- 
time, il sera privé des fruits de la communauté et des émoluments 
de la dite église, qui lui appartiendront pendant la semaine en 
laquelle il manquera à ce devoir ; et ils accroîtront et céderont au 
profit de ceux qui assisteront et se trouveront en ces assemblées. » 

Dans les remarquables instructions, qu'il avait données aux visi- 
teurs diocésains, le 18 juillet 1650, l'évêque de Limoges leur enjoi- 
gnait particulièrement de « veiller soigneusement, à ce que les con- 
férences par lui ordonnées entre les curés et vicaires perpétuels et 
prêtres, sur la doctrine chrétienne, cas de conscience, fonctions 
curiales et exercices de piété soient faites dans les dites paroisses 
en la manière, dans les lieux et aux jours qu'ils jugeront les plus 
convenables 2. » 

Nous ne savons, si la sévérité des sanctions de l'ordonnance de 
1648, jointe à la surveillance des visiteurs diocésains, introduisit 
dans la pratique de cette réforme la régularité et la discipline que 
le prélat voulait faire observer, pour le bon ordre de son diocèse. Il 
arriva probablement, que chaque groupe d'ecclésiastiques fut porté 
naturellement, à interpréter les ordres trop succincts de l'évêque 
selon ses fantaisies, et à en varier, selon les goûts, l'application qui 
aurait dû être partout uniforme. L'institution n'eut pas alors tardé 
à dégénérer en réunions plus ou moins banales et édifiantes, si 
notre prélat ne s'était empressé de la compléter par une législation 
détaillée qui ne laissa plus rien à l'arbitraire. 

Ces nouveaux règlements, nous paraissent au fond, eu égar 
à l'époque de leur publication, un chef d'œuvre du genre non 
moins digne d'éloges que l'organisation célèbre des conférences 
d'Angers, qu'ils ont précédées d'une quarantaine d'années. Nous 
les citons ici plus largement, parce que, tout en établissant sur 
l'un des fondements les plus solides, la réputation de notre 
prélat, comme grand évêque réformateur de son temps, ils nous 
permettent déjuger, par l'ensemble de ses considérations générales 

1. Mss. 34, f. 16. 

2. Mss. n. 14. Deux pièces imprimées des Mélanges de Legros. 



2U UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

et de ses décisions pratiques, l'esprit de sagesse et de gouverne- 
ment qui présidait à la rédaction de ses ordonnances ^. 

« Parmi les obligations que Dieu a imposées aux pasteurs de son 
Eglise, dit François de la Fayette, au début de sa fameuse ordonnance, 
Nous avons esté toujours persuadés, qu'une des principales estoit 
l'instruction des fidelles, que Jésus-Christ, souverain pasteur des âmes, 
a mis sous leur conduite. Nous apprenons de rEscriture saincteetdes 
Pères, qu'ils sont les lumières du monde, les soleils de TEglise, les 
flambeaux du christianisme, les maistres des ignorants et les guides des 
aveugles. Ces belles et glorieuses qualités, qui sont des marques d'hon- 
neur, sont aussi des engagemens et des devoirs bien pressens, qui 
les obligent, pour répondre à ces beaux titres, et pour s'acquitter digne- 
ment de leur ministère, de puiser les lumières qui leur sont nécessai- 
res, dans la source des bons livres par une sérieuse application à 
l'estude et en Dieu mesme, parla prière et l'oraison. Car, comment 
seraient-ils les oracles vivans des vérités chrestiennes et les fidèles 
dépositaires de la science du salut, s'ils n'estoient instruits de ces 
belles vérités et de cette divine science, pour en faire part aux fidelles ?... 

La force de ces raisons Nous a si fortement touchés, depuis le temps, 
qu'il a pieu à la Bonté divine de nous appeller, quoy qu'indigne, à la 
conduite de ce diocèse, que nous avons employé tous les moyens les 
plus propres et les plus efficaces, pour obliger les pasteurs de s'appli- 
quer avec soin, à l'estude de la science qu'ils doivent posséder dans 
l'exercice de leur charge, pour instruire les fidelles des vérités et des 
mystères de nostre religion. Dès lors que Nous avons esté eslevé à.la 
dignité pastorale. Nous avons employé plusieurs années aux visites 
générales de nostre diocèse, pendant lesquelles, Nous avons exhorté 
les pasteurs que Nous avons trouvés faibles et peu éclairés, d'employer 
série'isement à l'estude tout le temps qui leur pouvoit rester après le 
service de leurs paroisses. Dans la vacance des bénéfices. Nous en 
avons pourveu ceux que la science et la piété avoient rendus capables 
de les remplir. Nous avons appliqué nos soins et tenu la main, pour 
esloigner des saincts Ordres les personnes dépourvues des qualités 
requises. Nous avons obligé les vicaires et les autres ecclésiastiques 
approuvés de se présenter à Nous tous les ans, pour juger du progrès 
qu'ils auroient fait dans l'estude, avant de continuer leurs approbations. 
Nous avons enfin envoyé, comme Nous faisons encore, des missionnai- 
res dans les paroisses moins instruites, et qui avaient plus de besoin 
de secours. 

Nostre Seigneur a voulu, par sa miséricorde, donner quelque succès 
à Nos soins ; mais ils n'ont pas entièrement répondu à nos désirs et à 
nos attentes, puisque Nous apprenons, avec un extrême desplaisir, que 
plusieurs curés et vicaires, ont eu beaucoup de négligence à conserver 
les lumières que Dieu leur avoit données, ou à en acquérir de nouvelles ; 
et, par cette paresse reprochable et criminelle, ils se sont rendus inca- 
pables d'instruire le peuple, et de satisfaire aux obligations de leurs 
charges ; de sorte que Nous voyons avec douleur, dans quelques endroits 

1. Le document imprimé, mais non catalogué, qui appartient aux Archives 
du Grand Séminaire de Limoges, est intitulé : « Ordonnance et règlements de 
Mgr rill. et Rév. François de la Fayette, evesque de Limoges. Pour l'establisse- 
ment des conférences ecclésiastiques dans son diocèse. » A Limoges, chez la 
veuve d'Antoine Barbou, Imprimeurs ordinaires du Roi et de Monseigneur de 
Limoges, 1660. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 245 

de notre diocèse, le malheur dont se plaignait un prophète, que les 
enfants pressés de la faim de leur salut, demandent, avec des soupirs 
et des gémissemens, le pain vivifiant de la parole de Dieu, et qu'il ne 
se trouve personne pour le leur distribuer. La cause de ce dérèglement 
et de cet abandonnement procède sans doute, ou de leur peu de zèle, 
ou de leur timidité à parler en public ; et, après en avoir cherché les 
remèdes, nous n'en avons point trouvé de plus utiles et de plus effica- 
ces, que rétablissement des Conférences ecclésiastiques, dans lesquel- 
les ils s'instruiront des vérités, dont la connoissance leur est nécessai- 
re ; ils s'exerceront les uns les autres à les acquérir par une saincte 
émulation, mais sans enuie et jalousie ; ils pourront faire une aymable 
et fraternelle communication de leurs lumières ; et par la continuation 
de ces saincts exercices, ils acquerront la facilité de produire au dehors, 
et de porter au peuple des vérités, qu'ils y auront apprises. 

C'est pourquoy, estant comvaincu, comme Nous le sommes, de la 
nécessité de ces Conférances, Nous ordonnons à tous archiprestres, 
curés, vicaires, prestres, et autres ecclésiastiques, qui ont esté pro- 
meus aux Ordres sacrés, dans toute Testendue de nostre diocèse, de se 
trouver aux Conférances, que nous voulons estre tenues régulièrement, 
tant dans les villes qu'à la campagne, et d'observer avec fidélité et 
exactitude les Règlements que nous lui adressons sur ce sujet avec 
la présente ordonnance... Nous conjurons tous les ecclésiastiques 
résidens dans notre diocèse, de ne négliger pas une ordonnance si 
saincte, dont ils connaissent assez l'importance, pour peu qu'ils con- 
naissent la pesanteur du fardeau, dont ils sont chargés. Que s'ils se 
laissent plustost toucher par leur propre intérest, que par le poids de 
leurs obligations, Nous leur déclarons, que Nous aurons beaucoup de 
considération pour ceux qui s'appliqueront avec zèle et attachement à 
ces Conférances, et que l'assiduité qu'ils y témoigneront, sera le moyen 
le plus facile et le plus assuré, pour obtenir les grâces, qui dépendront 
de nous : au contraire, nous donnerons à connoistre à ceux qui ne 
voudront pas embrasser une occasion si favorable, que leur négligence 
passera avec raison dans nostre esprit, pour un degoust, et une aver- 
sion qu'ils ont des choses si sainctes et si utiles ; et nous les jugerons 
indignes de tout employ dans notre diocèse... Nous espérons néan- 
moins, que se portans à leur devoir plustost par l'amour du bien que 
par la crainte de la peine, ils se considéreront à l'advenir en qualité 
de pasteurs et de prestres comme les lieutenans et les substituts de 
Celui qui a esté là lumière du monde et le soleil de justice, et qu'ils 
s'efforceront de marcher sur ses pas, et de suivre son exemple... Donné 
dans le palais épiscopal de nostre Cité de Limoges, le douzième jour 
d'octobre, et publiée en nostre Synode général le vingt- unième du dit 
mois mil six cens soixante. 

Signé: f François, E. de Limoges. 



Règlement contenant Tordre et la manière de tenir les conférances 

ecclésiastiques. Eztraict de plusieurs conciles et des actes de 

Sainct Charles Borrhomée. 

L Tout le diocèse, qui contient dix-huict archiprestres, sera 
divisé en certains détroicts, dans lesquels les ecclésiastiques s'as- 
socieront pour faire des Conférances. Chasque détroict sera com- 



246 IX MKCLK DE VIE E4;CLt>IASTI<iUE EN PROVINCE 

posé de dix ou douze paroisses, ou 'd*un plus grand ou plus petit 
nombre, selon la commodité et la distance des lieux. En chasque 
d«'îtroicl destiné fwur les Coniérances, il y aura trois otTiciers, sca- 
voirun directeur, un substitut, et un secrétaire, qui seront par 
Nous clioisis, ou eslues par la pluralité des suffrages des associés 
en chasque (k)nférance, et ils ne pourront exercer leur charge 
qu apivs avoir obtenu notre approbation ou en notre absance celle 
de nostre grand-vicaire. 

II. Le directeur présidera à l'assemblée, donnera les matières, 
qui devront estre traiclées dans lesGonférances, et les cas ou diffi- 
culté*?, sur lesquelles chascun se pourra préparer pour la Confé- 
rance suivante ; il prendra les advis d'un chascun et fera eu sorte 
que tous |)arleiit à peu près également en chasque Conférance, et 
que, les uns n*iiiterrom|)ent pas les autres, loi-squ'ils diront leurs 
advis... 11 indiquera le lieu de rassemblée pour la Conférance sui- 
vante, et aussi le jour» prenant garde que ce ne soit pas un jour de 
feste. 

III. Le Substitut présidera dans l'assemblée, en présence du Direc- 
teur, et y fera s<»s foiietions. 11 prendra garde que le présent règle- 
ment, fait |M>ur lesCiinféraïuvs tHvU^iasti(|uess4>it bien obser\'é, et 
il ïu>us ikmtiera advis, avec le Directeur, des manquements, s'il y 
en a, et <ie Umi ce qui se passera dans S4)n détroict, qui regarde la 
gloire de Dieu, le l>ien de TEglise, la conduite des curés et autivs 
eciMêsiastiques, et le s*»rvire des paroisses de tout leur détroict. 

I\\ Le S*H*r*'t:iire auni la liste des noms des euivs et ecclésiasti- 
ques, qui serimt datis le liétroict où ils seront associez, {K>ur faire 
les dites Conréranees. Il maninera dans un livre ou registre les 
noms de eeu\ qui y uun>!it assisté ; il dressera, à chasque assemblée 
un verbal des nmtièrYs qui y auront esté trait^tées et des résolu- 
tions i\u\m y aura [>rises, qu'il inséivra dans le dit livre, et il aura 
soin de ti«)us eiivt)yer. après chasque assemblée, une copie du dit 
verlial et ilu ivsuUat de toute la Coiiféraïuv, signée de luy et du 
t)ireeteur, et les noms des ai>sans. s'il y eti a eu, avec la raison 
[K)ur laquelle lU s^^soiit ilispensez d'y iissister. 

V. l/Assemhli'e se tiendra, unt* fois In ^ernaine^ dans les villes de 
notre diorés»» et dans les tiourgs et pamisses oii il y aura un nom- 
bre snt'lisint d'iM'f lesiastii|ues, ♦•t une fois It' rnnis^ dansciiaqne dé- 
trtiii-t à la eani|);i;:ih\ ou deux fois It» mois, s"il s*-» peut, [>endant 
Teste, selon la eonunodile de lasai>i*in et la |>ro\ijnité des [uirrois- 
ses. ihi ehoi>;n-a, pour taire rassemblée, le liru le f>Ius eoniniode et 
qui seraeoniuit» le eenfi'e des [>arnti<ses i|ui la doivent eornposer, 
si et* n'e^^t qu'»Mi désire tenir la dite ass+'UiMee, su<'ees^iveinent 
dans toutes les par'riM<s»*s <pii se tnKiverunt dans le d^'troi«-t. et «»n 
aurastutu i[\\\)^' as>»'!nb[ee à laut'-e, de de<iuner le lieu où elle 
s*' devra tetor. aliu «pi»» ehaeiin s'y poisse rendre. 

VI. Tous lesirures, \ ;eaires, (o-e<trt*<, diaen»^ et S^HlL'SlIaiTes^ 
qui s«u-ont il.iîis U» d' ibtnMer^ seront oît m»-'^ d»-' se rendre au lieu 
ou >«» tera r \>s4'tuL".'tM\ au ]* ur .{r^i^^T'e ,..r>».-,. htaet « u UKitf heures 
d':nMîi'uep Ihilut ert* *e<îasr:'p:e_. *J"'^ si q' ••-•-[ r'un r^e piu.ivai'' 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 247 

assister, pour quelque juste raison, il envoyera ses excuses par 
escritau Directeur, qui en advertira rassemblée. Nous exhortons 
néantmoins ceux qui auront été advertis, pour y faire le raport des 
matières qui leur auront esté données, de ne pas s'absenter, à 
moins qu'ils n'ayentdes raisons très pressantes ou des occupations 
indispensables dans leurs parroisses. 

VII. ... Tous assisteront, en surplis et bonnet carré, à la grande 
messe de Spiritu sanctOy qui se célébrera solennellement, avant 
laquelle on faira la procession autour de Téglise, en chantant le 
Veni Creatovy et à la fin, on dira le Libéra pour les trespassez. Ceux 
qui ne sont pas prestres se confesseront et communieront à la dite 
messe; et, afin que le peuple soit incité d'y assister. Nous accor- 
dons à tous les fidelles qui auront cette dévotion, quarante jours 
d'indulgences ; de quoy, le curé de la parroisse où se tiendra l'as- 
semblée, aura soin d'advertir le peuple à son prône le dimanche 
précédent. 

VIII. La messe estant dite, ils iront prendre leur réfection tous 
ensemble, en la maison du curé, avec modestie, frugalité et rete- 
nue, se contentans d'un seul service de viandes communes et or- 
dinaires; et Nous leur defTendons, sur peine de suspense, qu'ils 
encourront ipso facto, d'y faire aucun excez, pour le boire et pour 
le manger, et d'y employer aucune femme ny fille pour les servir, 
pendant le dit repas, auquel il ne sera loisible d'appeler mesme 
aucun séculier, sous quelque prétexte que ce soit. Ce repas, qui ne 
se faira que dans les assemblées faites dans les parroisses de la 
campagne, sera fait à frais communs, pour lesquels chasque parti- 
culier donnera liuict ou dix sols, au plus... Pendant tout le repas, 
qui ne durera, au plus, que tmis quarts d'heure, un de la compa- 
gnie sera nommé pour faire la lecture d'un chapitre du Nouveau- 
Testament, et, en suite des Statuts et Règlements de notre diocèse. 

IX. La Gonférance commencera à midy ou environ, et durera 
deux heures ou deux heures et demie... Le Veni Sancte Spiritus 
estant dit, tous prendront place et demeureront assis pendant la 
Gonférance, et ne se lèveront pour répondre. Ghascun étant placé, 
le secrétaire lira les noms de ceux qui se doivent trouvera l'as- 
semblée et marquera les absens, et de trois en trois mois il aura 
soin de lire le présent Règlement. En suitte il faira la lecture du 
Résultat de la Gonférance précédante, et des résolutions qui y 
auront esté données, et dont il aura chargé le Registre. 

X. Après cette lecture, on procédera à la Gonférance avec Tor- 
dre qui s'ensuit. i« Gelui qui aura esté nommé pour faire un en- 
tretien sur la matière qui luy aura esté prescripte, le faira bries- 
vement, et il ne visera qu'à instruire et persuader les escoutans, 
et non pas à satisfaire à leur curiosité. 2® Geux qui auront esté 
chargez de décider les cas de conscience qui leur auront esté 
donnez par escrit, les rapporteront aussi succinctement et claire- 
ment... 3« Geux qui auront trouvé quelques difficultés dans les 
confessions, dans la conduite des âmes, et dans le service de leurs 
paroisses, les proposeront à toute l'assemblée pour prendre leurs 



248 UN yiÈ(;LE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

advis et suivre leurs résolutions- Et en cas que les difficultés 
proposées ne soieïit pas entièrement esdaircies et décidées, ou 
que les voix fussent partagées, on s'adressera à Nous ou à nostre 
grand- vicaire, pour demander oostre réponse, que Nous rendrons 
avec soin et diligence. 

XL Pour les matières qu'on traitera dans les Conférances, nous 
donnerons ordre qu'elles soient imprimées au plus tost, pour 
servir pendant toute Tannée. Cependant Nous les exhortons de 
cl/oisir celles qui seront de pratique et les plus nécessaires aux pas- 
teurs pour leur conduite particulière et pour la conduite des âmes. 

XII. ... Nous ordonnons au Directeur et au Secrétaire de dresser 
un résultat (de chaque Ojnférance), ou ils marqueront, non seule- 
ment ce qui aura esté conclu par la pluralil('% mais aussi ils y 
renfermeront briesvement les principales preuves, et les plus 
notables textes et raisons, qui auront esté allégués de part et 
d^autre sur les points proposez, 

XIII. Kt pour faciliter le moyen de faire le dit résultat, chascun 
sera obligé d'apporter à la Conférance ses responses par escrit sur 
les questions qui doivent estre examinées au moins quand aux 
raisons capitales et aux passages qu'il cittera ; au bas desquelles 
réponses, il mettra son nom et celuy de son bénéfice ou employ ; 
de sorte qu'ayant dit son sentiment de vive voix, il les laissera 
entre les mains du Directeur, lequel après en avoir extrait avec 
le Secrétaire, ce qu'il y aura de plus considérable, nous les en- 
voyera avec le procez verbal do toute la conférance, afin que nous 
ayons la consolation de connoistre par ce moyen le zèle et l'afTec- 
tion de chacun pour cet exercice si important. 

XIV. Les matières de la Conférance estant discutées, et les dou- 
tes et cas proposez, agitez et résolus, le Directeur désignera le jour 
et le lieu de la suivante, dont il distribuera le sujet à quelqu'un 
des associez, et donnera à quelques autres le cas à proposer et à 
résoudre, afin que chascun aye le temps de se préparer. Le Secré- 
taire donnera aussi le résultat des résolutions de la précédente, 
qu'il aura transcrit dans le Registre, dont chascun aura soin de 
prendre des copies. 

XY. Or, afin que chascun soit obligé de se rendre assidu aux 
dites Conférances, Nous ordonnons que les ecclésiastiques qui 
prétendront d'estre pourveus de quelque bénéfice ; les vicaires et 
prestres qui voudront recevoir nostre approbation, pour la confes- 
sion et la prédication ou faire reuouveller celle qu'ils ont desjà 
receue; et ceux qui se présenteront à Nous, pour estre promeus 
aux saincts ordres de diaconat et prestrise, seront tenus de porter 
une attestation signée du Directeur et du Secrétaire, par laquelle il 
nous apparoisse de leur assiduité ausdites Conférances... 

XVI. Mais parce qu'il est iïuportant d>mpescher qu'il ne glisse 
dans nostre diocèse aucune mauvaise doctrine, et de mettre ordre 
qu'on y suive les bonnes, solides et véritables Maximes, Nous 
ordonnons qu'après chaque Conférance on mettra entre nos mains 
ou en celles de nostre grand vicaire les résolutions qu'on aura 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 249 

prises sur les difficultés proposées, afin que chascun prenne les 
décisions que Nous aurons approuvées pour les règles de sa con- 
duite dans l'administration des sacrernens et dans les autres fonc- 
tions de son ministère... 

XVII. Et pour y réussir, Nous ordonnons aux officiers des Con- 
férances establies en chasque détroict, de nous advertir des man- 
quemens et deffauts notables qu'ils y remarqueront, et ils donne- 
ront ordre que chascun des curés associez dans leur assemblée, 
fasse tous les dimanches et les fêtes le cathéchisme et Tinstruction 
chrétienne dans son église paroissialle, et s'acquitte dignement de 
ses fonctions. 

XVIII. Enfin Nous désirons que ces sainctes assemblées servent 
à augmenter la charité mutuelle, qui doit unir ceux qui exercent 
un mesme ministère... 

Les avis qui suivent dans cet article, concernant les devoirs à 
rendre aux confrères malades et aux défunts, devaient être magni- 
fiquement développés par le successeur de notre prélat. 

Admirable était le plan d'organisation des conférences ecclésias- 
tiques du diocèse de Limoges. Notre prélat s'était inspiré, comme 
il le dit lui-même, des actes de saint Charles Borromée, le meilleur 
modèle de ce genre de réformes. Mais ce qu'il importe à présent 
de faire connaître, c'est l'empressement qu'apporta le clergé 
paroissial, à correspondre aux ordres de son évêque. Les anciens 
registres des paroisses de Limoges, dans lesquels on rencontre, 
de loin en loin, des notes intéressant l'histoire de la vie paroissiale, 
sont les seuls documents qui nous donnent sur ce point quelques 
renseignements. 

François Juge, curé de Saint-Pierre-du-Queyroix ^, a signalé lui- 
même à la postérité dans ses registres paroissiaux, dont la tenue 
est excellente, l'initiative importante qu'il prit alors dans l'établis- 
sement des conférences ecclésiastiques, conformément aux vues de 
notre prélat. La première des réunions périodiques prescrites par 
les nouveaux règlements fut tenue dans son district, le 40 janvier 
4661. Etaient présents : François Juge, curé de Saint-Pierre, Jean 
Goudin, prieur-curé de Saint-Aurélien, Nicolas de Broa, curé de 
Saint-Maurice, François de Villemonteys, curé deSaint-Domnolet, 
Guillaume Cibot, curé de Saint-Christophe, Siméon Lascure, curé 
de Saint-Michel de Pistorie 2, N. Teyteix, curé de Saint-Paul, et 
plusieurs autres curés de Limoges et des faubourgs de la ville. 
Les curés de Saint-Michel des Lions et de quefques autres paroisses 
du district, s'abstinrent de répondre à la convocation qui leur 
avait été adressée. 

1. François Juge, prolonotaire du Sainl-Sièf^e et docteur en théologie, était 
curé de Saint-Pierre en i660, 1G72, 1686. Il avait succédé à N. Périére, chanoine 
de Saint-Martial. Mss. n. 18, p. 529. 

2. Tous ces ecclésiastiques, véritable élite du clergé de Limoges à cette épo- 
que, étaient les membres principaux de la Compagnie du Saint- Sacrement. Or 
nous savons que cette association inspira à notre prélat cette œuvre des con- 
férences, entre tant d'autres dont nous parlerons plus loin. 



250 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Il fut décidé qu'on s'assemblerait tous les quinze jours seulement, 
le lundi, d'une heure à deux, dans la maison curiale de Saint-Pierre. 
Le procès-verbal de cette première réunion et ceux des conférences 
suivantes (17 janvier, 31 janvier et 14 février) nous apprennent, 
qu'on y arrêta quelques autres mesures importantes. On signale 
dans le nombre : l'adoption du rituel romain, récemment imprimé 
à Toulouse, celui du diocèse étant devenu fort rare ; l'interdiction 
d'admettre comme parrains des enfants âgés de moins de douze 
ans et n'ayant pas fait la première communion, celle de distribuer, 
lors des baptêmes, des aumônes dans l'intérieur des églises, etc.. 
On constate que les membres de cette conférence, se conformant 
sur ces points aux indications du règlement, cherchèrent à s'en- 
tendre sur la conduite à tenir, dans certaines éventualités, sur les 
affaires d'intérêt commun. Ils se proposaient aussi de s'occuper de 
l'instruction de leurs paroissiens, du soulagement des pauvres, de 
toutes les questions relatives à l'utilité spirituelle et temporelle de 
leurs églises, etc.. * 

La nouvelle institution grâce au concours des confrères du Saint- 
Sacrement, qui en avaient été les promoteurs, à Limoges et qui 
avaient des partisans dans les principales villes du Limousin, put 
donc s'établir aisément, conformément aux statuts, moyennant les 
modifications prévues, dans chaque district des dix-huit archiprê- 
trés du diocèse. Le fait certain de sa prospérité, trente ans plus 
tard (1690), dans Tun des centres les plus éloignés de la ville épis- 
cbpale, celui de la conférence du Saint-Esprit, à Aubusson 2, nous 
semble bien indiquer le succès immédiat de cette importante ré- 
forme. D'ailleurs, il n'est pas douteux pour nous, que la fondation 
du séminaire diocésain, où vint se former une nouvelle généra- 
tion de jeunes prêtres des plus zélés, ne consacrât l'établissement 
définitif des conférences ecclésiastiques. Les principaux résultats 
de cette institution furent de développer le progrès de l'étude des 
sciences ecclésiastiques et d'entretenir en même temps Tunion et 
la charité dans le clergé. 

IV. Origines du Grand Séminaire de Limoges. 

i® Ongincs lointaines. Preiniers essais de Séminaire. 

Dans son décret célèbre sur l'érection des séminaires, promul- 
gué le 15 juillet 1563, le concile de Trente avait arrêté six mesu- 
res principales, qui correspondaient, comme remèdes, aux besoins 
de formation des jeunes clercs. Il établissait des collèges où les 
clercs pourraient être recueillis dès l'enfance, préservés de tous 
périls, et formés solidement à la piété par des exercices spirituels 

1. Ces derniers renseignements, fournis par les Registres paroissiaux, confir- 
ment l'application des statuts de 1()60. Le fait d'une diminution de présences 
aux conférences de Limoges durant un certain temps en 16B1, ne fut que pas- 
sager. Bulletin de Limofjes, t. XXIX, p. 103. 

2. Voir plus loin l'état des conférences sous l'épiscopat de L. d'Urfé. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 251 

et aux sciences sacrées par des professeurs éprouvés. Il plaçait ces 
collèges sous l'autorité ordinaire des évêques, qui pourraient 
surveiller tant les doctrines qu'on y enseignerait, que la disci- 
pline à laquelle les clercs seraient exercés. Il constituait un ensei- 
gnement interne par des cours et des maîtres spéciaux. 

Il rendait l'érection de ces collèges obligatoire en chaque diocèse, 
afin que personne n'entrât dans le ministère ecclésiastique, sans 
avoir pu y être convenablement disposé. Il leur faisait une dotation 
avec toutes les ressources dont l'Eglise pouvait disposer, afin 
d'avoir des maîtres, et de pouvoir élever gratuitement les clercs 
dépourvus de fortune. Il établissait enfin ces collèges, hors des 
cathédrales et des collégiales, afin que les clercs attachés. à ces 
corps ne fussent pas seuls à en profiter, et que l'éducation devînt 
commune aux ecclésiastiques du diocèse. Soumettant les sémi- 
naires à l'autorité ordinaire des évêques, les Pères de Trente éta- 
blirent pareillement sur eux la juridiction du concile provincial, 
et confièrent leur institution à sa sollicitude ^. 

Ce fut dans le but de répondre à cet appel, que les évêques et les 
députés des douze diocèses, qui composaient la province de 
Bourges, réunis dans cette ville, en septembre 1584, prirent sur ce 
point de discipline, d'importantes décisions. « Le malheur des 
temps, déclarent-ils, n'a pas permis jusqu'à présent l'érection des 
séminaires. Des collèges pourtant établis en certain nombre dans 
les diocèses et dotés sur le patrimoine des églises, tiennent lieu 
pour le moment de séminaires : instar seminarioimm sunt. En 
vue de promouvoir de toutes ses forces une œuvre si sainte et de 
se conformer par là aux prescriptions de Trente, le Concile pro- 
vincial a décidé que les évêques et les autres ecclésiastiques 
feront connaître l'ensemble des moyens utiles et opportuns pour 
la fondation d'un Séminaire dans chaque diocèse et dresseront en 
conséquence un rapport détaillé à ce sujet pour le prochain con- 
cile de la province. Les évêques, qui ont déjà les ressources néces- 
saires à l'existence de ces établissements, pourront accomplir 
cette œuvre incessamment 2. » 

Dans les décrets qui suivaient cette déclaration, les Pères du 
concile ordonnaient, de n'admettre dans les séminaires que des 
jeunes gens suffisamment instruits, et pourvus déjà d'un bon 
témoignage de leurs premiers maîtres sur leur éducation classique 
et sur leur foi 3. Us recommandaient expressément, de ne confier 
la direction de ces maisons, qu'à des personnes d'une vie réglée et 
d'une saine doctrine, qui auraient fait leur profession de foi, en 
présence de l'évêque du diocèse *. 

D'autre part le concile avait pourvu à la réorganisation des 
maîtrises paroissiales, pépinières des séminaires. Les curés ne 

1. Analecia jurU pontifie il. Rome, années 1855-1 85f>, p. 672 et suiv. 

2. Préambule des canons du titre 29». 

3. La distinction entre les grands et les petits séminaires, appliquée seule- 
ment en 1641 à Paris, est ici clairement indiquée. 

4. Titre 29». 



252 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

devaient choisir que des enfants qui fussent issus d'un légitime 
mariage, d'un âge convenable, sains de corps, ayant de la voix, et 
en nombre suffisant, selon l'importance de chaque église. Les 
maîtres devaient être d'une vie réglée, de doctrine saine, ni trop 
indulgents, ni trop sévères, et constitués dans les ordres sacrés. 
Ils devaient savoir la musique et les cérémonies de l'Eglise ; ils 
devaient s'appliquer à bien instruire les enfants, ils devaient man- 
ger avec eux, avoir soin de leurs habits, ne pas les laisser courir 
en ville, sous prétexte d'aller voir leurs parents, les conduire à 
l'église et les en ramener, leur faciliter, au besoin, des récréations 
honnêtes, et surtout leur apprendre à chanter, à écrire et à parler 
latin. Les chapitres étaient tenus de fournir à leurs dépens un 
petit revenu à ces clercs, pour les attacher à leurs églises, et les 
empêcher d'être du nombre des chantres et des musiciens vaga- 
bonds. Après avoir pourvu à leur nourriture, à leur entretien et à 
leur instruction, ils devaient leur conférer les bénéfices qui vien- 
draient à vaquer, suivant leur âge, leurs qualités et leur mérite *. 

Des maîtrises ainsi organisées, devenaient des écoles cléricales, 
qui pouvaient alors remplir le rôle de nos petits séminaires. Au 
début du dix-septième siècle, la ville de Limoges en comptait deux, 
établies à Saint-Pierre-du-Queyroix et à la cathédrale. Dans la 
première, la plus importante du diocèse, à cause du nombre de ses 
élèves 2, qui avaient le privilège d'étudier au collège des Jésuites, 
où ils recevaient plus tard l'enseignement théologique, « les clercs 
habitués devaient obéir, pour l'ordre du service divin, au curé ou 
à ses vicaires, et en l'absence d'iceux, au plus ancien prêtre com- 
munaliste 3. » 

Dans la seconde école, connue dès 1607, sous le nom de « Psal- 
lette de Saint-Etienne », la charge de directeur fut confiée, sur la 
« requeste et instante prière» des chanoines de la cathédrale, à l'un 
de leurs confrères, Michel Gayou, théologal de cette église, qui 
avait pour auxiliaire, un sous-maître, nommé de Vouzeau *. 

Le concile de Bourges avait ordonné de plus que les dignités 
d'écolâtres et de chancelier dans les chapitres de la province, ne 
seraient conférées qu'à des docteurs ou licenciés en théologie, ou 
en droit canon, et que dans les églises cathédrales ou collégiales, 
le théologal donnerait, une ou deux fois la semaine, des leçons de 
théologie, auxquelles tous les ecclésiastiques de ces « corps » se- 
raient tenus d'assister ^ 

Désireux de se conformer aux prescriptions du concile provincial, 
le doyen du chapitre de Limoges, Mathieu de Verthamon, fit ouvrir, 
en 1608, dans la maison décanale de Saint-Etienne, des coursde phi- 
losophie et de théologie, dont le futur officiai, Pierre Talois, jeune 

1. P. Labbe, Sacr. Concilia. Paris, 1672, t. XV, p. 1083 et suiv. 

2. Elle comptait, avant la Révolution, vingt-cinq clercs tonsurés. M. Ârdant, 
Saint Pierre, p. 20. 

3. Statuts paroissiaujc de i6W. 

4. Archivea histor. du Lim., t. III, p. 64. 

5. Titre 34« des actes du concile. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 253 

prêtre alors et licencié en théologie, prit la direction *. D'autre 
part, à cette même époque, le chanoine théologal de Saint-Martial, 
avait la charge d'enseigner, aux jeunes clercs de l'abbaye, la théo- 
logie et le droit canonique 2. Depuis longtemps déjà l'enseignement 
de la physique, de la philosophie et de la théologie était donné 
aux novices et aux clercs séculiers, dans le couvent des domini- 
cains, à Limoges et à Brive. Enfin, un cours de théologie était 
alors établi dans les collégiales du Dorât et de Saint-Junien. Par 
ordre de nos prélats, tous les chanoines, prêtres et clercs habitués 
de ces villes étaient obligés d'en suivre régulièrement les leçons 3. 

Quoi qu'il en soit de la force et des résultats de cet enseignement 
théologique, distribué en somme assez abondamment, il n'y avait 
(et il n'y eut, avant 4660), dans le diocèse de Limoges, pour ceux 
qui se destinaient à l'état ecclésiastique, à part quelques maîtri- 
ses, ni maison commune, ni exercices réguliers, ni études prati- 
ques de l'art pastoral. Les aspirants au sacerdoce étaient encore 
moins bien formés à la vertu qu'à la science. Les jeunes théolo- 
giens, particulièrement à Limoges, vivaient dans le monde, chacun 
selon son gré, sans règle, sans surveillance ^. Il y avait, sans doute, 
beaucoup de prêtres dans le diocèse de Limoges, qui étaient régu- 
liers et édifiants, mais la plupart n'avaient ni le degré d'instruction 
désirable, ni ces habitudes extérieures, qui soutiennent la piété et 
qui contribuent au respect des peuples. Un grand nombre ne por- 
taient point le costume ecclésiastique, et paraissaient partager les 
mœurs du monde au milieu duquel ils vivaient. 

Un changement était donc nécessaire dans la formation du 
clergé, et les meilleurs esprits l'appelaient partout de leurs vœux. 
Mais comment arriver à un heureux résultat? La sagesse des 
règlements des conciles et des assemblées du clergé n'avait pu 
triompher encore des obstacles, que la faiblesse humaine oppose 
toujours à une réforme ; on n'était point parvenu à recueillir des 
fonds nécessaires pour la fondation des séminaires. Le premier en 
France, l'abbé de Bérulle, eut la gloire de réaliser à Paris un pro- 
jet si souvent formé. Il créa, en 1613, une communauté pour la 
formation des jeunes clercs, et mit en honneur les exercices des 
Ordinands s. 

Quatre ans plus tard, l'un des plus distingués gentilshommes du 
Limousin, ancien gouverneur de cette province, et alors lieutenant 
général de celle du Languedoc, Anne de Lévis, duc de Ventadour, 
pair de France, voulut doter le diocèse de Limoges, d'une mai- 
son de clercs et l'établir conformément, du moins il le croyait, 

i. Bulletin de Limoges, t. XLIII , p. ^2. 

2. Les titulaires de la théologale de Saint-Martial furent successivement Fran- 
çois et Martial Maledent, Jean de Félines (1625), Gérald id*Arfeuilles(1645), René 
Marrand, abbé du Dorât, Pierre et François Dupeyrat (1558). Mss. n. 21, p. 757. 

3. Cf. supra. 

4. Voir plus loin la préparation des clercs aux sainte ordres dans les paroisses. 

5. Picot, Euai historique, t I, p. 173, et suiv. Nous appliquons ici directe- 
ment au diocèse de Limoges, ce que dit cet historien de l'Eglise gallicîaneàcette 
époque. 



254 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

aux intentions dear conciles. Le 29 janvier 1617, ce grand seigneur 
fondait un séminaire sur ses terres, à Ventadour *, Sa volonté fut 
d'établir des places pour vingt pauvres prêtres, ignorant les lettres, 
qui seraient pris du lieu de Venladour ou de la chàtellenie d'Egle- 
tons, et, à leur défaut, des chàtellenies dTssel, Meymac, Neuvic, 
Pérols et Corrèze, ou du haut et bas-Limousin. 

Il stipula qu'ils apprendraient la langue latine, les cas de con- 
science, l'administration des sacrements, la manière de faire le 
catéchisme, et de prêcher l'exposition des Evangiles. Un docteur 
en théologie, séculier ou régulier, les instruirait et les ferait vivre 
religieusement, et dès qu'ils seraient capables, ils feraient place à 
d'autres. S'il ne se trouvait pas de prêtres pauvres et ignorants, 
on prendrait de pauvres garçons '\ Le docteur pourrait être changé, 
soit par les ducs de Ventadour, soit par les officiers et consuls de 
la ville d'Egletons. Anne de Lévi donna 1000 livres de rente 
annuelle et perpétuelle et les revenus du prieuré de Ventadour, 
le cardinal de Guise, abbé de Cluni, ayant consenti à unir ce béné- 
fice au séminaire projeté '. 

L'établissement clérical de Ventadour était mort-né, parce qu'il 
péchait par la base : comme la plupart des maisons du même genre, 
alors fondées dans le royaume, plutôt pour les prêtres, qui n'y 
venaient pas volontiers, que pour la préparation aux ordres des 
jeunes gens qui avaient terminé leurs études classiques, Ventadour, 
au bout de vingt ans d'exercice, c n'avait pas produit un seul 
prêtre > *. Aussi vit-on bientôt ce séminaire dégénérer en collège, 
et Ton comprit, dès lors, qu'il fallait le transférer dans un centre 
plii«ï important de la même région ; le transfert eut lieu dans la 
ville d'tJssel à une époque indéterminée s. 

Onoique, durant son séjour de deux ans à Paris (1643-1645), 
l'évêque de Limoges, François de la Fayette, eût habité sans doute 
dans l'hôtel de sa famille (50, rue de Vaugirard), à quelques 
pas seulement de rétablissement inauguré avec tant de succès 
sous ses yeux, par le fondateur de la Compagnie t des prêtres du 
clergé ^, nouveau curé de la paroisse Saint-Sulpice, le problème 
de l'érection d'un séminaire lui paraissait encore insoluble. Tout 
en reconnaissant depuis longtemps la nécessité de l'œuvre cléri- 
cale dans son diocèse, cette conviction persistait en lui, quand 
M. Olier se trouva de passage à Limoges, et reçut probablement 
rhospitalité chez notre prélat, pendant quelques jours, vers la fin 
de novembre 1647. Le saint prêtre, qui venaitalors de Rodez, et se 
dirigeait sur Chartres et Paris, avait eu à cœur de vénérer les reli- 
ques de l'apôtre de l'Aquitaine. 

1. Commune de Moulier-Ventadour, canton d'Eglelons (Corrèze). Fouillé hisi. 

2. C'était revenir au système du Concile, dont on s'écartait dans la première 
clauHe du contrat. 

3. Bulletin de Liyuorjpn, t. LIIL Pnuillé histarique^ p. 596. 

\. Haillon, Vie (le M. Olier, t. 1, p. 38(3. La référence de cet historien est la Vie 
de M. Bonrdoine, in-4, p. 338. 
5. Pouilléf ibiiL 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 255 

« Il serait difficile, dit son historien, de se représenter la déso- 
lation de Mi Olier », à la suite de ses entretiens avec Tévêque réfor- 
mateur ; « l'état de son diocèse l'affligea si vivement, qu'après avoir 
dit la sainte messe au tombeau de saint Martial, il y demeura 
l'espace de cinq heures en oraison, baigné de larmes, conjurant 
l'apôtre, avec les plus vives instances, de renouveler l'esprit sacer- 
dotal dans les prêtres de ce pays ». L'un de ceux qui l'accompa- 
gnaient, entendant ses gémissements, et le voyant tout en pleurs, 
s'approcha pour lui en demander la cause. « Hélas I lui répondit-il, 
ne savez- vous pas que ce diocèse est dans l'abandon ^? Il faut prier 
Notre-Seigneur de le secourir, en suscitant quelques bonnes âmes, 
qui y travaillent pour sa gloire ». Dieu assurait en même temps 
par une révélation intérieure, à M. Olier, qu'il serait lui-même 
l'instrument de la grâce qu'il sollicitait pour ce diocèse, lui pro- 
mettant à Limoges, un séminaire conduit par sa Compagnie, et le 
siège épiscopal de cette ville, pour l'un de ses enfants spiri- 
tuels '^. 

Un événement subit, l'appel de Martial de Maledent, dit M. de 
Savignacy à l'état ecclésiastique, appel qu'il entendit le 6 décembre 
1647 3, quelques jours seulement après le départ de Limoges du 
serviteur de Dieu, fut une première justification de ses prévisions 
surnaturelles. Tandis que le pieux gentilhomme se préparait à la 
réception des ordres sacrés, et à l'accomplissement des œuvres de 
zèle, notre prélat, dont l'activité épiscopale semblait alors redou- 
bler, vit avec plaisir un groupe de prêtres de Saint-Sulpice, envoyé 
par M. Olier à Magnac, en 1649, évangéliser en qualité de mission- 
naires, le peuple de cette ville et des environs, avec une ardeur que 
leur supérieur de Paris fut obligé de modérer. Cette œuvre d'apos- 
tolat avait été entreprise suivies instances du seigneur de Magnac, 
Antoine de Fénelon ^. 

Le pieux marquis, imbu de l'esprit de M. Olier, dont il suivait 
les conseils, et de l'esprit de la Compagnie du Saint-Sacrement, 
dont il était l'un des membres les plus ardents, vint, dès 4651 
ou 1652, faire quelque séjour à Limoges et presser instamment l'é- 
vêque d'établir un séminaire dans sa ville épiscopale, . et d'en 
confier la direction aux prêtres de Saint-Sulpice. Si excellent et si 
désirable que fût ce projet, son accomplissement parut alors à 
notre prélat prématuré et irréalisable s. 

Cinq ans plus tard, l'évêque de Limoges, l'un des six présidents 
de l'assemblée générale du clergé de France, manifestait à Paris 
des dispositions bien différentes. Entraîné, comme beaucoup d'au- 

1. C'était là une pieuse exagération du zèle apostolique! 

2. Paillon, Vie de M. Olier, t. lil, p. % et 318. 

3. Laforest, Limoges^ p. 446. 

4. FaiUon, ibid., t. Il, p. 310. Voir une excellente notice sur le marquis de 
Magnac, oncle et tuteur du futur archevêque de Cambrai, dans Gosselin, Histoire 
de Fénelon, Paris, 1850, t. I, p. 477. 

5. Labiche, Vies des Saints, t. II, p. 434. François' de la Fayette partageait, à 
cette époque, les préventions de la grande majorité de Tépiscopat contre les 
congrégations de tout genre au sujet de la direction des séminaires. 



256 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

très prélats par un mouvement général du peuple et du clergé, qui 
poussaient à rétablissement des séminaires ^, François de la Fayette 
prît part à plusieurs délibérations de l'assemblée sur Texamen du 
c Projet » de M. Olier, relatif à cette fondation, et il résolut, de con- 
cert avec eux, d'adopter des moyens efficaces pour l'exécution de 
cette réforme 2. Confirmé d'ailleurs dans cette décision par une 
requête pressante, que deux membres de la Compagnie du Saint- 
Sacrement de Limoges lui présentèrent à ce sujet, vers la fin de 
l'année 1656 3, notre prélat demanda et obtint des lettres patentes, 
datées du 15 janvier 1657, pour l'érection d'un séminaire dans sa 
ville épiscopale ^. 

Par ces lettres, le roi permettait a au seigneur Evesque de Limoges 
l'entier établissement et institution d'un séminaire selon la forme 
des saints décrets, tant pour disposer aux saints ordres les Ordi- 
nands, que pour y former de bons ouvriers qui pussent travailler 
utilement à Vinstruction du diocèse. Voulant que, pour le faire 
subsister,... le dit seigneur Evesque pût se servir de tous les moyens 
permis et portés par les conciles et les ordonnances, par union de 
tous bénéfices, translation de fondations et chapelles... assigna- 
tions de pensions sur les bénéfices excédant 600 livres en revenus 
autres que des prébendes, taxes sur le clergé ou autrement ; que le 
dit séminaire ainsi établi pût recevoir, accepter et occuper tous 
legs, donations et fondations ; acquérir, et posséder toutes sortes 
de fonds, droits, héritages, rentes et pensions, pour lui demeurera 
perpétuité acquises et unies, nonobstant tous édits, lois, arrêts... ^ 1^ 

IL Histoire du séminaire <c de la Mission j> à Limoges. 

i° Circo7istances de sa fondation. 

De retour à Limoges pour le synode d'automne de 1657, François 
de la Fayette donna une plus ample connaissance à son clergé du 
texte des lettres patentes, qu'il venait d'obtenir. Aussitôt l'opinion 
publique a qui avait fort à cœur l'entreprise du séminaire », lui 
désigna M, de Savignac, pour présider à l'érection de cette mai- 
son. Des personnes de piété informèrent en même temps le saint 
prêtre des grands biens qui se faisaient par le moyen de ces sortes 
d'établissements, et le fruit abondant qu'il y aurait à espérer de 
celui de Limoges, s'il était fondé. L'évêque de Limoges, qui 
n'avait alors aucun fonds pour faire réussir son entreprise, pensa 
dans cette occurrente, que Martial de Maledent, qui avait hérité de 

i. On sait que la célèbre Compagnie du Saint-Sacrement fut alors Tinitiatrice 
en France de ce mouvement de l'opinion publique. 

2. Faillon, ibid., et Procès-verbaujc des assemblées générales du clergé. 

3. Délibération du 20 octobre 1656. Extraite du registre de la Compagnie. Bul- 
letin de LimogeSt t. XXXIII, p. 68. 

4. Ces leUres furent enregistrées au Parlement de Paris, le 5 décembre 16B9, 
et au Parlement de Bordeaux, le 29 janvier 1660. 

5. M. Leroux, Documents hiMoriques^ chartes, chroniqueB, Tulle, 1886, p. 317. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 257 

son père cette même année, serait peut-être en état de contribuer 
à cette bonne œuvre, par ses libéralités. Il lui proposa donc de se 
charger de rétablissement du séminaire diocésain. Martial, qui s'é- 
tait consacré avec ardeur au service des pauvres, craignit d'abord 
que cette proposition ne fût un piège tendu à sa vocation, pour lui 
en faire embrasser une autre. Son hésitation était en outre motivée 
par rinsuffisance des ressources dé son patrimoine, qu'il avait jus- 
qu'alors réservées entièrement à l'entreprise de l'hôpital, dont il 
venait d'être désigné (novembre 1657) comme l'un des futurs admi- 
nistrateurs. Voilà pourquoi il pria notre prélat de lui donner du 
temps, pour penser à ce projet, ne voulant pas se déterminer à la 
hâte. 

Martial recommanda beaucoupcette affaire aux prières des saintes 
âmes de Limoges. Après quelques mois de réflexion, deux circons- 
tances en apparence insignifiantes, le firent sortir de son incertitu- 
de. Un jour, Nicolas de Broa, curé de Saint-Maurice vint lui remet- 
tre une somme de cent écus, affectée par une personne pieuse à la 
fondation du séminaire, «dont il était, lui dit-il, sur le point d'entre- 
prendre la construction ». Martial ne put s'empêcher de sourire de 
l'ingénuité du donataire, qui avec ses cent écus croyait avancer 
beaucoup l'œuvre si dispendieuse du séminaire, et qui lui attribuait, 
comme de science certaine, un dessein qu'il n'avait pas encore 
accepté. L'incident néanmoins le frappa. D'ailleurs un nouveau fait 
providentiel donna à ses idées une direction conforme à cette pre- 
mière indication. L'aînée de ses nièces, Anne-Marie de Meilhac, 
dont l'avenir le préoccupait, prit subitement, après des mois de 
doute et de perplexités, le 6 décembre 1658, la courageuse résolu- 
tion d'entrer au couvent. Son oncle, qui avait mis sa vocation à une 
longue épreuve, la trouvant ferme et déterminée à se consacrer à 
Dieu, crut pouvoir compter sur sa persévérance, et disposer d'une 
partie de sa fortune pour l'érection du séminaire. 

Décidé cette fois à s'occuper de cette œuvre, Martial de Maledent 
alla trouver l'évêque de Limoges, et lui fit part de sa résolution, 
d'employer une somme considérable pour la construction d'un sé- 
minaire, à condition que les directeurs de cette maison « s'obli- 
geassent à fournir quelques prêtres, pour rendre les assistances 
spirituelles aux pauvres de l'hôpital ». François de la Fayette 
accepta d'autant plus volontiers la proposition de son ami, qu'elle 
était plus conforme à la double fin nettement marquée dans le texte 
des lettres patentes ^. 

Mais il fallait, avant tout, s'assurer d'un logement pour les ecclé- 
siastiques et les jeunes clercs, qui viendraient se mettre sous leur 
direction. Martial de Maledent trouva le moyen de s'en procurer 
un, sans faire de frais. Gomme il était nécessaire, en établissant 
l'Hôpital général, d'y attacher un certain nombre de prêtres, qui 

4. Chronique factire do la fondation du séminaire de Limoges, rédigée vers 
1702. Cf. A. Leroux, Chartes, Chroniques, p. 317. Labiche, ihid., t. Il, p. 431432 
et Joseph Grandet, Les saints prêtres franc., 1^* série, p. 229, 

17 



ÎJ58 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

«eraient chargés d'instruire et de catéchiser les panvres et les ma- 
lades, et de leur donner les autres secours de la religion, ce qui exi- 
geait des frais considérables poor leur entretien et leurs hono* 
raires, Martial imagina de proposer à la ville de s'épargner cette 
dépense, en lui concédant un terrain déterminé dans le 4 fond » 
de l'hôpital, pour y bâtir le séminaire, à la charge par lui de faire 
accomplir par les prêtres de cette maison tout le service spirituel 
de cet hospice. Cette proposition fut faite en 1658, et, comme elle 
était encore plus avantageuse à la ville qu'à M. de Savignac, les 
consuls et habitants de Limoges l'acceptèrent, dans une assemblée 
tenue le 15 mai de l'année suivante ^. 

S° Construction de la maison de la Mission. 

Après cette concession de la ville, Martial obtint de Févéque de 
Limoges, la permission par écrit, en date du 1*' juillet 1659, pour 
taire l'établissement d'une communauté ecclésiastique, et pour 
construire le bâtiment du séminaire. Le prélat, qui y avait consenti 
de bonne grâce, offrit même de poser la première pierre du bâti- 
ment; ce qui fut fait avec beaucoup d'appareil et de solennité, le 
2D août suivant. Les constructions se firent, en partie, des sous- 
criptions volontaires des ecclésiastiques zélés et des personnes 
pieuses, en partie des deniers du fondateur. François delà Fayette 
avait donné 6000 livres, Martial de Maledent avait promis solen- 
nellement dans l'assemblée de ville 1000 écus de son bien, qui 
couvrirent l'achat des matériaux comme première dépense. Une 
personne pieuse offrit 800 livres. Un prêtre de Saint-Pierre. 500. 

Nonobstant bien d'autres libéralités, les ressources manquèrent. 
Quand M. de Savignac eut, dans l'automne de 1659, jeté les fonde- 
ments de l'édifice, le clergé qui dans le principe avait Souscrit 
un don de 10 000 livres, rompit son engagement, sous le pré- 
texte illusoire qu'il n'avait pas admis qu'on plaçât le séminair-e si 
près de l'hôpital. Contre toute justice encore, les plans adoptés 
pour la nouvelle construction furent soumis à des censures rigou- 
reuses et passionnées. Les avances ayant été bientôt épuisées, Mar- 
tial de Maledent se vit obligé de suspendre le travail, avant que les 
murs du bâtiment ne fussent couverts. De plus désavoué par les 
siens, il crut devoir décliner toute participation ultérieure à l'œu- 
vre du séminaire. Il se retira donc, avec une tristesse pleine de 
dignité, et se tint à l'écart, en attendant l'heure et les indications 
de la Providence. 

Mais, aussitôt qu'il cessa de la soutenir, l'entreprise du séminaire 
menaça ruine. Bon gré, mal gré, il fallut revenir à M. de Savignac. 
On recommença donc à le solliciter, pour qu'il fît achever le bâti- 
ment du séminaire, dont la construction était interrompue depuis 
deux ans et demi. Martial s'y refusa d'abord, soit parce qu'il man- 

1. Labiche, ibid., t. II, p. 433. Voir l'acte de délibération de ce jour dans 
M. Leroux, Chartes, Chroniques, p. 318. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 259 

quait de fonds disponibles, soit plutôt parce qu'il ne pouvait obte^ 
nir encore les prêtres, qu'il désirait, pour la direction du nouveau 
séminaire, et au concours desquels il estimait que le succès de 
l'œuvre était attaché. Ces dernières difficultés étant surmontées, 
et l'entrée en religion de la seconde de ses nièces de Meilhac lui 
donnant de nouvelles ressources, Martial de Maledent s'engagea, 
dès lors (mars 1662), à faire deux maisons, au lieu d'une seule, 
pour répondre aux nécessités des fonctions diverses du personnel 
de chaque établissement. Encouragé dans cette double entreprise, 
par la mère du Calvaire, il empruntait plus de 20000 livres pour 
la reprise des travaux du séminaira de la Mission, qui fut achevé 
dans l'été de 1663 ^. Le 11 août de cette même année, M. de 
Savignac, voulant affermir cet établissement signait, avec l'évê- 
que de Limoges, et les dix administrateurs du nouveau bureau de 
l'Hôpital général, un traité connu sous le nom de « Bail du jardin 
de l'Hôpital », en vertu duquel, les prêtres de la Mission jouissaient 
à perpétuité d'une partie de ce jardin, moyennant une rente an- 
nuelle de 250 livres et la célébration d'une messe, qui serait dite 
tous les jours à heure fixe et entendue par les pauvres de l'Hôpital 
général. 

3® La maiso7i de la Mission. Séminaire provisoire des Ordinands 
(mars i664' octobre 1666). 

Neuf mois après, le 10 mars 1664, les ordinands du diocèse furent 
transférés, par l'autorité de l'évêque de Limoges, du château d'Isle 
dans la nouvelle maison, qui joignait l'Hôpital général. Fait impor- 
tant à remarquer : dès ce temps-là, l'on commença à s'y appliquer 
non seulement à former les jeunes clercs, mais encore à « rendre 
les assistances spirituelles » aux pauvres du dit hôpital, par le 
moyen de quelques prêtres qui furent destinés en outre à donner 
des missions dans le diocèse. Le titre de séminaire de la Mission, 
que porta dès lors cette maison, ne fut justifié que pendant deux 
ans et quelques mois, tant qu'il servit de séminaire provisoire au 
diocèse de Limoges. Au mois d'octobre 1666, les ordinands l'aban- 
donnèrent, pour occuper, tout à côté de l'Hôpital général, le nou- 
veau séminaire cette fois définitif et appelé des « Ordinands ». 

4" L'église Saint-Alexis de la Mission. 

Un an auparavant, le 9 novembre 1665, Martial de Maledent, 
dont la générosité était inépuisable, avait fait donation à l'évêque 
de Limoges de l'église dite de Saint-Alexis, qu'il avait fait cons- 
truire à ses frais, sur une ancienne vigne du sieur Taillandier, 
emplacement destiné pour l'entrée et basse-cour de la maison du 
séminaire. Cette église aujourd'hui encore subsistante, ainsi que la 
maison de la Mission, qui forme Tune des principales enclaves de 

1. Labiche, ibid., t. II, p. 435-454. 



260 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

ThApital, avait 134 pieds de longueur et 40 de largeur, avec deux 
sacristies, deux chapelles, et deux chœurs sur les côtés. 

La donation de léglise fut faite en faveur du séminaire diocé- 
sain, « tant des Ordinands que de la Mission », en présence de 
François de la Fayette qui autorisait cet acte, et de Jean Bourdon, 
docteur de Sorbonne, supérieur des deux communautés, qui Tac- 
ceptaaux conditions suivantes: la dite église devait être à perpé- 
tuité sous le nom et titre de Saint-Alexis ; le jour de la fête de ce 
saint, on devait y faire roffice solennel et la prédication. La cha- 
pelle du côté de Tépître était réservée aux sœurs de saint Alexis. 
Le séminaire était obligé de fournir à ses dépens tout ce qui était 
nécessaire pour Tautel et la chapelle, du coté de TEvangile, et 
d'entretenir une balustrade de dix pieds de haut, qui servait de 
clôture aux pauvres des deux sexes, et les renfermait dans le chœur 
de cette chapelle. De cette place, les pauvres pouvaient voir le 
grand autel, entendre les prédications, et les catéchismes *. 

5"* Dotation des tnissionnaires diocésains. 

Dans le dessein de pourvoir à la dotation du séminaire de la 
Mi.ssion, Martial de Maledent fit son testament, le 18 août 1666. 
€ Par cet acte, que confirma un codicille du 8 octobre 1670, fait 
huit jours avant sa mort, il instituait pour son héritier uni- 
versel le dit séminaire, afin que MM. les ecclésiastiques qui l'ha- 
bitaient pussent à perpétuité trouver un fonds, soit pour entrete- 
nir ceux qui s'appliqueraient au secours spirituel de THôpital 
général, sans être à charge aux pauvres, soit encore pour Ten- 
Iretien et subsistance des missions, qu'il voulait et entendait 
être faites pour l'instruction du dio«*èse j>ar les prêtres de ce sémi- 
naire. • Entre autres biens, il léguait à la communauté de la Mis- 
sion les bâtiments qu'elle occupait, l'autre maison proche île 
ThôpitaK où il logeait, ainsi que la place qui lui servait de basse- 
cour, avec le|K>uvi»ir d'y bâtir et le jardin qui était au devant. Le 
1*^ avril li^îT, M. de Savignac fit encore, au méiue séminaire, 
donation pure et simple de s;\ seigneurie de Meilhac -, le plus 
im|K^rtant «le ses biens. H permettait au conseil d'administration 
du même s^Muinaire, de vendre, changer et aliéner cette terre, 
moyennant lavis et le consentvMuent de lévéque de Limoges ^. ♦ 

Les deux se ïui naines de la Mission et dos Ordinands, ne formèrent 
qu^m s<iîî cv rps ir.divis dans les biens, et g.^nverne |»ar !e même 
sa|<TÎeiir, Jean Ix'iird'n, jUM]u*:m i^^ février lt<i^». A celte date, 
l'evtS^r.e de Lii;>:j:es ava t dé à donné, dans îa jvrs<'nne de Michel 
Ix :arvi:'n, i;:î su'jWrkîr disrmot aux préîrt-s de îa Mission. Notre 
prt^'al. dt:s.r>t^vjx *ie ccr.servt r 1 ;;nicn et îa l-.::M.e ir-tteîj^çienor entre 

I r: •' .-i '.v^. 'L : ' '*. > ' f. r '^i^ 

i Wt :.'.»-•> .--r.-n- -vr ■ .: :a' *<:r .îe Nix.:; H.v,.Vt -V f 1 1 t . .i:r^ .Vûlien-îs de 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 



261 



les prêtres qui avaient ou auraient à l'avenir la conduite des deux 
maisons, demanda et obtint, le 27 mars 1673, des .lettres patentes 
pour la séparation des biens temporels de ces deux communautés. 
Assemblés dans la salle du séminaire diocésain,. le 24 avril 1674, 
les ecclésiastiques intéressés délibérèrent en présence de Tévêque 
et arrêtèrent d'un commun accord divers articles. Désormais les 
deux maisons devant s'appeler dans les actes publics, Tune 
séminaire de la Mission, l'autre séminaire des Ordinands, formaient 
deux corps, qui avaient leurs biens temporels entièrement séparés, 
une administration entièrement distincte, une capacité juridique 
égale et complète. Les donations de meubles et immeubles, pré- 
cédemment faites aux prêtres de la Mission nommément, restaient 
valables ^. 

6*0 Les premiers prêtres de la Mission ou missionnaires diocésains 

de Limoges, 

Le séminaire de la Mission, on Ta vu par la suite des documents 
qui précèdent, ne répondit pas au but primitif de son institution, 
tel que l'avaient déterminé, en 1659, ses fondateurs, d'après la 
teneur des lettres patentes du 15 janvier 1657. On avait eu d'abord 
l'intention de ne faire à Limoges qu'un seul et unique séminaire 
pour les ordinands et pour des missionnaires, qui eussent été 
chargés de la formation des jeunes clercs, en sus du travail des 
missions 2. En fait, dès le début dn fonctionnement de son person- 
nel, en 1664, cette maison appelée improprement séminaire fut 
une association ou simple communauté de prêtres du diocèse, qui, 
sous la direction d'un supérieur, se consacraient aux missions. 
Les premiers prêtres de la Mission se recrutèrent parmi les amis, 
associés et commensaux du fondateur de ce séminaire, Martial de 
Maledent 3. Leurs premiers supérieurs, reconnus comme tels paf 
notre prélat, furent deux docteurs de Sorbonne : Jean Bourdon, qui 
cumula cinq ans (1664-1669), ces fonctions avec celles de la direc- 
tion du séminaire des Ordinands \ et Michel Bourdon, son frère, 
qui lui succéda vers la lin de 1668. Les deux premiers syndics, ou 
représentants officiels des intérêts du séminaire de la Mission 
furent Jacques Marginier et Pierre Mercier, tous deux docteurs en 
théologie. 

Le règlement de vie des prêtres de la Mission était à peu près 
celui des prêtres de Saint-Sulpice. Ils prenaient leur repas frugal 
en commun, au réfectoire, où Ton faisait la lecture. Leur habille- 

1. Abbé Lecler, Archivai hhfovûjuPSy t. Il, p. 115 et suiv. 

2. Labiche, ibkl., t. II, p. 4:^4. 

3. Les noms de ces prêtres, d'après les documents ci-dessus cités, furent : 
Antoine d'Arche, docteur en théologie, et Jacques Bonnet, bachelier en théolo- 
gie de la faculté de Paris, (qui furent tous deux directeurs des missions, de 
Léobardy, de Mesmanges, de Segonzac, de Ménager, etc. Laforest, Limoges, 
p. 490. 

4. L'évéque de Limoges donne à Jean Bourdon cette double qualité dans 
une lettre d'homologation de novembre 1065. Leroux, Docum, histor.. t. Il, 
p. 141. 



UN SIKCLE DE VIE ECCLESIASTIQUE EN PROVINCE 

ment était modeste : soutane ronde, et cheveux plats sans poudre. 
La retraite était un de leurs goûts ; on les voyait rarement dans les 
rues ; aucune femme ne pénétrait, en dehors du parloir, dans l'inté- 
rieur du séminaire. Leurs ameublements, qui étaient des plus 
simples, ne se ressentaient en rien de la nouveauté, sans tapisse- 
ries, ni meubles recherchés. Ils étaient chargés des missions dans 
le diocèse exclusivement, et de préférence, nous dit Labiche, dans 
les petites villes et dans les campagnes ; leurs sermons devaient 
être forts de preuves et de raisonnements, mais dépouillés de tout 
luxe oratoire. Ils ne prêchaient jamais ailleurs que dans les églises 
où ils donnaient la mission, ou dans la leur, sans s'écarter de 
cette simplicité, qui condamnait tout sermon de parade. 

Ils devaient fournir quatre prêtres sur douze ^, pour remplir les 
fonctions d'aumôniers de l'hôpital. Ils se remplaçaient dans ce ser- 
vice à chaque trimestre. Ceux qui n'étaient pas employés à des 
missions tenaient constamment le confessionnal. Tous les diman- 
ches, pendant le temps des vacances, (qui étaient les mêmes que 
celles du séminairedes Ordinands, c'est-à-dire du 19 juillet au9oc- 
tobre), on faisait un excellent catéchisme à la Mission, où affluaient 
les enfants de la ville, ainsi que des grandes personnes. Après le 
catéchisme, qui se terminait à deux heures et demie, on chantait 
vêpres, avec l'aide de six ordinands, qu'on envoyait du séminaire à 
l'heure précise. Les jours de fêtes, durant le reste de l'année, le 
catéchisme était remplacé par un sermon. Tout le séminaire des 
Ordinands assistait, dans l'église de la Mission, aux principales 
solennités, qui étaient celles de Saint-Charles et de Saint- Alexis 2. 

III. Le séminaire des Ordinands. 

jfo Au prieuré de Bujaleuf {1660-i661). 

Tandis qu'on s'occupait, au milieu de diverses difficultés, de la 
construction d'un séminaire diocésain, l'évêque de Limoges sou- 
cieux avant tout de l'organisation d'une communauté, qui se 
livrerait sans retard à la formation des jeunes clercs, recherchait 
dans son clergé, les prêtres qui lui paraissaient les plus dignes de 
ces nouvelles fonctions. Entre tous les ecclésiastiques de son dio- 
cèse, se distinguait alors un prédicateur de grand mérite, zélé 
pour les missions, émule et ami du P. Le Jeune. C'était Gabriel lUi- 
ben, docteur en théologie et théologal d'Eymoutiers, qui, en Î654, 
avait passé quelques mois à Paris au séminaire de Saint-Sulpice. 
En 1660, il offrait à notre prélat, d'accord avec son frère Jacques 
Ruben, chanoine de la même collégiale, de se livrer à l'œuvre de 
l'éducation des clercs et de faire tout ce qui dépendrait d'eux pour 
en assurer le succès. François de la Fayette s'empressa d'accepter 

1. Les prêtres de la Mission étaient au nombre de douze en 1696, d*après le 
Mémoire de Betnxage, 

2. Abbé Lecler, Aixhives histor'uf.^ t. II, p. 401 Mémoire de Vabbé Bidlat rédigé 
avant la Révolution. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 

leur proposition. En même temps que leurs services personnels, 
les frères Ruben offrirent la maison ou presbytère qu'ils occupaient 
au prieuré-cure régulier de Saint-xMartin de Bujaleuf *. 

Ce fut donc dans un simple bourg, qui comptait alors treize cents 
communiants, situé sur un plateau qui domine les bassins de la 
Vienne et de la Maude, entre Saint-Léonard et Eymoutiers, à 33 
kilomètres de Limoges, qu'eut lieu le premier essai de séminai- 
re 2. Là^ (jans les bâtiments claustraux d'un prieuré du douzième 
siècle, les frères Ruben commencèrent (vers l'automne, c'est-à- 
dire au mois d'octobre 166U), à recevoir des sujets et à faire sui- 
vre tous les exercices spirituels, à ceux qui se préparaient aux 
saints Ordres. L'évêque de Limoges heureux de ces débuts vint 
les visiter plusieurs fois et parut ravi des effets admirables, que la 
grâce produisait en eux. Les jeunes clercs s'y présentèrent même 
si nombreux, que la maison fut bientôt insuffisante pour les loger. 

Cette tentative heureuse de séminaire dura un an, et ne consista 
en somme que dans une série de retraites d'ordination ^, Convain- 
cu, après cet essai, de l'insuffisance des Exercices spirituels et de 
la nécessité d'une plus longue épreuve pour ses ordinands, notre 
prélat rendit en 1661 une ordonnance, pour enjoindre à tous ceux 
qui aspireraient aux saints Ordres de demeurer pendant un an au 
moins dans son séminaire, avant de les recevoir. Faisant de plus 
passer le bien de son diocèse avant ses convenances particulières, 
l'évêque se décida en même temps à transformer son château 
d'Isle, en séminaire provisoire, et fit une obligation à tousses ordi- 
nands de s'y retirer, pour y faire les exercices de l'ordination, en 
attendant qu'il y eût une maison bâtie, à cet effet, dans la ville 
épiscopale *. 

2« Au cMteau d'hic {octobre iOOl-mars i604). 

A) Sotts la direction des frères Ruben, 

Le château d'Isle était la maison de campagne de l'évêque de Li- 
moges. Il était situé près de l'église paroissiale du bourg de ce 
nom 5 ; il était entouré d'un grand parc clos de murailles, qui en- 
fermaient de beaux jardins. Il comprenait une grosse tour très 
ancienne, une belle maison d'habitation, une vigne très produc- 
tive, une grande prairie , une belle garenne sur les bords de la 
Vienne, entre deux ruisseaux ; il était a en bel air, belle vue, et 

1. M. Gaignet, p. S. S. ^otes nianitscrUes^ d'après la vie inédile de G. Ruben. 

2. Bulletin de Limoges, t. XLVl, p. 207. 

3. M. Gaignet, ibid. Notons ici que durant celte année d'Exercices des ordi- 
nands, le supérieur du séminaire prêcha TA vent à Limoges (1(560), et une mis- 
sion à Bujaleuf (1661). G. Ruben pratiqua donc le même système que les prêtres 
de Saint-Lazare, qui eurent à fonder les premiers séminaires de province (de 
1643 à 1660). 

4. Laforest, Limoges, p. 502. 

5. Celte commune, du canton ouest de Limoges, était alors une paroisse de 
neuf cent quatre-vingts communiants. Fouillé historique de Nadaud. 



264 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

belle situation, à une lieue de Limoges ^ ». Notre prélat, qui était 
« disposé à tout bien d, avait consenti à la nouvelle afl'ectation de 
son château, sur la demande des frères Ruben. Il avait fait préparer 
à la hâte celte maison féodale, comme il fallait, pour le but qu'on 
se proposait, sans que la distribution des pièces fut notablement 
changée. L'ouverture de ce séminaire provisoire se fit à Isle, le 
21 octobre 1661. Le nombre des ordinands, qu'on y reçut en pen- 
sion, s'éleva au chiffre de soixante 2 ; et bientôt même il dépassa la 
centaine 3. 

Cette affluence de séminaristes faillit entraîner la perte du nou- 
vel établissement. Dans son organisation hâtive s'étaient glissés en 
effet de graves défauts. On s'aperçut d'une part, après deux ou trois 
mois d'exercice, que la maison était trop étroite pour le grand 
nombre d'ordinands qui l'occupaient, et qu'on avait manqué de 
discernement dans l'admission de plusieurs sujets, qui n'étaient 
aucunement propres à l'état ecclésiastique *. i)'autre part, l'on 
n'avait pas un nombre suffisant de prêtres capables de les ensei- 
gner et de les diriger. 

L'on manquait surtout d'un supérieur de poids et d'autorité, qui, 
à la prudence et à la gravité joignit le don de discerner les esprits 
et de gagner les cœurs ^, Les directeurs du séminaire d'Isle, sans 
être dépourvus de zèle et de vertu, étaient surtout inexpérimentés. 
Ces maîtres improvisés apportant à l'œuvre commune des idées, 
des vues et des méthodes différentes, ce défaut d'unité dans la di- 
rection générale se faisait cruellement sentir ^, Mais l'erreur capi- 
tale chez ces éducateurs était de croire leurs fonctions compati- 
bles avec le ministère extérieur, dont ils continuaient à s'occuper 
comme auparavant. Partagés entre le travail et les missions et le 
soin du séminaire, ils ne pouvaient donner à celui-ci, toute l'appli- 
cation nécessaire. L'ordre delà maison souffrait beaucoup des fré- 
quentes absences des maîtres, et de l'abandon à peu près complet 
des élèves ■^. 

Deux mesures urgentes s'imposaient comme remèdes principaux 
à cette organisation si défectueuse, qui compromettait l'existence 
de cet établissement. Il fallait d'abord changer, en partie du moins, 
le personnel de sa direction, et transférer ensuite le séminaire dans 

1. D'après Gilles-le-Duc. Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 320. 

2. Pierre Mesnagier, dans ses Mémoires, raconte naïvement ce qu'il a pu 
savoir de celte fondation : « Et oommencc'rent, dit-il, les jeunes prêtres (,s*V!), 
qui n'avaient pas la messe, d'aller au lieu d'Isle, pour étudier sur les ordres 
sacrés; et furent, pour celte année IGT)!, soixante jeunes prêtres en pension. » 
Laforest, LiuKHjes, p. 503. 

3. Cet accroissement existait déjà au mois de mars suivant, 1662. Labiche, 
Vies des Saints, t. H, p. 44<S. 

4. Notons encore ici que le château d'Isle était d'ailleurs trop éloi«j(né de Li- 
moges, ce qui rendait fort difficile le transport des subsistances, et les commu- 
nications journalières avec cette ville ». Labiche, ihid., 450. 

5. Labiche, ihid., p. 445. G. Ruben se trouvait inférieur à cette mission, toute 
différente de celle de Bujaleuf. 

6. Laforest, Limoges^ p. 504. 

7. M. Gaignel, Notes d'après un mss. de la SolUude d'issfj, n. 30. 



FHANÇOIS DE LA FAYETTE 265 

un immeuble plus vaste, et surtout moins éloigné de Limoges. On 
songea d'abord à la reprise des travaux du séminaire de la Mission, 
et Ton réclama le concours du promoteur de cette œuvre, Martial 
de Maledent. Mais le saint prêtre, éclairé cette fois par Texpérience 
d'Isle, fit dépendre sa coopération d'une condition essentielle, c*est 
que la direction du nouveau séminaire appartiendrait, sous l'auto- 
rité de révêque, à Messieurs de Saint-Sulpice '^^ Cette condition 
n'ayant pas été acceptée '■^, M. de Savignac refusa avec fermeté son 
concours. 

Après bien des recherches inutiles dans la ville et la cité de 
Limoges et dans ses faubourgs, on crut ne pouvoir rien faire de 
mieux, que de loger les ordinands dans le presbytère de Saint- 
Pierre-du-Queyroix.* Notre prélat goûta d'autant plus ce projet, 
qu'il pensait que près de cette église les séminaristes se forme- 
raient mieux aux cérémonies saintes et à quelques-unes des fonc- 
tions du ministère paroissial. Mais ce projet ayant échoué, par 
suite des délais affectés de ceux dont le contentement était néces- 
saire pour sa réussite, on jeta les yeux sur le presbytère de Saint- 
Maurice de la Cité, où l'on éprouva le même refus 3. 

Pendant ce temps, le mal de l'indisciplineallait croissant au sémi- 
naire d'Isle ; quelques-uns des directeurs s'en étaient même retirés. 
Par surcroît, l'évêque vit alors son ami Martial de Maledent, qui 
aurait pu le t.irer de ses embarras, affligé d'une maladie très grave. 
Au moment où les médecins désespéraient de son rétablissement, 
un changenient subit s'opéra dans l'état du malade, qui reprit en 
peu de jours ses occupations ordinaires. Convaincu qu'il était rede- 
vable de saguérison aux prières de sa nièce, la mère du Calvaire, 
le saint prêtre lui en témoigna sa reconnaissance, en se rangeant à 
ses avis, relativement à l'entreprise du séminaire, au succès de 
laquelle elle s'intéressait depuis longtemps. Sur sa demande, M. de 
Savignac alla trouver l'évêque de Limoges, pour l'assurer qu'il s'en- 
gageait à terminer à ses frais la construction du séminaire de la 
Mission, et pour le déterminer à en remettre la direction aux prê- 
tres de Saint-Sulpice. Sa double proposition fut cette fois bien 
accueillie. 

B) Sous la direction de Jean Bourdon, 

Aussitôt Martial de Maledent et la mère du Calvaire écrivirent c( au 
long et avec de vives instances )> à M. de Rretonvilliers, supérieur 
de Saint-Sulpice, pour obtenir qu'il chargeât quelques-uns de ses 
prêtres du gouvernement du séminaire de Limoges *. De son côté, 

4. Laforest, Limoges^ p. 505. 

2. Par suite des intrigues de ccM-tains ecclésiastiques de Limoges, prévenus 
contre les Sulpici('ns. Labiche, Vies des Saints^ t. II, p. 441). 

3. François Juge, curé de Saint-Pierre, et Nicolas de liroa, curé de Saint-Mau- 
rice, étaient des confrères du Saint-Sacrement, partisans des projets de Martial 
de Maledent. 

4. Labiche, Vies des Saints, t. II, p. 445 et suiv., et Laforest, Limoges, p. 508. 



266 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

« révêque, François de la Fayette, alla à Paris *, et pria M. de Bre- 
tonvilliers de lui donner des prêtres de sa Compagnie, pour entre- 
prendre de nouveau l'institution du séminaire, dont l'état était 
alors si critique. Le supérieur de Saint-Sulpice lui répondit, qu'il 
ne disposait dans ce moment d'aucun sujet capable d'une œuvre 
si importante, maisqu'il connaissait un docteur de Sorbonne (1654), 
doué de toutes les qualités nécessaires, pour faire réussir cette 
entreprise, s'il voulait s'en charger, et il lui nomma Jean Bourdon, 
prêtre du diocèse de Rouen, formé par M. Olier au séminaire de 
Saint-Sulpice 2. » 

Jean Bourdon avait fait encore plusieurs retraites à Saint- Lazare, 
sous la conduite de Vincent de Paul, avec qui il avait contracté 
une sainte amitié. Fort estimé surtout de M. Olier, qui avait remar- 
qué en lui de grands talents de science et de piété, il avait été invité 
dès 1654, en même temps que Louis Tronson, à venir toutes les 
semaines confesser les ecclésiastiques du séminaire Saint-Sulpice, 
bien qu'il fût alors étranger à cette communauté. François de la 
Fayette considéra comme providentielle l'indication de M. de Bre- 
tonvilliers et « il agréa qu'il fît part de ses désirs à Jean Bourdon ». 
Le distingué docteur « n'eut pas plutôt entendu parler de la pro- 
position de l'évêque, qu'il l'accepta de tout son cœur, regardant ce 
dessein comme une chose très propre à procurer la gloire de Dieu 
et l'honneur de l'Eglise qu'il avait fort à cœur ». 

Quelques jours après, notre prélat repartit pour Limoges, accom- 
gné de Jean Bourdon et d'un autre prêtre de grand mérite, nommé 
M. de Rouen, son premier collaborateur. A leur arrivée dans cette 
ville, le 19 mars 1662, François de la Fayette les fit descendre avec 
lui au palais épiscopal 3. Le clergé de Limoges, notamment Martial 
de Maledent, et ses confrères du Saint-Sacrement reçurent à bras 
ouverts les nouveaux venus. Cinq jours après, l'évêque les condui- 
sit au château d'Isle, pour les mettre en possession du séminaire 
provisoire. En les présentant, le prélat dit à ses ordinands qu'il 
donnait sur eux à « Monsieur Bourdon » toute son autorité. En 
même temps il approuva les règlements et les usages du séminaire 
de Saint-Sulpice que le nouveau supérieur lui proposa d'adopter *. 

3^ Construction du Séminaire diocésain. 

Avant de se rendre à Isle, Jean Bourdon avait visité les cons- 
tructions commencées du séminaire de la Mission, c'est-à-dire la 
maison enclavée dans l'hôpital, et destinée à loger, d'un côté les 
prêtres de la Mission, et de l'autre les ordinands. Le local lui parut 
trop étroit, pour donner asile à deux œuvres différentes, et d'ail- 
leurs incompatibles. La contiguité de Thôpital était encore pour le 
séminaire un grave inconvénient ; les tumultes et les bruits inces- 

1. Probablement vers la lin de février 1662. 

2. Faillon, Vie de M. Oiier, t. 111, p. 320. 

3. Labiche, Vie des Saints^ t. II, p. 447. 

4. Grandet, Les minta prélresy 2« série, p. 421 et Faillon, ibid. 






FRANÇOIS DE LA FAYETTE 267 

sants de cette maison ne permettaient guère d'abriter auprès d'elle 
la méditation et Tétude des ordinands. Jean Bourdon, homme de 
réflexion, n'exprima pas tout de suite son opinion ; mais, quelques 
jours après, il formulait une série d'objections décisives *. 

Martial de Maledent approuva les observations du supérieur 
d'Isle, et lui répondit que cette difficulté ne devait pas lui causer 
la moindre inquiétude. Comptant alors sur de nouvel les ressources, 
que devait lui laisser la prochaine entrée en religion de sa troisième 
nièce, Louise de Meilhac, le généreux prêtre s'engagea, dès cp 
moment, à fournir les fonds nécessaires, jusqu'à la concurrence de 
40 000 livres, pour bâtir ailleurs aux ordinands, un autre séminaire 
de cent cinquante pieds de façade 2. 

Il ne restait qu'à déterminer le choix du local. Un jour, l'évêque 
était venu voir M. de Savignac, dans sa petite maison près de l'hô- 
pital : le propriétaire conduisit son hôte à une fenêtre, d'où le 
regard s'étendait sur les coteaux de Saint-Lazare. A quelques jets 
de pierre, devant eux, entre le prieuré de Saint-Gérald et l'église 
Sainte-Valérie, s'étendait un de ces pittoresques vignobles, qui 
encadraient alors la ville de Limoges. M. de Savignac attira l'atten- 
tion de l'évêque sur ce vignoble : il en signala l'étendue, l'isole- 
ment, l'heureuse exposition, et fit observer qu'il ne serait peut- 
être pas facile de trouver ailleurs un local si propice pour les 
séminarist*^. L'observation arriva au prélat, comme un trait de 
lumière. ^ Oui, oui, s'écria-t-il aussitôt comme par inspiration, il 
a semblé bon au Saint-Esprit et à nous que cet espace reçût notre 
séminaire. Il faut tâcher d'acquérir cette place ! » 

On acheta en eflTet cette vigne, connue sous le nom de clos Sainte- 
Valérie, à son propriétaire, le sieur Aubin Faulte, bourgeois de 
Limoges. Le contrat, en date du 26 avril 1662, stipulait au profit 
du vendeur le paiement des intérêts, car le capital ou la somme 
de 5000 livres, prix d'achat de la vigne, ne fut payée que plus 
tard. L'acquéreur, Martial de Maledent, fit tout de suite creuser 
dans ce clos les fondements de l'édifice projeté : on assemblait les 
matériaux, les bois et les pierres; on taillait les charpentes, en 
attendant qu'il fût possible de commencer les maçonneries. Après 
une interruption d'un an et demi, en vue de presser l'achèvement 
du séminaire de la Mission, dont les ordinands prirent possession, 
le 15 mars 1664, plus de deux cents ouvriers s'employèrent de 
nouveau activement, dès le 2 juillet suivant, à la construction du 
séminaire de l'Ordination. M. de Savignac fit pousser si vivement 
les travaux, que le 11 novembre de la même année, les murs s'éle- 
vaient déjà à quatorze pieds de terre. Quand ils furent à cette 
hauteur, il ne fit terminer jusqu'aux combles qu'une portion de 
l'édifice, et s'occupa de le rendre logeable au plus tôt 3. L'autre 
partie du bâtiment était achevée en octobre 1666 *. 

1. Laforest, iftid.. p. 516. 

2. Labiche, ibid., t. II, p. 449. 

3. Laforest, Limoges, p. 509. Labiche, ibid., p. 4M. 

4. L'ancien séminaire des Ordinands était regardé autrefois, nous dit Laforest 



208 IN SIKCLK DE VIE ECCLÉSJAfcîTK.H'E EN PROVINCE 

>î" Union du séminaire de Limoges à Saint- Sulpice. 

A celte date, les séminaristes de Limoges abandonnaient la mai- 
son de la Mission, pour occuper l'établissement, qui leur était 
destiné. Par acte du 27 octobre IfiGO, Martial de MaledentfltàJean 
iiourdon, supérieur des Ordinands, la remise de 40 (KK) livres, 
qu'il avait avancées, soit pour remplacement, soit pour la cons- 
truction de celte seconde maison. Il lui fit, en même temps, 
donation pure et simple des nouveaux bâtiments du clos Sainte- 
Valérie, mais ce fut à la charge très expresse que ce st'^nainaire 
serait uni à celui de Saint-Sulpice de Paris. Cette union tant dési- 
rée de Martial de Maledent, de sa nièce la mère du Calvaire, et de 
tout c^ qu'il y avait alors de gens de bien à Limoges, s'opéra pres- 
que aussitôt sans difficulté ^ 

Dans ce but, M. de Hretonvilliers, supérieur de Saint-Sulpice, 
se rendit de Lyon, où il se trouvait pour les alTaires de sa Compa- 
gnie, jusqu*à Limoges. Il arriva danscette ville, le 3 octobre, contre 
Tattente dos habitants, qui n'étaient point prévenus de sa visite, 
et y séjourna un peu plus d'un mois. Il fut reçu chez « M. de 
Savignac », dans l'habitation qu'il s'était fait construire près de 
rhôpital. Pendant tout ce temps, il alla dire habituellement la 
messe au couvent des Clairettes, où les trois nièces de son hôte 
étaient religieuses. Le saint prêtre eut avec l'aînée, la sœur du 
Calvaire, de fréquents entretiens, qui lui firent reconnaître la 
vérité des grâces extraordinaires dont elle était favorisée. 11 apprit 
avec admiration le rôle que remplissait M. Olier dans la sanctifi- 
cation de cette âme d'élite 2 et l'ordre qu'elle disait avoir reçu de 
Dieu, de prier pour la prochaine union du séminaire de Limoges 
h celui de Saint-Sulpice. Aussi quand Martial de Maledent d'accord 
avec Franrois de la Fayette et Jean Bourdon la lui proposa, M. de 
Bretoiivilliers n'hésita pas à la consommer, comme une œuvre 
vraiment divine 3. Le contrat d'union fut conclu à Limoges, le 
îi novembre suivant, d'après les conditions portées par l'acte du 
27 octobre précédent. Il fut signé par François de la Fayette, repré- 
sentant son diocèse d'une part, et par M. de Bretonvilliers agissant 
au nom de la Compagnie de Saint-Sulpice, d'autre part *. Voici 
quelles étaient les principales clauses de ce concordat : 

(ibiiL, p. 51H}, comme l'un d(»s plus beaux de France. Il n'était séparé au cou- 
clmnt (lu jardin, des bâtiments de Ibùpital, que par une rue qui descendait 
au faubourg du pont Saint-Martial. Sa principale façade à l'est était apposée au 
couvent des Jact>bins (extrémité du faubourg Manignc^. On sait qu'à Tépoque 
do la Révolution, le séminaire servît de prison, puis fut occupé par les troupes, 
et linalement transformé en caserne de cavaltMie, vers 1820. Il avait, dés 1082, 
une chapelle particulière, sous le vocable de Sainte-Marie, située à Tangle sud- 
est, en face du jardin. Ducourtieux, Lthiaiffa^ Plans, p. 159. 

1. Labiche, ihid.^ t. Il, p. 4x")(). 

2. Allusion faite ici à diverses apparitions de M. Olier, mort déjà depuis neuf 
ans. 

ii M. Gaignet, Noli's uKtKnsrriles sur h's orit/incs dit st'niintt'wc dr LhnogfS. 
4. Ce contrat fut ratilié à Paris, par le conseil des prêtres de Saint-Sulpice, le 
M décembre 1666. Mss. 'M, f. 27. 






FRANÇOIS DE LA FAYETTE 269 

i^ « Les bâtiments du clos Sainte- Valérie serviraient désormais 
de demeure fixe et perpétuelle pour un séminaire d'ordinands, — 
2® Ceux qui y seraient reçus paieraient la pension nécessaire et 
convenable de 240 livres, par année scolaire. — 3"* Cette maison ne 
pourrait être employée à aucun autre usage, sous quelque pré- 
texte que ce tut. — 4® Ce séminaire serait à perpétuité sous la 
juridiction, supériorité, autorité, visite et dépendance totale des 
évêques. — 5® Il serait toujours conduit et administré par des 
ecclésiastiques, pris du séminaire de Saint-Sulpice, et agréés par 
les évêques. — 6° Le supérieur du séminaire de Paris enverrait 
les prêtres nécessaires, qu'il lui serait libre de rappeler, en en 
substituant d'autres. — 7« Ceux-ci ne pourraient être employés 
à d'autres fonctions, qu'à la conduite de ce séminaire ^. 8» Pour 
leur subsistance et pour l'entretien de la maison, on impose 
rait annuellement, sur les bénéficiers du diocèse, la somme de 
2000 livres, on créerait en outre une pension de 800 livres sur la 
cure de Saint-Marlin-Terre-Suë, et les défauts des synodes 
(amendes de 6 à 7 livres par personne, dont étaient passibles les 
absents non justifiés). — O» En. cas que les ordinands ne fussent 
pas obligés de demeurer pendant quelque intervalle de temps dans 
cette maison, elle serait toujours et à perpétuité occupée par les 
dits ecclésiastiques de Saint-Sulpice, qui ne pourraient en être 
exclus, mais qui, en cas de changement, seraient toujours soumis 
à la juridiction et supériorité des évoques. — 10» Enfin les dits 
ecclésiastiques seraient tenus de recevoir les ordinands, suivant 
l'intention expresse du dit sieur de Maledent, lorsqu'il plairait 
aux évêques d'en renouveler l'ordonnance 2. » 

Toute la ville de Limoges applaudit à ce concordat, qui fut signé 
non seulement par les parties contractantes, mais encore par les 
évêques de Tulle et de Causerans, qui se trouvaient alors à 
Limoges ^. Le lendemain 4 novembre, le premier de ces prélats, 
Louis de Guron, félicita en termes magnifiques François de la 
Fayette, en prononçant le panégyrique de saint Charles Borromée, 
protecteur des séminaires, dont les missionnaires et les ordinands 
faisaient solennellement la fête dans l'église de la Mission \ 

La notification de ce contrat, dit Pierre Mercier, causa une joie 
extrême à Martial de Maledent et à sa nièce, la mère du Calvaire. 

1. Les directeurs du séminaire furent au nombre de cinq, puis bientôt de sept, 
d'après le mémoire de Rernage (1698). 

2. Mss. 34, f. 27. 

3. Laforest, ibkl., p. 511. L'évêque de Causerans était Bernard de Marmiosse, 
ancien promoteur et agent général des assemblées du clergé de France (164ô- 
1655). Il rendit à ce titre, de grands services à notre prélat dans l'affaire Rogier, 
abbé de Saint-Martin-lès-Limoges. 

4. Labiche, ihUL, t. II, p. 457. Pierre Mercier nous apprend que le prédica- 
teur, après avoir rappelé la vertu de saint Charles, le vrai modèle des prélats, 
s'étendit sur le bien qu'on devait espérer de l'union des deux séminaires qu'on 
avait faite le jour précédent, et il complimenta l'évoque de Limoges d'avoir pro- 
curé à son diocèse des grâces et des bénédictions abondantes, que Dieu y ver- 
serait par son séminaire. Vie inédite de la Mère du Calvaire, p. 030. 



270 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

Us voyaient enfin se réaliser cette heureuse union qu'ils avaient 
désirée avec tant d'ardeur et méritée par tant de prières, de péni- 
tences et de peines. Ils ne pouvaient assez louer Dieu de voir l'œu- 
vre de la sanctification du clergé limousin, confiée aux fils de 
M. Olier. En conséquence de cette union, Jean Bourdon fut confir- 
mé dans sa charge de supérieur des Ordinands, et agrégé définiti- 
vement, sur sa demande, à la Compagnie des prêtres de Saint-Sul- 
pice. L'union établie entre les séminaires de Limoges et de Paris se 
maintint toujours très étroite, par suite de l'intimité des relations 
de leurs premiers fondateurs. 

M. de BretODvilliers garda pour le séminaire de Limoges une 
prédilection particulière, dont témoigne sa correspondance avec la 
mère du Calvaire, qui lui rendait compte de l'état de son âme. En 
1670, le supérieur de Saint-Sulpice revint à Limoges : il s'entretint 
de nouveau avec la pieuse fondatrice des Clairettes, qui lui décou- 
vrit tous les sentiments de son cœur, et lui raconta de nouvelles 
visions intellectuelles dont M. Olier l'avait favorisée, en vue de lui 
enseigner la vie intérieure. M. de Bretonvilliers examina avec 
attention ces voies mystérieuses, et déclara qu'elles étaient de l'es- 
prit de Dieu. 

5^ Jean Bourdon et les premiers directeurs du séminaire de Limoges. 

Cependant Jean Bourdon s'appliquait surtout, à la direction du 
séminaire des Ordinands, et le succès qu'il obtenait, et les services 
qu'il rendait à tout le diocèse de Limoges étaient merveilleux. Le 
tableau de l'état du séminaire de Limoges à ses origines, que 
nous a laissé un contemporain de Bourdon, le Père jésuite de Pé- 
rière, réalise pleinement la vision que la mère du Calvaire avait 
eue, le 4 mai 1666. Quelque temps avant l'arrivée de M. de Breton- 
villiers à Limoges, « il plut à Dieu, dit Pierre Mercier, de donner à 
la sainte religieuse de grandes idées sur ce qu'il demandait et 
attendait du supérieur et des directeursduséminairedes Ordinands. 
Il lui montra dans une vision, une procession de prêtres en surplis, 
et qui allaient deux à deux, avec une modestie angélique, ayant 
chacun un cierge à la main. Il lui fut dit que Notre-Seigneur deman- 
dait de ces ecclésiastiques : qu'il donnassent un très bon exemple 
par une grande sainteté de vie, qui éclairât les peuples à l'exemple 
des cierges, avec cette différence néanmoins, que les flambeaux se 
détruisent en éclairant, mais, pour eux, ils devaient donner ce bon 
exemple, sans porter aucun préjudice à ce qu'ils doivent à Dieu, et 
s'il fallait se consumer, ce devait être, pour son unique gloire. » 
Jean Bourdon et ses collaborateurs n'ignoraient pas, sans doute, 
cette vision symbolique. Ils prirent à cœur de la réaliser, et ils y 
réussirent, à la grande édification des fidèles de Limoges, qui leur 
donnèrent en retour, des témoignages publics et fréquents de leur 
respectueuse sympathie *. 

1. M. Gaigneti Sotes manuscrites d'apix's la vie inédite de la Mci'e du Calvait^e, 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 271 

Pendant plus de quarante ans, on vit Jean Bourdon remplir au 
séminaire ses fonctions de supérieur avec une profonde sagesse, un 
grand zèle et des bénédictions particulières. C'était vraiment un 
homme providentiel, capable deconduire avec succès un séminaire 
naissant et de raffermir la discipline ecclésiastique, encore bien 
affaiblie. Le clergé de ce vaste diocèse avait besoin de la direction 
d'un prêtre aussi éclairé et aussi édifiant, parfaitement instruit de 
tous les devoirs, que l'Eglise impose à ceux qui se consacrent au 
service de Tàutel, d'un sens droit, d'un jugement solide, d'une 
fermeté d'esprit invariable, d'une prudence digne d'admiration, 
d'une douceur et d'une charité, qui lui gagnaient tous les cœurs. 
Jean Bourdon, ajoute le P. de Périère, « faisait aimer la vertu par 
un air insinuant et des manières aisées et agréables, qui lui attirè- 
rent toujours la vénération et la confiance de tous ceux qui l'ap- 
prochaient. Le bon ordre qu'il avait établi et maintenu dans le 
séminaire, la parfaite régularité de tous les aspirants aux saints 
ordres, faisaient chaque jour son éloge. Tous ceux qui voulaient 
s'instruire des moyens de salut, allaient le consulter. On écoutait 
ses conseils comme des oracles. Une foule de personnes de toute 
condition se disaient redevables à ses entretiens du règlement de 
leur vie. L'évéque François de la Fayette, qui l'honorait d'une 
estime et d'une confiance singulière, faisait rejaillir sur lui la 
gloire de la transformation de son diocèse *. » 

Jean Bourdon ne se fit pas moins remarquer par sa prévoyance 
et son habileté dans l'administration de sonj établissement, que par 
ses autres qualités professionnelles. Parmi les principaux actes, 
qui assurèrent la fondation de sa maison, nous devons signaler ici 
celui du 24 avril 1674, relatif à la séparation de biens entre le sémi- 
naire de la Mission et le séminaire des Ordinands. Cet acte très 
important donna une complète autonomie à l'établissement des 
Ordinands, auquel le titre de séminaire devait désormais apparte- 
nir en propre. Il prévoyait et écartait d'avance tous les sujets de 
conflits qui auraient pu survenir entre les deux maisons. D'après 
ce même acte, revêtu des signatures des intéressés, nous connais- 
sons le personnel du séminaire de Limoges 2. 

Le premier signataire de l'acte, après le supérieur du séminaire, 
estGaye de Boisredon. C'était un ouvrier de la première heure, 
originaire du diocèse de Limoges. Admis comme tonsuré au sémi- 

i. Voir la relation du P. de Périère, Archives /iis/or., t. II, Chroniques ecclés., 
p. 38, 39. 

2. Cet acte confirmait au séminaire des Ordinands la donation irrévocable et 
à perpétuité du clos Sainte- Valérie, et des bâtiments construits par le fonda- 
teur. II lui assurait la jouissance d'un jardin cédé a bail perpétuel par les ad- 
ministrateurs de l'hôpital. Il lui imposait toutefois, la charge de payer au mar- 
quis de Magnac, Antoine de Fénelon, une rente de 325 livres, créée à son pro- 
fit par Martial de Maledent, qui lui avait emprunté, en juillet 1665, la somme 
de 6 500 francs, pour la construction du séminaire des Ordinands. Enfin, cet 
établissement renonçait par cet acte, à la jouissance en commun de l'église 
Saint-Alexis de la Mission. Ce qui indique qu'il était, dès lors, pourvu d'une 
chapelle intérieure. Archives histor., t. II, p. 115 et suiv. 



272 UN SIKCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

naire de Saint-Sulpice, le !«»• octobre 1656, il prit en Sorbonne le 
bonnet de docteur, le 12 octobre 1662. Quelques jours après, M. de 
Bretonvilliers l'associait à Jean Bourdon, pour la direction du 
séminaire de Limoges. Pendant plus de vingt ans qu'il y resta, il 
se fit estimer par la solidité de son esprit, Taménité de son carac- 
tère, et les grands services que sa qualité d'enfant du pays lui 
permit de rendre au diocèse ^ 

Le troisième signataire de Tacte de 1674 était un prêtre encore 
plus éminent. Gabriel Bardon, né au bourg d'Espaly, près Le Puy, 
avait fait ses études ecclésiastiques au séminaire de cette ville. Sous 
la discipline du supérieur de cette maison, M. de Lantages, Tun 
des plus chers disciples de M. Olier, le jeune Bardon était devenu 
un modèle des vertus cléricales, et un théologien éruditet profond. 
Lorsqu'il eut été ordonné prêtre, l'amour d'une vie humble et 
laborieuse le porta à s'attacher à la Compagnie de Saint-Sulpice. 
M. de Bretonvilliers le rerut avec joie au séminaire de Paris, le 
23 juin 1665. Désigné, deuxansaprès, pour être professeur au sémi- 
naire de Limoges, Gabriel Bardon arriva dans cette ville le 4 no- 
vembre 1666, le jour même où était signé le contrat d'union de 
cette maison avec celle de Saint-Sulpice. Il avait un talent admi- 
rable pour juger du caractère, de la science et de la vocation des 
jeunes gens. La vigilance n'avait rien d'odieux dans cet habile 
directeur. Son amour pour le travail et la mortification le portait 
à dormir peu de temps, et à ne prendre que peu de nourriture. Là 
réputation de son zèle et de sa sainteté le fit mettre, en 1671, au 
nombre des membres assistants de la Compagnie ; l'assemblée de 
1676 le nomma consulteur. Il passa un peu plus de huit ans 
au séminaire de Limoges, où l'on devine aisément qu'il fit le 
plus grand bien aux jeunes clercs et aux prêtres de ce diocèse. 
M. Tronson étant devenu supérieur de Saint-Sulpice, choisit 
Gabriel Bardon pour remplir à sa place les fonctions de directeur 
du séminaire de Paris 2. 

Claude de la Bacmondière, quatrième signataire de Tacte de 
1674, était aussi un professeur d'un grand mérite. Il était né en 
1631,àVillefranche-sur-Saône, de parents très riches. Il fut nommé 
docteur de Sorbonne le 19 décembre 1662, et donna, dès 1664, des 
répétitions de théologie au séminaire de Saint-Sulpice. Il mani- 
festa dans cet enseignement une profonde pénétration et une soli- 
dité d'esprit exceptionnelle. On le regarda bientôt comme un des 
prêtres les plus complets de la Compagnie. Aussi fut-il mis au 
nombre des assistants, bien qu'il n'eût encore que trente-quatre 
ans. Il fut envoyé, en 1672, comme professeur de théologie sco- 
lastique, au séminaire de liimoges. M. Tronson le rappela à Paris 
(en 1676), en même temps que Gabriel Bardon 3. 

1. M. Gaignet, Notrs tnnnuscritm. L. Bertrand. Uihliolhrqne Sulpicionne. 

2. Sur la désignation de son ami, (iodot des Marais, évê(ïue de Chartres, Har- 
don eut, en 1691, la dirt^clion rie la conscience de Mme do Maintenon. Il mourut 
saintement le 10 août lt)9*2. Grandet, Lva saints prrlrcs, 2* série. 

3. M. Tronson le plaça à la tête de la coîumunauté des prêtres de la paroisse 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 273 

Un cinquième signataire de Tacte de séparation porte le nom de 
Pierre Masson. Il était clerc du diocèse de Lyon, quand il entra, 
à vingt-six ans (1665), au séminaire de saint-Irénée, dans cette ville. 
Après y avoir terminé ses études théologiques, il demanda à être 
admis dans la Compagnie de Saint-Sulpice. M. de Bretonvilliers 
renvoya directement (en décembre 1670), à Limoges sans le faire 
passer par le noviciat de Paris. Il dépassa bientôt au séminaire des 
Ordinands, les espérances qu'on avait conçues de lui. Ce dernier 
établissement en résumé fut dirigé, dès l'époque de sa fondation, 
par des prêtres de grand mérite *. 

Saint-Sulpice. Deux ana après, Raguier de Poussé lui résigna la cure de ce nom. 
De la Barmondière mourut plein de mérites et de bonnes œuvres, en septembre 
4694. M. Bertrand, Bibliothèque Sulpicienne, t. I. 

1. Ibid., et notes de M. Gaignet. Voir plus loin la continuation de Thistoire du 
séminaire de Limoges. 



18 



CHAPITRE VIII 

RAPPORTS DE FRANÇOIS DE LA FAYETTE AVEC LES RELIGIEUX 
ET AVEC LES RELIGIEUSES DE SON DIOCÈSE. 

A) LES REUGIELTC 

I. L'Ordre de Grandmont et ses essais de réfonae. 

L'Ordre de Grandmont, fondé en 1076, par saint Etienne de 
Thiers, venu d'Auvergne dans la solitude de Muret (près Aiuba- 
zac), était encore au dix-septième siècle Tun des plus anciens et 
des plus illustres du royaume. L'abbaye, chef d'ordre *, et toutes 
les maisons de l'observance, étaient en possession de privilèges 
considérables. Grégoire VII avait exempté le fondateur et ses dis- 
ciples de la juridiction des évèques. L'obser\'ance des Grand- 
montains se rapprochait beaucoup de la règle de saint Benoit. 
Longtemps célèbres par leurs vertus, ces religieux ne Tétaient 
plus que par leurs querelles et par leur relâchement. A la mort de 
l'abbé François de Neuville (mai 1596), l'Ordre accusait tous 
les symptômes d'une profonde décadence. On ne comptait plus 
que huit religieux à Grandmont. Le pillage de l'abbaye par les 
huguenots du seigneur de Saint-Germain-Beaupré mit ensuite le 
comble à la détresse de l'abbaye qui tombait en ruines. Les pro- 
testants ne furent chassés de Grandmont qu'en 1604, par Tabbé 
Rigaud de Lavaur. 

Celui-ci s'occupa depuis de faire cesser les empiétements qu'on 
avait commis, à la faveur des troubles, sur les biens de l'Ordre. 
Grâce à l'appui des Jésuites, l'abbé obtint du pape un rescrit 
adressé aux officiàlités de Limoges et de Clermont, contre les usur- 
pateurs. Il fit réparer une partie des bâtiments, et y réinstalla une 
communauté. Un frère fut chargé par lui de visiter toutes les 
maisons de l'Ordre, pour y remettre toutes choses en bon état. 
L'abbé de Grandmont travailla avec la même sollicitude à la réfor- 
me de ses religieux. Les constitutions nouvelles furent soumises à 
l'examen de plusieurs ecclésiastiques, distingués par leur piété et 
leur mérite, et révisées avec soin. On ne peut passer sous silence, 
parmi les noms de ces vénérables personnes, celui de saint Vincent 
de Paul. Les Grandmontains revinrent à l'ancien habit: robe, 
scapulaire et capuchon noir. Grandmont, sous l'administration de 
Rigaud de Lavaur, se releva de ses ruines, et des colonies de reli- 
gieux furent envoyées de l'abbaye, dans les monastères où s'était 
introduit le relâchement 2. Aussi l'abbé mérita-t-il d'être sur- 

1. Situoe sur la paroisse Saint-Sylvestre, commune du canton de Laurière, 
(Haute- Vienne). 

2. L. Guibert, V Ordre de Grandmont, p. 90 et suiv. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 275 

nommé le réformateur de l'Ordre. Il mourut à Limoges dans sa 
maison paternelle d'une attaque d'apoplexie, le 9 avril 1631. Il fut 
enterré à Tabbaye. 

Le 15 avril suivant, on élut à Grandmont, général de TOrdre, 
François de Tautal, de la maison de Chanterelles en Auvergne*. 
L'évêque de Limoges, qui revenait de Paris et s'était alors retiré 
dans son château d'Eymoutiers, donna dans cette ville, le 6 juil- 
let 1631, la bénédiction abbatiale au nouvel abbé de Grandmont. 
On remarqua la présence à cette cérémonie c de plusieurs person- 
nages de ce temps fort respectables, notamment celle d'Alain de 
Solminiac, abbé de Chancelade, de Jean Petit, abbé de l'Etoile 
(Poitiers), de Josias de la Pomélie, prévôt d'Eymoutiers, de 
Mathieu de Verthamon, doyen de Limoges, de Pierre Talois, offi- 
ciai, et de Jean Bandel, chanoine 2». Quatre ans après, le 2 octobre 
1635, François de Tautal mourait à Mauriac, en Auvergne, sans 
avoir pu avancer beaucoup l'œuvre de la réforme de l'Ordre. 

Georges Barny, originaire du village même de Grandmont, qui 
était alors vicaire général de tout l'Ordre et prieur du couvent de 
Tours, fut élu à sa place abbé de Grandmont, le 24 octobre suivant. 
Il reçut peu de temps après, en 1636, à Limoges, la bénédiction 
abbatiale dans l'église bénédictine de Saint-Augustin, des mains de 
François de la Fayette \ en présence des abbés de Saint-Martin, 
d'Aubepierre ^ et de Saint- Augustin s. L'administration de Georges 
Barny, ne fut ni moins laborieuse, ni moins féconde que celle de 
Rigaud de Lavaur. Peu d'abbés ont laissé dans l'histoire de l'Ordre, 
une trace aussi durable et d'aussi profonds souvenirs ; aucun ne 
montra plus d'activité, et ne l'appliqua à des objets aussi divers : ré- 
paration de bâtiments, inventaire des trésors, restauration dans les 
monastères de l'enseignement de la philosophie, remise en vigueur 
des prescriptions de la règle, tombées en désuétude, maintien sé- 
vère de la discipline, Barny ne demeura indifférent à rien de ce 
qui pouvait, dans Tordre temporel comme dans l'ordre spirituel, 
appeler sa sollicitude. Il tint, en 1643, un chapitre général, où les 
constitutions furent de nouveau confirmées. (Malgré les prescrip- 
tions des statuts, il n'en avait pas été convoqué depuis cent trente- 
quatre ans.) Mais l'honneur de l'abbé Barny est d'avoir encouragé 
et favorisé de tout son pouvoir l'entreprise de Charles Frémon, 

1. Gallia christ, nova, t. ^I, p. 656. 

2. Mss. n. 34, p. 7. Notons ici, que Josias de la Pomélie, honoré du titre 
de vicaire général de l'évêque de Limoges, prescrivit, sur la demande du duc 
de Ventadour, gouverneur de la province, le chant d'un Te Deum dans les 
églises d'Eymoutiers, en action de grâces de la prise d'Hesdin,le 22 juillet 1639. 
Archives de la Haute-Vienne^ G. n.313. 

3. La régularité était alors observée dans l'abbaye de Saint-Augustin avec 
tant d'exactitude, l'office divin y était célébré avec tant de pompe, que l'évê- 
que de Limoges se faisait un plaisir d'inviter à cet office, les personnes de 
qualité qui le venaient voir. Laforest, Limoges, p. 105. 

4. Mss. 34, f. iO. L'abbaye d'Aubepierre, de l'ordre de Citeaux, était située 
.sur les confins de la Marche et du Berry, à une lieue d'Eygurande. 

5. Gallia christ. , t. II, p. 656. 



276 UN SIÈCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE 

qui obtint, au chapitre de 1643, Tautôrisation d'établir dans TOrdre 
une réforme. 

Charles Frémon, né à Tours en 4610, était entré encore très jeune 
(21 octobre 1629), dans un monastère de TOrdre. Devenu, en 1639, 
prieur à l'abbaye, il avait pu dans cette charge se rendre compte 
du relâchement de la discipline et du triste état où TOrdre était 
réduit. Il forma dès lors le dessein de vivifier ce corps alTaibli, en 
introduisant dans quelques maisons, et en faisant peu à peu accep- 
ter, dans les autres, sinon l'austérité des premiers disciples de 
saint Etienne, du moins une vie plus régulière, plus mortifiée et 
plus conforme aux maximes du saint fondateur. Il alla étudier la 
théologie à Paris, et y entretint plusieurs personnes de son projet; 
il sut même y intéresser Richelieu. C'était précisément l'époque 
où l'opinion publique suivait avec faveur les tentatives de réforme, 
qui se produisaient au sein de quelques ordres religieux. Le grand 
ministre témoigna à l'abbé Barny le désir qu'aucun obstacle ne fut 
apporté à l'entreprise de Charles Frémon. 

Celui-ci, nommé prieur de la maison d'Epoisses, en Bourgogne, 
partit de l'abbaye, après la tenue du chapitre de 1643, accompagné 
du seul religieux qui eût consenti à s'associer à son projet. Mal 
accueillis d'abord, les deux nouveaux venus parvinrent, à force de 
douceur et de persévérance, à gagner tous les religieux du monas- 
tère. Frémon établit à Epoisses une communauté très régulière et 
très édifiante, qui suivait la règle primitive de saint Etienne, avec 
certaines mitigatîons. Une seconde maison fut fondée en 1650, à 
Thiers en Auvergne, et devint bientôt le principal établissement 
de la réforme. Dom Frémon y mourut le 13 novenjbre 1689. C'était 
un homme simple et bon, aimant passionnément la vérité, d'une 
pureté de mœurs rare et d'une grande piété ^. Dieu, avant de l'ap- 
peler à lui, avait donné au réformateur la consolation de voir sept 
monastères embrasser son observance. Les Grandmontains de 
l'étroite observance devinrent célèbres par leur piété et leurs mor- 
tifications. 

Cette réforme ne devait pas sauver l'Ordre ; on peut dire qu'elle 
contribua, au contraire, à accélérer sa ruine ; elle attira, en effet, à 
elle tous les sujets de quelque valeur, qui entraient dans les mai- 
sons de l'ancienne observance, et qui auraient pu, disséminés dans 
ces monastères, y entretenir la régularité, la piété et l'amour de 
l'étude. Elle acheva ainsi d'épuiser l'Institut. Le nombre de ses 
membres alla en diminuant. Après avoir dépassé douze cents mem- 
bres au moyen-âge, il se trouvait réduit, même après la réorgani- 
sation de l'ordre par Rigaud, au chiffre de deux cents religieux et à 
un nombre insignifiant de frères convers. A la fin du dix-septième 
siècle, les deux observances réunies, soumises à l'autorité du même 
général, comptaient à peine cent soixante religieux. 

1. Le Bulletin de Limoges, t. XLVI, (année 1898), p. 469, signale une précieuse 
biographie de Ch. Frémon, d'après J.-B. Rochias, religieux de son observance 
(Mss. de 116 p.) dont L. Guibert désirait beaucoup qu'un érudil entreprit la 
publication. 



FRANÇOIS DE LA FAYETTE 277 

Des divisions éclatèrent à la mort de Tabbé Barny (le 3 juillet 
1654). Les suffrages des religieux, chargés d'élire un successeur, 
s'étaient partagés entre le prieur de Saint-Maurice, Antoine de 
Chavaroche, et celui de Raveaux, Etienne Talin, originaire d'une 
ville de la Corrèze, docteur de Sorbonne. Un long procès s'ensui- 
vit, et au bout de cinq ans de plaidoiries, deux arrêts du conseil, 
en date des 8 et 9 avril 1659, confirmèrent la prise de possession de 
dom de Chavaroche, et firent défense à son compétiteur de pren- 
dre le titre de général ^ Reconnu comme abbé de Grandmont, à la 
suite d'une double élection, par les quatre prieurs principaux de 
l'ordre, Antoine de Chavaroche avait été déjà mis en possession de 
l'abbaye, le 15 janvier 1656. Le 31 du même mois, François de la 
Fayette lui donna solennellement la bénédiction abbatiale, dans 
l'église des Jésuites. L'évêque de Limoges fut assisté dans cette 
cérémonie par les abbés réformés de Saint-Augustin et de Saint- 
Martin 2. 

IL Les Ordres mendiants. 

Les Grandmontains ne semblent pas avoir exercé, en Limousin, 
une innuence sociale bien notable. Il n'en était pas de même d'une 
véritable phalange d'auxiliaires dévoués de l'action catholique. A 
l'arrivée de notre prélat dans son diocèse, il y avait déjà trente ans 
qu'une certain nombre d'Ordres monastiques nouveaux avaient 
pénétré cette province et établi leurs maisons dans toutes les villes 
un peu considérables. Les Récollets et les Cordeliers s'y trouvaient 
parmi les Ordres les plus répandus. L'occasion d'une peste, qui 
permettait à ces religieux de déployer leur zèle, était favorable pour 
s'implanter partout où l'on faisait appela leur dévouement. Encore 
devaient-ils, pour rester dans ces lieux d'une façon permanente, 
obtenir l'autorisation des autorités compétentes. François de la 
Fayette n'accorda ainsi aux Pères Récollets qui voulaient s'établir 
à Bellac, l'un des principaux centres ecclésiastiques de la Basse- 
Marche, la permission de s'y fixer, que pour le temps de la conta- 
gion qui faisait de grands ravages dans cette ville. C'était le 
28 avril 1632, qu'il accordait aux Ùécollets cette faveur. 

1. L. Guiberif Bps truc lion de Vordre de Grondruant. Limoges, 1887, p. 99-107. 

2. Gallia christ., t. II. p. 659, et Mss. 34, f. 23, Not^. Antoine de Chavaroche 
mourut le 14 octobre 1677. De graves dissensions se renouvelèrent alors pour 
le choix du successeur. Un siècle après. Tordre de Grandmont ne comptait que 
quelques membres. L'évêque de Limoges, du Plessis d'Argentré, obtint en 
1772, sa suppression pure et simple, du pape Clément XIV. Après la mort du 
dernier abbé, arrivé en 1787, on transporta à révêché les papiers et objets pré- 
cieux de l'abbaye. En 1790. on fit la distribution des reliques de Grandmont à 
diverses églises du diocèse. La plus précieuse de* toutes et l'une des plu